
Arrivée chez les parents qui sont rentrés hier. Tout le monde est content de se voir, Pulchérie n’est pas venue depuis fin juillet en gros… Le gentil ricane un peu en quittant le petit bois lonlère et tralala, parce que Pulchérie pensait pouvoir tirer un fil électrique entre la maison de ses grands parents et le petit bois pour lui donner du jus… On peut en rire sans qu’elle ne le prenne mal…
Mrs Bibelot trépigne d’impatience de savoir ce que nous avons bien pu dire sur ce “futur éventuel mariage”, avec les parents du gentil.
Pendant que je désembourbe mes ballerines (le petit bois lonlère est très glaiseux, d’ailleurs le lieu dit s’appelle “les marnes”), j’écoute pour savoir si ce terrain là (ma mère) est favorable ou non… Et ma mère se fait avoir sur ce premier coup là : pourquoi ai-je besoin de nettoyer mes chaussures en rentrant de chez les futurs beaux-parents de Pulchérie ? (bonne question), puis à son habitude elle passe rapidement à autre chose :
- “Alors ma puce, vous avez parlé de ce futur éventuel mariage ?
- “Mais mamie ce n’est pas éventuel, c’est décidé, sauf qu’on ne sait pas quand !
- “Ah bon, ce n’est pas pour l’été prochain ? (2008) (ton déçu) (+ 50)
- “On voudrais bien se marier dans le secteur, mais c’est très cher, et déjà très pris, ça risque de reporter à 2009 (+ 100)
- “Ah mais ça fait loin 2009, moi je pensais l’été prochain (+100)
- Je termine mes ballerines et je fais signe à Pulchérie “tu peux y aller”. Mère/fille : il y a des signaux 100 % recevables…
- “Pour 2009, j’ai une solution que j’ai bien potassée : on fait ça dans ton bois (attaque directe : + 500)
- “Dans mon bois ? Quelle idée ! Ce ne serait pas mieux dans mon jardin ? (+ 50) (t’es cuite maman, je rigole doucement et le gentil aussi qui voit ma tête…)
- “Mamie on ne va pas piétiner ton jardin à 80 personnes !
- “80 personnes ? Ah non pas dans mon jardin. Mais dans mon bois, il n’y a pas d’eau ni d’électricité… (elle flanche, elle va flancher, je la connais ma mère, quand c’est niet, c’est niet direct et tout de suite)
- “Je t’explique… (le boulot dans le bois que le gentil se régale à l’avance à faire, l’arbre à couper mais il est moche, les tentes louées avec plancher, la groupe électrogène, etc)
- “Et on va se garer où ? (gagné, si c’est sa seule objection…)
- “Mamie il y a plein de place pas loin et pour remonter le chemin, on mettra ce qu’il faut, à pas cher, pour que personne ne se fasse mal au pied !
- Jean Poirotte ! Tu peux venir voir une minute ? Il te faut t’asseoir… Tu es assis mon chéri ? Tu sais où Pulchérie veut faire son mariage ? Dans mon bois !
- “Ah bah pourquoi pas ? (gagné !) (même pas surpris le grand père, il regardait le match de rugby d’un oeil et écoutait de l’autre, c’est bien mon père…)
- “On reviens le WE prochain pour le canapé de Mouth (la saga du canapé fera l’objet d’une rediffusion en ces vacances de la zone C où tout le monde déserte). On pourra aller prendre des mesures ?
- “Sans problème ma chérie ! J’ai d’ailleurs un super mètre de métreur qui va être bien utile” (la grand mère, KO avant le début du combat, mais finalement, que cela se passe dans son bois…)
Donc ce sera dans le petit bois de mamie…
Sauf que naturellement, la vie n’est qu’un long calvaire…
Avec une sorcière en mère de la mariée, vous n’êtes pas près d’insomniaquer…
A peine avions-nous quitté les parents du gentil (à 16 H 30, après un accueil vraiment chaleureux), à peine Pulchérie avait-elle posé ses petites fesses (mais de qui elle tient ?) dans ma nouvelle voiture, après avoir précisé qu’il n’y aurait pas de plan de table parce que ce serait buffet et que tout le monde irait s’asseoir où il le voudrait, le tout en moins de 30 secondes :
- “Dis maman, je peux te demander un truc ? Mais tu ne le dis à personne hein ?
- “Oui ma chérie ?
