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Archive pour novembre, 2006

Le 11 novembre

11_novembreCette année le 11 novembre tombe un samedi, c’est scandaleux, et que fait la terre à tourner n’importe comment autour du soleil pour que cela tombe un samedi ? (Si ça change tous les ans c’est à cause de la rotation de la terre, et c’est aussi à cause de ça que votre anniversaire ne tombe pas le même jour de la semaine tous les ans…)

Un jour férié qui tombe un samedi, c’est l’horreur, sauf pour ceux qui travaillent le samedi. L’année prochaine cela sera un dimanche et tout le monde sera d’accord (sauf les gens du spectacle) : la terre fait n’importe quoi en tournant.

Un jour férié c’est un jour férié, c’est sacré, on ne travaille pas et c’est vachement mieux de ne pas travailler un jour où l’on travaille d’ordinaire (enfin c’est mon point de vue). Je n’ai pas d’états d’âmes particuliers lors des jours fériés (je reviendrais sur certains d’ailleurs), sauf pour 2 : le 11 novembre et le 8 mai.

Parce que ces jours là, si vous restez chez vous à vous la couler douce et à faire la grasse mat
mes lecteurs adorés (et moi avec),
c’est
parce que des millions de gens sont morts
et que l’on a décidé de se souvenir d’eux
.

Vous avez compris ? Je ne vais pas être une sorcière rigolote sur ce coup là.

Le 11 novembre est la date anniversaire de l’armistice de 1918 qui nous préparait la guerre mondiale qui allait suivre, comme si une ne suffisait pas (Hittller s’est assez servi de l’humiliation de l’Allemagne en 18 pour réclamer des guerriers, je sais, j’ai fait une faute volontaire pour décourager gogole). Vous vous en foutez, vous êtes nés après, mais n’oubliez jamais que vous vivez sur ces morts… Nous ne sommes que l’avenir de ceux qui sont morts en pensant nous le donner meilleur… (espoir insensé, vu la nature humaine)

Le 11 novembre quand que j’étais petite, j’aimais bien : il n’y avait pas école. Jusqu’à ce jour fatal où j’ai assisté à une scène que je n’oublierais JAMAIS. Après je n’ai plus jamais pu le voir uniquement comme un jour férié où l’on fait la grasse mat. Le mal, la souffrance, rôdaient…

Ben oui, j’avais mon arrière grand mère et sa soeur : tante Hortense (que mon arrière grand mère appelait “la gamine” d’ailleurs, j’y reviendrai un jour). Qui avaient connu en plein cette guerre. Je me disais qu’elles étaient déjà vieilles à l’époque vu qu’elles avaient déjà 28/30 ans environ lorsque cela a commencé… (leur vie quasiment sur la fin, 30 ans c’était vieux pour moi qui en avait 14, ça fait sourire après coup)

Ce jour là, pour le repas dominical (l’horreur, le 11 novembre tombait un dimanche !), elles avaient ressorti de vieilles photographies (oui on disait avec “graphie”) et les avaient commentées, sans que mon grand père ne moufte (pourvu qu’elles ne parlent pas du Général…). Les photos étaient celles du mariage de mon arrière grand mère, des parents de mon grand père donc… Il restait pensif et mélancolique.  Nous savions qui étaient ces jeunes gens souriant et bravant l’avenir avec certitude. La photo avait été prise en 1910. Mon grand père regardait peu : il savait.. Il se souvenait de ce qu’avait été cette guerre pour le petit garçon qu’il était…  Je l’ai compris après.

Tous morts” disaient-elles avec tristesse. Oui tous les hommes présents sur cette photo (et les autres), montrant une jeunesse heureuse et optimiste, étaient morts pendant cette guerre, sauf le marié qui avait eu la chance de revenir, gueule cassée et gazé, il en est mort (des gaz) quand les allemands ont envahi la France à la suivante. Les allemands en France il ne pouvait vraiment pas supporter, il a cessé de lutter contre ses poumons en vrac, alors qu’il s’était battu jusqu’au bout de l’horreur en disant “plus jamais” (il avait eu du bol, il avait été blessé et gazé juste à la fin, en 1918…). Oui cet homme que je n’ai jamais connu avait tenu le coup jusqu’au bout en se disant qu’il épargnait l’horreur aux générations futures… Ils y croyaient vraiment, tous.

Le repas s’est achevé tout de même sur le dessert, les hommes sont partis à la chasse, maman avec mes emmerdeurs de frère et soeurs, et je suis restée seule à écrire mon journal, tâche importante lorsque l’on a 14 ans…

Et tout à coup… Elles s’étaient fait un thé, et elles se souvenaient. Tout haut, ne pensant pas que dans mon escalier (où j’adorais écrire), je pouvais les entendre et d’ailleurs je ne faisais pas plus de bruit qu’une souris (et encore).

Oui ce 11 novembre c’était “le souvenir” (et non la célébration) de la fin de cette horreur, sauf que les morts ne se relèveraient jamais même si le jeu était terminé. Tante Hortense avait perdu son fiancé (qu’elle n’a jamais remplacé), tous les cousins, petits cousins, amis étaient morts, certains dès le début, d’autres sur la fin (un chanceux le 11 novembre 1918 précisément 4 heures après la signature de l’armistice). Tous les hommes présents ce jour heureux étaient morts. Ami, cousin, ils avaient tous déserté la terre entre 14 et 18… Pour elles le 11 novembre c’était la journée où elles revivaient quatre années qui avaient plombé leurs vies.

