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'Dictionnaire d'une civilisation tordue'

Le plan foireux du contrôle technique

Contr_le_technique_recadr__200405833_001Depuis 1994, je me traîne avec la même voiture qui fait maintenant rigoler les enfants sur le bord de la route (je les emmerde tous !).

Elle me rend bien des services. Elle me permet en tous cas de faire 10 km jusque chez Truchon tous les matins, et 10 km en sens inverse le soir pour 13 minutes maximum, avec train + bus il me faudrait une heure par trajet…. Et de me déplacer sur maximum 5 km le WE.

Elle ne ressemble à rien (enfin si, à une vieille caisse) mais j’y tiens, je n’ai pas de fric à claquer dans une nouvelle voiture. C’est comme ça. Mon antiquité je la respecte et la fait soigner par un petit garagiste de mon bled, qui ne m’assassine pas (ça existe), car je n’ai pas non plus l’intention de voyager dans un cercueil roulant. Bref je tiens à la garder, même si elle a un rétroviseur qui pendouille comme une oreille de cocker (le droit qui est facultatif, personne ne peut me louper à 1 km).

Je pensais devoir passer mon contrôle technique l’année prochaine, le temps passe si vite. Ben non, j’ai découvert avec horreur que j’étais en retard et que j’eusse dû le faire début novembre.

Je déteste ceux qui ont mis en place cette idée du contrôle technique obligatoire tous les 2 ans et qui ont forcément des actions dans les boîtes qui font les contrôles techniques. Parce que je dois y passer tous les 2 ans, même si je n’ai fait que 30.000 bornes et que je fais entretenir régulièrement mon véhicule (et généralement les garagistes ne vous épargnent pas ce qu’il y a à faire en urgence). Alors que pendant 2 ans certains (j’en connais) en ont fait eux 300.000 en faisant juste quelques vidanges, et roulent dans une caisse dangereuse en toute légalité avant d’y passer à leur tour. Cé pô juste.

Bref, je roule en toute illégalité depuis début novembre. Le problème c’est que si je croise un fou qui me rentre dedans (car je roule moi, prudemment) mon assurance refusera de payer quoi que ce soit… (alors que moi je paye pour…). Du coup j’ai la bloblotte dès que je monte en voiture, car on ne se refait pas.

Je m’inquiétais de cet état de fait avec dame Vénézia dont le contrôle technique est obsolète depuis 18 mois, et Géraldine, alors que nous allions manger à la “cantine” du boulot. Et là Géraldine nous déclare “moi j’ai un plan foireux, pour que vous ayez votre vignette contrôle technique, les filles, et à coup sûr”.

Le frère du mari du cousin de sa belle soeur (Brunnooooo) travaille chez Mercéééédès et connaît Vikkktooor qui délivre la précieuse vignette contre 20 euros au black donnés discrètement une attestation sur l’honneur comme quoi on ne vend pas le véhicule (il a sa conscience aussi). Pour le même prix + un chèque il fait également le contrôle et signale sur post it, ce qu’il faut vraiment faire sur la gimbarde pour ne pas se suicider avec… Super… Au moins le contrôle est fait, on peut prendre 6 ou 7 mois pour se chercher un véhicule dans le pire des cas.

Elle me prend rendez-vous le dernier samedi de novembre à 10 H 30 avec Vikkkktooor, via Brunoooo… Je viens de la part de Brunooooo et en lui serrant la main je lui glisse les 20 euros, il comprendra. C’est bon, je ne suis pas obligée de mettre les 20 euros dans mon slip… Sauf que le vendredi soir je rentre de chez le dermato brûlée à mort avec comme hypothèse pour le lendemain d’avoir l’oeil gauche bloqué par une paupière gonflée (elle l’était). J’appelle donc Géraldine pour décommander le RV : pas de soucis me dit-elle, on prévient Vikkktooor et prend soin de toi ma poulette (cui cui…).

Le lundi suivant elle s’occupe de mon cas, j’ai RV samedi 2 décembre à 10 H 30 avec Vikkkktooor. C’est bon, je prend RV chez le coiffeur à 14 H 30 (Vi, Vikkkktooor est à 30 bornes avec embouteillages).

Mardi TVB. Jeudi, Vikkktooor a un créneau pour 14 H 30, je ne peux pas, j’ai RV chez le coiffeur. On maintient 10 H 30.

Vendredi, Vikkktor ne peut plus, il a un vrai client pour 10 H 30. Il peut me prendre à 13 H 30. Je décale mon RV chez le coiffeur, attrapant de justesse le dernier créneau du matin à 10 H 30 (destinée, destinée…). 5 minutes après Vikkktooor peut finalement me prendre à 10 H 30. Oui mais là j’ai coiffeur. Je la connais bien cette jeune femme, elle va me prendre pour une folle si je change d’avis 36 fois. Bon pas grave, on maintient 13 H 30 m’assure Géraldine son portable vissé sur l’oreille.

Je vais donc chez le coiffeur à 10 H 30 le samedi 2 décembre. TVB. J’arrive pour le contrôle technique avec 3/4 d’heure d’avance (dès fois que je me perde…) : on me reconnait bien là !

Station fermée. Vikkkktooor se pointe à 13 H : chic il va me prendre en avance. Il me regarde d’un sale oeil. Il m’a attendue samedi dernier en vain (le mari du frère de la belle soeur de Géraldine du côté de la bicyclette de son oncle, n’a pas décommandé du tout). Vikkktooor m’attendait ce matin à 10 H 30 et il n’a jamais été question de 13 H 30… Je suis consternée sincèrement et cela doit se voir… Il se radoucit, et pour me punir, me fixe RV le samedi qui vient à 8 H 30 (faudra que je me lève plus tôt que pour aller bosser, un samedi, un comble !)

Sauf que j’ai un doute. Je vais me lever tôt, je vais faire mon contrôle technique de la part de Brunooooo en refilant 20 euros, et je n’aurai pas ma vignette…? contre visite à faire quand même ? Je pars entre deux gendarmes ?

Ca sent le coup foireux à plein nez et que dire à Géraldine ? Je vais ne rien dire…. Donc je vais faire la gueule…. un petit peu…

La vie n’est qu’un long calvaire… Et vous, votre meilleur plan foireux, c’était quoi ?

Posté le 7 décembre '06 par Calpurnia, dans Dans la série Diabolique, Dictionnaire d'une civilisation tordue, Je vous merde tous !, Notre vie quotidienne à nous les femmes. Pas de commentaire.

A comme Agoraphobie, ou la connerie humaine

Je_n_aime_pas_la_foule_pop040Depuis ma plus tendre enfance, je souffre d’agoraphobie.

