C’était un jour comme les autres, une consultation de routine, une de celle que toute femme vit régulièrement.
Il y a eu le moment où la gynéco s’est un peu figée, où son ton a changé, où elle a insisté sur la zone qu’elle palpait, en refusant tout à coup de continuer à parler. Il y a eu ce moment où Jacqueline s’est sentie tomber dans un gouffre, ce moment où son coeur s’est serré pour trop longtemps. Il y a eu l’ordonnance pour la mammographie, les paroles rassurantes qui ne rassuraient pas parce que le ton était déjà pour trop longtemps différent, trop neutre.
Il y a eu l’attente dans l’arrière boutique du radiologue, où elle se sentait transie, glacée de l’intérieur, comme déjà à la morgue, son coeur battant la chamade, un refus absolu planté en elle : le refus de mourir. Pas déjà, pas maintenant ! Un jour peut-être, un jour c’est sûr, mais pas dans trop peu de temps. Trop d’attente pour trop de clichés de contrôles…
Il y a eu la ponction et l’attente des résultats, mais elle savait. Elle savait que ce n’était pas un kyste. Elle a pleuré de n’avoir pas allaité ses enfants puisqu’il paraît que cela protège du cancer du sein. Elle payait d’être une mauvaise mère, la Faculté le lui a laissé entendre, même si nous lui disions que non, et que rien n’est vraiment prouvé.
Il y a eu la boule que l’on retire, sans retirer celles d’angoisses qui coincent la gorge, les enfants trop enthousiastes et optimistes à son chevet. Elle n’avait que les copines Jacqueline, pour en parler vraiment, pour pleurer, pour refuser la pitié, tout en ayant besoin de soutien, besoin que l’on écoute et partage ses angoisses et cette peur qui la faisait téléphoner souvent à 3 H du matin. Il y avait le téléphone qui la reliait à celles qui parfois, jadis, avaient pu lui donner une fausse impression de ne pas l’apprécier et qui maintenant lui tendaient les bras. Elle découvrait Jacqueline, que la solidarité féminine existe, et cela lui réchauffait le coeur, terrassait parfois sa peur.
Il y a eu les rayons pour l’aider à terrasser la bête qui se nourrissait de sa vie. Elle ne voulait pas arrêter de travailler Jacqueline, parce que son travail c’était aussi sa vie. Elle s’y rendait après ses séances pour entendre, muette et épuisée, son patron se plaindre de son rhume… Avec tout un personnel horrifié par le comportement de l’avocat tordu, devant et derrière elle pour lui ordonner de s’arrêter et de se reposer. Mais elle ne voulait pas se reposer pour trop penser au moment où elle deviendrait poussières.
Elle a pleuré Jacqueline, trop pleuré peut-être, sachant que le véritable espoir était bien loin dans le temps. Pas envie de mourir, pas envie de vieillir pour savoir si elle vivrait ou non, tout en sachant qu’un jour qu’elle voulait le plus lointain possible, la mort aurait gain de cause.
Elle a écrit son journal Jacqueline et commencé à aider les femmes comme elles, souffrant dans leur féminité de cette tumeur injuste.
Et puis le temps a passé. 10 ans déjà !!!! Les examens étaient bons. Toujours bons, toujours négatifs pour le mauvais, toujours parfaits quoi. Et il y a eu le jour où le cancérologue lui a dit qu’elle était considérée comme guérie, définitivement guérie de cette fois là. Parce qu’il peut toujours en venir un autre, un crabe… Ailleurs, on ne sait pas pourquoi…
Il y a eu le vendredi 17 octobre 2008 où elle a entendu le mot “guérie madame ! n’ayez plus aucune inquiétude !” “maintenant je vous revois dans 2 ans, juste pour la tranquillité d’esprit”
Il y avait toutes ces années où elle ne pouvait s’empêcher de se palper les seins, de guetter le moindre symptôme qui pouvait être le signe que le crabe n’était pas mort, oubliant qu’il métastase généralement ailleurs. Il y avait un pan de sa vie qui n’avait été qu’attente, et enfin, au bout du chemin, le résultat trop espéré.
Elle était tellement heureuse Jacqueline, qu’elle a envoyé un texto à ses enfants “enfin guérie, je suis trop heureuse et je vous aime trop”. C’était le restaurant pour le samedi 18 octobre 2008, avec champagne à volonté et taxi pour ramener tout le monde. C’était le premier jour vraiment heureux depuis trop longtemps.