Le marié était encore à l’hôpital le 11 novembre 1918 et ne redeviendrait jamais comme avant après tout ce qu’il avait vécu et vu ce qu’il était devenu. Pour tout le village : aucun mâle à revenir à l’exception de 7 éclopés à jamais, tous les autres étant morts. Le 11 novembre c’était pour elles le symbole d’une guerre, des veuves, des fiancées  inconsolables et sans maris potentiels, des orphelins, un monde foudroyé, une génération fauchée.

Et elles pleuraient en se souvenant d’une femme du village (veuve, qui pensait sans doute que son mari allait revenir maintenant que c’était terminé) qui était sortie, débraillée le 12 novembre en chantant que tout était terminé et qu’elle était heureuse. “La pauvre, se rendait-elle compte ?” “ces cris de joie, comment pouvait-on être heureux ? Tu te souviens ? et ces horribles feux d’artifices avec tous ces disparus ? Tu te souviens du cousin Mac, le premier mort de la guerre ?” “et tu te souviens de la pauvre Madeleine qui s’est pendue en apprenant que Georges était mort deux jours après la fin ?” (un beau jeune homme sur la photo).

J’avais du mal à les entendre pleurer, une boule dans la gorge : elles ne représentaient plus uniquement des vieilles dames. Je découvrais leur jeunesse, leur chagrin. Elles étaient tout à coup la sagesse et la paix de l’esprit à jamais endeuillé, et je découvrais leur souffrance et que l’âge ne protège de rien. J’imaginais tous les hommes de ma vie ayant disparu, et j’ai refermé mon journal sans faire de bruit pour écouter et m’esbigner en douce après coup. Elles ont parlé longtemps et le temps s’était suspendu, personne n’est venu troubler leurs souvenirs.

Ce jour là, le 11 novembre, nous le leur laissions chaque année, et nous l’avons fait jusqu’au bout. Tout le monde s’éclipsait quand elles parlaient “thé”. Accord tacite de leurs proches : le 11 novembre n’était pas un jour de joie et il était à elles qui avaient vu la première guerre mondiale décimer leur génération. C’était pour elles la fin d’une époque. La fin d’une horreur. La fin tout simplement. L’horreur restait à jamais présente en elles.

Pour elles rien n’était terminé que leur jeunesse, à tout jamais avec ses fêtes et tous ceux qui n’étaient désormais plus là pour se souvenir. Pour toujours il y avait l’attente, la lettre espérée datée de 15 jours avant, l’angoisse du maire arrivant avec son chapeau et ses adjoints, précédant de peu l’avis mortuaire, qui allait chez la mère alors que l’on n’était que promise ou amoureuse… Il y avait pour elles à tout jamais les larmes et les sanglots d’une femme seule désormais et se devant d’être digne malgré la mort de son mari ou de tous ses fils. Il y avait les lettres contenant toute l’horreur de la guerre que les hommes leur taisaient (le croyant)  (”je te remercie de m’envoyer une ou deux paires de chaussettes, il fait subitement un peu froid, ne t’inquiète pas pour moi, je suis à l’abri dans une tranchée”) (Je n’aime pas lire ces lettres, elles sont trop atroce quand on sait).

Mon arrière grand mère se souvenait toujours de son coeur “explosant” quand elle avait vu arriver la délégation ne lui annonçant QUE la disparition. Elle se souvenait de son soulagement quand elle avait su qu’il était vivant, des semaines après (des semaines de quoi ?, comment pouvait-elle vivre son quotidien ?). Elle se souvenait de sa souffrance et de son choc en le voyant gueule cassée opérée par des chirurgiens défiant l’impossible (et encore il avait été relativement épargné si j’en juge par ce que j’ai pu voir comme photos des opérations pratiquées sur des atrocement mutilés, leurs chirurgiens préparant sans le savoir la chirurgie esthétique de nos jours) (et Pulchérie se demande pourquoi j’ai jeté l’oeil de verre : par respect peut-être, personne n’avait le droit de le regarder en rigolant, et pouquoi ne l’a-t-on pas enterré avec ?).

Mon arrière grand mère lui a toujours tout pardonné après. Pouvait-elle faire autrement ? La guerre lui avait pris tellement d’êtres aimés, les enfants qu’elle aurait pu avoir et qui ne naîtraient jamais plus (les chocs répétés l’avaient ménaupausée précocement, ça existe). Comment pouvait-elle se réjouir UN 11 NOVEMBRE ? Et encore elle n’estimait pas avoir le droit de se plaindre : son homme était revenu : en vrac mais là tout de même.

