
Depuis qu’elle était petite, Delphine savait que la fleur maudite qui poussait n’importe où, s’appelait “la fleur à Horloge”.J’en ai parlé l’année dernière. Mais mes liens ne fonctionnent plus comme je le souhaite.
Elle n’est pas très calée en botanique, ce n’est pas un truc de la famille : la botanique. Donc, nous n’avons pas pu seriner les noms latins et l’historique du prunier venant au départ de Chine, à ma descendance (ni aux autres d’ailleurs). Ils ont au moins échappé à cela…
Donc nous avons :
- La fleur à horloge dont Mrs Bibelot a eu l’inconscience d’en récolter des graines pour les planter chez son père. Maintenant c’est l’envahisseur devant lequel cette année nous n’avons pas renoncé, car l’année dernière, ma guerre personnelle avait tout de même donné des résultats. (Il y en a moins. Je n’ai pas dit qu’il n’y en avait plus, mais bon, cela s’améliore (dans 70 ans, on aura éradiqué la chose…).
- La fleur à RORO. Une horrible fleur orange et bien moche, qui défigure la cour, et qui s’appelle comme cela car c’est ma première belle mère qui a gracieusement fait cadeau à mes parents du premier plan (un coup du furoncle : un !). Je me demande toujours pourquoi mes parents ont pris le risque de planter cette horreur où elle se trouve, et ils savent POURQUOI je n’éradique pas les fleurs mortes (d’un autre côté, maintenant ma mère a un jardinier, alors j’ai la conscience en paix)
- Les haricots Philibert… Ceci parce que le premier à en donner des plans à mon arrière arrière grand père, portait ce prénom. Chez mes parents on mange des Philibert, c’est comme ça, mais inutile d’en demander au marché…
- Dans l’ancienne maison, il y avait “l’arbre à Nénesse”. C’était l’arrière grand père des filles du côté de leur père, via leur grand mère. Le nom scientifique nous a toujours totalement échappé, sauf que nous savions que c’était un poison pour les chevaux. D’un autre côté, comme nous n’avions que des chiens et des chats, PFFFFUIT !
- C’est sans fin…
En mythologie ou histoire de France nous sommes très calés, en écriture aussi et ornithologie, mais sur le plan botanique c’est zéro pointé de A à Z…
Et donc Delphine, rancunière, me raconte qu’elle est allée se promener dans le parc de Vincennes avec une copine, et qu’elle voit tout à coup des fleurs à Horloge.
- “Tu es sûre demande la copine suspicieuse-on-se-demande-pourquoi, que c’est le nom de cette plante ?
- Affirmatif ! on en cause dans ma famille depuis que je suis toute petite !
- Ah bon ! On dirait pourtant des impatiens sauvages de l’Himalaya…
- MEU NON, ce sont des fleurs à Horloge.
Mise au point avec mouth (c’est moi)
- DIS DONC MAMAN, C”EST QUOI LES FLEURS A HORLOGE ?
- Ben des Impatiens sauvages de l’Himalaya, pourquoi ?
- Parce que je suis passée pour une conne dans le parc de Vincennes avec une copine…
- Mais non ma chérie…
- Bon, si tu fais le marché de temps à autres, ne demande pas des haricots Philibert, c’est privé, c’est un truc de famille…
- Et le muguet c’est le vrai nom ?
- OUI (OUF !)
Parce que sinon, il y a aussi un champignon que nous appelons le “raboteux”, et qui est un dérivé du cèpe de Bordeaux. Sauf qu’un cèpe c’est un cèpe, et un raboteux, un raboteux…
Tout comme le “suiiiiit” est un troglodyte mignon…
La vie n’est qu’un long calvaire et nous éduquons mal nos enfants.
D’un autre côté, ils ne gardent pas des souvenirs éblouis des moments où nous les avons VRAIMENT éduqués…
Depuis 2 ans, ma nièce, toujours traumatisée par mes cours d’histoire que ce ne soit pas Vercingétorix qui ait fondé Rome, répond toujours “je ne sais plus les noms”, quand je lui évoque la savoureuse (pour moi) légende de la naissance de Rome. Je crains le pire : à 25 ans, elle dira au recruteur que c’est Vercingétorix qui a fondé Rome. Et il lui mettra 10/10 parce qu’il sera d’accord…
Bon, laissons tranquillement Delphine digérer l’impatiens sauvage du bout du monde…
… Ma soeur m’appelle vers 16 H : ils sont toujours aux urgences, tout le monde s’engueule pour savoir dans quel service Jean-Poirotte va être admis.
Pas trop gênée (comme moi), elle a consulté les notes de la pierre tombale du SAMU qui discute toujours avec le réanimateur des urgences, et me donne ses conclusions sur les anomalies de l’ECG et le reste. Je note. Le soir nous allons squatter Internet pour comprendre le jargon des pierres tombales.
