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Backdraft… (la guerre du feu part 2) (…)

200471538-001Après un premier feu de ronces et de bois mort, la semaine suivante après 3 jours de pluie, il nous fut impossible d’allumer un deuxième feu, et le débroussaillage continuait, dont les ouvriers les plus acharnés mettaient les débris en tas. Tas qui grossissaient…

Pulchérie a une haine particulière pour les ronces qui s’entassaient dans son coin, les hommes s’occupaient plutôt des arbres morts. Bilan : 2 énormes tas, encore de quoi alimenter un feu. En attendant le reste à venir…

Quand j’étais adolescente, l’équipe de chasse de mon père et de mon grand-père, consacrait un ou deux dimanches après la fermeture, pour dégager un ou deux layons sur le territoire du patron de la dite chasse. Pour dégager là aussi, il fallait terrasser les ronces, les épines noires surtout, les arbres envahissant l’endroit normalement essarté, le tout étant brûlé dans une clairière bien dégagée. Certains dimanches, le tas de braise pouvait faire près d’un mètre et en fin d’après midi, tout le monde faisait griller merguez et saucisses sur un feu que l’on n’entretenait plus, le laissant s’éteindre.

On m’a donc inculquée très jeunes des bases importantes de prudence élémentaire face à un feu, concernant particulièrement le retour de flammes ou de chaleur soudain. Les moins de 18 ans s’approchant trop du feu s’en prenaient une (sans que personne ne porte plainte). S’assurer que le feu est vraiment éteint avant de partir faisait également partie des règles de base, donc tout le monde ne partait qu’à la nuit tombante, quand la moindre petite braise se repère bien.

Là dans le petit bois de Pulchérie, le dimanche suivant celui où faire un feu s’était révélé impossible, il avait fait très beau toute la semaine et tout était sec archi sec. J’ai pu allumer mon feu du premier coup, le seul problème étant que ce jour là, il y avait du vent assez fort, tournant sans cesse, et que l’alimentation de MON feu se faisait donc au fur et à mesure à petite dose.

Plus haut, les “jeunes” ont eu l’idée saugrenue d’allumer LEUR tas de ronces et de bois mort (le tout bien sec), plutôt que de le déplacer au fur et à mesure chez moi.

Le résultat fut que le tas bien haut s’embrasa d’un coup, projetant des flammes tournantes à plus d’1 mètre de haut. Ma soeur fut persuadée quelques minutes s’être crâmé les cils et les sourcils, et il fut impossible de s’approcher du brasier pendant près d’1/2 heure, pendant que je rouspétais un peu plus bas sur une telle imprudence. Peine perdue, la vieille prône toujours une prudence excessive et est toujours en train de flipper pour RIEN !

Avec mon petit feu dont j’ai passé 3 heures à faire le tour pour éviter les flammes tournantes et les fumées faisant de même, il parait donc que je “flippais” stupidement. N’empêche que quand le brasier du haut commença à se calmer, on m’apporta les brouettes de “à brûler” au lieu d’alimenter l’autre feu qui en avait pour des heures, c’était évident.

Ceci avec ma petite nièce gambadant autour de MON feu, inconsciente totalement du fait qu’elle pouvait trébucher et tomber dedans, ou qu’un brusque retour de flamme pouvait l’atteindre (c’est impressionnant des flammes qui partent tout à coup à l’horizontale, pas pour longtemps, mais de quoi vous brûler grave) .  Seule la menace de “s’en prendre une” la calma un peu, l’idée d’être happée par une flamme soudaine l’interpelant peu, tout comme l’idée qu’elle pouvait se casser la figure.

Vint le moment où il fallu cesser d’entretenir les feux, pour qu’ils s’éteignent, ceci en plein bois pour le feu “des jeunes”, avec le risque que le vent (particulièrement fort et tournant ce jour là (bis)) n’emporte des braises assez conséquentes pour enflammer le sous-bois. Et un pompier vous le dira : une braise conséquente cela peut être une cigarette non éteinte… Vous visualisez la taille de la braise…

Gendre n° 1 fut vraiment sensible à mes avertissements, les autres aussi d’ailleurs (depuis je fais la vestale et ma soeur vérifie que le feu est bien éteint).