Cette photo du mariage je l’ai chez moi. Je sais que tous les hommes présents ce jour là ne sont jamais revenus de l’enfer : sauf le marié. Et c’est atroce. Ils sont si nombreux, beaux et jeunes, plein d’espoir, regardant l’avenir avec défi surtout, comme tous les jeunes, et pourquoi sont-ils morts en fin de compte ? Qui se souvient de Plinistinius Gaeus mort contre les gaulois en 60 avant JC ? Pourquoi a-t-il donné sa vie en fin de compte ? (ne cherchez pas, c’est une image…)

C’était curieux pour moi de voir ces vieilles dames pleurer sur ce jour très précis qui me semblait un jour de délivrance, et cela m’a fait voir le jour férié d’une autre manière. Oui c’était une délivrance, la fin enfin, mais qui n’effacerait jamais les deuils. Le 11  novembre c’est un hommage

Ca tombe un samedi…  C’est très important ! C’est grave !

Quel jour sont-ils morts ? On dit “tombé au champ d’honneur“. Ca fait plus classe, mais cela veut dire la même chose… Ils sont morts tout simplement et nous on en profite… On ne travaille pas parce qu’ils ont vécu dans la boue, la faim et le froid ou une chaleur infecte, la crasse, parce qu’ils avaient peur, des poux et des morpions, la dysenterie, pensaient à leurs proches, attendaient une permission, voyaient leurs amis se faire tuer les uns après les autres, étaient aspergés de sang et d’autres choses immondes quand l’obus tombait sur le copain, parce que quelque part un obus ou un balle les attendaient… C’est ça le 11 novembre. C’est ce souvenir de ces poilus qui pensaient nous donner du meilleur pour l’avenir. Je n’oublie pas les allemands au passage qui ont donné aussi… mais pour qui ce n’est pas férié (comme quoi l’homme est con…)

Je suis tellement imprégnée du sujet qu’une année, le maître d’école de Pulchérie a cherché des volontaires pour déposer une gerbe devant le monument aux morts le 11 novembre (il est fou le maître, demain je fais la grasse matinée !). Je n’ai rien dit du tout, je n’étais pas en classe. Dieu sait pourquoi ma fille  a dit “présente !”. Et je revois ma puce, réellement volontaire, sous une cape anti pluie avec capuche car c’était un beau 11 novembre triste, portant sa gerbe ronde avec dignité et fierté, bien droite, et la déposant en hommage à ses ancêtres, avec classe, au pied du monument aux morts, un 11 novembre pluvieux, en ayant sacrifié sa grasse matinée.

Vous ne pensez pas qu’il aurait peut-être été préférable qu’il n’y ait pas de guerre et donc pas de jour férié en célébration de sa fin ? C’est ce qu’ils doivent penser de là-haut tous ces sacrifiés, d’autant qu’on ne peut pas dire que cela ait rendu le monde meilleur…

Depuis longtemps le 11 novembre je pense à mes deux vieilles dames qui me manquent. Aujourd’hui encore je regarderai certainement un jour gris de toutes manières. Je me dirai que je n’ai jamais attendu MON homme, mon père, mon frère, je me dirai que je n’ai pas vécu cette attente… Et je remercierai le ciel de n’avoir pas connu cette horreur.

Je rends hommage à ceux qui m’ont précédée. Je n’arrête pas de me dire que je n’aurais pas eu leur courage… C’est très bête, mais c’est comme ça (je suis très facilement terrassée par l’angoisse). J’ai vu deux vieilles dames dignes pleurant sur l’absurdité et je n’oublierais jamais. Je pense que j’aurais été paralysée, en attente de nouvelles, incapable de vivre normalement… Nous n’avons qu’une vie et ce gâchis est à gerber, comme tant d’autres. Et nous nous sommes là à gémir que “ça tombe un samedi !”.

La vie n’est qu’un long calvaire surtout quand il y a la guerre…

N’oubiez jamais ce que ces hommes ont vécu. A l’ouest rien de nouveau, à l’est non plus… Parce que cela continue ailleurs…

Et je serais contente (!) si en me lisant vous leur avez consacré une petite minute (bon OK, 5…)… (je ne sais plus quel auteur a écrit “la guerre serait un jeu merveilleux si les morts se relevaient quand elle est terminée”).

Et pour ceux qui le souhaitent, hommes ou femmes, à lire : “Les semailles et les moissons” de Troyat. Pour ceux qui n’ont pas peur “a l’Ouest rien de nouveau” (Remarke, ce livre me flanque trop le bourdon pour que je recherche l’orthographe exacte, c’est la même absurdité côté allemand). Pour les films vous avez “un long dimanche de fiançailles” et “les sentiers de la gloire”. On a mit du temps à parler des mutinés de cette guerre et des mutilés volontaires…

Bon 11 novembre à tous et à vos ancêtres hommes et femmes à qui penser aujourd’hui.

La photo est d’époque. C’est elle mon arrière grand mère, toute heureuse le jour de son mariage, avec tous ces innocents ne sachant pas que leur mort était programmée et que leurs femmes termineraient leur vie en noir…. (J’ai l’autorisation de Mrs Bibelot)

Posté le 11 novembre '06 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 2 Commentaires.

Faites attention… Part 1

Faites_attention_56800983Il faut faire très attention à ce que l’on dit à un enfant : il va le répéter, parfois de travers… En règle générale il faut faire très attention à ce que l’on dit devant un enfant, car il comprend plus qu’on ne le croit.

