L’ennemi sournois a mis du temps à apparaître… D’un autre côté c’est normal, puisqu’il est sournois…
Il y a eu les épines noires, les ronciers géants (si, si !), le sol à aplanir, les arbres morts à éradiquer (en attendant le printemps pour être certains qu’ils étaient morts)
Il y a eu le sol à aplanir, les sentiers à faire, poursuivis par Pulchérie :
- Non laissez ce roncier il délimitera la zone “bouffe” et la zone “on vient chercher de la bouffe”
- Non laissez cet arbre mort j’y accrocherais des lampions
- Ne touchez pas à ces orties, nous sommes dans les bois, pas dans le parc du château de Versailles.
- Comment ça il reste tout ça à brûler ? Mais qu’est-ce que tu fous ?
- Bon c’est l’heure, éteint ce feu.
- Vianney !!!!! Y’a des grosses mottes, qu’est-ce que je fais ?
- Vianney !!!!! Comment je sème le gazon ?
- Vianney !!!!! Ne touche pas à cette branche (trop tard, il en avait marre de se la prendre dans l’oeil)
- Mamiiiiie ? comment je dispose les graines pour mes petites plantes ?
- Mamiiiiie ? comment j’enterre les petites graines ?
ET J’EN PASSE. Le seul WE où nous avons étés à peu près tranquilles a été celui où elle a enterré sa vie de jeune fille.
Et encore, aucune de ses copines ni sa soeur, n’ont osé lui confisquer son portable…
N’empêche que la piste de danse installée par le gentil et ses potes aurait pu être un peu plus à l’équerre par rapport au roncier que mamie veut couper mais qu’on ne coupera pas…
Non l’ennemi sournois dans le petit bois s’est révélé dès les premières chaleurs.
Le moustique.
Personne n’avait percuté qu’il y avait un petit plan d’eau pas très loin du tout. Les moustiques eux, savent bien où aller pondre, et puis désormais, où l’on trouve de la nourriture.
Chez nous.
Sur nous.
La seule à échapper aux assauts en piqué dignes d’une bataille aérienne est Mrs Bibelot. Elle n’est jamais piquée par les moustiques, nous nous vengeons en ricanant sadiquement à la période des aoûtats qui eux, ne la loupent pas.
Il faut avoir vu un moustique se poser sur le bras de ma mère et décoller aussi sec en faisant un zzzzz dégouté pour être aussi dégouté que lui en grattant frénétiquement les cloques qui poussent.
Encore que je n’ai pas trop à me plaindre, ils n’aiment pas trop la fumée du feu qu’en digne vestale j’entretiens. Attention j’ai dit “pas trop”. Je n’ai pas dit que cela les faisait totalement fuir… Car désormais dès que l’on met UN pied dans le petit bois, tout le monde passe son temps à se flanquer des claques. Pour ce qui me concerne, pour échapper à la fumée, ils se posent sur ce qui dépasse de mes pieds hors des moches chaussures spéciales “petit bois”.
Généralement on les loupe en se baffant, mais c’est à sens unique : eux, ne nous loupent pas, et pour certains allergiques c’est l’horreur absolue, malgré le produit dont tout le monde s’asperge.
Limite les produits les attirent. Même le “spécial tropiques” qui les fait vrombir de plus belle, parce que les bestiaux (et le terme n’est pas exagéré DU TOUT) attirés par son parfum, rameutent leurs potes. “C’est du spécial tropiques, par ici, il y a de quoi becqueter !”
Donc : on se fait des bleus à se flanquer des claques, et après on se gratte des furoncles frénétiquement en regardant le journal de 20 H. Ca se calme le vendredi alors qu’on doit y retourner le lendemain…
Le seul avantage que je vois à cette invasion fort désagréable est que je pourrais en toute impunité en flanquer une à mon ex méchante belle soeur, en prétextant que je lui rends service parce qu’elle en avait un GROS COMME CA SUR SON GROS CUL DE CONNE !
Ou bien, je pourrais toujours, également, avec une joie perverse, lui flanquer un coup de spray “spécial tropiques” dans un oeil quelconque, en faisant celle qui veut rendre service. Comme elle m’a toujours prise pour une conne, cela ne la surprendra pas de voir mon regard niais et hypocrite…
Mais en attendant son arrivée, la vie n’est qu’un long calvaire dans le petit bois lonlère (et tralala)…

Avant d’arriver à l’adolescence où elles ont commencé à se détester avec des disputes intolérables, tout en s’adorant en chuchotant dans mon dos, les filles ont joué longtemps, avec une imagination débordante (hélas bien souvent).J’adorais entendre la classique conversation des enfants qui jouent :
- Bon alors je ferais cela et toi tu me dirais…
- D’accord
- Et alors je te répondrais…
- Pas d’accord Mamannnnnn !!!