Car là, cela aurait pu être “adieu petit bois pour le mariage”… On ne sait jamais avec le feu. Tout peut s’embraser d’un coup, ou refuser de s’allumer…

Mon feu vraiment éteint, toutes braises écrasées et ne dégageant plus de chaleur ou de fumée, il fallu se résigner à recouvrir de terre l’autre foyer qui pouvait visiblement vivre de lui-même plus ou moins en douce, pendant des heures.

Les garçons ont donc recouvert de mottes de terre glaise l’ensemble de ce foyer, et nous sommes partis la conscience en paix.

La semaine d’après nous attendaient de magnifiques briques de toutes les formes sur le fameux foyer…

Grâce au mariage de Pulchérie et du gentil, nous venions de ré-inventer la poterie… Ils auraient pu faire des boules rondes pour un kit pétanque, mais même pas… Ne parlons pas de jarres ou de timbales…

Ce qui ne m’empêche pas de penser que puisqu’on inflige à ces pauvres gosses le code de la route au collège, on pourrait faire se déplacer des pompiers pour 2 ou 3 heures afin de leur expliquer, les dangers du feu, ce qu’il faut faire ou pas.

Combien d’accidents de barbecues chaque année ? Combien de friteuses qui s’enflamment ? Combien de victimes qui auraient pu être épargnées ?

Faire du feu c’est sympa. Ne JAMAIS oublier qu’il se nourrit de tout, et que sa vie souvent nous échappe, car elle est incompréhensible même si fascinante

Hommage au passage, à tous ces hommes et femmes qui ont donné leur vie pour lutter contre lui. Le véritable héros du film Backdraft est bel et bien le feu.

Nous le maîtrisons finalement à peine pour peu qu’un vent tournant vienne nous dérouter, alors n’oublions pas nos limites !

Mais bon, Pulchérie et le gentil n’en avaient toujours pas fini ce jour là, avec le petit bois…

Posté le 19 mai '10 par Calpurnia, dans Histoire de sorcière. 14 Commentaires.

La guerre du feu (part 1) (Le mariage de Pulchérie…)

200471538-001J’ai découvert ce livre très jeune, et plus tardivement que JH Rosny Ainé avait écrit d’autres livres sur la préhistoire, dont un concernant l’ancêtre de Naoh… (collection Bouquin ou Omnibus, je ne sais plus trop, car offert à papa et donc dans sa bibliothèque alors que je suis chez moi).

Je suis donc allée, en cloque de Pulchérie jusqu’au menton, voir le film de JJ Annaud en 1981. Pour ressortir de la salle en me demandant comment je pouvais marcher sur du macadam, tellement le film était prenant. Film tellement extraordinaire que l’on n’a pas besoin de vrais dialogues pour tout comprendre. Car de dialogues, il n’y a pas vraiment…

Deux choses m’avaient frappée dans ce film. La véritable angoisse nait quand on sait que l’homme n’est pas loin. Plus forte que face aux animaux féroces, la peur de l’homme domine l’histoire. De la tribu trop proche, on doit se méfier. C’est toujours valable. C’est en nous, ancré profondément que l’homme est un loup pour l’homme (et ce n’est pas sympa pour les loups). La peur de l’autre a engendré le racisme et elle vit toujours en nous. Perdus je ne sais où, à la vision d’un feu ou d’une lumière, nous ne nous rendrions pas immédiatement d’où vient la vision, sans appréhension…

Et puis évidemment, il y a cette attraction pour le feu qui réchauffe, qui cuit, qui protège, qui éclaire la nuit incertaine, ce feu qui fera que l’homme dominera le monde animal parce qu’il le maîtrise.

Enfin, qui sait le conserver avant de savoir l’allumer… C’est le plus important du film, ceux qui savent et ceux qui apprennent… Il y a ceux qui partent chercher du feu pour le conserver, et ceux qui vont leur apprendre à le créer.