“Peur irrationnelle se manifestant dans des endroits publics et/ou des espaces découverts”

En fait je n’ai pas peur dans les espaces découverts et vides, ça m’est égal qu’il n’y ait personne et que ce soit une morne plaine, par contre j’ai une peur panique de la foule, à tomber dans les poires. J’attends donc que l’on divise la définition en deux (peur des grands espaces OU peur des espaces trop peuplés)

La foule c’est con. Nous sommes cons, donc, les gens (dont moi) sont cons surtout en foule, parce si l’on prend tout le monde un par un tout va bien… Donc pour moi il n’est pas irrationnel d’avoir peur de la foule, parce que c’est très con (la foule, pas de prendre les gens un par un).

Une scène d’horreur dans un film, pour moi c’est une foule en délire prenant quelqu’un à parti, un lynchage, une prise d’otage, je ne sais pas… Une foule contre des innocents (même s’ils sont coupables ça me troue). J’ai le sang qui quitte ma tête pour se précipiter dans les pieds, je suffoque, j’ai dû vivre cela dans une vie antérieure. Même des gens qui chantent un 14 juillet ou un soir de victoire de coupe du monde, ça me terrifie, parce que tout peut changer d’un moment à l’autre et que là où il y a foule il y aura des morts.

Pour moi la foule c’est le calvaire de la princesse de Lamballe ou de Mademoiselle de Sombreuil buvant un verre de sang pour épargner la vie de son père. C’est la malheureuse que l’on tond un soir de “libération” dans “la liesse populaire” (en chantant avec bonne conscience), le noir victime du Ku Klux Klan, le pauvre soldat allemand de 17 ans égaré en France en 1945. C’est l’horreur. C’est aussi cette joie émouvante de la libération (suivie de quoi d’autre ?). C’est un personnage à part entière que la foule, avec ses humeurs bonnes ou mauvaises, changeant d’un quart d’heure à l’autre, avec ses paranoïas multiples.

La foule c’est n’importe quoi. Incontrôlable si l’on n’a pas fait science pö et 90 ans de psycho. C’est heureux, ça hurle sa joie et aussi sec cela se retourne contre n’importe qui, n’importe quand, au son de n’importe quel adage. La grande qualité de politiques que je qualifierais personnellement de “cons mais pas bêtes” est de savoir se servir de la foule et se barrant quand il en est encore temps, avant qu’un anonyme ne hurle “mort à Danton !”.

Je n’ai pas envie de faire partie d’une foule et d’être manipulée par la liesse ou la haine populaire, donc j’évite la foule (surtout qu’elle pourrait me piétiner au passage, la foule ça marche sur n’importe quoi). Quand ça commence à serrer un peu, je tombe dans les poires en vrai (je ne peux plus respirer) et me fais ramasser par de séduisants pompiers, mais n’empêche : je n’y vais plus, parce que sinon c’est au risque de me faire piétiner. Du coup j’évite autant que faire se peut la foule (en bonne chochotte, la victoire de la France en 98 et le retour de l’équipe à Clairefontaine m’a vaccinée à jamais et le Christ peut revenir : je ne me dérangerai pas pour l’écouter).

J’ai assisté dernièrement à un effet de foule sur un blog. Ne manquait que le son pour que l’horreur soit complète.

Donc une personne adulée qui publie un malheureux billet demandant un petit soutien à son blog. Rien que de très normal (enfin de pas choquant en ce qui me concerne), et de très bien expliqué, on sait où l’on va, qu’il n’y a pas d’obligation, on sait que tout continuera comme avant et que chacun fait comme il veut. Simplement on apporte son soutien ou pas. Cool relax, pas de souci me dis-je en quiche yvelinoise qui n’ait rien comprit à la vie malgré mes ans chaque année plus douloureux à porter…

Le soir j’ai pris avec stupéfaction connaissance d’environ 240 commentaires + un autre billet d’explication et les commentaires allant avec. Ca partait gentiment au départ, les commentaires restaient pondérés pour ou contre, choqués ou pas, quand tout à coup paf ! effet de foule. Il a suffit d’un post franchement méchant pour que cela se déchaîne.

J’aimerais que l’on prenne d’assaut le ministère des finances comme on a pris d’assaut le blog d’Hélène. Ah oui j’adorerais ! Parce que là c’était grave : “tu n’as pas honte ? 1000 personnes vont donner 3 euros pour toi, c’est facilement gagné à 1000 lectrices par mois” (la jalouse qui n’a pas un lecteur et qui confond mois et jour, et Hélène n’avait rien exigé, elle n’annonçait pas que son site devenait payant, “et pourquoi tu ne bosse pas ?” “il y en a d’autres qui ont plus besoin de fric que toi”… ETC…

Qui envoie un mail à qui de droit en disant “QUOI mes impôts locaux servent à payer une soirée au gagnant du village fleuri, à 150 Euro l’invité et il y en avait 1000 avec leurs prix de consolation ?” “Quoi ? vous vous déplacez aus USA aux frais de la population pour remettre la légion d’honneur à un pompier de New York” ? “QUOI ?” Ben non ça la boucle grave, pas envie d’être fiché (vous l’êtes…)

Qui se permettrait un tel débordement avec son gouvernement ? (ça ne lui ferait pas de mal pourtant). QUI a pollué la boite mail d’un technocrate en demandant des comptes ? Mais il a fallu qu’on vienne hurler anonymement que ce blog ce n’était pas un travail… Qui ne méritait aucune rémunération.

Ce n’est pas le problème (pour moi), le fond m’importe peu. Le problème c’est le cri anonyme et venimeux dans la FOULE.

J’adore le côté anonyme. On crie un bon coup et si l’on tombe bien tout le monde va suivre. C’est comme cela que l’on décapite la princesse de Lamballe (joli coup !) et que l’on tend en ricanant certainement un verre de sang à Mademoiselle de Sombreuil en se disant “merde elle le boit”. C’est courageux en diable, c’est pour moi la connerie humaine à l’état pur que de se retrouver en mouton de Panurge à suivre n’importe quoi.

Les commentaires timides du début, les premières s’offusquant léger et correct, ça allait. Mais après déferlement de commentaires de trolls qui feraient mieux d’écrire à JC (ChiChi, ne vous égarez pas je sais qu’il y a longtemps que l’autre a fait son ascension et qu’on a un jeudi férié en mai grâce à cette virtuosité aéroplane et souvenez-vous-en… (comment ça vous n’êtes pas croyant et vous respectez le jeudi de l’ascension ? J’hallucine !!!)).

Parce qu’il y a eu le correct pour, le correct contre, et puis tout à coup la connerie trollesque, les voix criant anonymement dans la foule, celles que l’on suit souvent, plus que les autres d’ailleurs. Et là on se lâche, bien à l’abri dans l’anonymat, en se permettant n’importe quoi.