- Mère sourde
- Bon alors je te répondrais…
- D’accord
- Et alors tu tomberais par terre
- Pas d’accord Mamannnnnn !!!
- Mère estropiée du tympan
- Etc…
- Je me faisais le jeu deux fois, en tendant l’oreille tout de même parce que quand on ne les entend plus, règle absolue : aller voir ce que les enfants font et leur dire d’arrêter de le faire. Je ne me dérangeais pas à chaque appel, je les laissais se déplacer (mère indigne)
Un beau jour il était question d’une belle princesse et d’une méchante sorcière. Après s’être étripées pour savoir laquelle serait la méchante sorcière, et de multiples Mamannnnnn !!! elles ont finalement décidé sur ma suggestion, d’être deux belles princesses avec une méchante sorcière cachée dans le placard, qui leur dirait…
Le jeu commence. Reste à savoir où habitent les princesses :
- Dans un château
- Non dans une maison, elles se cachent de la sorcière
- Non dans un château Mamannnnnn !!!
- Non dans une maison Mamannnnnn !!!
- QUOI ENCORE ?
- Delphine veut un château et moi je veux une maison.
- Eh bien vous n’avez qu’à dire que c’est une maison château
- D’accord
- On sera dans une maison château
- Non, moi je veux un château maison :
- Mamannnnnn !!!
Certains s’étonnent parfois que l’on puisse ne plus entendre qu’un vague bourdonnement qui pourrait évoquer un essaim d’abeilles en train de s’installer dans le salon…
Une chose est sûre : si on me donne 1 euro par krikitu de l’enfant primate homo sapiens : Mamannnnnn !!! que j’ai pu entendre au cours de ma vie, je pourrais m’acheter une maison château.
Ou un château maison. J’hésite…
La vie n’est qu’un long calvaire…
Aujourd’hui dimanche tiens ma jolie maman, voici des roses blanches, toi qui les aime tant c’est la fête des mères.
Donc c’est ma fête.
SI !
D’ailleurs elle a commencé hier, samedi.
Coup de fil sur mon portable. Ma petite Delphine (où est le talc ?) désespérée. Je le sens bien. Parce que généralement les filles viennent toujours pour la fête des mères, c’est le truc qu’elles ne loupent jamais, mais bon, à l’introduction et début de développement, je sais qu’elle a comme un problème pour se déplacer le dimanche pour venir me voir une heure.
Faut dire que venir me voir une heure c’est 1 H 30 aller, 1 H 30 retour à rajouter à la visite… Et elle a un mémoire à rendre mi-juin. J’espère qu’elle sait que les profs ont un logiciel pour déceler le copié/collé sur un site internet trop tentant, sinon, je le lui dis ici…
Pulchérie est dans le 36ème dessous de fatigue. Faut dire qu’elle se marie le 26 juin, trime comme un âne pour justement gagner des sous, ne s’est pas reposée depuis un moment le WE (faut suivre les aventures du petit bois).
Donc les filles se chamaillent pour savoir laquelle viendra fêter la fête des mères avec moi. Je sens bien les échanges de mails :
- VAZY !
- NON je peux pô VAZY toi !
- Non cétoi
Alors là je m’insurge !
Comment ça ? elles ne vont pas passer outre leur fatigue, le mémoire à rédiger, le transport, pour venir me réciter le poème de rigueur, et m’offrir de leurs petites mains tremblantes d’émotion et de joie, le cadeau fait par leurs blanches mains ?
Comment ça ? passé l’époque du collier de nouilles, de boites à camembert recyclées en boites à bijoux, elles ne vont pas venir me déposer du parfum pile poil dans le bon créneau, le mascara qui allongera mes cils de 200 mètres ou autres choses fort intéressantes ?
M’en fous, je les déshérite !!!!
Je vends l’appartement en viager, et je pars faire le tour du monde ! (pour le viager faut trouver tout de même un parieur qui aime jouer parce que je n’ai que 52 ans, ou alors je vais tomber sur un serial killer :-( )
Delphine : ton mémoire c’est la priorité, alors je t’en prie, ne culpabilise pas ma petite puce. Reste ZEN ! Et surtout reste concentrée !