- “Promis ?
- “Juré craché ?
- “Promis !
- “Tu peux nous emmener voir le petit bois de mamie ?”
CAR : première grande nouvelle, Pulchérie a dans la tête de faire un mariage sortant de l’ordinaire. Elle se renseigne depuis 2 semaines, elle n’en dort plus la nuit. Et une idée de génie : faire le mariage dans le petit bois que possède Mrs Bibelot, via héritage de son père (l’apiculteur)…
Je reste perplexe 2 minutes : déjà le petit bois de ma mère, je ne l’aime pas, je le trouve sinistre et sombre. Son accès n’en est pas facile du tout. Mais je ne dis rien, contrarier Pulchérie c’est se préparer de mauvais jours… Et puis après tout, ce sera leur jour, c’est à eux que reviennent tous les choix.
Pas d’eau courante dans le petit bois lonlère et tralala, pas d’électricité non plus… Elle a tout prévu. Sur un site et même plusieurs, on vous loue les tentes avec planchers ou dortoirs (une tente de prévue pour ceux qui voudront dormir sur place), des toilettes, le groupe électrogène ad hoc, etc… Dans le petit bois de mamie, sur un site archéologique que la mairie a déplacé de l’autre côté de la route en refaisant le cadastre et en se trompant, ce serait parfait et tellement inhabituel (en fait le petit bois de mon grand père, donc de ma mère abrite un cimetière mérovingien, et effectivement à ma connaissance, personne n’y a fêté son mariage).
Nous voici donc remontant le chemin pour voir le petit bois. Il y a de la place (suite au nettoyage obligatoire après la tempête de 1999) à plusieurs endroits. Sauf que sur la place la plus grande pour mettre la plus grande tente, il y a un arbre qui dérange (le pauvre, sera-t-il sauvé de la tempête qui se prépare ?). Le gentil se voit très bien coupant l’arbre et le tronçonnant pour que Mrs Bibelot le brûle dans sa cheminée, nettoyant tout aux alentours, rassemblant les buches au même endroit, et mettant le sol à l’équerre… (il est quasi prêt à planter de la pelouse). Petite dispute : on ne va pas couper un arbre ! Il gêne ! Ah oui il est moche en plus, je pensais que tu parlais du chêne ! Mais non, je te parle de ce truc là, qu’est moche et qui gêne…”
Retour à la voiture, on va aller faire un petit coucou aux grands parents. comme prévu Je signale à Pulchérie qui bouillonne en son fort intérieur, mais je la connais comme si je l’avais faite, que c’est moi qui pourrais juger s’il est adéquat d’en parler maintenant ou non (je connais ma mère mieux qu’elle, mais maintenant qu’elle a constaté que c’était possible, elle trépigne !), et en route pour la grande aventure !
Avec en mère de la mariée, une gentille sorcière, la vie n’est qu’un long calvaire…
Comme elle en a parlé chez elle, voici en parallèle la triste rigolote saga de la mère de la mariée qui débute (car il y aura d’autres posts bien entendu)
Il planait dans les airs depuis longtemps le mariage de Pulchérie et du gentil. 2007 très exactement.
D’ailleurs j’avais été invitée à déjeuner chez les parents du gentil le dimanche 30 septembre 2007 très exactement, pour parler de ce fameux mariage, et, je le craignais, du fait qu’ils se refusent à aller à l’église.
Vous allez vous dire (concernant la date) : cette sorcière, quelle mémoire de dinosaure d’éléphant ! En fait c’est vachement facile, ce déjeuner a eu lieu la veille du lundi 1er octobre 2007, jour où Truchon m’a signifié mon départ après 9 ans de bons et loyaux services, et ça, ça ne s’oublie pas quand ça a traumatisé.
En fait, il n’a pas été question du mariage du tout ce jour là (le dimanche, suivez un peu !) (ni d’église : ouf !). J’ai découvert des gens charmants et hospitaliers, passé un excellent moment, et puis avec ma fille et mon futur gendre, nous sommes repartis vers chez mes parents rentrés de la Grande Motte la veille, que les “enfants” voulaient saluer.
Cela date un peu bien sûr. A l’époque le mariage était fixé pour 2009, puis il a été repoussé, le gentil devant en 2009 préparer son internat parfaitement réussi.
