Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'Ah ces mômes !'

Les filles en visite épisode un : Delphine

Filles_en_visite

Les filles ayant quitté le domicile maternel, chacune pour une chambre de bonne à Paris, restent désormais les visites (elles me reprochent d’ailleurs mon manque de visites à moi, mais Paris n’est qu’une jungle, j’ai la phobie des transports en commun et j’étouffe dans une chambre de bonne : je suis une mère indigne).

Plusieurs types de visites sont à décliner :

La visite programmée, je suis dûment prévenue 8 jours à l’avance… (je cherche quand c’est arrivé… Ah oui il y a 2 ans pour l’anniversaire de Delphine…). Impec, rien à redire, j’ai même fait le diner (maintenant je cuisine peu voire très peu, j’ai honte).

Delphine me téléphone au boulot le vendredi soir “je peux venir demain ? je resterai jusqu’à dimanche”. Coup de bol je n’ai rien de prévu, sinon reste à planquer l’amant sous le lit (ma mère un amant !!!!). Je dis OK. En rentrant du boulot j’achète de quoi la nourrir convenablement, prévoyant même le cas où elle ne repartirait que le lundi matin.

Le samedi quand je n’ai rien de prévu j’ai une sale tendance à zoner à mort tout en rangeant un peu, dans une tenue que je ne vous décrirai pas sous peine de vous voir quitter illico ce blog. Coup de fil à 15 heures “maman, j’arrive à la gare hyper chargée, est-ce que tu peux venir me chercher en voiture, j’arrive dans 3 minutes ? (la gare est à 5 minutes à pied). Bien obligée de dire oui. Me voilà donc enfilant un pantalon correct, un pull correct, des chaussures sans rien (c’est l’hiver) et de me précipiter à la gare avec ma vieille caisse (je persiste et je signe).

Que vois-je sortir de la gare ? Un énorme sac, monstrueux et, tenant le sac dans ses bras comme un très très très gros bébé, ma fille que je reconnais à ses chaussures et un oeil qui dépasse. Elle monte dans la voiture avec son sac : pas besoin de boucler la ceinture, elle a l’air bag.

Bisous maman, “j’ai apporté quelques lessives à faire” (utile précision). Sitôt arrivée à la maison, recherche du chat qui est toujours ravi de la voir après avoir flanqué par terre dans l’entrée : l’air bag + 3 petits sacs qu’elle portait en bandoulière. Direction la cuisine, où elle ouvre avec violence le lave linge et commence à y entasser le linge foncé. La machine se remplit doucement. Coup de téléphone, elle cherche son portable partout, parlotte avec je ne sais qui, raccroche. “Maman je peux aller voir tonton et tatie ?” (ma soeur habite à 100 mètres, le coup de fil c’était elle).

A peine a-t-elle raccroché, qu’elle est déjà dans l’escalier. La machine à laver fait “couac” : elle l’a trop chargée et la sécurité s’est mise en route. A moi de récupérer la moitié du linge et de remettre le cycle en route. Puis le cycle achevé, je remets à laver l’autre moitié de linge en étendant la première. Vu la quantité à laver, il ne faut pas perdre de temps.

Troisième lessive à mettre en route. Les radiateurs sont déjà saturés, je cherche un deuxième tancarville pour étendre les lessives futures. Coup de fil à 19 H “dis ma metite mamaannnn, je peux rester dîner chez tonton et tatie ?” “mais oui ma chérie, amuse toi bien”.

Hop une pizza au congélateur : celle prévue pour le samedi soir. Quand je vais me coucher aux alentours de minuit, il y a du linge qui sèche partout. J’ai passé mon temps à détendre le déjà sec (chez moi l’hiver il fait chaud et les radiateurs sont bouillants) pour étendre le toujours trop mouillé, tout en remettant une lessive en route. L’ambiance est moite : on se croirait sous les tropiques.

Le dimanche je reprends le cycle des lessives infernales, je plie le linge sec, je fais un gros tas, décoratif sur ma table de salle à manger. Réveil de la petite vers 14 H 30 : elle s’est couchée à 4 heures du matin, ayant fait la folle avec ma soeur et mon beau frère. Elle s’installe dans la salle de bain, se fait couler un bain, et va se faire successivement les 35 masques que je possède, moi assise dans le couloir pour parlotter avec elle. Vers 17 heures, j’ai mal aux fesses, une créature divine (mais en caleçon) débarque dans le salon. Il y a toujours du linge partout “merci ma petite mouth”. On va pouvoir continuer à parlotter un peu. D’ailleurs finalement elle ne repart que lundi (gagné !).

Manque de bol, le dimanche soir je suis toujours hantée par l’idée de commencer ma semaine en étant crevée dès le lundi matin. Je me couche donc assez tôt avec un livre humoristique et un demi comprimé de somnifère. Il faut ce qu’il faut, pas ma faute si je n’ai plus 20 ans, et puis comme je me suis levée à midi, impossible de dormir sans un coup de pouce. Delphine squatte l’ordinateur dès que je suis partie me coucher et les cliquetis du clavier m’empêchent de me concentrer. Puis c’est son téléphone qui sonne, puis c’est la télé qu’elle allume toujours un peu fort. A minuit je me lève pour lui demander de faire moins de bruit, ceci pour le 3ème fois.

Le lendemain matin, je m’efforce de faire le moins de bruit possible, vu qu’elle s’est installée avec couette et tout le barda, dans le salon (vu les DVD répandus, elle a dû regarder la TV tard).

Le soir quand je rentre j’ai une inquiétude : Delphine a été enlevée ! Sûr et certain qu’elle n’a pu quitter l’appartement que sous la menace d’un commando terroriste. Il y en a partout (du linge qui ne devait pas être sec qu’elle reprendra la prochaine fois). La salle de bain ressemble à une piscine et tout est resté en vrac sur le canapé. Je l’appelle mais non ça va, elle est juste partie un peu vite, mais pas sous la menace, ce qui ne l’a pas empêché d’oublier un truc important genre chargeur de portable. Au passage d’ailleurs elle a échangé l’air bag pour ma petite valise noire beaucoup plus pratique et à roulettes qu’elle oubliera de me ramener 3 fois. A moi de faire l’Egypte avec l’air bag.

J’ai comme une vague idée de ce que doit être le passage d’un cyclone…
PS : Delphine est par ailleurs, adorable, comme sa soeur…

Posté le 21 août '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

Les filles ça drague : épisode 1

Drague_5

Arrive le moment tant attendu (on espère ce jour depuis l’entrée en maternelle) où la fille décide de passer à l’action lasse qu’elle est de contempler des posters et ses copains de classe en soupirant.

Le tempérament intervient bien entendu : timide, rentre dedans, passif, mais elle va en passer par les étapes suivantes :

  • Repérage du mâle, accidentellement parfois (le répérage c’est la clef de tout, y compris et surtout en temps de guerre (où y a-t-il des patates ?), et là c’en est une)

  • Pistage du mâle pour savoir où il habite (important également le pistage pour bouffer en temps de guerre et d’occupation : trouver la planque à patates),

  • Se faire repérer du mâle sans pisser partout (ben quoi, c’est comme cela que cela se fait à 99 % des cas pour les mammifères : on laisse des traces, Monsieur suit la piste)

  • Créer plein d’occasion pour des rencontres “tout à fait par hasard”

Pulchérie était donc tombée sur une bombe, un petit con brun à l’oeil torve qui habitait le pavillon donnant sur la pelouse donnant sur nos fenêtres de chambres (suivez un peu, et visualisez, j’ai la flemme de faire un plan). Une fois le mâle repéré, il fallait qu’il repère qu’il y avait des filles (surtout elle) dans le troisième appartement à droite en partant de la façade de l’immeuble gauche.

Plan A : espionnage intensif du pavillon occupé par une famille normale, sauf le petit con. Pour se faire comment je pique les jumelles de mon grand père et que je me planque dans la chambre de maman (premier hiver, voir “conseils utiles aux ignorants…”) pour repérer ses habitudes et les heures où il est dans sa chambre.

Plan B : se montrer à la fenêtre aux heures où il est dans sa chambre. Et que je te secoue les couettes, housses de couettes, taies d’oreillers, oreillers, par la fenêtre. Et que je mets des posters dans la chambre, bien debout sur mon lit en tenue séduisante, pour qu’il visualise bien. Ceci avec la complicité de sa soeur boulottant des kiwis debout sur son lit pour être également dans le champ de vision du petit con…

Filles repérées. A lui l’honneur. Il fait appel à un copain, le concept de la bande étant important pour les plans drague, et puis il y a deux filles… Difficile de faire de la mobylette cross sur la pelouse donnant sur la chambre des filles sans déclencher l’alerte rouge coté syndic. Donc, 40 passages par jour de la mobylette vrombissante et pétaradante, sous le balcon côté salon, brusquement investi par les filles volontaires pour arroser les géraniums (une corvée de moins, des emmerdes en vue). 40 passages par jour à risquer leur vie à regarder surtout le balcon et pas où ils allaient, pour vérifier qu’ils était bien repérés (pauvres innocents, se prenant pour des prédateurs alors qu’ils n’étaient que les proies). Combien de fois avons nous craint de les voir se rétamer sur le bitume (enfin surtout les filles, moi je n’attendais que cela, j’étais morte de rire, d’autant qu’elles n’étaient même pas discrètes, comptant sur mon  soutien).