Et si l’on avait été dans une foule, que se serait-il passé ? Une anonyme(j’ai moyen vu de mâles sur le sujet), aurait crié “va bosser connasse, ou crève”. Et là tout le monde aurait fait quoi ?

Baillonner l’anonyme n’est pas dans mes cordes, sauver l’héroïne au péril de ma vie je ne peux pas le jurer vu que j’aurais été chez moi, loin de la foule… Et vous ? Vous tournez les talons et vous partez ? Vous linchez la personne incriminée ? Non ? vous ne faite rien ? Alors pourquoi y a-t-il dans l’histoire des foules en délire ?

Je n’accuse personne. Simplement, ça me fait peur même à lire. Car même sur un blog, on peut retrouver un effet de foule et faire une crise d’agoraphobie (pas grave j’ai du tranxène).

Et vous la foule, ça vous fait le même effet qu’à moi ?

Posté le 4 novembre '06 par Calpurnia, dans Dictionnaire d'une civilisation tordue. Pas de commentaire.

C comme Comment chier une pastèque part 2

Accouchement_57210942Pour Delphine, ma gynéco et moi avions choisi une autre maternité (enfin elle, j’avais eu trop de problèmes dans la première, je vous raconterai).

J’avais été prise en main dès mon 4ème mois par un accoucheur de choc. Comme pour Pulchérie je faisais de l’hypertension dite gravidique (gravide est relatif à grossesse : un utérus gravide = vous êtes en cloque) et c’est grave. C’est ce qui provoquait ces crises d’éclampsie fatales qui ont tué tant de mamans (et certainement encore actuellement dans beaucoup de pays). Pour Pulchérie, l’accoucheuse cette garce, m’avait donné un traitement sans que la tension baisse et sans qu’elle ne moufte. Là, l’accoucheur me changea le traitement illico qui me transforma pour le reste de ma grossesse en endive trop cuite avec une tension normale (je ne sais pas si vous visualisez bien l’énergie du légume, pour la couleur je suis toujours plutôt pâle ayant autant de mélanine qu’un yahourt…).

Bonne nouvelle, la péridurale n’était toujours pas remboursée par la SS (la sécu, ne nous égarons pas) sauf si elle était prescrite par l’accoucheur, et elle l’était d’office dans mon cas, faisant baisser la tension de manière significative pendant l’accouchement (j’ai sû à ce moment là que j’avais frôlé l’éclampsie 3 fois pendant mon précédent accouchement sans qu’on ne fasse quoi que ce soit, car il avait fait rapatrier mon dossier et soupiré devant la longueur du monitoring et l’absence de traitement).

Donc péridurale prévue, visite chez l’anesthésiste avec joie. Delphine prévue pour le 22 octobre, me voici saisie malgré ma légumisation, par le syndrôme du nid, le 9 octobre.

Le syndrôme du nid (pour les nullipares qui se demandent si je suis folle), est un syndrôme qui n’attaque pas toutes les femmes, mais qui fait que tout à coup on a une énergie débordante et l’envie de tout ranger, laver, aligner au cordeau + faire des provisions. En fait, c’est un instinct ancestral qui pousse la maman à tout mettre en ordre avant qu’elle ne soit ratatinée sur son lit pour plusieurs jours. Albert est rentré le 9 au soir pour me trouver sur un escabeau à récurer une applique, alors que la veille je faisais la baleine échouée sur la banquise, sur le canapé, à regarder Dorothée avec Pulchérie, Pulchérie me tenant l’éponge pour se sentir utile et ne pas grimper dans les plantes vertes. Il a illico appelé Mrs Bibelot (après m’avoir intimé l’ordre de descendre de là et terminé l’applique) qui s’est pointée le lendemain matin, sans savoir (elle n’avait pas connu le syndrôme du nid, elle, mais aurait dû se méfier vu que je lui avais fait le coup pour Pulchérie) qu’elle se ferait réquisitionner pour laver et dégivrer le frigo et faire 62 lessives et le repassage qui allait avec pendant que j’allais à Carouf remplir le congélateur et les placards de bouffe pour 6 mois. Mrs Bibelot opérant bien naturellement avec Pulchérie grimpant dans les plantes vertes… (ce trésor !)

L’instinct étant très sûr, le 11 octobre à 12 H 18 (vous noterez l’exactitude des heures et dates, mais ces moments sont tels qu’on ne peut les oublier, et en plus j’avais une montre à affichage digital), alors que je rangeais le dernier poney rose de Pulchérie sur l’étagère ad hoc, dans un appartement reluisant, j’ai ressentis la première contraction. Putain, elle faisait mal d’office celle-là et bien évidemment comme toutes les femmes, je ne me souvenais pas que cela faisait mal à ce point là dans le ressenti. Deuxième contraction 1/2 heure plus tard, Pulchérie ayant terminé de ne pas manger ses nouilles et son oeuf coque, ni la crème au chocolat (faut suivre).

A 15 heures avec des contractions tous les 1/4 d’heure, naïve, j’ai appelé ma grand mère chargée de venir s’occuper de la petite et du père en mon absence pour qu’elle rapplique vite fait (ce qu’elle a fait le lendemain matin, récupérant Pulchérie chez mes parents), et je me suis rapatriée chez Mrs Bibelot et Jean Poirotte pour ne pas accoucher toute seule dans ma salle de bain avec Pulchérie faisant bouillir de l’eau. Je me disais qu’ayant déjà eu un enfant, forcément, là, ça irait tout seul (quand je vous le dis que j’avais une nature optimiste !).

Jean Poirotte a fait à Pulchérie l’intégrale de ses livres d’enfants avec le ton, pendant que, reprenant mes bonnes habitudes, je déambulais dans le salon à chaque contraction en respirant moyen fort pour ne pas traumatiser l’aînée (non elle ça allait, c’était mon père qui était traumatisé, ma mère lui ayant donné l’habitude de s’avachir dans un fauteuil en réclamant un prêtre ou qu’il l’achève tout de suite). Assistée par ma mère qui en sait des choses et que ce n’est pas pour rien que l’on accouchait debout avant que les hommes y mettent leur nez (ben oui, le bébé appuyant sur le col, accélère le travail. Couchée c’est pas top, surtout qu’on vous couche avec le bas du corps surélevé ce qui fait qu’en plus de chier une pastèque, faut la propulser dans l’espace en méprisant la gravité…(et qu’on en césarise des femmes parce que le bébé ne descend pas, forcément vu qu’il doit monter, faites lever la mère à 8 cm, vous verrez s’il ne descend pas…))