Et puis c’était un jour comme les autres pour tout le monde. Elle est sortie de l’hôpital en lévitant, tellement elle était heureuse, pour rejoindre sa voiture. C’est ce que l’on imagine vu le texto… Il faisait beau, même si un peu froid ce vendredi, et elle était guérie. Même si le déluge avait été là, elle l’aurait trouvé magnifique. Il était 15 H 35.
Elle n’a pas vu le bus Jacqueline… Le conducteur l’a vue trop tard, elle s’est quasi jetée sous ses roues. Et la camarde qui l’attendait depuis si longtemps devait ricaner derrière un peuplier quand le SAMU est arrivé trop tard. Dès le choc, il était trop tard. Et, des médecins sortis sur l’alerte, celui qui pleurait le plus, était paraît-il son cancérologue… On peut le comprendre. Avoir annoncé sa guérison à une patiente, dans cette spécialité là, et la voir mourir bêtement 10 minutes après dans un accident de la route, c’est à se pendre…
Quand j’ai reçu le mail en rentrant d’une bonne soirée passée avec Louisianne, j’ai été pétrifiée. La joie et le bonheur sont autant assassins que le malheur. Jacqueline, tu avais prévu les amies à prévenir avec une liste mail, mais pas pour cette nouvelle là…
Prenez donc garde à vous. Sur un coup de joie, n’oubliez pas de regarder en traversant, de conduire normalement, que la vie ne vous est pas assurée à jamais même si fatalement elle se terminera un jour.
Adieu mon amie. Nous sommes 10 ce soir, pour qui tes enfants ont pris la peine de donner de mauvaises nouvelles, mais nous savons que cela leur a fait quelque part un peu de bien…. Nous découvrons en même temps que ton départ à quel point nous comptions pour toi. Et demain ils en auront l’assurance et le réconfort.
Décidément c’est la période où je vous régale vraiment de posts les plus gais possibles…
Etre assistante maternelle n’est pas forcément une sinécure. Sauf que comme elle est “chez elle”, beaucoup n’imaginent pas que c’est un travail à plein temps. Parfois plus d’ailleurs, parce qu’il faut avoir de bons nerfs pour supporter certains parents.
Il y a celui sur lequel on ne s’étend pas : qui dépose son enfant à l’heure le matin, en donnant juste un ou deux renseignements pouvant être intéressants, le récupère le soir, toujours à l’heure, en 4 minutes, vient le récupérer s’il tombe malade, et n’est pas trop intransigeant sur les méthodes éducatives de la “tatie” qui ne supporte pas d’être mordue. Quand il y a un RTT de pris par le père ou la mère, ils sont trop contents de s’occuper eux-mêmes de leur enfant, et préviennent à l’avance. Ca c’est l’idéal absolu dans un monde non idéal.
Mais ça se gâte souvent :
- Il y a le mari qui trompe sa femme et qui dépose donc l’enfant avec 1 H 1/2 d’avance, sans prévenir. Quand l’horaire prévu est 10 H - 19 H et que l’on a prévu de commencer sa matinée tranquillement en allant faire ses courses, il est toujours sympa de le voir arriver si tôt.
- Il y a le mari qui trompe sa femme et qui récupère donc l’enfant avec 1 H 1/2 de retard, sans prévenir. Injoignable sur son portable évidemment, et c’est le jour où la “tatie” a RV chez le médecin pour les rappels de vaccin de ses enfants à elle.
- Il y a le père qui vient récupérer son môme, s’avachit dans le canapé, très décontracté, en donnant plus que nettement l’impression qu’il n’attend qu’une chose : qu’on lui propose un apéritif.
- Il y a la mère qui doit travailler toute seule dans un bureau sans voir personne de la journée, et qui n’a qu’une envie : tailler une bavette avec “tatie”, quand elle vient récupérer sa fille. Moralité elle s’incruste pendant 1/2 H sans s’imaginer que “tatie” a une deuxième journée après le départ des enfants qu’elle garde.