Ce n’est pas la peine de nous faire la morale, si c’est secret, ils n’ont qu’à garder leurs papiers avec eux. C’est grâce à une négligence de ce type que Jean Poirotte a su en novembre qu’il était atteint d’une infection nosocomiale…
Finalement Jean-Poirotte est admis en USIC (Unité de Soins Intensifs Cardiologiques). Ma soeur apprend au cours du retour avec maman, qu’il a eu des palpitations il y a 3 jours mais qu’ils n’ont pas voulu nous inquiéter.
Curieusement, ça m’énerve… Faudrait peut-être que je fasse reconversion gentille sorcière/bonne soeur contemplative.
Mais bon, pour les parents c’est un fait acquis désormais, il nous appartiendra de nous gendarmer en cas de besoin.
Maintenant c’est le parcours du combattant qui démarre avec les pierres tombales (les médecins hospitaliers), parcours d’autant plus difficile que Jean Poirotte a un seuil de tolérance très élevé face à la non information, et pose peu de questions.
Le samedi, maman va le voir avec une amie. Elle sait juste au retour, qu’il a des anomalies sur l’ECG, qu’il n’a pas vu de médecin, et qu’il est dans l’ignorance la plus totale de ce qu’il lui arrive. La seule chose qui est sûre, c’est que tout le monde a écarté l’hypothèse de l’embolie pulmonaire.
Le soir, il l’appelle un peu abattu : il a finalement vu un médecin qui lui a dit qu’il avait le coeur fatigué. Cela remonte le moral c’est sûr. Il ne va plus rien faire sans se demander si ce n’est pas de cueillir une pâquerette qui va le tuer, et maman ne va plus pouvoir supporter de le voir se lever avec 1/4 d’H de retard…
Maman ne se sent pas bien du tout, et je lui rappelle que Tante Hortense est DCD à 99 ans et 11 mois, avec un coeur fatigué depuis 30 ans et un traitement nettement moins au point que ce qui se fait de nos jours…
Me revoici sur Internet à chercher le pourquoi du comment, à essayer de comprendre, de savoir. Acromion m’assommerait : il déteste que l’on prenne des renseignements médicaux sur Internet. Mais j’ai besoin de savoir, et j’y passe une partie de la nuit.
Dimanche midi : papa a téléphoné à sa femme. Il a revu un autre médecin qui lui a parlé potassium surtout et l’a collé la veille au soir sous diurétique à haute dose. Moralité, il a passé sa nuit à aller pisser tous les quarts d’heure. Sa femme n’a pas osé lui dire qu’il avait eu un aperçu de ce que c’est qu’être enceinte de presque 9 mois : elle le lui dira plus tard.
Il doit passer un angioscan le lundi. Il ne sait pas ce que c’est mais la pierre tombale est partie trop vite pour qu’il pose des questions. La bonne nouvelle c’est qu’il a quitté l’USIC et qu’il est au troisième étage où l’on trouve de tout (y compris des peintres), mais qui n’est pas un service cardiologie. On lui a dit que son ECG était à nouveau normal, que l’oedeme était résorbé, et qu’il restait à attendre les résultats de l’examen.
Maman va le voir avec celle qui n’est pas comme tout le monde. Elle rentre assez rassurée. Elle l’a trouvé rajeuni de 10 ans, tellement il est dégonflé et reconnaît que j’avais raison (tout de même), mais qu’elle ne s’est rendu compte à quel point il était gonflé avant, qu’en le voyant débarrassé du superflu…
Le lundi, nous attendons les résultats de l’angioscan. Rien à l’horizon, et enfin, Jean Poirotte va sortir de sa non curiosité pour enquêter. Comme on lui a retiré sa perf, il peut gambader dans les couloirs et ne va pas s’en priver…
- Car déjà, sa femme ne vient pas le voir avec moi comme prévu, pour ne pas arriver pendant qu’il passe son examen auquel on le prépare depuis la veille car il est allergique à l’iode (donc je prévois limite une réanimation suite au choc à l’iode)
- Il sait que du coup j’ai entraîné ma mère au muguet pour lui changer les idées (ça marche toujours)
- A 16 H comme personne n’est venu le chercher pour l’examen il se déplace jusqu’au bureau des infirmières, où il apprend ravi, qu’il n’a jamais été prévu qu’il passe un angioscan. En tout état de cause le service interrogé n’a pas eu connaissance d’un Jean Poirotte à examiner ce jour là. Là il commence une grosse colère car on le traite tout de même contre une allergie éventuelle. C’est incohérent ! Qu’il s’énerve est très rare chez lui, mais généralement ça compte.
- Le cardiologue de service du 3ème le prend de haut “mais monsieur je ne vous connais pas, je n’ai même pas votre dossier”.