Albert rôdé débarqua tranquillement du boulot à 19 heures pour me trouver la bave aux lèvres (déjà ?), pointant du doigt la valise et les deux sacs d’un air peu aimable. Arrivée à la maternité à 20 heures (il avait mangé un petit morceau, enfin de la potée, pour prendre des forces et du coup grillé tous les feux rouges, en espérant des motards pour lui ouvrir la route) pour m’entendre dire que le col n’était même pas en voie d’effacement… Là j’ai pris mon air le plus aimable, signalé que l’on était au cinquième, et que je ne revivrais JAMAIS ce que j’avais vécu pour Pulchérie. La sage femme charmante, m’a déclaré que c’était hors de question, mais que l’anesthésite n’intervenait qu’une fois le col effacé. C’est quoi cette connerie ? L’effacement du col c’est aussi douloureux que sa dilatation ! Voyant ma mine aimable, elle condamna les fenêtres, me refila un petit cachet de rien du tout pour me détendre, et j’ai pu dormir jusqu’à 23 H 30 en rêvant que j’accouchais, c’est le pire cauchemar que j’ai fait de ma vie…

23 H 30, bien sûr, je sonne comme une débile. Arrivée immédiate, flanquage d’Albert à la porte (pauvre bouchon il dormait sous une couverture de sécurité dans un fauteuil pendant que je souffrais en dormant), examen : à l’ouest rien de nouveau. Sauf qu’elle va faire venir l’anesthésiste quand même parce qu’elle doit me mettre une perf pour accélérer le travail et que sans péridurale je vais vivre un martyr (merci madame !). Départ vers la salle de travail à 23 H 40 avec Albert baillant, à qui l’on épargna la charlotte (mais pas les chaussons verts et la blouse…)

Arrivée de l’anesthésiste à 24 H en salle de travail (il était temps, j’envisageais sereinement de tuer Albert à coup de flacon de perf déjà posée). Ejection d’Albert pour la mise en place de la péridurale avec mille précautions (les anesthésistes débutaient un peu sur ce coup là). C’est très facile de se tenir sans bouger pendant une contraction… Mais j’ai pu. Et puis là, miracle. Tout à coup, plus de jambes, mais plus mal du tout du tout, je respire, je sens que je retrouve mes couleurs, j’aime tout le monde. L’homme de l’art me laisse un cathéter en place pour venir en remettre une dose à 4 heures du matin, promis juré, il revient, il m’aide à m’allonger et fait rentrer Albert en partant…

Minuit donc, je n’ai plus mal, la sage femme a ouvert la perf à fond car je ne sens plus rien, et se barre vu qu’apparement une emmerdeuse accouche également dans la salle d’à côté (on n’entend rien, ça change). Albert regarde le monitoring et commente comme pour Pulchérie  “attention en voilà une” (ça s’annonce sur le monitoring avant qu’on ne la sente) “la voilà !” “Oh elle était forte”. M’en fous je ne sens rien, je regrette de ne pas pouvoir faire un scrable et lui flanquer mes 7 lettres sur mot compte triple. La sage femme passe sur le coup de 0 H 45 et m’annonce “5 cm”. Déjà ? Je ne sais pas comment elle s’est faite avoir sur ce coup là, mais passer en 3/4 d’heure de même pas effacé à 5 cm de dilatation, c’était classe (à 10 cm on va expulser pour peu qu’on pousse).

1 H 15. Albert s’affole un peu devant la fréquence et la force des contractions qui lui rappellent vaguement quelque chose. M’en fous, je ne sens rien, je veux faire un scrable ou continuer à dire du mal de sa tante (impossible de croire que j’accouche). Il sonne. Personne. Il sonne à nouveau frénétique, la sage femme arrive en catastrophe (je la revois encore), me sourit gentiment, m’examine, se fige genre congélation instantanée et va réveiller la puéricultrice “allez chercher le docteur Trumphy ! Vite ! J’ai dit vite !”

Oui ça urgeait, pour une fois Albert avait été à la hauteur et pour un peu Delphine tombait par terre. Trumphy n’était pas là qu’elle m’installait les jambes dans les gouttières ad hoc (je ne sentais rien et ne pouvais surtout pas bouger les jambes), me disait “essayez de pousser” “n’essayez rien, vous poussez toute seule” AAAAHHHHHH chouette, je pousse toute seule et je ne sens rien, youpeee ! Un “COUAC” dans la salle. C’était quoi ? Ben c’était le bébé, Delphine, qui a rouspété dès qu’elle a eu mis le nez dehors (moi je ne sentais rien et c’est Albert qui à mon “c’est quoi ?” a répondu “c’est le bébé”). Je précise que curieusement elle n’a jamais été rouspéteuse de nature alors que Pulchérie qui l’avait bouclé en naissant, si…

L’accoucheur s’est pointé en même temps que Delphine avec un synchronisme hallucinant, pendant que la sage femme terminait le travail (m’en fous, je ne sentais rien, mais bon j’avais oublié le scrable). Il se réveillait apparement, et l’a laissé terminer (la sage femme). Il était 1 H 35 très exactement quand on m’a posé ma crevette sur le ventre qui s’est mise à pleurer en cherchant le sein (c’était bien elle : j’ai faim !). Albert était ravi : ses mains étaient intactes. La sage femme y allait de sa petite larme et hop, on m’a piqué ma fille pour son premier bain (il paraît que cela ne se fait plus, c’est dangereux) donné par un père en pleine forme.

Retour de fille cadette endormie par le bain. Baisse de température du bouchon car l’accouchement avait été trop rapide, mise en couveuse (à plat ventre, c’était la mode) et Albert constatant qu’elle était plus grande que sa soeur et faisait au moins 60 cm.

Eclat de rire dans la salle. Non. Delphine faisait bien les 260 grammes de plus que sa soeur, annoncés par l’accoucheur à la palpation (on l’admire) mais comme l’aînée, faisait son petit 50 cm.

J’ai récupéré mes jambes et toutes mes facultés vers 4 heures du matin (on admire aussi l’anesthésiste), sans fourmis, sans rien, et pu prendre ma fille contre moi dès qu’elle faisait un couac, c’est à dire que je la gardais contre moi pour qu’elle ne couaque pas (comme pour sa soeur qui a passé sa première nuit sur moi, je n’arrivais pas à dormir malgré ma fatigue), sans alerter la puéricultrice. Et le lendemain matin, l’anesthésiste venu me retirer son cathéter inutile, à qui je demandais si “la péridurale c’était toujours aussi chouette ?”, me répondit “pas de manière aussi carricaturale que chez vous”.

Chic ! pour une fois que je faisais tout bien… La vie n’est pas qu’un long calvaire (encore qu’entre 12 H et 24 H j’avais été tout de même une tueuse psychopate potentielle de première).

J’aurais bien eu une troisième fille mais celui qui roupille là haut, en a décidé autrement…

La péridurale c’est top. Et même si on sent pour certaines, un petit quelque chose, ce n’est certainement rien à côté de l’accouchement à l’ancienne…

Posté le 28 octobre '06 par Calpurnia, dans Dictionnaire d'une civilisation tordue. Pas de commentaire.