Donc de septembre 2007 à 2010 à l’horizon droit devant, il y a de quoi faire et vous rompre les rétines avec l’histoire du mariage qui n’est pas encore terminée (à partir d’une certaine date vous aurez droit à des chroniques quasi en direct et je sens d’avance votre enthousiasme).
Si si…
Souvenez vous que la vie n’est qu’un long calvaire…
Avec la sorcière en mère de la mariée, vous n’aurez plus jamais d’insomnies…
Je pense que vous pourriez me trouver un adage qui rime, bien meilleur que mon pauvre commentaire en gras ci-dessus. Après tout, vous pouvez bosser un peu, non ?

A l’époque où je travaillais chez mon avocat tordu, j’étais au coeur du centre commercial de St Quentin en Yvelines, et j’allais donc traîner pas mal avec des collègues à l’heure du déjeuner.
Le vendredi soir, j’achetais toujours quelque chose chez l’un des traiteurs, et avec les filles, nous organisions une soirée plateau TV, film, musique ou papotage, parfois un peu de tout…
1995 : Pulchérie va sur ses 14 ans, Delphine en a 11. De grandes filles donc, qui pouvaient d’autant plus veiller le vendredi soir que personne ne travaillait le lendemain.
Un vendredi soir, après avoir téléphoné un “faites gaffe, j’arrive” (pour qu’elles rangent leurs bordels ou accomplissent leur tâche du jour, genre, vider le lave vaisselle, j’étais une mère sadique), je décide de m’arrêter chez le traiteur chinois chez qui j’achète régulièrement un petit quelque chose pour le midi (crevettes à la sauce que l’on veut)…
Les filles adorent le riz cantonnais et autres, nous allons de temps à autre au restaurant chinois, je connais leurs goût, et décide de prendre des gâteaux à la noix de coco pour leur dessert : elles adorent (moi ce sont les brioches à la crème de lotus).
Nous voici donc à table, chacune mangeant SON plat favori, quand le téléphone sonne.
Vlabadaboum : c’est Fernande. J’en ai pour 3 plombes au mieux. Elle ne demande jamais si elle dérange, raconte tout et n’importe quoi sur des personnes que je ne connais pas (j’ai renoncé à comprendre qui était qui…), elle est gentille, mais là au bout d’une demie heure je me décide à la quitter en prétendant que le dîner est prêt et que les filles m’attendent (cela s’appelle un pieux mensonge).
Naturellement, comprenant avec qui j’étais en ligne, les filles ne m’ont pas du tout attendue, et j’arrive dans la cuisine pour les trouver un peu consternées.
- Vous avez tout fini les puces ?
- Vi…
- Et vos gâteaux, ils étaient aussi bon qu’au restaurant ?
- Ben…
- Ben on n’a pas trop aimé la croûte qu’il y avait autour…
Normal. Au restaurant ils servent ces gâteaux sans le papier sulfurisé qui a pris la couleur du gâteau… Que mes deux héritières ont mangé au départ en faisant la grimace pour ne pas me faire de peine (mais repas gâché tout de même, et “maman c’est n’est pas drôle !”)
Je peux donc attester que :
- Si, c’est drôle quand on réalise,
- Et que le papier sulfurisé se digère très bien (enfin ce qu’elles en avaient avalé, car elles avaient lâchement jeté de la croûte dans la poubelle).
Nourrir des enfants, peut parfois être un long calvaire !
Je suis d’une naïveté, parfois je me mettrais des claques…
Pulchérie et le gentil (Vianney), devaient venir vérifier et ranger leurs colis le samedi 27 février.
Et puis au passage aller faire un tour chez Emmaus (toujours pour acheter des trucs pour le mariage) et puis éventuellement chez Ik*a. Irais-je avec eux pour ces “petites courses” ?