- Il y a la mère qui en 3 ans de temps, ne manquera jamais 1 H de boulot. Quant le gosse est malade, qu’on l’avertit qu’il a 39, elle ne viendra pas plus tôt et le déposera le lendemain matin avec l’ordonnance et les médocs. A la nounou de jongler pour aller chercher ses enfants à l’école, avec un “petit” 40° pendant 3 jours. Le jour où cette mère met son gamin à l’école, elle est scandalisée d’être appelée pour venir chercher son gosse malade, tout de suite, immédiatement, sans délai, car l’école n’est pas une infirmerie (chez la nounou non plus)
- Il y a ceux qui, quoique prenant un RTT de temps à autre, laisseront tout de même l’enfant à l’ass-mat, même s’ils n’ont qu’à se faire bronzer dans le jardin et pas l’excuse d’avoir la cuisine à repeindre. Ce sont généralement les mêmes qui fourguent leur môme aux grands parents quand ils partent en vacances, on se demande pourquoi ils ont fait des gosses (ou un, après on espère qu’ils s’arrêteront là).
- Il y a l’angoissée végétarienne qui espère et le répète matin et soir, chaque jour que dieu fait, que la nourrice forcément indigne à un moment ou à un autre, ne lui a pas refilé un peu de jambon.
- Il y a les adeptes de l’éducation très permissive. On ne doit dire “non” à leur gosse sous aucun prétexte et le laisser s’épanouir en pourrissant la vie des autres. C’est facile à éduquer ça (et on craque toujours).
- Il y a ceux qui pour avoir la paix plus tôt le soir, demandent à la nourrice de zapper au maximum la sieste du chiard. 1) c’est le moment où elle peut souffler un peu, 2) les enfants ont besoin de sieste, 3) quand on essaye de zapper la sieste on se trimballe un môme infernal tout l’après midi.
- Il y a ceux qui vous déposent un enfant avec une gastro très contagieuse, sans prévenir, et surtout sans linge de rechange.
- Il y a le père qui en déposant l’enfant le matin, laisse entendre à la nourrice qu’elle peut le recoucher tout de suite, parce que n’est-ce pas, bien sûr…
- Il y a le et la maniaque qui en première demande exigent que “tatie” porte des manches longues et pantalons pour qu’il n’y ait pas de contact peau/peau entre elle et l’enfant (authentique). Qui grimacent quand l’enfant s’est amusé un peu dans la pelouse parce qu’il y a une tache de vert sur la salopette en jean. Qui déposent un ballot de linge pour que l’enfant soit changé toutes les heures. Qui ne comprennent pas qu’un enfant ne se garde pas dans sa chaise haute pour rester aseptisé…
Après des années d’expérience, on doit voir les parents d’un autre oeil…
Posté le 13 octobre '08 par Calpurnia, dans Coup de gueule. 20 Commentaires.
- J’ai vu des dauphins torturés, crier pour échapper à la mort et peut-être demander pitié
- J’ai vu des enfants au ventre gonflé et aux membres squelettiques attendre tristement la mort
- J’ai vu des loups chassés faire front à un hélicoptère avec courage, autant de courage que le tireur dans l’hélico…
- J’ai vu des images tellement atroces sur tous les camps de la mort et les génocides qu’elles m’en donnent toujours des nausées
- J’ai vu des tigres et des panthères traqués pour leur fourrure, se battre jusqu’au bout pour sauver leur vie, et des chiens écorchés vifs dans certains pays pour que leur chair soit meilleure
- J’ai lu des témoignages de guerre tellement prenants que j’ai refermé les livres pour un bon moment, et songé devant le mémorial de Verdun, en regardant tous ces cranes dans une tour, qui avaient été des hommes aimant la vie
- J’ai vu un tas d’animaux euthanasiés par la SPA qui attendaient de partir vers un crématoire fait pour eux
- J’ai lu des crimes, des tortures, la folie des hommes un peu trop souvent, et rien ne va en s’arrangeant
- J’ai croisé le regard d’un animal abandonné, attendant de comprendre pourquoi
- J’ai trop lu de ces enfants torturés, de ces filles violées par leur père, de ces horreurs que l’on ne comprend pas
- J’ai vu des chevaux dont on avait crevé l’oeil pour qu’ils aillent bien à l’abattoir
- J’ai vu la souffrance et le désespoir que la médecine se refusait à traiter vraiment pour éviter l’accoutumance à anxyolitique et morphine, chez une personne de 90 ans
- J’ai vu le regard horrifié de l’animal à l’abattoir qui comprend, qui sent, qui sait, qui a peur
- J’ai vu des reportages qui font que l’on se demande si l’on peut continuer à regarder la télévision
- J’ai vu un homme battre en riant un cochon qui refusait de se laisser embarquer dans le camion qui l’emmenait vers la mort
- J’ai entendu un orphelin africain dire “je suis trop grand pour être adopté” des larmes plein les yeux, et j’ai éteint le poste, parce que moi, je ne pouvais pas assumer un enfant de plus.