- Jean-Poirotte peut crier plus fort que le médecin dont il note le nom, il le prouve et donc ça s’entend. Des portes de chambres s’ouvrent discrètement.
- Après avoir dit sa façon de penser au connard, après une discussion houleuse avec un homme plein de morgue, il descend à l’étage inférieur (la cardiologie), et tombe par le plus merveilleux des hasards sur son cardiologue. Qui lui demande stupéfait ce qu’il fait là, en PYJAMA !
- Jean Poirotte le lui explique
- L’autre (et son service) n’a jamais été averti de son hospitalisation. Sinon sa collègue l’aurait bien entendu visité le vendredi après midi (celle qui a opéré 2 fois Jean Poirotte, et qui était de garde le WE)
- Il examine son patient et trouve que tout est parfait. Pourquoi un angioscan ?
- Il appelle l’USIC
- Les médecins s’engueulent
- Mon père est furieux. Du coup pour arpenter les couloirs, il n’a plus mal au dos (il y a des miracles)
- Son cardiologue aussi est furieux, qui revoit l’ordonnance tout de même suite à ce que l’on vient de lui transmettre, et compte rendu pris du boîtier du défibrillateur qui fait aussi big brother et note toute anomalie.
- Mon père toujours furieux décide de gambader jusqu’à l’USIC pour avoir des explications j’attends.
- On lui répond que l’oedeme résorbé son ECG redevenu normal, tout est rentré dans l’ordre.
- C’est un fantôme sans doute demande-t-il, qui lui a parlé de l’angioscan alors qu’il ne connaissait même pas le terme et n’avait pas pu l’inventer. (Pour la coronaro, le scanner simple, l’échographie intra oesophagiene il est imbattable par contre…)
- Il remonte voir son cardiologue qui lui dit qu’il sort le lendemain… En fait il suffisait (de ce qu’on lui en dit) de terrasser le taux trop haut de potassium et de le faire pisser pendant 8 H. Mais nous avons eu raison d’appeler le SAMU tout de même.
- Donc, ordonnance renforcée, mais le cardiologue/rythmologue est rassurant : le coeur va bien, il n’est pas “fatigué”. Lui par contre (le cardiologue) si, par les multiples merdes de communications entre services, dont certains vont entendre parler…
Donc je suis à nouveau exaspérée. Par le manque de coordination entre les services, le mutisme de certains médecins, ET le fait que putain j’en ai marre d’avoir toujours raison (enfin dans certains cas).
Quand je lui avais signalé que je le trouvais gonflé, il lui aurait suffit de voir Acromion ou son remplaçant, et jamais il n’en serait arrivé à avoir les poumons engorgés (d’où les symptômes), un ECG perturbé et j’en passe.
Parce que le peu qui lui a été fait à l’USIC (terrasser le potassium et le faire éliminer), Acromion pouvait le faire tout seul vu que la cardiologie c’est tout de même beaucoup son rayon… Son cardiologue a confirmé que s’il était venu le voir “entre deux” 8 jours plus tôt, il n’y aurait pas eu d’hospitalisation…
Mais rien ne s’est passé normalement, car la vie n’est qu’un long calvaire.
J’ai fait jurer sur la Bible à ma mère de m’écouter, ou d’écouter ma soeur ou mon frère, la prochaine fois.
Cause toujours : elle est totalement athée…
Pour ceux qui ont suivi, nous en avons bavé (lui compris) lors de l’hospitalisation de Jean-Poirotte du 2 novembre au 24 décembre 2009.
Il était sorti avec une légère insuffisance rénale à surveiller, l’avertissement qu’il lui restait des végétations accrochées au coeur, qui en cas de détachement pouvaient provoquer une embolie pulmonaire, et un taux de potassium trop élevé à surveiller également et éventuellement à traiter s’il persistait.
Dans un premier temps Jean-Poirotte a bien consulté le médecin régulièrement (pour ça il ne renâcle pas), procédé à ses analyses, et Acromion devant un taux de potassium trop élevé s’incrustant, l’a mis sous traitement.
Lui dire de consulter immédiatement en cas d’oedeme c’est visualiser théoriquement mon père avec une bulle au dessus de la tête “cause toujours”. Idem pour Mrs Bibelot. Lui demander de surveiller un peu son mari, revient au résultat que j’obtenais quand je disais “les filles allez ranger votre chambre”. Deuxième bulle au dessus de la tête “cause toujours”.
C’est déjà bien assez barbant de prendre des médicaments deux fois par jour, de s’obliger à boire de l’eau en suffisance (troublée par du sirop de menthe glaciale), de subir une prise de sang par mois.
Limite c’est pire que l’hospitalisation, tout le monde sait ça. Mais bon, Jean-Poirotte était discipliné, et déterminé réellement à se faire suivre.