A 50 km de là, derrière son écran, Pulchérie a dû me sentir me crisper au mot Ik*a. Je déteste y aller (même si ce n’est pas moi qui conduit). Trop de monde, trop de bruit, trop chaud, des lumières qui me déclenchent des étourdissements, l’obligation de passer un peu partout, bref, je déteste. Et puis tourner avec elle dans les rayons en rajoute une couche pour les étourdissements…
Ma fille est d’une rapidité diabolique quand elle sillonne les allées du suédois. Elle marche comme une parisienne : elle sèmerait un montagnard pure souche en 2 minutes 60…
La dernière fois que je les avais accompagnés, il n’y avait pas trop de monde (c’était le soir), mais je m’étais promis de ne plus jamais renouveler cette expérience, le tournicotage dans les rayons, l’attente à la caisse, etc…
Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent c’est bien connu…
Je vais donc chercher mes deux jeunes à la gare, qui ont besoin de la voiture de Jean Poirotte (on ne sait jamais ce qu’ils vont dégoter, un break c’est toujours pratique). Finalement, bonne nouvelle, Ik*a NON, ils ne vont qu’à Emmaus…
Tu peux bien venir avec nous maman, on ne se voit pas si souvent (exact). Ce n’est pas pour dire mais je n’ai pas la majorité de mes conversations avec mon ainée quand elle fait des courses. Je me traîne plutôt derrière elle, la repérant à la haute taille du gentil qui est lui, résigné, en soupirant au fur et à mesure que le temps passe et qu’elle retourne sur ses pas.
Je ne me suis pas méfiée (voila ce que c’est que de faire confiance), car à la sortie d’Emmaus, paf, il manque des trucs : il va falloir aller chez le suédois…
Comme il n’y avait qu’une voiture bien sûr, j’étais coincée, piégée, obligée de supporter l’interminable périple chez le nordique, qui vend peut-être du bien et du pratique à pas cher, mais chez lequel je me sens aussi à l’aise qu’une dorade dans un bac à sable…
Le gentil contrôlait tout de même un peu (lui non plus n’adore pas aller chez le suédois) et nous sommes sortis juste au moment où un mal de tête pointait chez moi, et une légère exaspération qui devait être visible.
Non, je ne suis pas asociale comme mon aînée le prétend, non je ne souhaite pas passer mes journées enfermée chez moi. Simplement les trop grands magasin, je ne supporte plus, et ça ne date pas d’hier. Plus le temps passe et plus c’est grand. Les hyper marchés sont désormais à mon sens inhumains, je déteste l’ambiance de presse et de stress qui y règne, les lumières me dérangent, le bruit aussi, c’est TOUT que j’y déteste, y compris y parcourir des km pour avoir tout ce qu’il y a sur la liste parce que c’est rangé n’importe comment (ceci étant fait volontairement pour nous pousser à acheter).
J’étais d’autant plus exaspérée que feu mon lampadaire hallucinogène étant à remplacer, je me suis dit que j’allais profiter de l’occasion pour en acheter un neuf, et que je n’ai pas trouvé ce qu’il me fallait, ni aucun vendeur pour me renseigner, en essayant de ne pas me perdre…
J’imaginais bien en effet, mon aînée passant une annonce genre “la petite Coraline Dabra est attendue à l’accueil par sa maman”, comme je l’avais fait un jour pour Mrs Bibelot.
Je n’avais en effet pas oser dire que j’avais perdu ma mère, à 40 ans passés… (quand ma mère traîne, elle traîne…)
Enfin pour le Suédois, je pense qu’elle aurait préféré la solution du portable… Vive le modernisme ! (”où es-tu maman ?” - “J’essaye un lit”…)
Pour un prochain guet-apens, je pense qu’ils vont avoir plus de mal… S’ils y arrivent, ils viendront me récupérer dans la piscine à balles où j’irais m’éclater avec les gosses en me coinçant 3 vertèbres.
La vie n’est qu’un long calvaire…
(PS : NON je ne me fiche pas du tout du mariage de Pulchérie, mais face à sa logistique, je me sens tout simplement comme une poule qui a pondu une clef anglaise (en pensant chier une pastèque)…)
Donc ils sont allés à Berlin, ils s’y sont plus, et en sont reviendus en se promettant d’y retourner… (de l’auberge point ne suis sortie, je le dis comme je le pense, et oui je revisionne Starwars et fatiguée je suis…)
Delphine m’annonce donc un beau jeudi “ce week end, on part à Berlin” (mais que vont-ils foutre à Berlin.?).
Mauvaise compréhension et manque d’explications, je pensais qu’ils allaient passer le WE à Berlin (mais que diable ont-ils avec Berlin.?…).
Souhaitant l’anniversaire de Gendre n° 2 sur face de bouc le dimanche 7, je lis le soir qu’ils sont bien arrivés à Berlin, mais en retard, car Delphine a fait un petit malaise.