- J’ai vu une éléphante abattue pour 2 défenses, et son petit essayant de la réanimer, le reste de la troupe avec
- J’ai trop lu l’histoire, ses tortures, ses bûchers, ses guerres, ses horreurs quasi ordinaires qui font honneur à l’imagination humaine.
- J’ai trop vu les résultats de ces catastrophes naturelles, ces tsunamis, ces tremblements de terre, ces éruptions volcaniques, et leurs victimes innocentes, en me demandant si peut-être la terre ne se vengeait pas de ses seuls vrais méchants enfants.
- J’ai vu des hommes couper les ailerons des requins avant de les rejeter vivants à la mer…
C’est stupide, c’est idiot, ce n’est pas logique, c’est ce reportage qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’ai fait un bilan bref de l’inhumanité de l’humanité. J’ai bien été obligée d’admettre que la cruauté humaine est sans limite. Je me suis demandé comment on pouvait. Je me suis demandé comment un être soi-disant évolué, à tel point qu’il prend généralement soin de ses morts à sa façon, qui croit généralement en un être supérieur, pouvait se prétendre humain en agissant dans beaucoup de circonstances, comme il agit.
Mais il paraît qu’il faut positiver… Alors positivons.
Pourquoi aujourd’hui ? Parce que nous célébrons la fête de la liberté, de la république, de la laïcité, parce que nous célébrons paraît-il, le jour où le peuple a décidé qu’il était temps de changer, et pour un monde meilleur.
De quelle liberté bénéficions nous dans un monde vraiment meilleur ? De celle d’être le plus nuisible des animaux ? Il paraît que NOUS, nous avons une âme. C’est peut-être cela qui fait toute la différence…
Ce doit être l’époque, ou la saison, allez savoir : Manou a rouspété il y a quelques temps contre les histoires de commentaires, moi je m’en vais rouspéter contre les commentaires désobligeants, que l’on dissimule à la blogosphère (enfin une toute petite partie de la blogosphère) en écrivant directement à l’auteur pour l’incendier.
Car voyez-vous, elle tombe de l’armoire dans la mesure où je vais bientôt avoir 2 ans, mais il paraît que “gentille” et “sorcière” sont ses domaines de prédilection, d’ailleurs elle a fait un article à ce sujet pour réhabiliter la sorcellerie. Je suis d’ailleurs invitée à suivre le lien qu’elle me met pour me prouver que… Elle peut se brosser jusqu’à faire crever ses bulbes (de poils, c’est un service que je lui rends, je le sais, je suis trop gentille).
De plus, tenez-vous bien :
- Je parle de mes filles : elle aussi.
- Je parle de la vie en général : elle aussi
- Je parle des parents, des souvenirs : elle aussi
- Elle a évoqué la grossesse et les accouchements : comme par hasard moi aussi
- Quand je viens de parler de sacs à main : scandale, il y a 6 mois elle a fait la même chose
Je vous épargne la liste complète, donc j’en passe, bien sûr.
Faut vachement faire gaffe quand on tient un blog, parce qu’il y a plein de noms qui sont en fait des chasses gardées, genre un(e) autre que vous, est passé par la société des auteurs pour protéger les termes :
- Filles
- Vie
- Parents
- Histoire
- Grossesse
- Accouchements
- Sacs à main
- Poils
- Cheveux et shampoings
- Crème hydratante
Et j’en passe bien sûr
On peut supposer naturellement qu’elle règne également sur le domaine des points noirs et des pustules, des cors au pied et de la peste bubonique (la peste pulmonaire elle ne sait même pas ce que c’est).