Débarque la cousiiiiine pour 8 jours (heures exquises) qui elle, ne se contente pas de ruses, mais attaque direct. Déjà secouer les cousines, ça dure depuis trop longtemps, sortir, et se montrer dans la rue le plus possible. A l’époque j’avais l’épaule en Louis XV (je vous raconterai, c’était à mourir de rire surtout 10 ans après) et du mal à les faire sortir pour acheter une baguette. Les envoyer à Rampion était autrement fortiche “de quoi je vais avoir l’air avec des sacs plastiques pleins de courses ?”. Ne pas répondre “d’une gentille fille qui aide sa mère”. Faire des courses c’est ringard et point barre… Elles n’allaient donc faire des courses que munies d’un immense sac à dos pour dissimuler leurs turpitudes, et sous la menace de représailles sanglantes, ou de me voir vomir du vert fluo.

Tout à coup, miracle “on peut te faire les courses ?”. Exit 3 créatures éblouissantes pour feinter le gérant de chez Rampion sans doute. Compter une heure pour l’aller et retour, avec le bruit de la mobylette diabolique s’estompant comme par hasard avec le départ du trio et revenant avec lui. Zut on a oublié le pain, on y retourne, mais c’est pas grave maman chériiiie !. Et puis comme disait la cousine, par un si beau temps, pourquoi rester dans la chambre, alors qu’on serait si bien dehors, sur la pelouse donnant sur le pavillon du petit con qui aura une vue plongeante sur nous ?

Piques niques sur la pelouse et ras le bol des voisins à les entendre glousser, mais les garçons n’étaient pas entreprenants et se contentaient de les contempler par la fenêtre qu’elles regardaient discrètement 15 fois la minute.

Hivers n° 2 et chute de neige. Et qui vient donc se battre à coup de boules de neige, sur la pelouse recouverte et juste sous les fenêtres des filles ? Le petit con et son copain. Pas de bol : une boule de neige malencontreuse dans la vitre des filles. Ouverture de la fenêtre avant le bris de glace définitif, discussion. Et voilà mes mignonnes qui quittent l’appartement habillées en inuits et en urgence “on va faire un bonhomme de neige, on n’est pas pressées de dîner”….

La glace était rompue… Moi aussi…

Posté le 18 août '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

La cousine débarque !

Filles_chahutantJe vous avais caché jusqu’à présent l’existence d’une cousine germaine aux filles (entre autres, mais celle-ci est la cousine). Il faut absolument que vous connaissiez son existence, sinon des posts à venir vous échapperont totalement…

Cosette, la fille aînée de mon frère, s’intercalait pile poil entre les deux filles : c’était la cousine rêvée. D’ailleurs elles s’entendaient comme larrons en foire et les avoir toutes les trois en même temps dans la même pièce, relève toujours de la haute voltige à leur âge (je ne sais pas comment gendres n° 1 et 2 font).

Donc une cousine. Que je prenais régulièrement pour les vacances scolaires (à charge de revanche, voui mais on n’en prend qu’une, pourquoi diable ?), dans la mesure où j’avais cessé toute activité salariée pour me consacrer aux filles.

Le premier jour c’était chahut et compagnie, disputes également, trois étant un mauvais chiffre. Soit les deux grandes se liguaient contre Delphine, soit les deux plus jeune tyranisaient Pulchérie, soit les deux soeurs snobaient la cousine. Généralement je transformais une des deux chambres de fille en dortoir, pour éviter les disputes destinées à savoir avec qui Cosette dormirait. L’autre chambre était pompeusement rebaptisée “salle de jeux”…

Les vacances de la Toussaint étaient toujours grandioses, le temps étant rarement souriant à cette période de l’année. Et moi en mère indigne, je ne voyais pas la nécessité de sortir les enfants sous une pluie battante (d’autant qu’il me fallait les accompagner, et même la chienne se refusait parfois à mettre le museau dehors) sous prétexte qu’il faut les aérer tous les jours. Ca jouait dans tous les coins, à nous les parties de 7 familles devant la cheminée crépitante et la confection de crêpes. La “salle de jeux” était jonchée de jouets multiples et Chantal Goya persécutait les oreilles de la chienne et de la chatte qui se réfugiaient dans les pattes l’une de l’autre. Seul le retour d’Albert calmait un peu le jeu après le bain du soir (trouble fête !). Là, elles s’installaient dans l’escalier, Pulchérie coiffant Cosette qui coiffait Delphine qui coiffait la tête à coiffer…

Cosette me faisait fatalement un coup de drame un soir ou un autre, consécutif généralement à une réflexion méritée de son oncle (ça marquait plus que moi qui pourtant ne la ménageait pas). A pâques une belle année, après une belle journée passée à Thoiry, elle nous a fait le coup, assise sur le siège des toilettes (relevée pour la 4ème fois en 15 minutes) d’un “j’en peux plus, c’est plus possible, je veux mon père ma mère et mon petit frèèèèère, ils m’ont mêêême emmenée au zoo, et j’ai mangé des crêêpes !” (en larmes c’est mieux) (d’où le surnom). Comme les vacances duraient deux semaines, ses parents sont venus la récupérer le vendredi soir pour me la ramener le samedi au lieu du dimanche. Ils avaient craqué face au “je veux mes cousiiiiiines !” et la mine défaite et boudeuse de leur ainée (très forte également pour l’air pas aimable).

Le dernier jour était un grand jour, l’arrivée des parents de Cosette la précipitant sous un lit (dès fois qu’on ne pense pas à la chercher), ses cousines camouflant la cache. Puis les trois cousines en larmes, dans les bras les unes des autres “on a pas eu le temps de joueeeeeer !”, Cosette précisant “je veux resteeerrrr avec mes cousiiiines !”. Généralement après son départ un silence de mort régnait dans la maison, les filles allant bouder vainement pour le retour de leur chère copine de jeux.

Je précise que ces pauvres enfants n’avaient effectivement pas eu le temps de jouer du tout. Je leur avait fait récurer la maison du grenier à la cave et les malheureuses n’avaient pu souffler qu’en se couchant le soir (et en chahutant jusqu’à pas d’heure, ce qui me permettait de dormir un peu le matin). La salle de jeux disait le contraire, l’intégralité des jouets jonchant le sol, mais bon. Ouf le lendemain c’était la rentrée, j’allais pouvoir me reposer (après avoir rangé les chambres).

D’un autre côté je le voulais bien aussi…  D’ailleurs, Cosette venait souvent en vacances pour occuper ses cousiiiiines (une autre histoire). Il y a eu aussi cette équipe de fer qui commençait à draguer… Ce n’était pas triste non plus, chacune ayant sa technique, et trois jolies filles ensemble attirant autre chose qu’une mamy en panne d’affection…

Posté le 14 août '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

Les filles ça cuisine aussi (ça en fait des choses)

Filles_et_cuisineVous pensiez tout savoir sur les filles avec mon billet de 3 km sur “conseils utiles aux ignorants…”, et les autres. Et bien NON. Et encore je suis loin de la fin !

Un jour où elle ne sait pas quoi faire “mamannn j’m'ennuuiiiie”, la fille décide de faire de la cuisine. La première fut Pulchérie qui devait avoir 12 ans, et s’ennuyait mortellement pendant ses vacances, les occupations proposées par Mrs Bibelot et moi même étant ringardes comme de coutume, et sa meilleure amie partie.

La fille ne va pas se faire la main sur du bête pain perdu ou des oeufs sur le plat, ni même une salade de tomates. Elle attaque direct avec une recette de dessert de préférence, bien compliquée.

Munie de tous les ingrédients et du livre célèbre “la cuisine de Tante Hortense” que Mrs Bibelot tenait de sa grand mère et annoté de partout, Pulchérie s’est donc enfermée dans la cuisine pendant 3 longues heures, sa soeur regardant pour la 35ème fois “la folie des grandeurs” et ayant décidé de fuir la cuisine avec un instinct très sûr.

De la cuisine nous parvenaient des bruits de casseroles, de plats violemment posés sur la table, tout un remue ménage inquiétant, d’autant qu’aucun bruit d’eau ne venait nous rassurer sur l’état futur des ustensiles de cuisine qu’elle avait tous monopolisés.

Quand elle a émergé pour aller regarder une niaiserie à la télévision, la cuisine ressemblait à Berlin en mai 1945 et une superbe tarte aux fraises nous attendait. A nous le récurage des plats (il en faut autant pour faire une tarte ?) et de la cuisine.

Pour la tarte elle avait pris pour la pâte la recette de “la pâte à sablés” (le gâteau) et non pas la recette de la pâte sablée. La tarte était exquise (rendons lui cette justice), mais ne résistait pas au découpage, c’était dramatique et le grand père y a laissé sa réputation de découpeur hors pair.

Comme elle s’ennuyait ferme, nous avons eu droit aux éclairs au chocolat faits maison, à la tarte à la rhubarbe, à la bête mousse au chocolat, aux îles flottantes pralinées, à la crème renversée, à la tarte au citron meringuée, aux choux à la crème, à des charlottes multiples et variées. Il était temps que sa meilleure amie (Vivi) rentre de vacances, nous avions tous pris 3 kg.