Le concept du WE commençant le dimanche en fin d’après midi à Berlin m’échappe un peu, par contre ce que je percute très bien, c’est que ma fille a fait un “petit” malaise. Du coup, je m’inquiète…
Lundi pas de nouvelles, Delphine n’est pas joignable sur son portable, elle doit toujours être à Berlin. D’un autre côté comme elle y est arrivée la veille au soir (à Berlin) il semble normal qu’elle n’en soit pas repartie tout de suite (de Berlin).
Mardi Pulchérie m’appelle concernant son mariage et une information capitale qu’elle a oublié de me préciser. C’était effectivement capital (et depuis ses grand parents se rongent les poings) ET j’en profite pour lui demander si elle a des nouvelles de sa soeur (ne jamais perdre une seconde de connexion avec Pulchérie, sinon vous êtes mal barrés, car la joindre c’est mission impossible que l’on n’accepte pas (et PAN, le feuilleton foire, car la mission était d’avoir Pulchérie EN LIGNE avant que 60 minutes ne soient écoulées. Laisser un message qu’elle écoutera dans 14 jours, ne comptant pas…)).
- Oui, ne t’inquiète pas (généralement j’ai une oreille qui frise dès que l’on me dit de ne pas m’inquiéter, surtout avec les filles) blablabla, malaise à l’aéroport blablabla, pompiers blablabla, fièvre blablabla, SCHLARK ! (oui ma chérie tu procède comme ça, signé : ta mère à jamais reconnaissante…) (Oui je sais pour ceux qui veulent m’alerter : des guerres ont éclaté pour moins que ça…)
Après le raccrochage de mon aînée toujours pressée et débordée, j’ai tout le temps de cogiter en regardant “Bones” d’un oeil torve. C’est le truc idéal pour se remonter le moral, il n’y a que des cadavres (dont je vous épargne l’état d’ailleurs, ça fait regretter de ne pas avoir fait option “anthropologue judiciaire”) et des nonosses :
- 21 H : ma petite Delphine est malade à Berlin. On peut compter sur les hommes pour minimiser les choses, donc je ne compte pas sur gendre n° 2 pour s’alerter en temps utile.
- 21 H 30 : ce doit être grave puisqu’ils ne sont pas rentrés.
- 21 H 32 : non, ils ne sont pas rentrés, car toujours hors ligne
- 21 H 35 : j’envoie un message à Delphine sur face de bouc
- 22 H : ma petite Delphine est gravement malade à Berlin. Peut-être même est-elle à l’hôpital
- 22 H 30 : ça coûte combien un billet d’avion pour se rendre à Berlin ?
- 22 H 45 : et une chambre d’hôtel c’est abordable à Berlin ?
- 23 H 30 : pas de réponse sur face de bouc : elle est à l’hôpital. A BERLIN !
- 00 H 00 : je vais me démerder comment pour discuter avec les médecins à Berlin, moi qui parle l’allemand aussi bien que le zoulou ? (enfin je sais dire (mais pas l’écrire) “ich bin krank” ce qui n’arrangera rien du tout)
- 00 H 30 : est-ce que ma petite petite Delphine a prévu une assistance rapatriement au moins ?
- 1 H 00 : si elle n’a pas prévu cette assistance pour revenir de Berlin, qu’est-ce que moi je peux faire ?
- 1 H 30 : message face de bouc : “ne t’inquiète pas ma petite maman, j’ai juste fait un petit malaise et j’ai un peu de fièvre, mais rien de grave”
- 2 H 00 : qu’est-ce qu’elle en sait que ce n’est pas grave ?
- 3 H 00 : est-ce qu’il traine encore des médecins nazis dans les hôpitaux à Berlin ?
- 3 H 30 : non, ils sont tous morts maintenant
- 4 H 00 : la chair de ma chair, le sang de mon sang, nourrie de mon lait, agonise à Berlin, et je ne suis pas là pour lui tenir la main et lui donner de mon sang, de ma moelle, ce qu’on voudra, même un rein.
- 5 H 00 : et si je partais maintenant ? Mais je ne sais même pas où elle est. Interpool pourrait-il trouver ma Delphine à Berlin ?
- 6 H 00 : me voici arrivée à Berlin avec mon O négatif, mes reins, ma moelle, mais je ne sais pas quoi dire au chauffeur de taxi teuton.