Son mari quant à lui a déposé (soyons fous !) en exclusivité les domaines suivants :
- Bricolage
- Perçeuse
- Clous rouillés
- Tétanos
- Durite
- Joint de culasse
- Cyclisme
Et j’en passe bien sûr
Il devient dur de faire un article, parce qu’avec le nombre de blogs féminins qui existent, il doit y avoir pas mal de cadavres sacs à main au hasard, dans les placards (j’en passe bien sûr).
Nous sommes tous priés bien évidemment, de lire tous les blogs francophones avant d’éditer un article. Pour constater avec consternation que tout le monde a eu la même idée le même jour rapport à une actualité politique, de mode, de santé, ou de beauté (noms déposés). Pour constater avec toujours consternation qu’on a loupé une semaine de boulot sans dormir et sans manger…
Je rejoins Pulchérie qui avait fait en son temps un article sur le thème “j’ai un blog môa”.
Il faudrait peut-être arrêter de “se la pêter” en s’imaginant que l’on est le nombril de la blogosphère que forcément tout le monde vient voir (ce que les statistiques peuvent formellement démentir) pour mieux plagier.
Qui était-ce ? Vous ne voulez pas que je lui fasse de la pub en plus ?
Quand comme moi on consulte les petites annonces tous les jours (Waterloo morne plaine…), que l’on se renseigne surtout, on apprend à décrypter les dites petites annonces et à voir où sont les pièges.
-
Bonne gestion du stress nécessaire : vous allez bosser avec une bande d’emmerdeurs eux-mêmes stressés, dont vous deviendrez le puching ball, tout en gardant le sourire, nécessaire à la bonne cohésion de l’équipe. Je le sais j’ai donné chez Truchon sur la petite annonce duquel il y avait la même requête.
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Savoir gérer les plannings est essentiel : les techniciens se bouffent le nez pour ne pas aller chez Trucmuche et vous allez devoir vous en mettre un à dos régulièrement, parce qu’il faut assurer l’après vente même chez Trucmuche.
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Bonne orthaugraphe exigée : ça paraît effectivement nécessaire, sauf que le type corrigé, ne comprendra jamais que vous avez passé 4 heures sur 120 pages et trouvé 499 fautes. Il croit que vous avez glandé devant Internet.
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Horaires : 39 heures sans récupération ou heures supplémentaires (pour un salaire de misère) : c’est un négrier, courage fuyez.
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Vous aurez à gérer les notes de frais : avec une comptable sadique qui refuse de rembourser une bière un soir à l’hôtel. Vous ferez donc le tampon entre la comptable sadique et les techniciens, ingénieurs ou autres, qui la détestent de leur refuser une Kro quand ils sont en déplacement toute la semaine. L’ambiance se dessine déjà
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Ambiance conviviale, voire familiale : en famille on peut bosser 12 heures par jour. Et on ne s’engueule jamais plus qu’en famille dans certains cas…
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Grande disponibilité exigée : faudra de temps à autre y aller le WE (toujours pour un salaire de misère), rester le soir jusqu’à 22 heures ou pointer à 6 H 30.
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Petit standard à gérer : 200 appels par jour à filtrer, répartir, noter : vous aurez une crampe de l’écrivain à force de rédiger des post-it, et frôlerez l’otite purulente parce qu’on vous aura hurlé dessus via téléphone toute la journée.
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Forte possibilités d’évolution : vous commencerez par faire juste du standard et de la frappe, puis vous ferez 8 heures de dactylo-magnéto par jour, puis vous vous mettrez au technique, puis vous vous mettrez à la sécurité, avec une augmentation de 15 euros par an. Enfin, un an sur deux…
C’est marrant, je viens de retrouver la petite annonce de Truchon datant de septembre 1998… Vous allez me dire que je suis timbrée, mais je l’ai scannée et je la lui ai envoyée avec commentaires…
Heu non, ce n’est pas marrant, la vie n’est qu’un long calvaire.
Point n’est dans mes habitudes de me gausser de tout et n’importe quoi, ni d’émettre moultes critiques à l’égard des uns et des autres.
Mais là, le hanap est plein. Je n’en puis plus, ce n’est plus possible (tiens, l’on dirait ma niaise aînée…)
Arrêtez de ricaner d’abord, c’est très sérieux. Ce n’est pas parce que je suis en train de lire un pensum sur le moyen âge qu’il y a matière à rigoler.