Dans le petit bois de Pulchérie que l’on dégageait, j’ai pu constater que cet attrait pour le feu était toujours d’actualité.

Via moi tout d’abord. Allumer, entretenir un feu de cheminée ou autre  j’adore. Je fais cela très bien, même si je me sers d’allumettes et de papier journal en me demandant parfois comment putain diable nos ancêtres pouvaient procéder sans ces ingrédients du progrès.

Et puis mon neveu et ma nièce étaient aussi impatients que moi à l’idée d’allumer un feu et de l’entretenir. La première fois, le tas de brindilles et de ronces refusait de s’embraser et j’allais y laisser mon briquet. Mon neveu est donc parti dare dare chercher de quoi procéder à l’allumage chez mes parents. Puis sa soeur arriva avec des herbes archi sèches en gros paquets et avant le retour du minot, le feu flambait.

Qu’elle revenait alimenter en m’apportant d’autres morceaux de bois et de ronces, sans se lasser. Son frère revenu, mis de côté journaux et allumettes pour entretenir lui aussi ce feu quelque part sacré, que nous avions pu allumer (avec un briquet…).

La soirée et notre départ approchant, il fallu bien laisser s’éteindre le brasier, à leur grand désarroi. Ils étaient prêts à l’entretenir toute la nuit ce feu… Me voir épier les dernières braises et les noyer d’eau a été pour eux un moment de grande tristesse…

Instinct,  souvenirs ancestraux ?

Avec tout de même ça et là, un certain manque d’instruction concernant les dangers du feu…

Mais vu le boulot dans le petit bois, nous n’étions pas prêts de voir se terminer notre film à nous…

Car : la vie n’est qu’un long calvaire !

Posté le 16 mai '10 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !, Histoire de sorcière. 17 Commentaires.

Le mariage de Pulchérie (6/?)

Endora

Le nouveau petit bois me déconcerte quelque peu quand je rentre de la Grande Motte. Une brèche a été faite dans les épines noires, effectivement ce bois est plus agréable que l’autre, mais… Quel boulot.

Il faut éliminer les ronciers qui ont prospéré pendant plus de 20 ans (alors que dans le petit bois de mamie il n’y en a quasiment pas, because manque de lumière), aplanir le terrain aux endroits stratégiques. En ce qui concerne les ronciers, c’est digne de “la belle au bois dormant” et à mon avis le dessinateur avait dû en éradiquer contre mauvaise fortune bon coeur et s’est bien vengé…

Le débroussaillage, je n’en parle même pas, c’est ce qu’il va falloir faire en premier pour accéder au fond du terrain…

Pulchérie fait ses plans, ses calculs, mais on commence mollo… Début octobre le 26 juin semble loin. Pourtant il va falloir franchir l’hiver et des périodes où il sera impossible d’aller dans le bois.

Puchérie déclare la guerre aux ronces. Certaines ont un pied gros comme son poignet, et grimpent jusqu’en haut des arbres : qu’importe, elle a leur peau. Gendres n° 1 et 2 s’attaquent eux, au sol pour éliminer les arbrisseaux inutiles et qui de toutes manières sont étouffés par les ronces. Le temps passant, l’urgence apparaît de s’activer beaucoup plus, et à plus nombreux, quand la neige est enfin fondue. Il faut notamment niveler chaque zone de la fête, et les garçons s’y collent avec une énergie et une efficacité dignes d’un passé de cultivateur à l’ancienne (avant l’invention du motoculteur entre autres).

Evidemment je profite de cette période pour faire mon intéressante me ruiner au cours de crises de somnambulisme (qui réapparait, mais c’est une autre histoire) :

  • L’épaule gauche (6 semaines)
  • Le ventre
  • Deux côtes dont une flottante dont on se demande à quoi elles servent (les côtes flottantes)

De toutes manières quand je ne somnambulise pas, mon dos, héritage de papa (on le remercie), se rappelle à mon bon souvenir. Je ne suis pas d’une grande aide, sauf pour un truc.