C comme Comment chier une pastèque part 1

Accouchement_57210942Une certaine demande se manifestant, je m’en vais vous raconter comment j’ai mis au monde Pulchérie à l’âge de pierre, c’est à dire en 1981 alors que la péridurale on en parlait vaguement. Ca va être long, vous êtes prévenus, j’ai la flemme de faire 10 posts… (d’un autre côté vous z’avez le WE… vu que samedi je ne suis pas là…)

J’étais à l’époque d’une nature optimiste. Je passe sur la grossesse (qui mérite son post à elle toute seule naturellement) pour en arriver tout de suite à la fin (le début d’une grande aventure).

La sage femme m’avait tout bien expliqué pendant les cours d’accouchement sans douleur. La douleur vient de la peur, c’est tout bête. Il ne faut pas avoir peur, et il faut savoir respirer. On me l’avait dit et répété. Ma mère m’avait dit que c’était l’enfer, (sa mère idem et toutes les femmes de ma connaissance), mais elle avait une grand tante qui avait accouché 3 fois dans les toilettes en croyant qu’elle avait envie de faire pipi. Non, c’était la tête du bébé déjà sortie. Sûr, je tenais d’elle, obligé, et Albert avait bien regardé dans les bouquins achetés au kilo, comment m’assister dans cette épreuve en attendant l’arrivée de ma mère et des pompiers (à 5 minutes maxi) après la ponte par moi de la côtelette sans douleur aucune (en fait il avait juste à m’apporter une serviette propre et même pas à faire bouillir d’eau).

Pas d’appréhension particulière donc. D’autant que j’avais des contractions très régulières, non douloureuses depuis le début de mon 8ème mois : les contractions ? Pffuit ! de la petite bière !

Pulchérie avait été prévue pour le 25 décembre. Toute la famille avait dû faire des neuvaines ou jeter des sorts pour qu’elle ne naisse pas le jour de Noël, je ne sais pas trop, mais le mardi 15 décembre sur le coup de 18 heures, je ressens une vague douleur dans les reins en même temps qu’une contraction. Pour le soir est programmé “la tour infernale” (ça ne s’oublie pas !) et un plateau TV. A 18 H 30 re-douleur un peu plus forte mais très supportable et j’appelle Mrs Bibelot qui à l’écoute des symptômes pronostique que le “travail” est commencé. 20 minutes après 3ème contraction, ça se rapproche déjà sacrément, chic, je vais faire cela avant demain midi.

C’est trèèèès supportable et je ricane en songeant aux films dans lesquelles il y a forcément une emmerdeuse qui accouche en plein exode, en pleine bataille, en plein assaut des méchants assiégeants ou en pleine attaque des indiens. Moi je ne serais jamais inondée de sueur, hurlante, grimaçante, réclamant l’extrême onction ou que l’on m’achève. Je vais faire cela avec le sourire, rose et pimpante et fraîche, non mais, je sais respirer MOI ! D’ailleurs je m’en vais faire ma toilette et me remaquiller un petit coup…

Je prépare le plateau TV pour Albert. Obéissante je ne vais pas dîner, c’est défendu quand le travail est commencé au cas où une anesthésie serait nécessaire (ou comment perdre 9 kg, jamais diffusé par “Elle”). J’ai juste droit à de la flotte et encore, j’hésite.

La tour infernale commence et je commence à me lever du canapé sur lequel je suis théoriquement vautrée (je ne sais pas m’asseoir dans un canapé) pour déambuler dans la pièce sous l’oeil torve d’Albert que rien ne perturbait, car :

  • Je ne supporte pas les contractions en position allongée

  • Les contractions sont de plus en plus fortes

  • Les contractions sont de plus en plus douloureuses

  • Albert m’emmerde de plus en plus à regarder la tour flamber au lieu de marcher avec moi en faisant le “petit chien”.

  • Les contractions sont de plus en plus rapprochées.

Le film terminé (à l’époque 22 H 30) Albert part se coucher pour prendre des forces. A deux heures du matin je m’en vas le réveiller cet abruti ! J’ai des contractions toutes les 5 minutes, la neige commence à tomber, il est grand temps de rallier la maternité pour que j’y accouche dans la dignité (enfin presque, là j’ai des petits doutes). Je secoue Albert, je lui dit “Chéri il faut que tu m’emmène”. “Où ça ?” répond le (crétin) trésor adoré, et je commence à faire l’exorcisme en lui arrachant la couette et en lui intimant l’ordre de se lever illico, faute de quoi je lui coupe les couilles (ben oui finalement je pouvais m’inspirer d’un film, mais je ne pensais pas à celui là du tout, j’avais tort).

Arrivée à la maternité à 3 heures du matin. Je me précipite vers l’infirmière de garde, Albert traînant une énorme valise + un sac tout aussi énorme. L’infirmière me demande si ce sont des triplés, et devant mon regard de serial killer et ma bave aux lèvres, en l’absence d’un exorciste compétent m’emmène immédiatement dans la salle de travail pendant qu’Albert se dépatouille pour trouver un ascenseur (pour y coincer la valise et la ruiner en plus).

Tout cela pour apprendre que NENNI, le travail est bien commencé, mais que le col n’est même pas en voie d’effacement ! (saloperie de col, connard d’Adam qui a bouffé la pomme ce crétin, et où est ce crétin d’Albert avec MES bagages ?)

On m’installe dans ma chambre particulière et on renvoit Albert : ce n’est pas pour tout de suite il va pouvoir dormir le trésor.

Je passe la fin de la nuit à déambuler dans la chambre. J’ai de plus en plus mal. La journée se passe, avec examens réguliers : le col s’obstine. Maman aussi au téléphone à qui Albert revenu vers 11 heures répond qu’à l’ouest, rien de nouveau. Vers 17 H, la sage femme me fait une petite piqûre pour arrêter le travail et mes périgrinations dans la chambre (une contraction me jette à bas du lit pour marcher, je me demande pourquoi je me recouche) afin que je me repose et je m’endors aussi sec devant Albert qui trouve que finalement un accouchement c’est cool et me réveille pour un bisous au moment de partir à 20 H 30 pour aller manger la potée faite par belle maman (moi je suis toujours à l’eau claire).

Le travail reprend spontanément le jeudi matin à 2 H (déjà jeudi) et me jette à bas du lit. J’appelle la sage femme. Les contractions sont plus fortes, je souffre le martyr, et en plus j’ai un genre de glaire rougeâtre dans ma culotte : le bébé est en train de mourir, il faut me faire une césarienne d’urgence sivoupléééé !