Je plante le décor. Je suis allée déjeuner et passer un très bon moment chez tatie chérie. Pour cela je dois au départ, emprunter la RN 10, puis l’autoroute, puis me farcir les berges de la Seine limitées à 50 pour d’obscures raisons (le souvenir du cheval sans doute).
Au retour, bien évidemment, je fais l’inverse : les berges de la Seine limitées à 70 dans ce sens (pour toujours d’obscures raisons), et après l’autoroute puis la RN 10.
Le samedi ça bouche à mort sur la RN 10, j’ai mes petits chemins pour rentrer chez moi, mais l’autoroute, je ne peux absolument pas l’éviter.
Et là, l’horreur.
J’accède à la bretelle normalement roulante mais là ça bouche un maximum. Théoriquement c’est signe d’accident. Ca klaxonne à tout va, dès fois que ça puisse déboucher (jamais prouvé), on roule au pas, que-se-passe-t-il ?
Sortie de la bretelle d’accès, je suis carrément sur l’autoroute. Une zone assez dangereuse. Ca vient de Rouen ou d’où je viens, ça vient de Paris, c’est toujours source de prudence extrême.
Ca pour être prudents, les gens sont prudents, je n’ai jamais vu ça. Ca roule à 3 à l’heure à l’endroit où la venue de Rouen se téléscope sur celle de Paris. 4 voies.
Et là, en plein milieu des 4 voies, faisant signe qu’ils vont sur la gauche : UNE FAMILLE EN VELO. LES PARENTS ET DEUX MINOTS D’ENVIRON 7 ET 10 ANS (je dis ça à vue de nez, ça aurait pu être ma soeur, mon beau-frère, mon neveu et ma nièce vus de dos…)
Ils sont en plein milieu de l’autoroute, j’en ai froid dans le dos. Je ne suis pas la seule. Une femme me fait signe sur ma gauche et j’entr’ouvre ma vitre “on appelle les flics, vous pouvez en faire autant ?”. Mais comment donc. Ils sont au courant vu qu’ils ont eu 70 appels environ, ils arrivent et plus vite que ça d’abord et me précisent d’être prudente (non je vais écraser tout le monde…)
La famille persite et signe, elle se prépare avec de l’avance à emprunter le tunnel qui mène à Trappes et se met donc sur la gauche, au ras de la barrière de sécurité centrale. Les minots pédalent (sans casque), le père fait des bras d’honneur aux automobilistes qui les doublent prudemment à 2 à l’heure et lui signalent que : l’autoroute ce n’est pas pour les cycliste. Il s’en fout il emmerde tout le monde. C’est ce qu’il ressort de ce qu’il me dit quand je passe prudemment sur la droite de la petite famille.
4 voitures ont apparement décidé de les encadrer et protéger : deux derrière, une à droite, une autre tout derrière avec les warnings plein pot. Là on ne peut pas dire que l’automobiliste n’est que con… Dans mon rétro en me dégageant doucement (peut-être qu’il y a les cousins devant…) je vois comme un espoir les gyrophares de quelque chose qui va remettre tout à sa place. J’ai le coeur qui bat, je pense à ce qui aurait pu arriver. Trop tard me direz-vous, mais c’est ma nature.
Je ne sais pas ce que cela pourra coûter aux parents. Cher j’espère, car j’en frémis encore de les imaginer engageant leurs mômes sur l’autoroute à cet endroit si stratégique et si dangereux, même si l’on est prudent… A moins qu’ils ne soient venus de la direction “Paris”, mais tout de même en empruntant la jonction Rouen/Paris, à mon sens, le pire.
Parce que ce n’est pas le tout de vilipender l’automobiliste à tout va : les motards ou les cyclistes font très souvent n’importe quoi.
Et la voiture qui aurait embouti la petite famille aurait eu tous les torts, même si elle avait respecté les limitations de vitesse.
Quand je vous dis que…
C’était le médecin du village. Il était juif et ne savait pas que c’était un crime. Il exerçait depuis un petit moment, habitant au dessus de son cabinet avec sa petite famille : une femme et le choix du roi. Ils espéraient une petite fille de plus pour 1944.
Et puis la tempête nazie est arrivée jusque là. Personne pour les dénoncer : sans penser à mal, ils avaient adopté l’étoile jaune, comme c’était “prescrit”. Personne n’imaginait ce qu’il pouvait bien se passer et pourquoi il fallait tant les reconnaître.