MON TRUC :

Faire du feu…

Pour brûler ce qui est coupé et arraché. Mon instinct de vestale se réveille dès qu’est prononcée la phrase fatale “ce n’est pas le tout, mais il va falloir brûler au fur et à mesure”. Ma mère a des instincts de pyromane qu’elle assouvit dans son jardin, elle hésite avec les ronciers qu’elle déteste également, mais ne pourra évidemment pas résister à son désir d’entretenir avec prudence, le feu du dimanche…

Une guerre va bientôt éclater. Les futurs mariés ont délimité les zones (repas, danse, petit salon, traiteur, etc), qui sont donc nivelées, et Pulchérie tient absolument à conserver un petit rosier sauvage qui fera une petite séparation entre le coin “repas”, et le coin “dont l’attribution change tout le temps”.

Or, ce rosier est également envahi par les ronces et ma mère chaque dimanche depuis février, s’insurge, sécateur à la main, coupée dans son élan par sa petite fille “non mamie, là on ne touche à rien”…

Tous les dimanches, Mrs Bibelot lorgne en douce le roncier, toujours armée de son arme favorite anti ronces, en suivant du coin de l’oeil sa petite fille. Pulchérie pas si folle, n’est jamais bien loin, elle connaît sa grand mère.

Je ne prends pas position. Surtout pas. D’autant que j’ai droit à chaque thé quotidien au “il faudrait vraiment éradiquer ce roncier”… Je crains fort qu’elle n’aille un jour, dans le dos de tout le monde, accomplir son forfait au son après de “quelles ronces ?”

Quand le roncier par ma mère en douce aura été terrassé, du chou en Finlande je m’en irai planter…

Posté le 12 mai '10 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. 30 Commentaires.

Le mariage de Pulchérie (part 5/?)

Endora

Le dimanche suivant, Pulchérie me téléphone, enthousiasmée. Les amis de mes parents ont retrouvé rapidement l’emplacement de leur terrain.

Les buissons d’épines noires posaient un problème pour y pénétrer. Sur le coup ma fille s’est dit que si tout le terrain ressemblait à cela ce n’était même pas la peine d’y songer.

Mais le gentil et l’homme de l’art réussissent à ouvrir un passage dans les épines en dérangeant un sanglier mécontent…

Et la c’est un autre terrain. Bien exposé contrairement au petit bois de mamie, bien éclairé, avec ce qu’il faut d’arbres pour accrocher les lampions chers au coeur de ma fille qui voit tout de suite comment exploiter le terrain légèrement en pente, avec de petites clairières qu’il faudra dégager des ronces (ces trucs là n’ont besoin d’aucun engrais…).

C’est un autre petit bois, plus clair, plus smart, dans lequel ils peuvent faire ce qu’ils veulent même couper un arbre ou deux (alors que chez mamie c’était niet).

C’est abordable à pied, et il y a plein de place pour se garer en bas du chemin.

Et c’est officiellement que le petit bois de mamie est abandonné. Sauf que dans ce terrain là, il y a du boulot aussi pour que tout puisse être installé…

Car il faut penser “pluie”, “toilettes”, etc…

Et ma fille diaboliquement, de penser en fonction de nouveaux plans.

Avec des plans sur la comètes dans ce qui n’est plus de la lande, vous retrouverez votre sorcière en Finlande…

Posté le 11 mai '10 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. 6 Commentaires.

Le mariage de Pulchérie (part 4/?)

Endora

Dans le petit bois de mamie c’est décidé.

