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Le repas des anciens…

SourireDans la commune de mes parents, a lieu chaque année vers la fin de l’année, “le repas des anciens”. Quand j’étais petite on appelait cela “le repas des vieux”.

Tante Hortense et mon arrière grand-mère s’y rendaient toujours avec plaisir (la dernière nous a quittés à près de 100 ans en 1989), retrouver tous les anciens dont une majorité d’anciennes, car 14/18 était passé par là. Mon grand père n’y est lui, jamais allé, parce qu’il ne s’est jamais considéré comme “ancien”.

C’était la génération féminine de la flute de champagne en appéritif, du déjeuner classique, un doigt de liqueur après le café (à leur âge, point trop n’en faut). Sauf que le temps passant, les “anciens” changent et que les “vieux” ne sont plus ce qu’ils étaient…

Les anciens sont admis à partir de 70 ans. Mrs Bibelot assiste à ce repas en tant que bénévole depuis déjà 3 ans, mais cette année pour la première fois, Jean Poirotte y était convié avec son épouse bénévole et invitée. Il est parti en faisant “bof, c’est bien pour faire plaisir à ma femme”. En apparté il m’a prévenue : s’il s’emmerdait il rentrerait à la maison en lousdée…

Là évidemment il a retrouvé plein de potes de sa jeunesse à lui, tous plus ou moins revenus dès qu’ils en ont eu l’occasion dans le village de leur jeunesse. 70 ans, comptez bien, ils avaient 20 ans en 1957. C’est l’époque où dans le village il y a eu une floppée de mariages suivis d’une floppée de prématurés (dont moi). Devant la minuscule coupe de champagne de l’appéro, il y en a eu deux ou trois pour demander si un pastis c’était possible, ou un whisky alors, 5 pour demander s’il y avait d’autre champagne au frais, etc, les femmes n’étant pas de reste.

Si l’on compte toujours bien, c’est la génération qui est allée danser dans les caves rue de la Huchette ou ailleurs, qui a dansé le rock à n’en plus finir. Ce n’était pas les enfants du baby boom mais ceux juste avant guerre. Ce sont les enfants de Brel, Brassens, the king, les Platters, Mr 100.000 Volts. Les “mamies” ont porté des jupes larges en vichy, se sont fait une choucroute à la BB, ont mis les premières ballerines non pour danseuses et les premiers “black jeans” et de l’eye liner sur les paupières. Les “papy” ont scandalisé en aidant Bécaud à casser des pianos à l’Olympia, ils ont écouté les débuts de Jôôny et traumatisé leurs parents à vouloir une mobylette (m’en fiche de savoir pédaler), et comme leurs femmes, des jeans avec basket. Sans la guerre d’Algérie, ils se seraient vraiment bien marrés… (d’ailleurs à les écouter, ils se sont bien marrés à faire le mur pour aller danser le rock jusqu’à pas d’heures certains samedi et préparer la génération future grâce à la méthode Ogino qui faisait des ravages à l’époque…)

Alors quand l’animateur a commencé à chanter “c’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman, voici des roses blanches toi qui les aime tant”, il y a eu comme un blanc et seulement peu de réponse (même des 90 ans égarés là et regroupés), ce n’était pas vraiment de leur génération.

Le maire est allée rechercher du picrate de rab dans sa cave personnelle et du champagne quand il a senti que certains allaient s’incruster le soir pour terminer les restes, parce qu’il y avait trop de restes et toujours une envie de danser… Tout le monde a dansé, surtout le rock et des madisons à n’en plus finir (à la grande stupéfaction de l’animateur qui, à environ 60 ans, avait été formé à autre chose…). Les mamies ont raconté des histoires lestes et rappelé les ragots de leur époque amplement justifiés, et les  papy se sont bien poilés en se rappelant que truc avait dragué leur femme avant eux, ce qui était parfaitement exact…

Parce qu’une femme de 70/75 ans n’a plus rien à voir actuellement avec sa grand mère à son âge, et son mari non plus, rien à voir avec son grand-père. Alors l’ambiance n’est pas vraiment la même qu’il y a encore 20 ans… Mrs Bibelot avait des courbatures d’avoir trop rocké et madisonné…

Alors nous avons bien rigolé en imaginant un repas des anciens organisé dans 10/15 ans pour les baby-boomer, les soixante-huitards qui ont dépavé des rues, bravé les CRS, fumé des joints, et déclaré “interdit d’interdire” “si dieu existe c’est son problème” (entre autres choses, je ne parle pas du sexe, je vous laisse imaginer leurs conversations). Horreur pour les organisateurs :

  • Tu as pensé au coca ?

  • Non pourquoi ?

  • Tu sais bien qu’ils boivent tous du whisky coca !

  • Non j’ai pris du jus d’orange et de la vodka. De toutes manières j’ai oublié le whisky, alors le coca…

  • Ce n’est pas suffisant. Et tu as pensé aux.. Enfin bref, tu as pu avoir une barette ou deux de sheet ?

  • Oui, mais mon petit fils n’était pas trop d’accord… Et je ne sais pas rouler ça…

  • T’inquiète, eux, ils savent très bien. Et pour la musique ?

  • Le rock non ?

  • Malheureuse ce sont les pink floyd, les doors, les stones, les beatles éventuellement à défaut de mieux.

  • Je vais voir dans la collection de vynil de mamie et je reviens…

  • Prends son électrophone au passage, le DJ, heu, l’animateur, n’a que sa guitare…

Quand je vous le dis que la vie n’est qu’un long calvaire…

Posté le 3 janvier '08 par Calpurnia, dans Tous aux abris.
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Un commentaire »

Comment par Bruno
2008-12-31 01:17:24

Il va y avoir un gros boulot a faire pour former le personnel des maisons de retraite, parce que faut pas melanger les rockers et les punks, ça va finir à coup de canne…
Trés bon celui là aussi…rires

 
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