Pulchérie : repose toi : le plus fatigant reste à venir, il te faut des forces pour ce grand jour qui sera le plus beau jour de ta vie !
Je sais que, comme je pense à vous tous les jours, vous penserez à moi en ce jour de fête des mères. Je sais que je suis votre maman et le serai toujours, et que ce n’est pas un jour symbole qui changera cela.
Je sais que vous m’aimez comme je vous aime (encore que cela soit difficile, vous comprendrez, quand vous serez maman…).
C’est cela la fête des mères : l’amour maman/enfant, et enfant/maman. On l’oublie souvent.
Et je penserai à votre chanson à toutes les deux à trois ans de distance, rapportée de l’école avec des étoiles plein les yeux de la surprise faite pour moi, et du reste :
- “Je t’apporte maman, une petite fleur des champs….”
- “C’est pas une rose, c’est pas grand chose…”
- “Je t’apporte maman, une petite fleur des champs”
- “Une marguerite, toute petite”
- “Je t’apporte maman, une petite fleur des champs”…
Bisous mes chéries !!!
Mais bon, vous êtes déshéritées, parce que la vie n’est qu’un long calvaire !!!
Et sinon je persiste et signe : que l’éducation nationale ne trouve pas “instructif” de faire choisir un cadeau, de le fabriquer avec tout son coeur, de le cacher pour le donner le grand jour avec tout son amour, c’est du grand n’importe quoi…
Bonne fête à toutes les mamans !
Avec les filles, nous avons eu nos films cultes, dont nous connaissions les dialogues quasi par coeur.
Genre : les bronzés qui font du ski ou pas, papy fait de la résistance, les visiteurs, le père Noël est une ordure, et j’en oublie.Ce qui fait que certains dialogues entre nous peuvent être difficiles à suivre pour certaines personnes, si elles ne peuvent pas percuter sur le film en cause…
Elles ont certainement leurs films cultes à elles désormais, moi, concernant la filmographie moderne, j’ai un peu perdu pied, d’autant que je ne vais jamais au cinéma. Il faut que cela passe sur une chaîne non cryptée pour que je découvre les merveilles de ces 5 dernières années… C’est vous dire mon haut niveau culturel moderne…
Donc, concernant le mariage de Pulchérie, les filles m’ont montré les plans des tables, mon ex belle famille et Albert étant curieusement le plus loin possible de moi…
Et puis un soir, un doute : ma soeur qui n’est pas comme les autres, elles ne l’ont pas mentionnée. Pourvu qu’elles ne l’aient pas oubliée. Cela me surprendrait de la part de Pulchérie qui doit avoir des listes partout, mais après tout, pour un mariage, on peut oublier un truc essentiel…
J’envoie donc un mail aux deux filles, commençant par “j’ai un doute affreux, et blablabla et blablabla”.
Delphine me répond “vous n’auriez pas pu avoir ce doute affreux plus tôt, HI HI, t’inquiète, elle est bien prévue et bien placée”.
C’est une réplique de film. L’horreur c’est qu’en sondant ma mémoire, c’est le vide absolu (comme d’habitude me direz-vous) tout à coup.
Je lui réponds donc, en l’interrogeant sur le film, quitte à ce qu’elle ait la trouille de me voir perdre la mémoire, et elle me répond “c’est dans papy fait de la résistance”.
Mes quelques méninges se mettent donc à tournicoter comme elles le peuvent. Rien à faire, je ne remets pas la réplique dans le film.
C’est le genre de truc qui peut me faire cogiter des heures, comme :
- Quelle est cette musique ? Je ne connais qu’elle…
- Quel autre acteur cette voix double-t-elle (VI, je déteste la VO !)
- Où ai-je vu cette tête à qui j’ai déjà serré la main ?
- ETC…
C’est tellement grave, que j’appelle Delphine. Elle cherche aussi, et puis finalement me suggère de demander à Pulchérie “ça va l’énerver, elle va trouver tout de suite”…
Je fais donc un mail à Pulchérie (elle n’a que ça à faire) car l’heure est grave. Rien à faire j’entends la réplique, mais incomplète…
Tout en faisant avec Mrs Bibelot sa distribution de tracts terroristes du journal de l’association dont elle fait partie (sauvegarde du si joli village), je continue à chercher.