Ca écoute et ça cause. Ca interprète, ça comprend. Je le répète ayant eu un exemplaire (Delphine), qui parlait peu mais comprenait tout bien pour le sortir au moment où l’on ne s’y attendait pas et devant qui il ne fallait pas

On se rend compte de la capacité d’écoute le jour où l’on dit “ah merde alors !” et que dessous la table où le chérubin essayait d’avaler un rang de perles sort un “amedalow”. Regards échangés : ne plus dire de gros mots : ça va être dur (plus le temps passe et plus on est grossiers je ne sais pas si vous l’avez constaté, mais je devais avoir 16 ans quand j’ai entendu Jean Poirotte dire “merde” pour la première fois).

On découvre alors nos travers de parlotte. Albert s’est rendu compte qu’il disait “putain” tout le temps quand Pulchérie s’est mise à charabiater des “utain de véviette (serviette)” “utain de avon (savon)” “utain de cuillère qui tombe !”. Moi c’était “bon alors !” “bon alors tu dis quoi mamie ?” “bon alors tu veux quoi papy ?” “utainbon alors a pas faim”… C’est charmant ! On réalise qu’il va nous falloir environ 10 ans pour échanger notre infirmité de langage contre une autre…

Vient le temps où le chérubin boit nos paroles (ça reste bref). J’expliquais donc à Pulchérie que tante Hortense était une très vieille dame (95 ans tout de même) avec laquelle il fallait être gentille, vu qu’elle était très vieille. Très vieille c’est quoi : “ben elle va bientôt mourir, elle aime bien parler avec les enfants parce qu’elle n’en a jamais eu son fiancé étant mort à la guerre dans les tranchés, il faut être gentille” (son père et toute sa diplomatie et sa délicatesse légendaires).

Tante Hortense était une vieille dame poudrée, propre, sentant bon et toujours bien habillée, pas de quoi faire fuir à part la moustache que je ne sentais plus, mais que Pulchérie sentait bien. “C’est parce qu’elle est vieille ma chérie” réponse “je ne veux pas être vieille avec de la moustaaaaaache et je ne veux pas lui faire un bisouuuuuu” “mais non ma chérie, tu ne seras jamais vieille avec une moustache, et il faut lui faire un bisou (rappel de son père “elle est très vieille et toi aussi tu aimeras qu’on te fasse des bisous quand tu seras très vieille!!!!”)

Heureusement la pauvre femme était très dure d’oreille, car un dimanche passé en famille, Pulchérie faisant le zouave avec son cousin dans les pommiers alors que Delphine têtait avec application (c’est fou ce qu’elle a pu manger avec application), arriva le moment où il fallut raccompagner tante Hortense chez elle. Moment fatal du bisou et de l’au-revoir à l’aïeule. Rassemblement des trésors.

Et Pulchérie de faire la leçon à son cousin le doigt en l’air :

  • “Il faut être gentil avec tante Hortense et lui faire un bisou, parce que son fiancé est mort à la guerre dans une tranche chiée, et en plus elle va bientôt être morte et c’est pour ça qu’elle a de la moustache et qu’elle pique…”

Oui, heureusement qu’elle était sourde, la pauvre.

Sinon quel calvaire !!!!!

Posté le 9 novembre '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

Jour de tristesse

Le petit chat est mort…

Posté le 8 novembre '06 par Calpurnia, dans Coup de blues. Pas de commentaire.

Les filles et la Toussaint…

Les_filles_et_la_Toussaint_10147881Quelle rapport entre cette photo et la toussaint vous direz-vous ?  c’est la fête de tous les saints donc celle des filles aussi (la fête des morts c’est le 2 novembre, mais comme ce n’est pas férié on profite du 1er pour aller au cimetière ce qui est toujours une sortie gaie).

La Toussaint étant passée, je peux en parler en regrettant ce merveilleux jour où je me suis levée vers 11 H 30… (on aura compris que je suis matinale de nature)

J’avais une grand mère qui était très croyante. Personne ne savait d’où cela lui venait, dans la mesure où ses parents ne l’étaient pas. Apparement elle avait fait un voeu pendant la dernière guerre (en Europe), et mon grand père étant revenu après 5 ans de captivité, elle a dû penser que dieu existait forcément.

Comme tous les convertis sincères, elle en faisait beaucoup trop. Elle a réussi à dégouter ses trois enfants de la religion. Pour ses petits enfants elle a fait de son mieux, et surtout tiré la tronche quand on lui a annoncé qu’on n’irait plus à la messe avec elle le dimanche, communion faite pour avoir plein de cadeaux (sauf pour mon frère et la dernière qui avaient été réfractaires). Elle n’a trop rien dit que je ne me marie pas à l’église et mette au monde mes deux filles dans le péché en plus de la douleur pour l’aînée.

Avec les filles elle a tenté le coup la malheureuse et cela a été un échec total.

C’était une arrière grand mère gâteaux avec les filles. Elle s’en occupait beaucoup, et nous la voyions souvent, surtout qu’elle passait le mois de juillet avec mes parents où je les retrouvais souvent + pas mal de WE mon grand père nous ayant hélas quitté bien trop tôt.