Rapidement mes parents et moi-même voyons toutes les contraintes et difficultés de cette idée. Pour avoir organisé de nombreuses fêtes parfois dans des conditions difficiles, nous savons d’expérience qu’il faut se préparer à toutes éventualités… (surtout celle à laquelle on est confrontés au dernier moment)

Difficile de faire comprendre à Pulchérie que nous ne sommes pas CONTRES son idée, mais qu’il faut bien tout envisager pour pallier tout problème de dernière minute…

Des mesures sont prises pour la taille des tentes et du reste, des plans sont faits pour voir où mettre quoi… Il y a les toilettes à prévoir, le traiteur à faire monter, les tentes à installer. Dans le petit bois de mamie c’est VRAIMENT PLUS QU’IMPOSSIBLE.

J’imagine ma fille pleurant parce qu’au dernier moment on lui annonce que ce n’est pas possible.

Donc, nous, les vieux, les défaitistes cogitons.

Le petit bois est difficile d’accès. D’un côté un chemin communal non entretenu, ravagé par tracteurs et 4×4 (je hais les 4×4), qu’une voiture normale ne peut pas emprunter alors qu’en haut on peut se garer aisément (et repartir de même) tellement les ornières sont profondes (je renonce avec ma voiture quasi neuve, car le pot d’échappement râcle dans le milieu).

De l’autre côté un chemin un peu abrupt qu’aucune voiture ne peut emprunter car il est barré. De plus en cas de pluie ce chemin se transforme en véritable patinoire, car étant glaiseux comme pas possible. Mrs Bibelot me répétera au moins 50 fois “j’imagine ces dames en petites chaussures à talons, remontant ce chemin par temps de pluie”. Je l’avoue : parfois ma mère m’énerve. Je soutiens silencieusement ma fille et ne m’énerve pas, mais bon, le même truc à chaque visite, ça finit par crisper…

Pulchérie cogite toujours, prend toujours nos avertissements pour des “contres”, tout en se renseignant à droite et à gauche.

Et puis le mariage est repoussé pour 2010 à cause des examens du gentil. Le petit bois de mamie reste d’actualité pourtant, tout n’ayant pas été résolu.

Et puis un beau jour à la Grande Motte, en discutant de ce mariage avec nos hôtes, je me rappelle qu’ils ont un terrain, non loin du petit bois de mamie, donnant sur le chemin communal, pas trop loin de la route. Ils confirment.

Ils sont tout à fait OK pour prêter leur terrain boisé pour le mariage de Pulchérie, la remise en état de ce dernier ne pouvant que le valoriser. Reste à retrouver les bornes et l’emplacement du dit terrain, cerné par des buissons d’épines noires…

J’en parle à Pulchérie au téléphone, je lui passe nos hôtes qui essayent d’expliquer où se trouve le dit terrain (petit bois moins boisé). Leur fils se dérange et s’y perd. Tous les terrains de cette parcelle sont non entretenus, et cernés par les épines noires dont le mur (je n’exagère pas) fait bien 3 mètres… De haut? Pour l’épaisseur, faut voir…

Qu’à cela ne tienne, nos hôtes rentrent dans 4 jours. Le dimanche suivant, ils ont RV avec Pulchérie et le gentil sur le “chemin des vieilles vignes”, pour leur montrer le terrain… Nous sommes en septembre 2009, c’est le dernier carat pour décider du bois ou du bois…

A vous flanquer la gueule de bois…

Car comme vous le savez, la vie n’est qu’un long calvaire…

Posté le 9 mai '10 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. 12 Commentaires.

8 Mai 1945

RolandMai 1945. Le 8 mai, date anniversaire de Mrs Morgan, l’armistice est signée. La guerre est enfin terminée. L’europe est dévastée, les morts se comptent par millions de par le monde et surtout chez elle… Mais pour l’Europe c’est terminé. Il y aura d’autres horreurs (deux bombes atomiques lancées sur des civils) mais pas pour elle. Elle s’en fout l’Europe, elle n’en peut plus…

Mrs Tricot n’a plus de nouvelle de son mari depuis 6 mois, pour elle, il est mort. Ses lettres sont sans réponse. Elle survit, résignée, attendant des nouvelles éventuelles de compagnons de stalag de son mari (la photographie a été prise au stalag). L’armistice est juste signée, mais il y a un bon moment que les américains et russes libèrent des camps multiples, que cela rentre en France. Il y a un moment que l’on sait tout ce qui a pu se passer de l’autre côté de la frontière, là-bas, en allemagne, le mot “allemagne” étant craché par beaucoup. Et l’hôtel Lutecia accueille des moribonds qui pétrifient tout le monde devant leur aspect…