Ne pas rentrer dans la cuisine pendant que la fille oeuvre, c’est dangereux :

  • Elle peut vous réquisitionner pour laver les plats et saladiers, vous avez tout le temps, toute la nuit devant vous

  • Vous lui faites peur : elle relève le fouet des blancs qu’elle bat en neige sans arrêter le batteur et vous vous retrouvez entièrement moucheté

  • Vous pouvez glisser sur une coquille d’oeuf : un accident est si vite arrivé

  • Elle vous demande l’oeil mauvais si les fraises sont fraîches : vous jouez avec votre vie.

Pulchérie était la reine du riz au lait. Elle mettait le riz au lait en route et l’oubliait. 4 casseroles de flinguées dé-fi-ti-vement… (j’ai tout essayé même le HCl pur et la soude caustique, pas en même temps, mais contre 5 cm de carbonisé, on ne peut rien…)

Delphine elle, a directement attaqué une salade ultra composée. On n’a jamais retrouvé la recette, elle avait fait des variantes délicieuses mais ne se souvenait plus lesquelles…

Quant au nettoyage de la cuisine après avoir oeuvré, elles ont mis du temps à s’y mettre… Une fille en cuisine c’est du boulot pour la mère, même si elle a fait le repas…

Posté le 10 août '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

Les filles ça écoute de la musique…

Fille_et_musique

Cette idyllique image est obsolète…

J’ai essayé d’éduquer mes filles sur le plan musical. L’échec n’est pas total, loin de là, mais le parcours a été pénible.

Sur le plan strict des musiques pour bébé, outre de la musique classique (j’adore), et ce que j’aimais bien, j’ai élevé Pulchérie au son de Anne Sylvestre et ses falulettes. Je trouvais cela poétique et musicalement c’était sympa. Elle avait l’air d’aimer et a chanté très tôt “l’escargot léo” (elle l’a aussi dessiné, mais cela c’est une autre histoire).

Je m’étais déjà farcie “l’ile aux enfants” avec ma jeune soeur, je pensais avoir donné. J’ai hélas été rattrapée par le club Dorothée quand Pulchérie s’est aperçue qu’il n’y avait pas que les infos (l’heure d’aller se coucher) à la télévision. Et puis pendant qu’elle regardait cette émission le soir, elle ne grimpait pas sur le piano ou dans les plantes vertes et ne vidait pas l’intégralité des flacons de shampoing sur la moquette (2 mn de distraction) en goûtant du liquide vaisselle et du détartrant. C’était une enfant vivante et au moins, scotchée à la TV pendant 3/4 d’heure, elle se tenait tranquille.

Dorothée et son nez dans sa valise au milieu des chaussettes rouges et jaunes à petits pois, c’était le top du top, ainsi que ses reprises de vieilles chansons, et ses nouvelles (berk) (tout le monde sachant que Capriiiiii c’est finiiii, c’est très intelligent, mais bon je préférais à Dorothée même si c’était déjà du ré-écouté). Fort heureusement elle se taisait parfois, et j’ai pu suivre avec Pulchérie les aventures de Tom Sayer, son premier grand amour.

Eduquer Delphine s’est corsé : sa soeur s’opposant à la fabulette et ayant découvert, en plus de Dorothée, Chantal Goya, son soulier qui vole et son arbre qui parlotte (pitiéééé !). Delphine avait droit au classique pendant que sa soeur était à l’école. Le soir c’était Dorothée et Chantal Goya, dont leur grand mère (pas ma mère, le furoncle bien sûr) avait eu la bonne idée de leur acheter 2 doubles 33 tours (c’était l’âge de pierre j’vous dis). En plus elle avait gentiment enregistré les “pestacles” en cassette, ce qui permettait à Delphine de se ballader avec son micro (offert par qui à votre avis ?) en chantant en boucle cette unique phrase : “bonsieur le chêêêêne” (non ce n’est pas une faute de frappe)… A moi de me farcir les pestacles pendant les vacances et les jours chômés par les enfants, et dieu sait qu’il y en a !

Le club Dorothé a continué, avec Princesse Sarah, Flo et les robinsons, T’chaou le petit chien errant, le tour du monde en 80 jours, et j’en passe (j’ai encore les génériques en tête, je suivais). Et toujours le pif de l’autre et ses chaussettes à petits pois.

Quand elles sont passées à “Hélène et les garçons” pour la plus grande joie de mes parents (surtout mon père), chez qui nous habitions, elles ont abandonné Dorothée et Chantal Goya (ouf !) pour Mickaël Jackson et Ace of base, écoutant accessoirement Abba pour la joie de tous (oui nous sommes dégénérés mes parents et moi et c’était un CD à moi !). J’aimais bien aussi, donc, pas de conflit de génération, jusqu’à l’arrivée du rap qui m’a toujours vrillé les tympans.

Le premier conflit a été intra-générationel après départ chez moi, enfin, quand Delphine s’est mise à passer Mozart en boucle sur ma chaîne dans le salon, plein pot, avec une préférence pour le funèbre, et que Pulchérie dans leur chambre essayait d’échapper à Mozart en mettant plein pot également je ne sais plus quel groupe que je détestais. Le conflit suivant a eu lieu avec les voisins qui en avaient assez d’avoir en pleine sieste, la stéréo (Mozart dans l’oreille droite et du rap dans la gauche), quand j’étais absente et les filles bien présentes, s’engueulant en plus pour couvrir le bruit des deux chaînes, afin de déterminer laquelle était la plus conne avec sa musique de merde (quel vocabulaire pour des adolescentes ! les filles je vous parle !).

Pulchérie a quitté la maison pour sa chambre de bonne à Paris, me laissant Mickaêl Jackson et Ace of Base, et sa soeur qui écoutait beaucoup de classique. D’ailleurs qui n’a jamais trouvé Delphine en larmes, dans le noir, un beau soir, au son de Rachmaninoff parce que “c’est tellement beau maman, snif, snif”, ne sait pas ce qu’est une amoureuse de la musique classique.

Mais le drame couvait. Car Delphine s’est éprise de… Vous ne devinerez jamais et moi même j’ai été prise par surprise par cette époustouflante révélation. Le conflit de génération a débuté, car je vous le donne en mille, Delphine s’était éprise de… de… (Oui vous savez, vous avez lu plus bas, mais moi j’étais innocente et prête à tout, mais pas à ça !) En premier un CD de Patrick Bruel où il remettait au goût du jour les chansons anciennes de l’entre deux guerres. Hors je déteste (même si j’aime bien Patrick sinon). Quand elle écoutait ce CD j’avais l’impression d’être mes grands mères. Puis est venue… Edith Piaf qu’elle adoooorait.

Hors moi, je ne veux blesser personne, mais Edith Piaf je n’ai jamais pu la supporter non plus. Je reconnais qu’elle avait du talent, mais l’écouter m’insupporte. Je fais une exception pour “l’homme à la moto” et “emportés par la foule”, mais si ces deux chansons sont chantées par quelqu’un d’autre, je préfère (sauf si c’est Dorothée) (j’assume).

Je vais vous dire : rentrer un vendredi soir après une semaine difficile chez un avocat tordu, à l’époque (je ne pointais pas encore chez Trucmuche/Truchon & Co), avoir fait le plein chez Cauchan au milieu d’une foule en délire, et arriver chargée comme un baudet au son de “veneeeeez veneeeeez Milooooord“, c’était le pompon pour moi et ça me mettait de bonne humeur pour le week end. J’aurais bien rétorqué, sur ma chaîne avec “viiieeeens dans ma viiiiiillllle, viiieeennnns dans ma ruuuuuuuue !” de Mireille Mathieu, mais je ne l’avais pas en réserve, comme quoi il faut toujours fourbir ses munitions contre l’ennemi qui rôde.

C’est cela le conflit des générations. Delphine est partie à son tour en emportant Edith. Au passage elle m’a chourré le requiem de Mozart et les concertos pour piano et orchestre de Rachmaninoff, mais bon, c’est pour une bonne cause. D’ailleurs Pulchérie s’est mise à la musique classique aussi, et sait que “la symphonie du nouveau monde” existe.

Je n’ai pas vécu un long calvaire en vain… D’ailleurs j’attends mes petits enfants pour leur faire découvrir Jack (Brel) et papy (Brassens) + quelques niaiseries de ma jeunesse (ça ne manque pas, et je pense que j’insisterais surtout là dessus). Gniarf Gniarf.

Une sorcière déjantée (rien que d’avoir évoqué Miiiilooooord) (qu’il vienne et qu’elle nous foute la paix)

Posté le 9 août '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

Trucs de filles

56715772ATTENTION, planquez vous TOUTES quand elles disent :

  • Je peux te coiffer ? (la réponse est oui, j’adore qu’on me tripote les cheveux), tu vas voir je ne vais pas te rater (effectivement vu le résultat on peut dire qu’elle ne m’a pas ratée, Dracula lui même serait parti en courant et sans besoin d’ail) : en fait on se retrouve avec 4 couettes débiles

  • J’peux m’épiler ? C’est quand que la température de la cire est bonne ? l’épilacire fonctionne plein tube et elle a déjà une brulure 3ème degré

  • C’est vrai que l’huile d’olive c’est bon pour les cheveux ? je peux prendre ton huile de chez fanchon à la truffe ? Non ? Trop tard

  • Comment ça je parle mal ? Précises que je cause pas comme il faut, que j’cause pas beau cé koi ce dikat tu bien koser ?