Fort heureusement pour ma soirée à venir, un mail de Pulchérie m’attendait à mon retour à la maison, où il était inutile que j’interroge le chat…
“NAN c’est dans LES VISITEURS” !
Et là, c’est l’illumination :
- “Brigadier, j’ai soudain un doute affreux, je me demande si finalement cet énergumène ne ferait pas partie de ma famille”
- “VOUS N’AURIEZ PAS PU AVOIR CE DOUTE AFFREUX PLUS TOT ?”.
OUF !
D’un autre côté toutes les familles ont leurs énergumènes.
La preuve en est définitivement faite…
Car la vie n’est qu’un long calvaire…
Et moi qui déteste les dictons…
Avec Albert j’ai connu une époque de vaches grasses. Sans en abuser, j’ai profité tout de même de cet argent qui me permettait de ne pas acheter la viande n’importe où, de ne pas compter vraiment (d’un autre côté je n’étais pas du style à dépenser n’importe comment, une robe qui coûtait le SMIC désolée, je ne pouvais moralement pas…)
J’habillais à l’époque Pulchérie et Delphine quasi exclusivement chez JACADI. Je ne sais pas si l’enseigne existe toujours. Je sais que 4 fois par an, je débarquais dans la boutique avec mes deux puces, et que la gérante me déroulait le tapis rouge.
Suivant les saisons, c’était : manteaux, pantalons, robes chaudes, pulls, cardigans assortis, chaussettes, ou petites robes à fleurs, cardigans assortis, jupes, ensembles pantacourts, etc… Elles en ont eu du Jacadi, y compris chacune une petite veste autrichienne, rouge pour Pulchérie et verte pour Delphine à qui cette couleur seyait à merveille…
J’y laissais généralement une grasse somme, les filles frétillant d’impatience et déçues de ne pas TOUT pouvoir porter le même jour. J’avais souvent droit à un petit cadeau : bandeau pour les cheveux, 2 paires de soquettes ou chaussettes supplémentaires.
Et un mercredi d’une mi mai bien chaude, alors que je viens de tondre la pelouse (visualisez une jeune femme rouge, transpirante, échevelée, habillée d’un vieux jean et d’une chemise d’homme qui n’a plus de forme), les filles me sautent dessus alors que je rentre me mettre au frais :
- MAMAAAANNNN : tu as dit qu’on allait aller chez Jacadi !
Oui, je l’ai dit, sans préciser le jour. Pour les sandales et chaussures d’été, je restais ferme : les achats étaient programmés pour début juin. Les années précédentes m’avaient appris qu’elles changeaient toutes les deux de pointure, entre le 20 mai et le 10 juin…
- MAMAAAANNNN ! On y va maintenant ! (elle n’ont pas vu sur mon visage un quelconque refus)
C’est bon les filles, on y va, laissez moi me laver les pieds (plein d’herbes) et changer de chaussures. Nous partons donc, moi les pieds propres dans des mocassins tout à fait quelconques, avec ma tenue divine, et les cheveux relevés à la hâte avec une barrette, car ils ne se sont pas remis de ma transpiration de tonte de gazon d’herbe.
Arrivée chez Jacadi, j’ai trouvé une place juste devant. Les filles ne sont pas vraiment plus reluisantes que moi, je m’en avise : vieux short qui ne craint rien quand elles font de la soupe d’herbe dans le jardin sous l’oeil de la chienne toujours intéressée, et du chat idem, et T shirt attestant qu’elles ont bien fait de la soupe…
Cela ne les empêche pas de gambader dans le magasin, et de commencer à repérer ce qui va leur plaire. La vendeuse (une nouvelle, tirée à 4 épingles), me toise d’un air méprisant. Je l’ignore.
Pour elle, je n’ai certainement pas les moyens d’habiller mes filles dans ce magasin. Pas trop cher, mais pas bas de gamme non plus… Je n’ai pas le staaaïle ! Limite elle va me virer.
J’élimine avec les filles parfois dépitées, les vêtements visiblement trop salissants, mais elles ont leur petite idée de ce que nous allons emporter.
La vendeuse ne moufte toujours pas derrière sa caisse. Elle ne me demande pas si elle peut m’aider, alors que je regarde si le cardigan bleu ciel existe bien en 5 et 8 ans (elles aimaient bien être habillées pareil, même si j’essayais de varier un peu pour le même ensemble, au niveau des couleurs).
Arrive la gérante qui me voit très bien et me salue. Elle revient de l’arrière boutique avec ce que l’autre cliente arrivée avant moi, cherchait.