Le récit m’a été fait par Jean Poirotte et par elle également. Lui, petit garçon à l’époque, qui ne se souvenait pas de son père vraiment, mais qui lui envoyait des baisers vers l’est tous les dimanche, dormait dans le lit de sa mère qui pleurait beaucoup quand elle était là, depuis un petit moment (6 mois c’est long quand on est gosse).

Mrs Tricot était venue passer quelques jours chez ses parents. Elle travaillait et l’entreprise qui employait son mari également avant (et après d’ailleurs), a versé aux femmes de prisonniers, le salaire du mari, intégralement, pendant toute l’occupation. Elle n’était donc pas dans la gêne, mais était venue voir son fils scolarisé chez ses grands-parents en prenant quelques jours de congés.

Beau temps. Se laver les cheveux, c’est le jour du mois où il faut le faire. L’eau courante dans la maison, mais un évier inconfortable, elle descend à la pompe avec son savon fait maison (cendre et potasse), en jupe et calicot. Jean Poirotte aime bien regarder sa mère se laver les cheveux en criant que l’eau est glacée, et il l’aime bien en petite tenue (Oedipe quand tu nous tient)…. Il pompe l’eau pour remplir le broc, il se sent utile.

Elle en est au rinçage et c’est froid. Le savon lui a brûlé le crâne il faut tout bien rincer… Cavalcade dans la rue tout à coup et hurlement !

“Mrs Tricot, Mrs Tricot, votre mari au téléphone !” C’était le maire. Il n’y avait que deux téléphones dans le village : un à la poste et l’autre à la mairie. Et là, Jean Poirotte stupéfait, vit sa mère se relever en lançant de l’eau partout, et partir en courant “à moitié nue” (en calicot) dans la rue, vers la mairie. Elle a avoué après coup qu’elle serait partie de même en “combinaison”…

Oui c’était bien son mari, rentré à Versailles pour se faire démobiliser avant tout (la bureaucratie est toujours très humaine) et se pointant chez lui pour n’y trouver personne.

Le premier VRAI souvenir de Jean Poirotte en ce qui concerne son père est que tout le monde pleurait, sa mère aussi et surtout. Tout le monde est parti à la gare en gambadant (2 km à pied… ça use…) pour attendre l’arrivée du rescapé que tout le monde croyait mort.

Souvenir de l’arrivée d’un homme dont il avait oublié le visage, à l’air triste, dans les bras de qui sa mère s’est précipitée, le renvoyant lui, dans un autre monde, puis qui l’a serré très fort contre lui en pleurant qu’il était un grand garçon maintenant, parce que tout le monde pleurait.

Et le soir… Et bien cet homme là, le père revenu, dormait avec maman et lui tout seul dans un lit loin de sa maman…. Abandonné de tous… Ne comprenant plus rien au monde…

Pas toujours facile d’avoir un papa. Et puis 8 mois après, deux petites soeurs…. L’émotion favorise l’ovulation double ou triple… Mrs Tricot a fait ce qu’elle a pu… Mais bon, elle ne s’est jamais trompé dans ses calculs en disant que ses filles étaient nées jour pour jour 8 mois après le retour de son mari…

Un papa qui rentre malade et épuisé, ayant vu trop d’horreurs n’est pas franchement top pour comprendre un petit garçon de 7 ans bouillonnant de vie, qui a son caractère et pas du tout l’intention de laisser un étranger lui donner des ordres et lui piquer sa mère.

Commençait un long combat… Quand les guerres sont enfin terminées, ne pas croire que c’est la paix….

Le 8 mai je pense à eux. A tous ceux qui ne sont plus là et qui ont connu cette guerre voire même celle d’avant.