La maison louée années après années en Camargue donnait sur une place avec un christ en croix d’au moins 3 mètres de haut qui impressionnait beaucoup Pulchérie quand elle allait se faire payer une glace ou acheter le pain avec son arrière grand mère. Ma grand mère se fit donc une joie de lui expliquer le chemin de croix, le calvaire, pâques et les cloches, les saints, la trinité, la résurrection et tout le bataclan, avec l’impression d’avoir marqué un coup contre l’obscurantisme de sa descendance.

Pour noël je faisais une crèche car j’adore les santons et que cela faisait partie de mes noëls de petite fille, ma grand mère ne mettant le petit jésus qu’une fois que nous étions couchés, et c’était un miracle de constater qu’il était apparu dans la nuit du 24 au 25 décembre. Sinon je lisais plutôt aux filles mes bouquins d’enfance sur le père noël et son traineau et je zappais un peu le pourquoi de la crèche : on est content quand un enfant nait et celui là était un peu différent des autres, c’était un prophète (restons objectifs, c’en était un)… Comme mes santons sont de Provence, je leur faisais un petit cours sur le pays de Marcel Pagnol.

Alors que j’étais enceinte de Delphine jusqu’au menton (approximativement), au mois de juillet en vacances, Pulchérie demanda à ma grand mère de lui raconter l’histoire de Jésus à l’heure de l’apéro sacré des vacances. Ne voulant pas se faire prendre avec ses récits précédents devant témoins tous plus incroyants les uns que les autres, ma grand mère commençat avec la poésie de noël, pour être interrompue par Pulchérie indignée :

  • “Non pas cette histoire là mamie (oui c’était mamie aussi), celle où ils l’ont cloué !”

Ceci d’un ton déterminé (voire même sadique, les enfants étant inconscients), très intéressé, et même pas impressionné. Mon père fit une petite grimace : cette enfant avait bien le temps d’apprendre que l’homme est un loup pour l’homme et sa mère était priée de se servir un coup à boire plutôt que de traumatiser (?) son arrière petite fille avec des récits sanglants à l’heure de l’apéritif (car c’est sanglant de A à Z)

Du coup la pauvre arrière grand mère se rabattit sur le cimetière à la Toussaint suivante avec Pulchérie (Delphine têtant toutes les 3 heures avec application) ne s’avouant pas vaincue. Dans ma famille on n’est pas très cimetière, voire même pas du tout, encore que celui du village où habitent mes parents soit ravissant et qu’on y ait plein de monde dedans (d’ailleurs c’est ma volonté, je veux y non être un jour). Bref ce n’est pas l’endroit où j’emmenais promener Pulchérie et quand j’y vais, c’est toute seule et en dehors des jours obligatoires, un jour de cafard gris, car je le trouve apaisant (et que c’est fou le monde que je connaissais vraiment qui y non est maintenant !). Ma grand mère y allait elle très souvent.

Donc visite au cimetière avec allusion au paradis où l’on va forcément un jour si l’on est sage (hem), parce que Jésus est mort sur la croix pour cela et tout le blabla. D’ailleurs toutes les personnes qu’elle lui faisait “visiter” la regardaient de là-haut et l’attendaient ce qui inquiéta la petite. Pulchérie nous demanda des précisions sur le sujet à son père et moi, grillant ainsi son arrière grand mère cette innocente… Seule réponse à faire à une enfant de 4 ans : “tu as bien le temps d’y réfléchir, tout ça ce sont des bêtises et je vais te lire Bambi (dont la mère… Non je vais te lire Merlin l’enchanteur)”, car à 4 ans on est immortel. En plus on ne tenait pas spécialement à la voir entrer un jour dans les ordres, pour peu que la grand mère réussisse son coup… Des années auparavant elle avait terrorisé ma soeur en lui disant que si elle mourait elle deviendrait un ange : le mot “ange” fut interdit pendant de longs mois…

N’empêche que Pulchérie adoraaaiiit aller au cimetière tous les ans, plusieurs fois par an avec son arrière grand mère, avec une prédilection pour la Toussaint. “C’est joli maman, c’est plein de fleurs, je peux courir sur les tombes et me suspendre aux croix….” (je la visualise pleinement en train de faire le zouave sur des tombes, ma grand mère ramassant les mauvaises herbes). Delphine était moins fan sur cette promenade là : rien à manger, et ce n’était pas elle qui aurait risqué de se casser un bras en faisant de la barre asymétrique sur une croix : on n’est jamais trop prudente devant les saints du paradis qui peuvent vous priver de desserts… Je me demande ce que font les enfants musulmans au cimetière : c’est la chose qui frappe le plus en pays musulman, cette absence de croix (de barres asymétriques où se surpendre). Je me demande également encore comment ma grand mère a pu laisser Pulchérie faire de la gymnastique dans le cimetière, mais elle n’a peut-être pas pu faire autrement : cette enfant adorait grimper partout et on arrivait souvent trop tard…

Posté le 7 novembre '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

Le gâteau de riz

Le_g_teau_de_riz_50333728Je vous en ai déjà parlé, Jean Poirotte (papa), adore faire la cuisine (ici)

Vendredi 3 novembre, l’heure est grave, il lui vient à l’esprit de manger un gâteau de riz. Manque de bol, Mrs Bibelot s’esbigne avec une amie en séjour chez eux pour quelques jours, afin d’aller faire les boutiques et probablement éviter de faire le gâteau elle-même. Elle lui précise tout de même “la recette est dans le placard de droite au dessus des plaques gaz”.