  • Bouges pas, je vais te mettre de la crème sur les jambes (un pot de Nivéa foutu). Et on ne bouge pas vu que l’autre est en train de ne pas nous rater. On se retrouve avec les jambes grasses à mort ce qui nous rappelle qu’il faudrait que l’on perde un peu de gras

  • Cette chambre manque de décoration (je vais y remédier j’ai trois posters de Titanic et de la colle à papier)

  • Ce papier peint est immonde ! tu es certaine que c’est nous qui l’avons choisi ? On va le recouvrir de posters

  • Ce jaune dans la cuisine c’est immonde, tu n’aimes pas le vert ? On te prépare une surprise pour ton anniversaire

  • Tu crois en la magie blanche ? ELLE y croit

  • Tu peux m’expliquer comment tu as vu la mort de Senna dans les cartes ? Elle va me piquer mon tarot (et elle l’a fait, je ne l’ai jamais retrouvé, et un tarot CA NE SE TOUCHE PAS PAR D’AUTRES, et la mort de SENNA a été mon grand moment de voyance)

  • J’ai un poilt sur le menton c’est normal ? (adieu ma pince à épiler)

  • Je n’ai pas de vagin tu m’as loupée (elle a essayé le tampax au mieux, ou bien son copan et elle… au pire)

  • J’ai fais des plantations, surprise !!!! (ne touche pas c’est un sort magie blanche  pour rencontrer l’amour et tes plantes de bourges peuvent crever)

  • Je t’aime ma petite maman chérie, ma mouth adorée (tu peux venir me chercher chez Marine demain à 4 heures du matin ?)

  • Il va sortir par où le bébé ? (vous expliquez longuement, vous faites lire le livre et Pulchérie se pointe à la maternité, admire la petite soeur, et pose votre main sur votre ventre en posant LA question “ben il est où le bébé ? Echec total d’une éducation réfléchie)

  • Tu n’as pas des jumelles (non, elle piquera celles de son grand père pour admirer le voisin du fond en prétextant s’être éprise des martins pêcheurs)

  • C’est quoi un martin pêcheur ? (elle me prend pour une conne)

  • Tu en as des affaires ! (adieu mes T shirts préférés)

  • Tu te sers de cette poudre ? (non, je l’avais achetée comme collector pour la revendre, mais comme tu l’as ouverte…)

  • Je suis désolée mais… (je vais t’annoncer que j’ai définitivement ruiné le lave linge et l’épilacire ma maman adorée que j’aime tant…)

Posté le 7 juillet '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.

Conseils utiles aux ignorants qui ont mis au monde des filles

Petites_fillesA une certaine époque, quand je voyais les fils de mes amis, j’avais l’impression de voir,  dès l’adolescence, de grandes choses molles, à la voix qui mue, scotchées à leurs consoles de jeux, la télé, une paire de roller ou un skate board. Des mâles en puissance très intéressés par la moto, la voiture, le dernier jeu vidéo intéressant, le foot, la F1, et accessoirement les filles (le temps passant).

 

Alors que les filles ont des centres d’intérêt beaucoup plus diversifiés et sont pleine de vie, de ressources et de surprises.

 

Et d’un : les filles mûrissent plus vite que les garçon. C’est écrit partout. Il faut se le mettre dans la tête. Quand la petite a passé 8 ans, les parents ont mangé leur pain blanc.

 

A 10 ans, tout est cuit.

 

Quand elles rentrent en CM2, alors que les garçons de leur classe (dans les zones privilégiées), sont uniquement préoccupés par leurs résultats scolaires après la liste énumérée ci-dessus (ne rêvons pas), les filles commencent à reluquer les dits garçons et à se demander si elles pourront les séduire un jour. Dans les zones non privilégiées ils ne s’occupent absolument pas de leurs résultats scolaires, mais les filles elles se préoccupent quand même des garçons…

 

Comme ils n’ont rien de bien attrayant, elles commencent à loucher sur la vedette du moment (Ah Léonardoooooo dans Titanic ! – je sais, je date) et repensent la décoration de leur chambre.

 

Leur père ou vous s’est échiné à refaire le papier peint de la chambre de « la petite » que la gamine à choisi il y a à peine un an. Et la dite « petite » redécore entièrement sa chambre avec des posters des 2 be free, Léonardo, Brad (je date toujours) Si deux filles partagent la même chambre : espérer qu’elles auront les mêmes goût en matière d’hommes virils et séduisants.

 

Pour faire tenir les posters, photos diverses, les filles ont plusieurs méthodes :

 

  • Avec des punaises : parents chanceux si elles ont bien refermé la boîte de punaises après usage. Sinon on leur apprend avec autorité comment le faire après s’en être planté une dans le pied.

     

  • Avec du scotch  : parents devant rester sur leur garde. Quand elle en aura marre de Léonardo une partie du papier peint partira avec le scotch et elle mettra à la place du poster un autre poster PLUS PETIT pour que l’on voit bien les traces de scotch.

  • Avec de la colle à papier peint : avantage : ce sera une bricoleuse. Inconvénient : quand elle arrachera le poster tout viendra avec (un grand plâtras de 3,5 m2 qu’elle se refusera à recouvrir car elle trouve subitement le concept du poster « dépassé »).

     

Si j’ai un conseil à vous donner : NE JAMAIS POSER DE PAPIER PEINT dans la chambre d’une fille qui approche de la dizaine. 3 couches de peinture neutre, lessivable, et bien solide (ne pas lésiner sur le prix) feront parfaitement l’affaire.

 

Dans le même temps, comme elles trouvent les garçons séduisants, les filles se demandent si elles sont séduisantes.

 

Elles se préoccupent donc d’elles.

 

Leur mère leur donnant le mauvais exemple depuis leur plus tendre enfance en s’épilant, maquillant, crémant, exfoliant, etc…, les filles décident d’en faire autant.

 

De plus en plus tôt.

 

J’ai commencé à me maquiller à 14 ans. Et mes parents rouspétaient que j’étais trop jeune. Ma mère avait commencé à 18 ans, et mes jeunes tantes à 16. Maintenant si vous refusez un tube de mascara à une gamine de 11 ans, vous êtes une marâtre et il faut envoyer la petite chez un psy pour qu’elle s’en remette.

 

Bien évidemment, les filles vont essayer tous les trucs. Comme leur mère avant elles, et comme leurs filles par la suite.

 

Tout y passera :

  • L’huile de ricin pour faire pousser et épaissir les cils

  • Le concombre pour astringer la peau

  • L’argile pour assainir

  • Le miel pour adoucir

  • Le blanc d’œuf contre les rides d’expression (à 12 ans pourquoi pas ?)

  • Le vinaigre pour faire briller les cheveux

  • Etc…

     

Et les produits de beauté de la mère, destinés à lui conserver le plus longtemps possible son teint et sa peau de jeune fille. Donc des produits chers, car la tâche est rude (pour la mère).

 

Si j’ai un conseil à vous donner : mettez vos produits de beauté et le maquillage coûteux dans une armoire fermée à clef, d’une vraie bonne clef.

 

Exit la serrure de la mallette achetée si cher dont on vous avoue 4 ans plus tard qu’elle s’ouvrait avec une épingle à cheveux, d’où la baisse des liposomes dans le pot de 20 g à 500 F (oui à mon époque s’en était encore…)

 

Quant à VOTRE pince à épiler que vous gardiez jalousement depuis vos 18 ans, qui épile si bien, dites lui adieu, si vous ne l’avez pas accrochée avec une chaîne qui tienne le coup, dans un mur en béton armé coulé par vous, avec une attache intouchable (genre chaîne d’ancre du Titanic). Cela limite le rayon d’action mais la pince à épiler ne disparaîtra jamais (en prévoir une de rechange pour les vacances).

 

Ne lésinez pas sur l’achat d’un cadenas qui sera amplement amorti par les économies que vous réaliserez en sauvant vos propres articles.

 

Autre conseil : à la naissance d’une fille, ne vous contentez pas de lui ouvrir un compte d’épargne « pour ses études ». Prévoir aussi l’achat futur de :

  • Produits anti-bouton pour le visage

  • Produits anti dartre pour le corps (quand on a mis au monde une emmerdeuse qui a la peau sèche en dessous du cou, et bien grasse sur le visage ou l’inverse)

  • Crème dépilatoire, cire chaude, cire froide, cire à faire fondre au micro-onde, filtres à cire

  • Masque pour la beauté du teint, anti teint brouillé, anti bouton, etc…

  • Pinces à épiler (l’adolescente peut en perdre 1 par semaine, de préférence celle que vous venez de vous acheter pour remplacer la précédente mystérieusement disparue)

  • Teintures à cheveux

  • Produits pour rescaper les cheveux teints car « ces salauds disent que la teinture n’abîme pas les cheveux alors que c’est même pas vrai… »

  • Auto bronzant

  • Décolorant à duvet et à auto bronzant qui a fait des marques genre “zèbre dans la savane”

  • Rasoirs multiples pour les retouches post épilatoires et les dessous de bras

  • Shampoings, après shampoings, huiles, ampoules diverses.