J’en rigole encore. Mine de rien, elle passe derrière la caisse…
- Coup de coude à la vendeuse, avec un signe de tête dans ma direction (à chouchouter absolument)
- Regard ahuri de la vendeuse (ELLE ?)
- Approbation discrète de sa chef.
- A contre coeur, elle vient m’aider à trouver ce qu’il me faut, ou proposer à la petite fille dépitée qu’il n’y ait plus sa taille, l’équivalent. Elle se force tellement que sa chef dont la cliente est partie, vient la remplacer.
- Moralité : 4 “petites robes”, 4 ensembles shorts et chemisiers, soquettes assorties, 4 cardigans (2 par filles, de couleurs assorties aux ensembles et robes), et puis deux petites zupettes, 2 chemisiers blancs malgré mes avertissements sur la salissure éventuelle, et j’en passe.
- La somme était rondelette pour l’époque : 2000 F. Jamais je ne claquais cette somme là pour moi, même pour une robe ET la paire de chaussures assorties…
- Tête de la vendeuse en me voyant sortir une GOLD American Express
- Déroulement du tapis rouge par la gérante qui a offert aux filles à chacune une jolie ceinture…
- A peine en train de sortir de la boutique : j’entends le début de la mercuriale que la gérante est en train de passer à sa vendeuse “mais enfin Stéphanie, il ne faut jamais de fier à l’apparence des gens, et…”
Eh oui. Ma grand mère qui tenait une boutique de luminaires, a souvent été surprise de la “pauvre” allure d’une femme qui venait lui en acheter pour une belle somme, se faisait livrer dans un magnifique pavillon et payait rubis sur l’ongle.
Alors que le chèque de la femme si chic revenait impayé…
Mrs Morgan se fiait beaucoup aux apparences. Or ce n’est pas parce que vous en avez les moyens que vous vous promenez en tailleur Chanel, quand la majorité de votre temps vous vous occupez de votre jardin et de l’entretien de la maison, et allez promener chien et mômes dans la forêt. D’ailleurs le tailleur Chanel ne va pas à tout le monde…
J’avais bien une conne de belle soeur qui s’achetait un jean chez Dior pour faire les vendanges, mais bon, nous n’avions pas les mêmes valeurs…
Donc, le jour de mon anniversaire, Pulchérie et le gentil, seuls depuis la veille dans le petit bois, malgré une petite aide de ma mère et moi-même le samedi après midi, avaient décidé de partir trimer comme des ânes travailler en fin de matinée, de manger sur place pour gagner du temps.
Ils s’y étaient pris comme des manches pour acheter leur bouffe (les jeunes n’ont jamais un euro de monnaie sur eux maintenant, c’est dramatique) et ma mère émue leur avait acheté une baguette, du jambon cru et cuit, du fromage et des fruits.
Comme ils ne s’étaient pas levés très tôt non plus, ils sont partis en coup de vent, en demandant à ma mère de me demander de leur amener leur casse croûte après notre déjeuner… (Il y en a 3 qui suivent).
Donc, déjeuner terminé, je prépare un cabas avec leur nourriture, de l’eau en abondance (ma soeur doit nous rejoindre avec ses mômes), de quoi allumer le feu (hé hé), et me voici partie…
Petite digression : j’avais vu peu de temps auparavant une émission très intéressante sur les prédateurs, comment que les archéologue à la vue d’un squelette de dinosaure peuvent vous dire si c’était un prédateur ou pas, etc, etc… (je regarde ce que je veux d’abord, et même des documentaires sur la vie des cafards).
Il ressortait que l’homme au fil de l’évolution est devenu le plus grand prédateur de toute la planète (qui nous remercie d’ailleurs) et qu’une caractéristique du prédateur est d’avoir une vision très branchée sur le mouvement (entre autres, suivant les prédateurs). Les non prédateurs aussi, mais leurs yeux ne sont pas disposés de la même manière, ce qui en fait des victimes toutes désignées…
J’ai donc décidé de tester si cette histoire d’immobile ou en mouvement se révélait exacte au moins pour les deux “futurs” et en arrivant dans le petit bois, j’ai commencé à ruser (je suis un prédateur aussi, si, si, vous ne m’avez jamais vu chasser une araignée…).
Donc on rentre dans le petit bois par un chemin de traverse, avant de se retrouver dans la petite allée qui va tout desservir.