Le premier embarquement cela a été la femme enceinte et ses deux enfants. Ils ont attendu le retour du médecin qui venait de pratiquer un accouchement difficile en sauvant la femme et l’enfant, et il est parti à son tour.
Ce qu’ils ont connu, nous le savons aujourd’hui, même si certains minimisent ou refusent l’évidence. Cela a été les wagons plombés, la soif, la faim, la chaleur ou le froid suivant la période. S’éclaboussant de merde et d’urine, serrés à mort les uns contre les autres en suffoquant, des hommes et des femmes cessaient d’être humains pour ne devenir que des nombres, que des ombres. Certaines femmes qualifiées de barbares parce que juives ont préféré étrangler leurs enfants plutôt que les voir mourir à petit feu sans à manger, et sans rien à boire dans ces wagons qui n’en finissaient pas de rouler. Mes filles sont grandes, une puissance suprème m’a épargné d’avoir à choisir entre les tuer tout de suite ou attendre. Lâchement, enfant, je me disais que je n’étais pas juive… Cela me rassurait sur ce passé si proche.
La date de l’assassinat est connue parce qu’il a eu lieu dès l’arrivée dans ce camp maudit. Il l’a su et compris trop tard… Lui était un homme valide, et médecin qui plus est. Juif ou non, c’était précieux et utile. Sa femme enceinte et les deux enfants ont filé direct vers la chambre à gaz et les crématoires. Il ne voulait pas y croire. Il refusait d’y croire. Il se répétait que les allemands étaient civilisés. Il l’a écrit, il a laissé des traces de ses pensées.
Presque 2 ans dans ce camp dit “de la mort”. Sans doute a-t-il pu survivre tout ce temps car il était médecin et que les nazis faisaient sortir les médecins du rang. Il a laissé quelques notes sur ce cauchemar “les médecins sortez du rang !”. Un autre en a fait un livre qui relate le moment où il n’est pas sorti du rang tellement il n’en pouvait plus… Il a écrit qu’à un moment le mot “civilisation” cessa de représenter quelque chose pour lui.
Presque 2 ans d’espoir malgré ce qu’il voyait. C’est un squelette livide qui rentra en 1945 pour retrouver l’appartement vide et quelques patients qui venaient le voir pour lui apporter qui 6 oeufs, qui 1 litre de lait, qui un fromage, qui de l’affection et du soutien… En fait on essayait de le soigner plus qu’il ne soignait. Il ne pouvait pas se soigner lui-même. On ne parlait pas des blessures de l’âme et de la conscience à l’époque. Lentement il a repris son activité qui était de guérir, de soigner, d’aider, en espérant toujours.
Et si… Et si sa femme et ses enfants étaient dans un camp à recevoir les antibiotiques nouvelles et salvatrice. Et si, elle avait pu s’enfuir et prendre le temps du retour. Et si…
Il a attendu attendu attendu, jusqu’au jour où il a compris qu’ils ne reviendraient pas. Sa femme et le bébé qu’elle portait, ses enfants.
Juste avant une nouvelle année à venir, dans une maison vide d’espoir, vide d’enfants, vide d’amour, après une année de trop passée à espérer un miracle, à pleurer seul, à trop se souvenir, il a fait son choix d’en finir. Comme Madeleine longtemps auparavant, il a choisit la corde, ne laissant qu’un mot laconique sur l’espoir qui l’avait porté et qui était vain. Le pire peut-être est le “pardonnez-moi” qui terminait son message. Il demandait pardon du mal qui lui avait été fait et qui l’obligeait à violer une loi divine qui dit “tu ne sauras ni le jour ni l’heure”. Il était croyant. Enfin, il l’avait été.
Je pense à lui régulièrement. Mes grands parents et mes parents l’ont connu. A l’endroit où se trouvait son cabinet médical, c’est un office notarial désormais, mais garni d’une énorme plaque que je vous livre telle qu’elle est.
Du coup on se souvient de lui… Et je rends hommage à la municipalité qui a pris la peine que l’on se souvienne. Je trouve que l’hommage rendu à ce médecin est admirable. Je pense qu’il manque d’ailleurs, plein de plaques un peu partout… C’est mon avis, et je le partage.
PASSANT SOUVIENS TOI !