  • Tout le nécessaire à maquillage qui tiendra dans 3 grandes trousses de toilette (3 par fille)

  • Et j’en passe…

     

 

Prévoir également le coiffeur : l’adolescente a une prédilection particulière pour la coupe qui tient un mois à l’époque où vous vous résignez, faute de moyens, à laisser pousser vos cheveux.

 

Epargnez, épargnez… Vous n’en verrez jamais la fin, surtout si votre blonde s’aime en noir (racines à retoucher tous les mois) et si votre brune s’aime en blond (idem). L’idéal étant d’avoir les deux… Pour la troisième, espérer une rousse qui s’assumera…

 

De la même façon si vous avez plusieurs filles, (au moins deux), autant le savoir tout de suite : ELLES N’UTILISERONT JAMAIS LE MEME PRODUIT et surtout pas le même que le vôtre dans le cas tout bête du shampoing ou du gel douche. Elles auront LEUR dentifrice, LEUR shampoing, LEUR après shampoing, LEUR soin. Comme vous avez LES VOTRES, prévoir de grandes étagères dans la salle de bain, en laissant comme de coutume à l’homme une petite place pour sa bombe à raser, son après rasage, son rasoir et son déodorant.

 

L’époque étant toujours à la futilité : comment maigrir, comment rester mince, comment rester ferme et tonique, comment avoir un teint de rêve, les filles très rapidement, dès qu’elles s’intéressent à leur apparence, s’occupent également d’elles en se faisant des soins. C’est écrit partout : si vous n’êtes pas belle un minimum vous n’êtes pas une femme.

 

La mère peut s’être fatalement résignée elle à ne pas être parfaite, à l’époque où la fille se fait le serment de devenir une créature de rêve (et vu les gènes que vous lui avez refilés, ce n’est pas gagné).

 

Un samedi après midi idéal chez moi à une certaine époque se résumait de la manière suivante :

 

Pulchérie et Delphine avaient 14 et 17 ans. Période qui m’amuse aujourd’hui alors qu’à l’époque je ne rigolais pas.

 

Pulchérie l’aînée : petite, mince (trop à son goût, on n’est jamais content de rien). Petits seins, peau sèche, cheveux châtain foncé très gras.

Delphine : grande, pulpeuse (trop à son goût). Gros seins et cuisses d’après elle trop grosses, mais taille fine, peau grasse à comédons. Cheveux très secs.

 

La vie est finalement bien faite : une seule aurait pu hériter du pire et l’autre du meilleur.

 

Toutes les deux ayant hérité du côté paternel d’une pilosité effrayante, elles mettaient l’épilacire à chauffer dès 14 heures, se refusant à filtrer la cire (c’est dégoûtant !) et la renouvelant constamment (la neuve étant achetée par maman).

 

L’aînée déambulait dans l’appartement, un henné neutre mélangé à de l’argile blanche sur les cheveux, en en semant partout car elle se refusait à porter un turban (ça fait NUL un turban maman), la peau tartinée d’un mélange de jaune d’œuf, d’huile d’olive première pression à froid de chez Fanchon et de miel (MON miel de tilleul de préférence). Avec deux bouteilles d’eau de 1 litre et demi pour faire altères à la main, en faisant des mouvements de gymnastique frénétiques pour faire grossir ses seins quand elle avait fini de s’épiler en poussant des cris de putois à chaque arrachage de bande (c’était une douillette).

 

Vous saisissez l’ambiance.

 

La cadette déambulait elle, un masque d’argile verte mélangée à de la pulpe de concombre et du jus de citron sur le visage, le cheveux dégoulinant de la même huile d’olive de chez Fanchon, toujours en en répandant partout, partageant le dégoût de sa sœur pour le turban, en faisant des fentes d’escrimeurs pendant des heures pour sculpter ses jambes qu’elle trouvait trop grosses, après s’être fait au moins une brûlure avec de la cire trop chaude : tempérament impatient. A moi de sortir pour acheter le tulle gras et à moi de l’appliquer après avoir vérifié que la brûlure restait superficielle.

 

Les deux sœurs en vieux caleçon troué post épilatoire, s’engueulant pendant toute la durée de la suite des soins pour savoir qui aurait la salle de bain la première (comptez une heure et demie par fille).

 

Le soir, je retrouvais la baignoire bouchée par l’argile et le henné, le robot pétrifié par les mélanges non rincés et de la cire plein la cuisine les jours où elles s’épilaient.

 

Le tout à nettoyer toute seule, ayant vu deux créatures divines s’esquiver vers 19 H 30, après s’être entièrement maquillées avec mes produits de maquillage. Elles refusaient en effet d’acheter les leurs pour économiser leur argent de poche et on peut les comprendre…

 

Puis je passais une heure à filtrer la cire utilisée qu’elles avaient jetée, pour leur faire croire que j’avais regarni l’épilacire avec de la cire neuve…

 

A l’époque j’étais seule. Je ne sais pas comment les pères font pour supporter cela. Comme le mien qui me contemplait dubitatif, les cheveux recouverts d’un turban (pour cacher le henné neutre), le visage recouvert d’argile diluée à l’eau de rose, tous les samedis après midi, en train de pédaler couchée sur le dos dans le salon pour avoir un ventre plat.

 

Il est à noter que pour avoir un corps sculptural, la fille n’envisage généralement pas une seconde de faire du sport pour lequel elle se fait régulièrement dispenser, ayant ses règles toutes les semaines quand le prof est un homme, et tous les 15 jours pour cause de kyste ovarien quand le prof est une femme.

 

Ne pas lui suggérer de s’inscrire « à la gym » ou d’aller à la piscine (le chlore a un effet déplorable sur sa tignasse).

 

Il est à noter également qu’il y a une période tout à fait glorieuse que ma mère avait baptisée la période de la « coquette sale ».

 

C’est l’époque où votre fille vous pique votre vernis à ongle pour recouvrir des ongles noirs. Où elle se démaquille soigneusement en oubliant de se laver le reste du corps jusqu’au jour où on lui fait remarquer qu’elle a de la CRASSE dans le cou et sur les poignets.

 

C’est l’époque où elle pue des pieds et des dessous de bras malgré votre coûteux parfum dont elle s’inonde, où elle se lave une fois par semaine, et vous téléphone de chez son père alors qu’elle est partie depuis 15 jours en vous demandant, si PAR HASARD, elle n’aurait pas oublié sa brosse à dent dans la salle de bain… SI ! Et ce n’est pas PAR HASARD, non plus qu’il lui a fallu 15 jours pour s’en apercevoir.

 

Tout de suite après vient la période « coquette propre », suite à une réflexion d’un copain de classe et une réconciliation avec l’eau.

 

Elle squattera la salle de bain pendant des heures, vidant la réserve d’eau chaude soi-disant pour se laver, marinant dans un bain pendant des heures un masque sur le visage, trempant toutes les serviettes et les tapis de sol. Le tout dans une ambiance de messe noire, car pour se détendre elle s’éclairera à la bougie (avec les magnifiques bougies parfumées qu’elle vous offre à l’occasion des fêtes de fin d’année, fête des mère et anniversaire).

 

Courage, et patience… Vous en avez pris pour… jusqu’à ce qu’elle parte. Ceux qui en prennent pour 10 ans savent EUX pourquoi…

 

Quand elles sont deux, il règne parfois dans la salle de bain des atmosphères de hammam et de harem… Sauf que l’eunuque nettoyant après, c’est vous, la mère.

 

Tout pour séduire les garçons et se plaire à soi-même.

 

Plus difficile dans un monde où la minceur, quand ce n’est pas la maigreur, règne en diktat absolu dans les pays privilégiés où l’on mange plus qu’à sa faim.

 

Le poids est donc une obsession chez la jeune fille, dès la pré-adolescence, dans notre monde où l’on n’existe que mince.

 

J’avais la chance d’avoir chez moi deux filles opposées : une très mince souffrant depuis sa plus tendre enfance d’un manque d’appétit chronique. Quand elle me tétait elle trouvait toujours plus intéressant de me sourire et de me gazouiller quelque chose que de manger. C’était limite anorexie et cela a duré jusqu’à ses 19 ans. Lui faire prendre un kilo dès ses 3 ans était tout un poème, et on ne visait pas les 15 kg quand elle en était à 10, mais les 11. Elle a plafonné longtemps à 40 kg pour 1 m 55. Aujourd’hui elle en fait 43 et se trouve de grosses fesses…

 

La deuxième était un goinfre depuis la maternité où elle s’accrochait à mon sein comme une désespérée, terminait depuis ses 3 ans tous les plats à la cantine, et démarrait chaque journée par une tartine de rillettes et ¼ de coulommiers. Elle a toujours eu une courbe de croissance modèle pour manuel de pédiatrie.

 

Phrases clefs de l’aînée : on mange encore ? mais on a déjà mangé hier ! J’en veux pas j’aime pas ça !

Phrase clef de la cadette : quand est-ce qu’on mange ? Est-ce que je pourrais y goûter ?