AAAAAHHHHH Fait la sage femme sadique, ce n’est rien c’est le bouchon muqueux, le col bouge enfin (qu’il se grouille ce col, on dirait Albert !). Elle m’examine. Effectivement il s’est un peu effacé… Elle me dit que j’en ai encore pour un bout de temps (vieille peau celle-là) et je crois lui avoir dit quelque chose de très grossier (moi ? oui ! un truc en … ulée, je ne suis plus certaine mais elle est repartie l’air pincé.

Elle me laisse déambuler dans la chambre en m’intimant de ne pas l’appeler toutes les cinq minutes : elle a un accouchement, un vrai, en train. Je sais, ma chambre donne sur la salle de travail et je profite de tout. C’est le troisième auquel “j’assiste” depuis mon arrivée. J’ai droit aux cris, aux serments pathétiques (”plus jamais ! plus jamais ! je me fais nonne !”), aux “poussez madame”, et enfin aux pleurs du bébé. La non insonorisation de cette salle m’encourage grandement pour la suite. Je sauterais bien par la fenêtre pour en finir tout de suite et ne plus souffrir, mais nous ne sommes qu’au premier étage et douée comme je suis je me ruinerais juste la rotule… Je déambule toujours, rictus façon “je suis possédée par un démon” aux lèvres, je pisse vert et j’éructe des bulles fluo du plus mauvais effet. Début d’après midi du jeudi, re piqûre pour que je me repose et petit cachet pour que je n’emmerde personne. Albert persiste à trouver que l’accouchement c’est long, mais cool, et maman joue l’exorciste à son tour dans le téléphone en menaçant de débarquer pour que l’on s’occupe vraiment de sa fille (j’aurais voulu tiens, comment qu’elle aurait fait chier tout le monde, surtout la vieille peau !)

Le travail reprend spontanément le vendredi matin à 2 heures. Me jetant à nouveau à bas du lit toutes les 5 minutes. Entre deux contractions j’essaye de dormir. Je souffre horriblement, je ne pensais pas que c’était possible, dans les films ils sont sympas et minimisent…, je pleure, je veux mourir mais voir mon bébé, je ne sais plus qui je suis et en plus je crève de faim.

La nouvelle équipe me trouve en larmes le vendredi matin à 7 heures, debout, cramponnée à je ne sais plus quoi (si je me souviens, les rideaux, j’ai ruiné la tringle). Nouvelle sage femme, adorable cette fois-ci qui téléphone à Albert de rappliquer et qu’elle s’en fout qu’il soit 7 heures, et rameute l’accoucheur. Un homme qui ne me connaît pas (j’avais choisi sa collègue femme forcément plus compréhensive…)  et s’indigne. C’est quoi ce travail ? Comment elle est là depuis mercredi 2 heures du mat ? Pourquoi on a arrêté le travail au lieu de le renforcer ? (ben oui pourquoi, mais achevez moi et sauvez mon bébé tout de suite !). Il m’examine, marmonne quelque chose contre sa collègue et m’annonce que l’on va me poser une perfusion qui va accélérer considérablement les choses : le bébé sera là vers midi. Plus que 4 heures à attendre, vu que l’on me pose la perfusion dès l’arrivée d’Albert à 8 heures (toujours rapide).

Là, dès la pose de la perf, je sens nettement la différence. Je souffre encore plus. Chaque contraction est un long martyr et je ne peux plus me lever coincée par la perf. Je me contente de broyer la main d’Albert qui mange tout de même des trippes pour son déjeuner (véridique, je n’en supporte plus l’odeur). Premier examen au bout d’une heure : hop, la sage femme augmente le débit de la perf. La douleur augmente également, cela s’arrêtera où cette torture ? Régulièrement la sage femme vient m’examiner, compatit, et remet un petit coup de perf. A 15 heures enfin (Pulchérie a déjà 3 heures de retard sur le pronostic “vers midi”), j’en suis à 6 cm et on m’emmène dans la salle de travail. Albert met une blouse et une charlotte, il est ravissant.

Début de l’épisode “j’ai envie de pousser mais il ne faut pas”. Respiration du petit chien. Albert change de main. A 16 H 30 enfin, les 10 cm sont là, je peux pousser. Et cela soulage de pousser pendant la contraction. J’y mets tout mon coeur. D’ailleurs tout le monde pousse dans la salle : Albert, l’accoucheur arrivé, la sage femme et la puéricultrice (je me demande toujours s’il n’y avait pas un peintre égaré dans la salle, ou un plombier)… Leurs efforts sont 100 % vain… Pour accélérer un peu les choses l’accoucheur perce la poche des eaux qui pointe, s’éclipse pour nettoyer ses lunettes, revient tout en continuant à essuyer ses verres. Puis après 1/2 heure à pousser (moi, je précise, les autres c’était du pipeau), il m’annonce qu’il voit la tête et que zut elle est mal orientée. Pulchérie se présente tête en l’air (c’est bien elle). L’accoucheur empoigne alors un genre de pinces à asperges, me précise qu’il va me faire mal mais pas longtemps, le temps qu’il positionne bien la tête. Ca s’appelle un forceps et là j’ai cru crever, Albert aussi (sentant encore sa main, ce pauvre bouchon, je lui ai ruiné les carpiens). Puis il empoigne la tête (l’accoucheur, Albert en étant incapable) qui est sortie (ouf) et tire. Albert devient tout blanc, moi aussi sans doute, car j’ai l’impression que l’on est en train de me vider complètement le ventre. A priori vu ce que je ressens, l’estomac va sortir aussi avec le cervelet comme accompagnement…

Et tout à coup elle est là ma fille, sur mon ventre, les yeux grand ouverts, toute rose et lisse après cette épreuve à laquelle elle a participé, l’air étonné. Elle ne pleure pas est-ce normal ? (d’autant que son père et moi pleurons et toute la salle avec). Oui ils attendent un peu pour couper le cordon qu’elle prenne sa respiration tranquillement. L’accoucheur a eu le temps de voir qu’elle a les petits pieds qui rentrent un peu et demande une radio des hanches, envoie du sang de cordon au labo (incompatibilité rhésus) La sage femme tend des cisailles à  Albert pour qu’il coupe le cordon, le fait elle même devant sa couleur. Puis on me pique ma fille pour le premier bain avec le papa qui titube un peu.

L’accoucheur procède à la délivrance (une contraction de plus, de la petite bière), me précise qu’il n’a pas eu besoin de me faire une épisiotomie. OUF.

Prochain épisode : Delphine avec péridurale : moi arrivant à la maternité avec un fusil à canon scié, un cran d’arrêt et une grenade pour que l’anesthésiste ne tarde pas…

Deux anecdotes :
Ma meilleure amie à 8 cm de dilatation descendant soudain de la table en précisant “je n’en peux plus, vous finirez sans moi”, rattrapée de justesse dans le couloir : la fuite de la future mère n’étant pas prévue.
Une amie de ma mère à qui l’accoucheur serinait de se tenir un peu bon sang, lui hurlant dans les tympans “docteur, vous avez déjà essayé de chier une pastèque ?” Accoucheur calmé (et expression passée à la postérité).