C’est un jour de congés (que Giscard nous avait supprimé)… Un jour de souvenirs de ceux qui ne sont plus là pour m’en parler… Et une grande pensée pour ceux qui ne sont jamais revenus s’il vous plaît… Ceux qui n’ont pas connu la joie de la bonne  fin et survécu en fin de compte.

Pour eux la fin de vie n’a été qu’un véritable long calvaire…

(Réédition du 8 mai 2007)

Posté le 8 mai '10 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 14 Commentaires.

Madame Van Den Connasse…

57519856Suite à de nombreuses démissions du conseil syndical de la copropriété des immeubles, dont la mienne (de démission), Madame Van Den Connasse, d’origine turque comme tout le monde l’a bien compris, s’est retrouvée propulsée au rang de dictateur absolu du conseil syndical.

Dont l’avis pourtant n’est que vaguement consultatif (d’où les démissions à la chaîne, à quoi bon s’emmerder si votre avis n’est pas pris en compte ?).

Sauf que depuis qu’elle est à la tête du dit conseil, ses ordres sont suivis à la lettre par le syndic (des immeubles).

C’est louche, car c’est du jamais vu. J’en m’en vais enquêter à ce sujet… Si j’avais mauvais esprit je la soupçonnerais de faire des p*pes au responsable de la résidence, mais comme je n’ai pas du tout mauvais esprit, j’écarte momentanément cette hypothèse (le flag risque d’être ardu)…

Depuis qu’elle est (se croit) dictateur en chef, elle promène son chien toute la journée en notant les n° d’immatriculation qui sont garés sur les places de tel ou tel n°. Elle fait assemblée générale sur le parking, elle s’agite, elle brasse du vent (énergie non récupérable) et surtout, elle décide de choses importantes sans demander l’avis de personne (le conseil syndical se réunit 2 fois par an), dont la gestion du chauffage.

Sauf qu’elle habite le petit bâtiment A4, mais régente par la même occasion le B5 et le B6 (que j’occupe), dont les frais de chauffage sont inférieurs. En effet,  le A4 a sa propre chaudière, beaucoup moins d’appartements dont beaucoup sont source de déperdition, et bénéficie d’une orientation beaucoup moins protégée que nous (le B5/B6). Donc le chauffage leur coûte plus cher qu’à nous…

Moralité, début octobre, tout le monde se pelait le jonc (comme le bailli du limousin), surtout au B5 dont beaucoup de studios et 2 pièces  sont exposés nord est exclusivement.

Au B6 nous bénéficions du nord est, et du sud ouest, il n’empêche que quand le soleil est absent pour nous chauffer via les baies vitrées, on se pèle autant que les autres.

N’écoutant que mon courage, ma mauvaise humeur, et les stalactites qui me pendaient du nez, alors que mon thermomètre intérieur affichait 15°, un beau matin, j’ai appelé le syndic pour lui demander pourquoi le chauffage n’était pas allumé.

Il faut vous dire que depuis que j’habite cette résidence, le chauffage est toujours allumé, sauf 2 semaines en août pour une révision et d’éventuels changements de robinets de radiateurs. Il y a des palpeurs extérieurs qui le remettent en route en cas de besoin (juillet 2000 : 9° + pluie), le baissent quand la T° remonte, ou le mettent en veille quand la T° est correcte à l’extérieur. Ces palpeurs nous ont coûté la peau des fesses, je le signale au passage.

Le responsable de mon immeuble chez le syndic prend mon appel, embarrassé. Madame Van Den Connasse a interdit de rallumer le chauffage avant le 15 octobre.

Devant mon courroux, le pauvre homme convient qu’il ne s’agit effectivement pas de dates, mais de T°. Comme je lui précise que j’emmerde Madame Van Den Connasse qui n’a pas à donner “des instructions”,  il s’embrouille un peu et me demande d’aller la trouver.