 

Surnom de l’aînée : appétit d’oiseau, puis le piaf (suite à un dicton erroné, parce qu’un piaf, ça bouffe énormément, voire plusieurs fois son poids par jour)

Surnom de la cadette : bouffe tout (dixit sa sœur)

 

La grande : 1 m 55 : 35 kg à 17 ans

La petite : 1 m 70 : 65 kg à 14 ans.

 

L’aîné décidait de grossir. Elle se mettait au point un plan qu’elle affichait sur le frigo (elle a toujours aimé les listes précises, ayant hérité d’on ne sait qui un tempérament précis et ordonné…) : le plan idéal pour que sa sœur et moi perdions du poids…

 

Elle vidait le beurre fondu des papillotes de saumon dans l’évier, snobait le fromage, mastiquait sa salade sans sauce, trempait des biscottes sans beurre dans un chocolat sans sucre au lait écrémé « j’aime pas le gras » et mangeait le concombre au kilomètre, juste épluché, comme ça, en regardant la TV le soir. En fait, ce n’est pas pour rien qu’elle est mince…

 

Faire les courses c’était acheter les gâteaux, les céréales du matin, les en-cas du soir, le fromage à tartiner et les diverses cochonneries qui sont sensées plaire à notre chère marmaille… Surtout à la cadette…

 

La grande planifiait la répartition de ces « extras » sur une semaine de peur d’une over dose. La cadette dévorait tout le même soir et souffrait du ventre toute la nuit en m’empêchant de dormir « maman je vais sûrement mourir ».

 

Obligation pour moi à une certaine époque de mettre au point une planque sous mon lit dans laquelle je dissimulais : plaquettes de chocolat, gâteaux secs, fromage à tartiner, etc… pour que la presque anorexique trouve de quoi se sustenter quand « bouffe tout » avait vidé les boîtes de céréales et terminé tous les fromages, avec le pain de mie qui allait avec.

 

Le tout sur fond de vociférations qui terrorisaient mes voisins. J’ai la malchance d’habiter une résidence surtout occupée par de vieilles personnes. La voisine du dessous (87 ans), craignait quand les beaux jours revenaient et que les fenêtres étaient ouvertes, en entendant mes filles se crier dessus, « d’en voir passer une par la fenêtre ».

 

Car il y a une chose qu’il faut savoir : les filles consomment du décibel. Hurlements et cris aigus, sanglots (très importants les sanglots et les trémolos dans la voix), claquements de portes… Rajouter la sono à fond avec UNE chanson en boucle pendant 4 heures pour faire trembler les vitres et faire fuir le chat.

 

Et certains, nantis de fils à la voix enfin muée, de vous dire « les garçons ça fait du bruit ».

 

Vous par contre, n’entendez plus votre chère marmaille féminine hurler. Déformation qui consiste à ne plus entendre les cris parce que s’il fallait y réagir ce serait invivable.

 

Vous devenez néanmoins une adepte du décryptage du cri :

  • A la force du cri, à la campagne, vous visualisez la taille de l’araignée.

     

  • A la force du cri chez vous, vous savez combien de kilos la cadette a pris

     

  • A la force du cri chez vous, vous savez combien de grammes l’aînée a perdu

     

  • A la force des cris, vous savez combien finalement elles s’entendent bien…

     

Les filles, comme je vous le disais au début, sont pleines d’imprévus et d’imagination.

 

Elles peuvent tout vous faire, car elles ont une imagination folle. Je ne parle pas d’aller les récupérer au commissariat pour vol de CD en grande surface. Je n’ai pas eu le plaisir de connaître.

 

Non. Je parle de l’imagination tout court.

 

Déjà elles écrivent. 90 % des jeunes qui écrivent un journal sont des filles. Besoin d’écrire, de mettre sur papier le fond de sa pensée, de ses espoirs, de ses désespoirs (généralement « je HAIS ma mère »).

 

Elles écrivent discrètement. Pendant que vous regardez le journal de 20 heures pour vous tenir au courant d’une actualité toujours réjouissante après avoir demandé puis exigé du calme et un peu de silence, elles viennent s’installer sur le canapé juste à côté de vous en se disputant pour savoir laquelle aura la meilleure place. Sortent un cahier et un stylo et se mettent à écrire frénétiquement. Vu leur ardeur vous savez que ce n’est pas d’une dissertation qu’il s’agit ni d’un devoir de maths. Elles vous jettent de plus, des coups d’œil soupçonneux pour vérifier que vous ne pouvez rien distinguer de ce qu’elles écrivent. Non, à moins de pouvoir vous téléporter un œil discrètement derrière elles, vous ne pouvez pas. Tous ce que vous pouvez faire c’est comprendre qu’elles tiennent un journal comme vous jadis. Alors qu’elles s’imaginent que vous n’avez jamais été jeune vous même.

 

Je parle au pluriel. Tout reste valable pour le singulier. Une fille seule c’est même peut-être pire : elle n’a personne de son âge avec qui partager votre nullité et avec qui s’engueuler.

 

Donc vous savez qu’elles écrivent un journal. Le lire vous tente. Ressemble-t-il au vôtre ? Quand vous dessiniez des cœurs bleus comme les yeux de l’élu avec écrit en gros « OLIVIER JE T’AIME POUR TOUJOURS » ?

 

Mystère.

 

Sauf qu’un jour, vous devez pénétrer dans l’antre sacré : LA chambre.

 

La chambre des filles (ou de la fille, c’est selon) est l’endroit idéal pour retrouver les objets disparus genre : pince à épiler, pinceau à maquillage, parfum, collants, slips en dentelle noire, palette brun de chez Dior, votre parfum, une chemise mode (la seule que vous ayez), etc…

 

Vous n’allez JAMAIS y rechercher « Les martyrs » de Chateaubriand qui eux, restent bien sagement à leur place dans la bibliothèque avec « les rois maudits » et l’histoire des croisades en 15 volumes que leur a léguée leur arrière grand père.

 

Donc, ayant perdu votre pince à épiler et ayant un poil follet sur le menton (c’est fou ce qu’ils se multiplient passé un certain âge), vous pénétrez dans la chambre des filles.

 

Indiana Jones ne s’y risquerait pas. On le comprend.

 

Chez moi, seul le chat s’y risquait, en dehors de moi les jours de crise (le père étant, on l’aura comprit, terriblement absent).

 

La chambre était coupée en deux. C’était une grande chambre et je n’avais pas les moyens de me payer plus grand pour qu’elles aient chacune la leur.

 

Côté gauche : l’aînée. Tout rangé au cordeau, les posters et photos bien alignés, un bureau de ministre : rien qui traîne.

 

Côté droit : la cadette. Lit pas fait, posters et photos posés au petit hasard, décorés de dégoulinures d’encre (5 cartouches de fichues pour le résultat…), bureau croulant sous la paperasse et un tas de livre menaçant singulièrement de s’écrouler. Quelques tomates et kiwis séchés décorant le tout sur un lit de céréales répandues.

 

Le placard de gauche : tout aligné comme à l’armée, les pulls empilés par ordre de couleur, les slips bien pliés dans une boite à chaussure indiquant en gros « slips ».

 

Le placard de droite : un bordel innommable de vêtements en vrac, avec le chat couché dessus. Pour lui c’était l’endroit idéal : bien douillet et puis d’ici à ce qu’on ait l’idée de le chercher là…

 

Au beau milieu de la chambre, par terre LA PINCE A EPILER, coup de bol parce que souvent la recherche pouvait prendre des heures. Ah que de temps passé pour retrouver la coupable (vilaine pince à épiler qui se promène !) dans une trousse avec un briquet disparu tout aussi mystérieusement (elle fume maintenant ?). Sur le bureau bien ordonné, le journal, bien ouvert, un véritable appel à la lecture.

 

On lit. C’est ouvert, c’est visible et parfaitement lisible. C’est fait pour être lu…

 

Cela fait toujours plaisir d’apprendre que l’on est « une grosse truie », « ma conne de mère », « la salope », ou bien « l’autre andouille ».

 

On lit. Vexée certes, mais rassurée : notre fille ne se drogue pas, ne fume pas de H, ne boit pas, tout son temps étant consacré à nous détester pour nos multiples défauts. On apprend qu’elle tient à rester vierge pour Charles Edouard. C’est qui celui là ? Le voisin de derrière, qu’elle épie avec les jumelles de son grand père qui se demande ce qu’il en a fait en croyant être atteint d’une perte de mémoire précoce (il a rendez-vous pour un dépistage d’Alzeimer pour demain vous a confié votre mère alarmée : votre père n’a JAMAIS perdu SA paire de jumelle).

 

Un petit con ce Charles Edouard (vous voyez bien qui c’est, un petit brun qui vous regarde comme si vous étiez une ruine antédiluvienne et ne dit jamais bonjour comme les jeunes gens bien élevés de votre temps), un petit con qu’elle épie de votre chambre parce que la vue y est meilleure.

 

Explication de la température polaire qui y régnait cet hiver quand vous rentriez le mercredi soir : votre chère fille aînée y était restée pendant des heures, les jumelles chéries de son grand père à la main, tous  rideaux fermés pour la discrétion, mais la fenêtre ouverte pour une bonne visibilité, nonobstant la température hivernale.