Cette merveilleuse image, c’est tout à fait cela… La vie n’est qu’un long calvaire.

Posté le 27 octobre '06 par Calpurnia, dans Dictionnaire d'une civilisation tordue. Pas de commentaire.

R comme Répartie

Rupture_53271575Il nous faut cultiver notre sens de la répartie. On n’est jamais assez protégées contre les contraintes de la vie qui n’est qu’un long calvaire, et l’esprit d’escalier ce n’est pas cool.

L’esprit d’escalier c’est se dire 5 heures après ou 8 jours après alors qu’on rumine : “j’aurais dû lui répondre ça et toc !”. Trop tard pour la répartie fracassante qui est perdue à jamais, car téléphoner pour placer la phrase du siècle avec 8 jours de retard, cela fait débile moyen voire profond et en plus on rumine encore plus.

Au cas où Albert vous dit “je te quitte“, je vous donne des répliques qui tuent, à placer immédiatement avant d’aller chercher un mouchoir, vous aurez bien le temps de jouer la serpillère après son départ :

  • Super, ça tombe bien ! Tu l’as dit avant moi ! Tu es devin ? Oh comme je suis contente ! Du coup je t’aime à nouveau mon trésor ! Comment cela va être bien notre rupture !

  • Très drôle !

  • Chut, je regarde mon match on en reparlera après les tirs aux buts, ils jouent comme des crétins.

  • Tais toi j’ai sommeil ! Hein ? Je n’entends rien, j’ai mis mes boules quiesses

  • Bouge pas, j’appelle ta mère, tu vas lui expliquer, moi j’ai mal au crâne

  • On verra ça demain. Demain est un autre jour où tu pourras réfléchir enfin.

  • Tout de suite ou tu finis la crème renversée avant ?

  • Pour une femme j’espère

  • On ne parle pas la bouche pleine

  • C’est Charles Hubert qui va être content

  • Oui mon amour, moi aussi je t’aime

  • Je ne discuterais que quand tu auras retrouvé tes esprits, si tu en as encore, quoique j’ai des doutes sur le fait que tu en ais eu un jour, je t’explique…

  • Bourré à cette heure là ?

  • Papa n’attendais que ça, je l’appelle, tu m’excuse hein ?

  • Tu vois où ça mène d’abuser du Tranxène

  • Tu joues avec ta vie là…. (on ne pleure pas, on ouvre le tiroir et on sort un tranchoir légué par tante Hortense)

  • Répète un peu pour voir, j’ai peur d’avoir mal entendu (exclusivement avec un objet contondant à la main c’est mieux, merci tante Hortense)

  • Je déteste l’humour noir (avec un flingue c’est plus crédible, sinon un couteau tout bête peut faire l’affaire, toujours légué par Tante Hortense pour laquelle on comprend qu’elle ait terminé “vieille fille” (avec pleins de cadavres partout))

  • Trop tard : les bans sont publiés et ton compte a été débité par le traiteur

  • Toujours le mot pour rire, je t’adore mon chou d’amour adoré, et ton humoouuuur encore plus !

  • Tu m’as parlé ? Je ne comprends pas ce que tu me dis (chacun son tour na !)

  • Je NE COMPRENDS PAS CE QUE TU ME DIS ! (t’es bouché ou quoi ? Répête un peu pour voir !)

  • Moi aussi je vais te faire rire : je suis enceinte, ce sont des triplés prévus pour ton anniversaire.

  • Passes moi le sel s’il te plaît

  • Mmmmm. Tu disais ?

  • Tu pars où ? Fais gaffe le Liban c’est pas cool actuellement

  • Tu prends un Boeing pour où exactement ? Pas le 11 septembre j’espère !

  • N’importe quoi pour échapper à ton tour de vaisselle, vraiment tu n’es qu’un rat

  • Sors le chien avant, merci pour lui

  • Ca y est, je ne saurais jamais « qui donc a tué Harry »

  • Tu sens l’ail

  • Continue sur ce ton et je n’aurai aucun regret

  • En partant descends la poubelle pour une fois….

  • Tes valises sont faites ? Tu as 15 minutes… Non 10 finalement…

  • OK mais tu finis de monter les étagères avant

  • Je te laisse annoncer la grande nouvelle aux enfants, ils seront ravies…

  • Enfin !

Pour les répliques qui tuent globalement, je vous retrouve dans quelques temps…

Posté le 11 octobre '06 par Calpurnia, dans Dictionnaire d'une civilisation tordue. Pas de commentaire.

C comme Cendrillon

Cendrillon_2Un petit coup de civilisation tordue en réédition !

Cendrillon est la malheureuse fille d’une femme morte trop tôt (comme dans Blanche Neige) et dont le père a eu la brillante idée de lui donner une seconde mère (cet innocent) en se remariant (quelle idée aussi de se remarier, je ne le dirai jamais assez, l’ayant fait, j’ai le droit de critiquer !) (et toujours comme dans Blanche Neige).

Le père défuncte juste après le remariage (comme dans Blanche Neige) (les femmes étant des veuves noires à tout le moins ou bien des mantes religieuses) et Cendrillon devient la bonne à tout faire d’une méchante belle-mère et de deux belles sœurs hideuses qui chantent faux comme on ne voit même pas dans Star Ac (contrairement à Blanche neige qui n’a pas de belles soeurs mais qui elle, chante divinement, comme on ne voit pas dans Star Ac).

Elle est belle et gentille, assistée par une troupe de souris (qui savent coudre elles) sympatiques et trognons, et habillées (via Disney, mais je suis une fan, je ne peux pas être parfaite), et sera récompensée par sa marraine la fée qui l’enverra au bal contre vents et marées. Naturellement le prince (toujours lui) succombera à son charme et remuera ciel et terre pour la retrouver. Heureusement pour lui elle a perdu sa chaussure, ce qui est un indice important vu qu’elle chausse du 32, et est un signe de noblesse évident (on oublie la mère de Charlemagne, la Berthe au grand pied) (un seul en plus : quelle horreur ! le grand chambellan se devant de trouver LE pied taillé 47).

Il est à noter une fois de plus, que de nos jours l’homme peut perdre le post it avec votre numéro de téléphone dessus et perdrait donc forcément votre chaussure (encore que cela soit plus volumineux qu’un post-it). Et que pour perdre une chaussure il faut le vouloir. Peut-on vraiment perdre une chaussure en espérant que l’homme (toujours lui !) aura sous la main un Grand Chambellan qui fait essayer La chaussure à toutes les femmes du royaume (ou de la république) ? Nous nous laissons aller à des élucubrations invraisemblables car nous sommes environ 4,5 millions à chausser du 38 et pour le 32 on espère que le prince ne donne pas dans les fillettes : c’est grave sinon et il faut alerter la presse en précisant nom, prénom et grade dans la principauté.