Gendre n° 2 me tourne le dos. A 8 mètres de moi, ma fille accroupie est face à moi par contre en train de terrasser les ronces. Je me fige. Elle ne m’a pas vue. Elle se retourne pour poser ses ronces sur son petit tas, j’avance d’un pas. Puis je me fige à nouveau. Le manège continue jusqu’à ce que je me retrouve à 2 mètres d’elle, très peu dissimulée par les petits arbres.
- “Et bien dit-elle tout à coup, je mangerai bien mon casse croûte maintenant, j’ai sacrément faim”.
Et là, elle se lève et me voit.
Théoriquement je ne pense pas faire peur aux petits enfants, mais là, ma propre fille a poussé un hurlement d’horreur en me découvrant, avec sur son visage le masque de pure terreur de la future proie d’un vampire à qui le soleil ne fait ni chaud ni froid, et qui vient de surgir brusquement de nulle part.
J’aurais dû mettre une cape noire tiens…
- “Ca ne va pas de nous faire des peurs pareilles ?”
- Effectivement en l’entendant hurler à ce point, gendre n° 1 a eu peur aussi.
Tout en mangeant et après mes explications brèves, elle a admis que c’était finalement très drôle, mais que c’était le genre de truc à éviter à un cardiaque.
Et elle m’a précisé qu’heureusement elle n’était pas en train de dire :
- “Putain, elle fait chier mouth, elle pourrait se grouiller, je meurs de faim, j’aurais dû prendre les casses-croûtes moi même, on ne peut jamais compter sur elle…”
Alors quand je fais du feu et que je l’alimente, je ressemble peut-être à une junkie qui vient de trouver sa dose, mais elle quand elle voit soudain sa mère surgir devant elle, un instantané de son visage me ferait gagner un concours de photographies…
Finalement expérience ou pas, je me demande comment je dois le prendre…
Le WE d’après le feu infernal et les vents tournants, Pulchérie me consterna en me déclarant “pas de feu demain (dimanche)”, on a trop de trucs à faire.
Avec le gentil, plus question de perdre de temps. Dans le petit bois dès la fin de matinée, on mange sur place pour ne pas perdre trop de temps. J’étais chargée de leur apporter leur casse croûte dans le petit bois après avoir fêté mon anniversaire avec mes parents (devinez quel jour c’était ?).
J’ai tenté là une expérience inoubliable que je vous raconterai une prochaine fois (à tenter, c’est à mourir de rire).
Bref, Pulchérie m’annonce que finalement il y a encore à brûler. Ca et là. Mais plus à mon emplacement favori, dans une petite clairière désormais labourée et aplanie pour recevoir la baraque du traiteur/barbecue (endroit prédestiné sans doute).
Je dois reprendre donc le site de leur feu infernal, avec lequel je vais prendre évidemment mille précautions. En allant chercher ça et là (et surtout là d’ailleurs, un endroit où dormiront sous des tentes certains téméraires) de quoi alimenter mon feu.
“Ca” c’est du bois mort à découper en tronçons et “là” des ronces et des épines noires.
Mrs Bibelot s’occupe innocemment de l’endroit “ça”, pour m’amener de quoi alimenter le feu, un sécateur à la main dans sa poche pour terrasser les ronces qui l’obsèdent et dont je crains encore, à l’heure où j’écris ce post, qu’elles ne survivent pas à la fin des préparatifs du mariage, et qui se trouvent dangereusement près de l’endroit “ça”… Forcément à un moment donné, Pulchérie va tourner le dos à sa grand mère…
Un petit clic est si vite fait…
Moi pour aller chercher ce qu’il faut “là”, je prends une fourche et une brouette que je charge bien. Après je gère le contenu de la brouette, et suppute si je peux tout mettre sur le feu ou non. Le vent est faible ce jour là, mais toujours tournant.
Mon petit feu va bien. Il semble aller vite, mais je sais que c’est trompeur. Sous un petit tas de braises, des cendres en apparence… Je charge petit à petit. Fourchée après fourchée…
C’est au moment où l’on décide que c’est terminé pour le feu, que Pulchérie éclate de rire :
- “Tu sais maman, tout à l’heure quand je t’ai vue avec ta première fourchée de ronces, arriver pour alimenter ton feu, tu avais l’air d’une junkie en manque qui venait de trouver sa dose !”
Faites des gosses tiens !
Je vous raconterai la prochaine fois, à quoi elle ressemblait quand j’ai apporté le casse croûte…
La vie n’est qu’un long calvaire !