 

A votre retour, au bruit de la clef dans la serrure : HOP d’un bon gracieux sur votre lit (pour 40 kg c’est toujours gracieux), elle se retrouvait à la porte en un temps record, s’esbignait, et le temps que vous ayez fini de refermer la porte était tranquillement couchée sur son lit à faire semblant de faire ses devoirs depuis des heures, sa sœur épluchant un énième kiwi, tranquillement avachie sur son lit…

 

Et vous retrouviez votre fenêtre ouverte en vous demandant, comme votre père, si vous aviez encore toute votre tête pour l’avoir laissé ainsi par un froid pareil, sans aucun souvenir de l’avoir ouverte…

 

Le stratagème de votre aînée découvert, vous envisagez un plan sadique mais qui demande du temps et de la place pour planquer le matériel superflu : retirer le sommier, le matelas, tendre le dessus de lit sur un vide sidéral. Et HOP, quand votre gracieuse héritière ferait son bond gracieux… Vous riez des heures en imaginant sa tête, et le résultat. Renoncez en songeant que douée comme elle l’est elle se casserait forcément le tibia qui est pourtant l’os le plus solide du corps humain.

 

Et puis vous avez d’autres soucis. De plomberie.

 

Pendant que l’aînée épie à la jumelle son chéri, la cadette s’est prise de passion pour la magie blanche.

 

Une copine dont la mère est une gentille sorcière, lui a prêté un rituel de magie blanche.

 

Quelle bonne idée ! Pourquoi n’êtes vous pas une gentille sorcière ? Parce que vos filles trouveraient ça CON. Et vous diraient « ma PAUVRE maman, avec tes idées… ». Et puis surtout parce que vous n’avez pas été élevée pour être une gentille sorcière. Tout ce que vous savez c’est que le tilleul est calmant et la menthe excitant.

 

Pour ne vous mettre personne à dos, vous faites du tilleul/menthe pour ceux qui aiment la tisane.

 

A 14 ans, Delphine a grand peur de finir vieille fille. Elle a lu un charme pour attirer le grand amour. Qui consiste à planter des graines de basilic et à les arroser tous les jours en disant en italien « que je ne sois pas sans amour, merci ».

 

Elle a sacrifié une petite partie de l’argent de poche de sa sœur, (le sien est dépensé depuis des mois et elle vit à crédit) et du fric qu’elle vous pique régulièrement dans votre porte monnaie, pour s’acheter chez Jardiland un sachet de graines de basilic.

 

Qu’elle a plantées partout.

 

Vous l’entendez le matin, arroser ses graines en prononçant la formule sacramentelle que vous ne comprenez pas bien : cela ressemble à la messe en latin de votre enfance et cette enfant n’est même pas baptisée ! Le matin vous êtes dans le potage jusqu’à 10 heures, et c’est pourquoi votre cadette peut pendant des semaines procéder à ses élucubrations sans que vous moufetiez. Votre cactus qui n’a pas besoin d’eau crève dans la foulée, mais cela ne la perturbe pas : 4 plants de basilic prospèrent avec le ficus, le dieffenbachias, le camélia et le gardénia.

 

A votre exclamation qui suit la sortie des plans jalousement arrosés avec toute la magie requise : « des mauvaises herbes dans mes plantes ! » (que vous soignez jalousement), elle se dresse devant vous avec l’amabilité d’une hyène à laquelle on voudrait enlever les amygdales sans anesthésie :

 

« Ce sont MES plantes. Je T’INTERDIS d’y toucher ».

 

Puis part en sanglotant… Elle sait bien que vous POUVEZ les arracher ses plants de basilic.

 

L’aînée vous explique le problème. Si vous arracher les basilics vous retirez à Delphine tout droit à l’amour… Aurez-vous le cœur de faire une chose pareille ?

 

Non. Vous vous résignez à voir les basilics prospérer en vous cachant vos plantes préférées, voire même en les faisant dépérir.

 

Et a voir votre cadette tous les matins, à peine réveillée et à poil, les arroser de trois gouttes en prononçant des paroles qui vous semblent curieuses, et débiles… Vous retenez la phrase maternelle classique « tu ferais mieux de te laver les dents »…  Si elle mettait autant d’énergie à ramasser ses débris de kiwis qui pourrissent à côté de son lit et à mémoriser ses verbes irréguliers d’anglais et d’allemand, vous seriez une mère comblée.

 

Mais les plans de basilic ne sont pas les plus importants.

 

Car vous avez des problèmes de plomberie (bis répétita…).

 

La baignoire se bouche régulièrement. D’une ventouse experte et décorative dans la salle de bain, vous extrayez henné neutre coagulé à l’argile, argile au miel, et une bouillie curieuse….

 

Qui semble boucher plus que le reste et semble s’insinuer profondément dans les canalisations.

 

Le plombier lui-même, que vous faites vivre avec vos bouchages de baignoire, reste perplexe. Il n’est peut-être pas pressé de trouver la solution  vous êtes le pilier de son entreprise, la clef de voûte de son chiffre d’affaire !

 

Et puis un beau jour, vous rentrez inopinément un mercredi après midi, sans avoir prévenu votre progéniture que vous aviez pris votre après midi (hé hé).

 

Vous ouvrez la porte d’entrée avec délicatesse, puis votre porte de chambre avec fracas.

 

L’aînée sursaute et laisse tomber les jumelles de votre père sur la moquette où elles atterrissent sans dommage (un coup de bol, elles ont 30 ans). Bafouille une explication bâtarde. Naturellement vous ne pouvez pas lui dire que vous avez LU SON JOURNAL et savez de quoi il retourne. Vous faites la niaise qui croit qu’elle guette un martin pêcheur à 3 km du moindre cours d’eau (une pie encore, vous pouviez admettre en bonne tarte que vous êtes…), vous lui sommez de « rendre les jumelles à ton grand père et plus vite que ça »  et vous dirigez vers la salle de bain d’un pas ferme.

 

La cadette somnole dans la baignoire, toutes lumières éteintes, 7 bougies allumées sur le rebord de la baignoire et sur le lavabo (explication des traces suspectes résistant au détartrant).

 

Dans 5 ans, votre tante venue passer le week end et ayant osé excursionner jusqu’à la salle de bain viendra vous trouver en vous disant d’un air craintif « Delphine fait une messe noire dans la salle de bain ? ».

 

Vous lui répondrez « mais non elle prend un bain en se détendant à la lumière des bougies ».

 

Bref.

 

Elle se tient le front en marmonnant des paroles étranges et baigne dans une eau  qui exhale une odeur curieuse et inhabituelle.

 

Vous allumez la lumière.

 

Elle sursaute. Lâche ce qu’elle se maintenait sur le front et vous visualisez la baignoire.

 

Dans laquelle flottent des dizaines et dizaines de feuilles de chêne + un gland qui n’a pas eu le temps de couler au fond.

 

Votre cadette « se purifie l’âme ».

 

C’est un charme qu’elle a trouvé dans le fameux rituel de magie blanche et qui consiste à se baigner dans un bain dans lequel on fait infuser ( !) le plus possible de feuilles de chêne, en se maintenant sur le front un gland pendant toute la durée du bain en murmurant en sanscrit « je me purifie l’âme, je suis purifiée ».

 

Après la purification, elle vide la baignoire, ramasse les feuilles qui ne se sont pas précipitées dans le siphon pour le boucher, les jette à la poubelle.

 

Ni vue, ni connue. Ces jours là elle descend la poubelle pour vous cacher ses turpitudes alors que vous pensiez naïvement qu’elle avait fait un petit quelque chose pour vous aider.

 

Même le plombier n’y a rien vu.

 

Vous pouvez attester sur l’honneur que les feuilles de chêne se déliquescent dans l’eau très lentement : 6 ans après les purifications d’âme de votre cadette adorée, un coup de ventouse peut faire remonter des morceaux de feuilles très reconnaissables.

 

Une fois l’âme purifiée et tout mis en œuvre pour être séduisante, il ne reste à la fille qu’à s’habiller.

 

Hélas.

 

Car le vêtement est le chemin de croix de la mère qui a cru naïvement qu’elle pourrait habiller sa fille comme elle le désirait jusqu’à un âge avancé qui ne dépasse pas 3 ans.

 

Vous entendez souvent les femmes s’exclamer : « une fille quelle chance ! JE vais pouvoir l’habiller comme je veux ».

 

A nous les petites robes, les baskets roses rigolotes, les faux costumes de marin avec les couettes qui lui font une bouille adorable… A nous, jusqu’à l’entrée en maternelle (j’ai dit 3 ANS !).

 

Après tout est cuit.

 

De « aujourd’hui en petite robe », on passe à un « pas de robe maman ! » péremptoire. On découvre que le petit garçon de 2000 soulève toujours les robes et jupes des filles pour voir ce qu’il y a dessous.

 

La fille chérie et dorlotée se complait en jeans, caleçons, baskets, etc…

 

Vient le temps tant espéré de l’adolescence où la mode la rattrape.

 

Pas la mode normale, la mode des adolescents.

 

Avec laquelle les parents, surtout les mères, n’ont aucune affinité : c’est fait pour ça.