Je vous précise également, pour avoir tenté le charme, qu’aucun potiron ne se transformera en carrosse ou en Clio (j’étais plutôt partie sur la voiture, ne me voyant pas arriver au boulot avec un carrosse en forme de citrouille et 4 pur sangs à nourrir dans la journée). Et que transformer 4 souris en bonnes à tout faire, c’est du pipeau, je vous le dis (j’ai déformé le charme devant l’échec souris = pur sang (ça vaut du fric), mais ça ne marche pas plus que le coeur de boeuf (faut suivre). Bref, même une voiture en forme de citrouille, je prenais, mais basta ! Ces histoires c’est du pur délire…

Le syndrôme cendrillon c’est être particulièrement poire (tout en restant souriante, de bonne humeur, et jolie comme un coeur malgré les travaux ménagers (on rêve tout debout), en espérant qu’un jour un prince, toujours charmant, succombera à notre charme, à une pompe égarée, à notre gentillesse, à notre serviabilité et à notre sourire style « sourire à travers les larmes » pour lequel Maria Schell était très douée surtout dans « Gervaise » (je sais c’est un vieux film mais c’était la reine du sourire à travers les larmes).

La marraine fée étant introuvable sur le marché, faire l’impasse sur le chapitre du bal pour se sortir d’une solitude pesante et filer sur Meetic : aventure garantie (sans carrosse et sans pur sangs).

Ne pas oublier en plus que les hommes ont un faible pour les emmerdeuses et les garces, même les princes (surout eux d’ailleurs, habitués qu’ils sont à ce qu’on leur succombe pour un rien).

Et ne jamais oublier NON plus que la vie n’est qu’un long calvaire (d’un autre côté si vous souffrez du syndrôme Cendrillon, testez le syndrôme Blanche Neige dont je vous romprais la vue d’ici peu…) (à suivre : la Belle et la Bête, Riquet à la Houpe, La petite Sirène, et bien sûr une réactualisation de la Belle au bois dormant)

Posté le 7 octobre '06 par Calpurnia, dans Dictionnaire d'une civilisation tordue. Pas de commentaire.

F comme Film et comment ne pas saouler tout le monde (et soi même)

FilmerA une époque, Jean Poirotte a eu la marotte de la caméra qui n’était bien évidemment que de l’antique super 8. Personne n’a bronché, nous étions même plutôt ravis : chic on allait se voir au cinéma, enfin sur grand écran dans le salon !

Pour la première année, nous allions en Camargue et Jean Poirotte partait régulièrement avec sa caméra pour voir des flamands roses. Hélas cette année là ils étaient rares (ce qui ne fut pas le cas les années suivantes).

La visualisation des films vers Noël se résume à :

  • Envol du flamand rose (5 fois) (et j’ai bien dit “du”, ils n’allaient pas en troupe)

  • Atterrissage du flamand rose (8 fois)

  • Le flamand rose marche dans l’eau (10 fois)

  • Envol des aigrettes (plus nombreuses les aigrettes)

  • Atterrissage de l’aigrette pour une fois isolée (à conserver absolument)

  • + 1 minutes 30, les enfants dans l’eau…

L’année d’après rebelotte avec les flamands roses par centaines, et les aigrettes, + un tout petit peu plus de famille.

Pendant ce temps là le père de Jean Poirotte faisait également frénétiquement des films sur les oiseaux, balayant au passage ma grand mère sa vedette préférée que l’on a du mal à reconnaître dans le flou artistique non voulu.

Il y a quelques mois, Jean Poirotte a visionné tous ses films pour les numéroter et les confier à un spécialiste qui les a mis sur DVD en sabrant à mort dans les paysages et oiseaux. Heureusement sa passion des paysages et du reste l’avait quitté un beau jour, Mrs Bibelot exigeant de l’humain et surtout de l’humain et avant tout de l’humain, ce qui fait que nous avons eu le plaisir de revoir nos chers disparus. Et lui-même soupirait derrière sa visionneuse et devant ses nombreux paysages et ses volailles. J’ai retrouvé Pulchérie et Delphine BB puis petites et là j’étais ravie que les dernières fois il n’ait filmé que de l’humain suivant les conseils de sa femme.

Quand Albert a acheté son premier caméscope, il a filmé des paysages à n’en plus finir malgré mes conseils éclairés et une séance “projection” chez son beau père au cours de laquelle il s’était endormi, ce rat. Pour les paysages perso je préfère les photographies, et puis on ne saoule pas nos invités pendant 1 H 30 avec le voyage au Sénégal… (si si, il le faisait), mais juste 10 minutes avec l’album photo dont tout le monde se tape, sauf moi qui suis très fière de mes photos (je ne les fais voir maintenant qu’à ceux qui aiment et me demandent l’album spécifiquement, en insistant)

Du coup quand j’ai acheté mon premier camescope je n’ai filmé que toute la famille avec une prédilection pour mes filles, dont vous avez bien compris que je les adore (ou alors j’ai mal rédigé). Je copiais immédiatement la petite cassette sur une grande, et j’étais contente : plein de souvenirs des filles, neveux et nièces, grands parents encore là… Qu’elles m’ont effacés accidentellement pour enregistrer les contes de la crypte. J’étais verte.

D’un autre côté je ne saoule pas tout le monde avec 3 heures des filles et autres, mais tout de même, j’aimerais bien les avoir petites autrement qu’en photos, de temps à autre, seule dans mon coin, ou avec elles…

Pour les séances films j’adore tout particulièrement :

  • “Notre dernier voyage en Bretagne” (des vagues, des mouettes, de la lande, le tout balayé trop vite, c’est venteux la Bretagne)

  • “Le mariage de ma fille” (avec des commentaires sur qui est qui, ce dont je me fiche totalement, ne souhaitant pas particulièrement rencontrer la famille de ma collègue (il y a 10 ans, un vrai calvaire de 2 heures))

  • La fête du fromage de chèvre à St Triffouilly où je m’extasie d’apprendre que le monsieur bedonant et tout rouge est le maire du village en me demandant si je vais avoir des bouchons sur la route pour rentrer.

  • Le sempiternel défilé de la fête du muguet de Rambouillet. Où je ne vais jamais, je déteste, alors le film encore plus.

Sinon, c’est beau le progrès ! (Evitez les paysages c’est gavant… même pour vous dans 10 ans, mais si vous voulez faire de votre vie un long calvaire, surtout n’hésitez pas…)

Posté le 21 septembre '06 par Calpurnia, dans Dictionnaire d'une civilisation tordue. Pas de commentaire.