- 7 H 00 : avant de partir à Berlin, il faudrait peut-être que je dorme un peu…
- 12 H 00 (le mercredi donc) : coup de téléphone de Delphine à Berlin, qui a très bien compris que je me faisais un sang d’encre, qui sait que généralement la nuit on cogite noir. Ce n’est rien, elle a juste une gastro en voie de guérison, et a fait une petite chute de tension à l’aéroport au départ, suite à une nuit quasi blanche.
- Ils rentrent vendredi. En fait ils partaient le WE pour passer plusieurs jours à Berlin.
- Je raccroche rassurée sauf que je sais que le vendredi, je vais pouvoir me mettre la rate au court bouillon rapport au voyage en avion pour revenir de Berlin.
- Ce qui m’empêche de me rendormir, et moi 4 H 30 de sommeil (n’imaginez pas que je me suis endormie sur injonction à 7 H 00), c’est largement insuffisant.
- J’ai passé la journée dans le gaz, LOIN DE BERLIN ! (m’en fous, j’irai pas…)
Faites des gosses !
Comme dirait mon père : 5 minutes de plaisir, 50 ans d’emmerdes (et il n’a pas encore tout vu !)
Berlin pour moi, c’est la capitale du Reich, la bataille de Berlin, la chute du Reich, la dernière guerre mondiale, la capitulation de l’Allemagne, l’église du souvenir, un champ de ruines…
Soyons justes, c’est aussi pour moi le mur, le sort des Berlinois pendant cette bataille meurtrière (la plus meurtrière de la seconde guerre mondiale), et toujours le sort des civils après la capitulation (et particulièrementcelui des Berlinoises).
Je sais, je date. Elevée dans le souvenir de 14/18 et de 39/45 par des ascendants ayant connu ces deux guerres ou la dernière, pour moi longtemps, l’Allemagne a été l’ennemi héréditaire ayant détrôné l’Autriche et l’Angleterre. Berlin n’est donc pas pour moi une destination touristique du tout.
Je sais, c’est stupide, mais bon, on ne se refait pas et on ne refait pas son éducation. En ce qui me concerne elle était germanophobe, ce qui m’a empêché d’apprendre mes déclinaisons (ce qui choquait quasi tous mes ancêtres, et mes parents ne poussaient pas trop à la roue, pourquoi ne pas m’avoir fait Espagnol en deuxième langue ?…)
Inutile de venir me dire que c’est CON, je le sais !
Aussi quand Delphine l’été dernier m’a fait part de ses projets de vacances avec gendre n° 2 : une semaine à Berlin, puis une semaine à Lisbonne, la seule chose que j’ai trouvé à dire c’est “mais qu’est-ce que vous allez foutre à Berlin” (ouais je sais, j’cause pas beau…)
Indignation de ma progéniture. Berlin est une ville fantastique en ce qui concerne l’art (et gendre n° 2 est un artiste), une ville magnifique parait-il, et je ne suis qu’une ignorante (pas faux).
Je culpabilisais en raccrochant le téléphone, avec l’impression d’avoir fait une gaffe monumentale (où est la caméra cachée ?), et puis le lendemain, discutant des vacances avec les parents (la Grande Motte était déjà prévue pour septembre), ils me demandent les projets des filles : NY pour Pulchérie et puis…
- “Mais qu’est-ce qu’ils vont foutre à Berlin ?” (je vous passe le “mais qu’est-ce qu’ils vont foutre à NY ?, car pour NY il n’y a pas de suite pour l’instant)
Je me suis sentie moins seule. Puis vint le dimanche où les deux jeunes étaient présents. Ma soeur était là, moins marquée que moi par les souvenirs de famille (nous avons 11 ans d’écart), le problème des vacances fut posé et elle y alla de sa petite remarque elle aussi :
- “Mais qu’est-ce que vous allez foutre à Berlin ?”
Ils y sont partis, résignés devant tant d’ignorance, et en sont revenus enchantés. Tellement d’ailleurs qu’ils viennent d’aller y passer 6 jour, là, tout tout dernièrement, ce qui vaut son post n° 2 (pour l’instant, car j’ai l’impression que je vais souvent me poser la question :).
Mais que diable sont-ils allés foutre à Berlin ?
Je constate d’ailleurs que depuis mes 15 ans, le langage familial s’est considérablement dégradé, le mien y compris…
Posté le 12 février '10 par Calpurnia, dans Ah ces mômes !. 34 Commentaires.