 

Vient le jour où la fille adorée vous traîne dans les magasins parce qu’elle a besoin d’une paire de chaussures.

 

Comme elle a déjà des tatanes informes, des baskets multiples (plusieurs couleurs, fluo de préférence) et une paire de bottes cavalières (c’était la mode il y a deux mois mais c’est fini maintenant), vous pensez naïvement qu’elle souhaite s’acheter une paire de vraies chaussures.

 

Des chaussures qu’elle pourrait mettre avec une robe par exemple. Reste à acheter la robe…

 

Non. Elle pointe le doigt chez le marchand de chaussures chez lequel elle est allée directement, sur un godillot informe qui était jadis une chaussure de chantier célèbre : elle veut des Catertrucs comme toutes ses copines.

 

La vue du prix vous donne des frissons : comment des entreprises en difficulté ont-elles pu acheter ces horreurs à leurs ouvriers au bord du chômage ? Sûr que c’est l’achat des chaussures qui a mis l’entreprise en dépôt de bilan ! Pour le même tarif vous vous achetez (toujours pratique) deux robes et deux paires de chaussures assorties ! + un antiride ruineux !

 

Vous dites NON fermement. D’autant qu’elle veut ces chaussures immondes pour les porter au mariage de sa plus jeune tante (votre sœur) qui a fait chier tout le monde avec ses vêtements immondes pendant des années, pour se marier la semaine prochaine avec une tenue surpassant celle de Lady Diana.

 

Elle veut porter ces chaussures « de chantier » avec la jupe adorable mais si chère que vous lui avez achetée parce que justement c’était une jupe… Et qu’il y a des années que vous n’avez pas entrevu les jambes de votre fille en dehors des moments d’arrosage de basilic le matin de bonne heure, ou de séance dépilatoires le samedi après midi.

 

Là, de deux choses l’une :

 

UN : Le père est terriblement absent et votre déficit tente de ressembler à celui du gouvernement français, sans aucune chance de faire ex-aequo.

 

Au NON suit une bouderie aussi déprimante que les informations et que votre déficit. Puis par miracle, l’adolescence trouve deux baby sitting à faire et des innocents à escroquer, et s’achète elle même les chaussures immondes qu’elle portera au mariage précédemment mentionné avec sa jupe divine et un vieux pull qui lui cache les mains (en plein mois d’août caniculaire).

 

DEUX : Le père est présent. La « petite » trouvera alors le moyen de se rouler sur ses genoux en l’appelant « mon petit papa chéri », en se tortillant une mèche de cheveux et en roucoulant comme vous n’oseriez pas le faire même pour lui demander de rincer la baignoire pour une fois et de laver sa tasse de café.

 

Le père cède, rassuré sur son potentiel de séduction,  et sacrifie votre futur week-end en amoureux pour acheter les fameuses chaussures de chantier au son de « ne dis rien à ta mère » (trop tard, vous avez tout entendu).

 

Vous n’osez pas suggérer à la chair de votre chair de procéder avec son amoureux potentiel comme avec son père. On ne sait jamais : si elle vous écoutait (pour une fois), vous seriez dans une sacrée galère vu le petit con que c’est…

 

Vous vous contentez de faire remarquer aigrement au père qu’il n’a plus aucune réflexion à vous faire sur le prix des collant le jour où vous le coincez sur le rinçage de la baignoire et que votre tortillement de mèche reste vain.

 

La fille qui s’habille a une prédilection particulière pour s’habiller en décalage complet avec les saisons.

 

C’est « top mode maman ».

 

Elle a aussi une prédilection tout aussi particulière pour les fringues des autres.

 

Elle habille donc ses copines avec ce qu’elle vous a extorqué et se nippe de haillons échangés avec les mêmes copines qui comme par hasard refourguent toujours du vieux en échange du neuf.  Le neuf, vous ne le reverrez jamais, c’est Marine qui le porte.

 

En été les filles s’éclipsent en jean, pull mohair ou angora (il y en a qui allergisent au mohair) et blouson bien chaud.

 

Au plus fort du gel, elles s’évanouissent le matin dans la nature, à la recherche de leur train ou bus, en simple chemisier avec un pull sur les épaules « au cas où ».

 

La pharmacie du secteur survit d’octobre à avril avec vos achats frénétiques de paracétamol, sirop anti-toux, gélules diverses.

 

L’été, alors que vous luttez frénétiquement contre le coup de chaleur, vous les voyez rentrer couvertes comme des Inuits. Vous attrapez le coup de chaleur contre lequel vous luttiez rien qu’à les voir.

 

A l’occasion, pendant qu’elles rendent les jumelles à leur grand père (le voisin du fond est finalement un sale con), elles lui piquent ses cravates pour s’en faire des ceintures : il faut bien cela pour faire tenir un pantalon 10 fois trop large. Pantalon sur lequel elles marchent parce que le concept de l’ourlet est aussi dépassé que celui du poster, en s’étonnant que le tissu soit plus que « légèrement abîmé » là où elles l’écrasent à chaque pas.

 

Elles exhibent leur nombril en plein hiver mais refusent à se montrer en maillot de bain l’été.

 

Elles superposent les manches courtes sur les manches longues, le trop court sur le trop long. Ne pas leur faire remarquer que la mode existait déjà au Moyen Age : elles vous rétorqueront qu’il est normal que vous le sachiez vu votre look débile et précisément moyen âgeux.

 

Pour leur mariage par contre il faudra prévoir LE budget rien que pour la tenue, les chaussures de chantier et les pulls à manches longues les dégoutant subitement.

 

Leur père les mènera à l’autel, les yeux baissés, en grande robe style meringue, avec derrière une duègne : VOUS.

 

La fille a des amours compliquées, secrètes (qu’elle croit), et qui ne se passent pas toujours bien.

 

Pulchérie ne pouvait jamais cacher qu’elle était tombée amoureuse et qu’elle « sortait » avec un garçon depuis la soirée du samedi : elle ne marchait plus, elle était en lévitation, le regard vague, un sourire niais accroché aux lèvres. Elle se scotchait à côté du téléphone, cédait son chocolat à sa sœur, se moquait des grammes perdus, ratait son devoir de math et oubliait de tirer la chasse d’eau.

 

Un jeune homme croisé « par hasard » un beau soir vous sourit poliment (très louche), vous dit gentiment « bonsoir » (encore plus louche), et devant l’état de votre coffre (vous revenez d’un plein chez Auchan), propose ses services pour vous aider à vider ledit coffre.

 

C’EST LUI.

 

Les questions se bousculent : dois-je lui en parler, dois-je lui acheter des préservatifs que je glisserai discrètement dans son sac (récupérant au passage ma pince à épiler) ?

 

Vous questionnez la petite sœur qui est une tombe. Non tout va bien. Ma sœur ne lévite pas, elle marche, elle n’a pas un sourire niais, elle tire la chasse d’eau. Quant à elle, elle ne voit pas quel imbécile peut prendre plaisir à vous aider à vider votre coffre de voiture : un déséquilibré probablement.

 

Et la petite chérie part un matin le sourire au lèvres, embrasse la glace de l’entrée (avec du rouge à lèvre, glace récurée la veille), et gambade dans la résidence en chantant pour aller à la gare.

 

Le soir elle rentre le visage fermé, murmure un « s’lut » et file s’enfermer dans sa chambre dont émanent quelques minutes plus tard, des sanglots lugubres.

 

Ne vous en occupez pas : sa sœur s’en charge, délaissant au passage le vidage du lave vaisselle (c’est sa semaine).

 

Vous passez la soirée seule devant la 302ème rediffusion de « l’aile ou la cuisse ».

 

Le lendemain la douceur de vos vieux jours a repris une démarche normale.

 

Alerte passée. Jusqu’à la prochaine.

 

Il y a un moment où l’on a hâte que la fille soit grande, adulte, responsable, etc…

 

Un beau jour…

 

La fille prendra son envol pour ses études ou autre, et une chambre de bonne au passage ou un studio, qu’elle vous « invitera » à venir visiter.

Elle vous aboiera de retirer vos chaussures, vous interdira de fumer rapport à l’encens qui brûle, vous expliquera comment s’asseoir sur le canapé pour ne pas le bousiller (comme elle a bousillé le vôtre en sautant dessus il y a des siècles), vous montrera l’organisation de ses placards (ce qui vous donnera l’occasion de récupérer votre dernière pince à épiler fugueuse) dans lesquels trône tout ce qu’elle n’aimait pas manger chez vous.

 

Sur le peu de murs seront accrochés des reproductions de peinture renaissance ( ?), ou de magnifiques paysages, le tout dans des tableaux accrochés au mur avec de petits clous (exit les posters).

 

Tout sera impeccable, rangé au cordeau, nickel chrome.

 

Restera la cadette à la maison pour mettre de la vie, brûler des bougies dans la salle de bain, boucher les siphons, espionner les voisins à la jumelle, mettre la sono à fond, squatter l’ordinateur, Internet, le magnétoscope, le lecteur DVD, et vider le frigo.

 

Encore une fille à la maison.

 

Pourquoi ne pas en avoir fait une de plus pour assurer l’avenir ?

 

Posté le 5 juillet '06 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. Pas de commentaire.