Je suis arrivée à la fin de ce grand moment de l’histoire culinaire et je ne suis pas restée dîner, ayant des choses importantes à faire (pas l’envie de goûter la chose).

Ma mère est comme moi, (enfin je tiens d’elle) quand elle a fait un plat une fois elle se souvient de la marche à suivre. Comme moi elle note sur un papier les ingrédients et point barre + quelques codes éventuels que nul ne saurait décrypter et c’est à cause de cela que sa grand mère a emporté dans la tombe son exquise recette de rillettes de lapin… (quelle famille !)

Jean Poirotte s’est donc retrouvé avec un papier sur lequel était inscrit “180 g de riz, 1 litre de lait, 150 grammes de sucre etc…“.

En avant pour trouver le riz (au lieu de chercher un livre de recettes). Comme elle savait elle, qu’il faut du riz rond, elle ne l’a pas précisé sur le papier (d’ailleurs tout le monde sait cela). Jean Poirotte a donc fait cuire de l’incollable de chez l’eusse-tu cru dans le lait avec le sucre. Il a sorti un moule et s’est rappelé qu’il fallait faire un caramel (non indiqué sur le papier non plus, faisant certainement partie du etc… ce sont les proportions du riz au lait dont Mrs Bibelot ne se souvient jamais). Quand je suis arrivée il était en train de se brûler les doigts avec le moule en y répandant le caramel (c’est chaud).

Puis le dialogue du siècle : Elle/lui :

  • Où diable as-tu mis les raisins secs qui trempent dans le rhum ?

  • Quels raisins secs ? putain ça brûle ce truc ! passe moi un dessous de plat viiiite !

  • Tu sais bien qu’on met des raisins secs dans le gâteau de riz ! Remarque ça tombe bien, il n’y en a plus… Tiens le voilà ton dessous de plat fait gaffe à ma nappe.

  • Tu ne met pas toujours de raisins, ta grand mère n’en mettait jamais, d’ailleurs ce n’est pas écrit sur le papier

  • Et dis-moi qu’as-tu pris comme riz ? Il a une drôle d’allure ton riz au lait, arrête il y a assez de caramel  et fais attention à ma nappe !

  • J’ai pris le paquet de riz dans le placard de gauche

  • Mais non pas celui là, il faut du riz rond pour le riz au lait, pas du riz long !

  • Et il est où ton riz rond à riz au lait ?

  • Dans l’arrière cuisine sur l’étagère de gauche, tu sais bien qu’il faut du riz rond, tout le monde sait cela

  • Bon maintenant il te faut battre les oeufs en omelette

  • Quels oeufs ?

  • Ceux qu’il faut mettre pour que le gâteau tienne ! Il en faut 4

  • (moi) : non 6 : 4 entiers + 2 jaunes

  • Ah zut il n’en reste plus que 2. Comment cela se fait que je nous laisse manquer d’oeufs? Bon bah ça ira avec 2.

  • Je bats les oeufs et j’en fais quoi ?

  • Tu les mélange au riz refroidi ou tiède, tu mets dans le moule et tu fais cuire (soupir)

  • 45 minutes plus tard : c’est bon, tu peux sortir le gâteau du four

  • Il a une drôle de tête on dirait du riz au lait tout simple !

  • Evidemment il n’y avait pas assez d’oeufs. Ca nous fera du riz au caramel…

  • ….

  • Tu ne reste pas dîner ma chérie ?

La vie n’est qu’un long calvaire ! (et oui je sais je fais partie d’une famille un peu originale, c’est ce qui fait tout son charme)

Posté le 6 novembre '06 par Calpurnia, dans Tous aux abris. Pas de commentaire.

A comme Agoraphobie, ou la connerie humaine

Je_n_aime_pas_la_foule_pop040Depuis ma plus tendre enfance, je souffre d’agoraphobie.

“Peur irrationnelle se manifestant dans des endroits publics et/ou des espaces découverts”

En fait je n’ai pas peur dans les espaces découverts et vides, ça m’est égal qu’il n’y ait personne et que ce soit une morne plaine, par contre j’ai une peur panique de la foule, à tomber dans les poires. J’attends donc que l’on divise la définition en deux (peur des grands espaces OU peur des espaces trop peuplés)

La foule c’est con. Nous sommes cons, donc, les gens (dont moi) sont cons surtout en foule, parce si l’on prend tout le monde un par un tout va bien… Donc pour moi il n’est pas irrationnel d’avoir peur de la foule, parce que c’est très con (la foule, pas de prendre les gens un par un).

Une scène d’horreur dans un film, pour moi c’est une foule en délire prenant quelqu’un à parti, un lynchage, une prise d’otage, je ne sais pas… Une foule contre des innocents (même s’ils sont coupables ça me troue). J’ai le sang qui quitte ma tête pour se précipiter dans les pieds, je suffoque, j’ai dû vivre cela dans une vie antérieure. Même des gens qui chantent un 14 juillet ou un soir de victoire de coupe du monde, ça me terrifie, parce que tout peut changer d’un moment à l’autre et que là où il y a foule il y aura des morts.