Ce que je fais derechef. Sauf que la chère dame est partie sur la côte d’azur pour 1 mois

Je rappelle donc également derechef le syndic qui soupire qu’il ne peut pas aller contre les décisions du conseil syndical et donc, de son dictateur. C’est nouveau, ça vient de sortir… Si ce conseil avait le moindre pouvoir, je n’en aurais jamais démissionné…

Le lendemain matin, le chauffage était rallumé.

Là, ça recommence.

Lundi 3 mai : 3° le matin sur mon balcon. Radiateurs vaguement tièdes dans la journée (donc ce n’est pas coupé), mais obstinément froids à partir de 21 h, jusqu’à 9 H. J’appelle donc le syndic.

Je tombe sur une jeune femme mal assurée, qui me dit qu’en mai on n’a plus besoin de chauffage, et je lui précise à nouveau que ce n’est pas une question de date mais de T°, et que tous les bulletins météorologiques nous rompent les oreilles au sujet de températures basses, hors normes de saison. Le climat peut très bien changer totalement en France un jour, auquel cas on aura besoin de revoir LES DATES.

Mon arrière grand mère m’énervait assez quand j’étais jeune, et qu’elle coupait le chauffage le 15 avril à midi. Il pouvait neiger et geler jusqu’à fin avril : “on ne rallume pas le chauffage passé le 15 avril”. Mon grand père prudent avait gardé le poêle à charbon dans la cuisine et les poêles à bois dans les chambres, au cas où il ne pourrait pas aller remettre en route le tout nouveau chauffage central, sournoisement…

Madame Van Den Connasse a laissé encore ses instructions avant de partir à nouveau pour la côte d’azur (où j’espère qu’elle se pèle avant de s’y installer définitivement ou de s’y transformer en iceberg ce qui nous ferait un souci de moins) : plus de chauffage en mai, juin, juillet, août, septembre et jusqu’au 15 octobre. Eventuellement on peut vaguement chauffer dans la journée, mais la nuit, tout le monde sous sa couette peut très bien survivre sans la chaudière.

Car, même s’il y a deux chaudières, la programmation concerne toujours les deux, jamais l’une sans l’autre. Et Madame Van Den Connasse vote toujours contre le prix exhorbitant que va coûter au A4 la séparation de corps de leur chaudière avec la nôtre… A savoir qu’elle ne peut pas tyranniser UNIQUEMENT ses voisins proches (qui la détestent, on se demande pourquoi…)

Je précise à mon interlocutrice que Madame Van Den Connasse j’en ai par-dessus la tête et que je l’emmerde. L’autre, croyant me faire peur (je me gausse), me dit que ce sera répété. M’en fous, c’est dit pour être répété, et je suis bien assez grande pour aller le lui dire en face quand elle aura survécu à ses congères (en lui pétant la gueule à coup de cric : tentation…)

Je demande à nouveau si les ordres de Madame Van Den Connasse doivent être suivis à la lettre et dans l’affirmative si le règlement de copropriété a changé, ce qui nécessite une procédure extrêmement coûteuse qui ne serait pas passée inaperçue et aurait nécessité un vote à l’unanimité de l’assemblée générale. Je demande également si un coup de batte de base ball dans la belle vitrine de l’agence pourrait être pris pour un ordre précis, et suivi à la lettre également.

Le chauffage a été rallumé réellement, à savoir qu’il suit les instructions des palpeurs…

L’autre connasse, j’attends son retour pour aller lui dire ma façon de penser. C’est mal tombé, j’étais de mauvaise humeur… Je sens, je sais, que quand je vais voir sa chevelure peroxydée à mort (jaune d’oeuf avec 5 cm de racines = tranche napolitaine)  sur le parking, je vais retrouver illico cette mauvaise humeur, même si je viens de gagner au loto…

De toutes manières elle a tout de la conne et est l’exemple type de l’adage “donnez de l’autorité à un imbécile et il en profite“.

La vie n’est qu’un long calvaire !

Posté le 7 mai '10 par Calpurnia, dans Coup de gueule, Histoire de sorcière, Nos grands moments de solitude. 18 Commentaires.