Pour moi la foule c’est le calvaire de la princesse de Lamballe ou de Mademoiselle de Sombreuil buvant un verre de sang pour épargner la vie de son père. C’est la malheureuse que l’on tond un soir de “libération” dans “la liesse populaire” (en chantant avec bonne conscience), le noir victime du Ku Klux Klan, le pauvre soldat allemand de 17 ans égaré en France en 1945. C’est l’horreur. C’est aussi cette joie émouvante de la libération (suivie de quoi d’autre ?). C’est un personnage à part entière que la foule, avec ses humeurs bonnes ou mauvaises, changeant d’un quart d’heure à l’autre, avec ses paranoïas multiples.

La foule c’est n’importe quoi. Incontrôlable si l’on n’a pas fait science pö et 90 ans de psycho. C’est heureux, ça hurle sa joie et aussi sec cela se retourne contre n’importe qui, n’importe quand, au son de n’importe quel adage. La grande qualité de politiques que je qualifierais personnellement de “cons mais pas bêtes” est de savoir se servir de la foule et se barrant quand il en est encore temps, avant qu’un anonyme ne hurle “mort à Danton !”.

Je n’ai pas envie de faire partie d’une foule et d’être manipulée par la liesse ou la haine populaire, donc j’évite la foule (surtout qu’elle pourrait me piétiner au passage, la foule ça marche sur n’importe quoi). Quand ça commence à serrer un peu, je tombe dans les poires en vrai (je ne peux plus respirer) et me fais ramasser par de séduisants pompiers, mais n’empêche : je n’y vais plus, parce que sinon c’est au risque de me faire piétiner. Du coup j’évite autant que faire se peut la foule (en bonne chochotte, la victoire de la France en 98 et le retour de l’équipe à Clairefontaine m’a vaccinée à jamais et le Christ peut revenir : je ne me dérangerai pas pour l’écouter).

J’ai assisté dernièrement à un effet de foule sur un blog. Ne manquait que le son pour que l’horreur soit complète.

Donc une personne adulée qui publie un malheureux billet demandant un petit soutien à son blog. Rien que de très normal (enfin de pas choquant en ce qui me concerne), et de très bien expliqué, on sait où l’on va, qu’il n’y a pas d’obligation, on sait que tout continuera comme avant et que chacun fait comme il veut. Simplement on apporte son soutien ou pas. Cool relax, pas de souci me dis-je en quiche yvelinoise qui n’ait rien comprit à la vie malgré mes ans chaque année plus douloureux à porter…

Le soir j’ai pris avec stupéfaction connaissance d’environ 240 commentaires + un autre billet d’explication et les commentaires allant avec. Ca partait gentiment au départ, les commentaires restaient pondérés pour ou contre, choqués ou pas, quand tout à coup paf ! effet de foule. Il a suffit d’un post franchement méchant pour que cela se déchaîne.

J’aimerais que l’on prenne d’assaut le ministère des finances comme on a pris d’assaut le blog d’Hélène. Ah oui j’adorerais ! Parce que là c’était grave : “tu n’as pas honte ? 1000 personnes vont donner 3 euros pour toi, c’est facilement gagné à 1000 lectrices par mois” (la jalouse qui n’a pas un lecteur et qui confond mois et jour, et Hélène n’avait rien exigé, elle n’annonçait pas que son site devenait payant, “et pourquoi tu ne bosse pas ?” “il y en a d’autres qui ont plus besoin de fric que toi”… ETC…

Qui envoie un mail à qui de droit en disant “QUOI mes impôts locaux servent à payer une soirée au gagnant du village fleuri, à 150 Euro l’invité et il y en avait 1000 avec leurs prix de consolation ?” “Quoi ? vous vous déplacez aus USA aux frais de la population pour remettre la légion d’honneur à un pompier de New York” ? “QUOI ?” Ben non ça la boucle grave, pas envie d’être fiché (vous l’êtes…)

Qui se permettrait un tel débordement avec son gouvernement ? (ça ne lui ferait pas de mal pourtant). QUI a pollué la boite mail d’un technocrate en demandant des comptes ? Mais il a fallu qu’on vienne hurler anonymement que ce blog ce n’était pas un travail… Qui ne méritait aucune rémunération.

Ce n’est pas le problème (pour moi), le fond m’importe peu. Le problème c’est le cri anonyme et venimeux dans la FOULE.

J’adore le côté anonyme. On crie un bon coup et si l’on tombe bien tout le monde va suivre. C’est comme cela que l’on décapite la princesse de Lamballe (joli coup !) et que l’on tend en ricanant certainement un verre de sang à Mademoiselle de Sombreuil en se disant “merde elle le boit”. C’est courageux en diable, c’est pour moi la connerie humaine à l’état pur que de se retrouver en mouton de Panurge à suivre n’importe quoi.

Les commentaires timides du début, les premières s’offusquant léger et correct, ça allait. Mais après déferlement de commentaires de trolls qui feraient mieux d’écrire à JC (ChiChi, ne vous égarez pas je sais qu’il y a longtemps que l’autre a fait son ascension et qu’on a un jeudi férié en mai grâce à cette virtuosité aéroplane et souvenez-vous-en… (comment ça vous n’êtes pas croyant et vous respectez le jeudi de l’ascension ? J’hallucine !!!)).

Parce qu’il y a eu le correct pour, le correct contre, et puis tout à coup la connerie trollesque, les voix criant anonymement dans la foule, celles que l’on suit souvent, plus que les autres d’ailleurs. Et là on se lâche, bien à l’abri dans l’anonymat, en se permettant n’importe quoi.

Et si l’on avait été dans une foule, que se serait-il passé ? Une anonyme(j’ai moyen vu de mâles sur le sujet), aurait crié “va bosser connasse, ou crève”. Et là tout le monde aurait fait quoi ?

Baillonner l’anonyme n’est pas dans mes cordes, sauver l’héroïne au péril de ma vie je ne peux pas le jurer vu que j’aurais été chez moi, loin de la foule… Et vous ? Vous tournez les talons et vous partez ? Vous linchez la personne incriminée ? Non ? vous ne faite rien ? Alors pourquoi y a-t-il dans l’histoire des foules en délire ?

Je n’accuse personne. Simplement, ça me fait peur même à lire. Car même sur un blog, on peut retrouver un effet de foule et faire une crise d’agoraphobie (pas grave j’ai du tranxène).

Et vous la foule, ça vous fait le même effet qu’à moi ?

Posté le 4 novembre '06 par Calpurnia, dans Dictionnaire d'une civilisation tordue. Pas de commentaire.

Moi et le téléphone (déjà)…

Je_t_l_phone_53328817J’avais une chance inouie : mes parents avaient le téléphone. Il faut dire que Jean Poirotte s’était mis à son compte et qu’il attendait les appels de clients potentiels. Sinon les médecins et les riches étaient les seuls à l’avoir (le téléphone).

Pendant longtemps mes parents furent les seuls à posséder un combiné dans tout l’immeuble. Celà nous posait un peu et permettait à mes copines de me traiter de crâneuse (même pas vrai, je trouvais cela normal, mais cela leur faisait plaisir). En cas de problèmes médicaux graves en pleine nuit, les voisins venaient timidement sonner chez nous pour que l’on appelle le médecin d’urgence.

C’était un téléphone noir qui sonnait pire que l’alerte des pompiers le jeudi à midi pile. Oui en cette époque préhistorique, c’était le jeudi le jour sans école. A la naissance de la dernière, maman fut obligée de cerner la sonnerie avec des coussins pour éviter que BB ve soit réveillé en sursaut et en hurlant de terreur (justifiée) par la sonnerie DRIIIIIIINNNNNNNGGG !

Quand je fis connaissance avec meilleure amie à l’âge de 12 ans (donc on se fréquente depuis 36 ans), le téléphone se répandait petit à petit. Ses parents avaient également le téléphone + la télévision, mes parents eux étant réfractaires à l’unique chaîne.

Bien évidemment, une fois rentrée à la maison en bus ou en vélo, je n’avais qu’une idée en tête : appeler meilleure amie pour lui raconter la dernière du jour, alors que l’on s’était quittées une demie heure plus tôt.

A l’injonction “raccroche, ton père attend un appel et va faire tes devoirs”, je boudais un peu, histoire d’exister, et m’éxécutais en silence tout de même.

Le temps passant je me mis à ramper sur le dalami et à faire la chandelle en parlant “codé/parents pas compris” pendant des heures avec meilleure amie. Tout cela pour ne rien dire. Enfin si c’était très important. Il faut dire que sa mère à elle travaillait (était donc absente pendant le coup de fil),  que meilleure amie était tombée amoureuse de son voisin de pallier (qu’elle a épousé et qui lui a fait 4 enfants, ils sont toujours ensemble merci). Elle l’avait croisé en rentrant du lycée et devait urgemment m’avertir de la nouvelle du jour.

  • Il m’a dit bonjour que dois-je penser ?

  • Il m’a regardée que dois-je penser ?

  • Il m’a ignorée que dois-je penser ?

  • Il m’a sourit que dois-je penser ?

Tout ceci pendant que cet innocent mangeait des chips en regardant la 1 ou la 2, vu qu’il n’y avait pas d’autre chaînes (l’arrivée de la 3ème chaîne fut émouvante pour tous).

Je passe sur les coups de fil idiots (il y en a eu très peu, si si… j’insiste). Genre “j’ai fait du thé très fort, c’est super pour teinter les jambes !” “La tomate c’est génial contre les points noirs” “qu’est-ce que je fais demain matin, je fais semblant d’avoir crevé ? pour voir s’il me porte secours ? (roue dégonflée à juste regonfler à coup de pompe à vélo, ancêtre de la bombe anti crevaison)

Au bout de deux heures, maman m’intimait l’ordre de raccrocher “ton père cherche peut-être à nous joindre” (argument bidon et suprême, mon père a toujours détesté le téléphone, comme Albert).

Ces mères quelle plaie ! La vie n’était déjà qu’un long calvaire… voir là

Posté le 3 novembre '06 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire. Pas de commentaire.