Sauf que…
- J - 10, je viens prendre mon thé quotidien avec Mrs Bibelot. Mon père se lève de sa sieste quotidienne et je le trouve curieusement bouffi.
- Je le lui fais remarquer avec diplomatie
- Ma mère : “cause toujours mais non, c’est parce qu’il vient de se lever”
- Mon père : “cause toujours : je viens de me voir dans la glace, tu te fais des idées”.
- Jour après jour je trouve que le phénomène s’accentue mais j’obtiens toujours la même réponse (cause toujours), même quand je suggère une consultation avant le prochain RV prévu.
- Je rentre chez moi, jour après jour exaspérée. Le déni m’énerve. Qu’ils aient peur c’est une chose. Ne rien faire ne conduira à rien de bon, au mieux une hospitalisation qui peut peut-être être évitée, au pire…
- Vendredi 30 avril ma mère me téléphone. Jean-Poirotte ne se sent pas bien. Il a passé sa nuit oppressé avec des difficultés respiratoires, il a une barre dans la poitrine et s’essouffle pour faire 3 pas.
- “Appelle le SAMU” (je pense immédiatement, à l’embolie pulmonaire, à rien d’autre car je ne suis pas médecin)
- “Ton père ne veut pas”. “On termine de déjeuner et je l’emmène à la clinique X (qui l’a tiré d’affaire)”
- “APPELLE LE SAMU !” (Putain De Bordel De Merde)
- “Non, ton père ne veut pas, et puis je ne vois pas ce qu’ils pourront faire” (tout le monde sait que le SAMU est une sombre daube inutile, payée inutilement par l’argent du contribuable, même s’il a sauvé la vie de papa une fois)
- “J’ARRIVE !“
Je raccroche, échevelée, énervée, inquiète, pas lavée (mon bain était en train de couler) et je saute dans mes fringues avec une violence inouïe. Diabolos devant mon comportement n’ose même pas me faire remarquer qu’il n’a pas trop de croquettes (si le plat ne déborde pas, il craint la famine). Le temps de prendre mon portable, le chargeur, mon manuel de survie et je file telle un pet sur une toile cirée…
Ma soeur m’appelle : elle aussi fait le pet sur la toile cirée, et nous devons nous retrouver chez les parents dans un délai très bref, toutes les deux divinement coiffées. Mon père oppressé et un peu pâle (et en plein oedeme, ça saute aux yeux comme un coup de pied aux fesses), refuse que l’on appelle le SAMU. Il n’a rien de grave, finalement il se sent très bien…
J’ai poussé ma gueulante 3 minutes avant l’arrivée de ma soeur, elle en fait autant à son tour “Mais enfin, vous ne vous rendez pas compte ? Et si tu fais un malaise pendant que maman t’emmène (20 km), elle fait quoi ? vous faites quoi ?”.
J’appelle le SAMU. Les parents capitulent. Il ne se sent pas si bien que ça, elle a peur.
Arrivée d’abord comme toujours, des pompiers qui précèdent ou accompagnent le SAMU. Ils sont 4 et procèdent à l’interrogatoire du suspect qui se débat, mais inutilement, car ma soeur ou moi sommes tour à tour présentes pendant que maman prépare une petite valise “en cas d’hospitalisation”, pour répondre en cas de mauvaise foi.
Arrivée du SAMU : 5 personnes. Le médecin m’interroge moi, pendant que 2 personnes s’occupent, l’une d’un électrocardiogramme et l’autre de lui prélever des flacons de sang pendant qu’un autre surveille un masque respiratoire et un ballon. Face au Vampire, Jean-Poirotte se crispe un peu, ma soeur le soutient moralement, et je fais l’historique au médecin du SAMU, à sa demande depuis l’infarctus de 1983… (Ma mère est toujours dans sa valise qui ne peut pas attendre 10 minutes…)
On lui apporte régulièrement des tracés de l’ECG. Je le vois bien prendre des notes, et je l’interroge, mais il est aussi bavard qu’une pierre tombale. Une hospitalisation est nécessaire finit-il par me dire, lassé par mes questions, reste à savoir si la clinique où il est suivi pourra l’accueillir. La réponse tombe au bout de 10 minutes : c’est oui, il est attendu par un réanimateur et aux urgences avant.
Et voici l’embarquement de mon pauvre papa, ligoté par les perfs multiples et les banderilles permettant le relevé ECG en continu. Ma soeur embarque ma mère incapable de conduire…
Moi je reste comme une conne avec la mission d’avertir tout le monde, pour attendre des nouvelles… Un après midi de rêve en vue…
Inquiète mais toujours exaspérée tout de même par ce refus de voir les choses en face. Avoir peur de l’hospitalisation je peux le comprendre, mais se cacher des symptômes qui s’accentuent et peuvent y mener tout droit, je trouve cela stupide. D’un autre côté, je ne sais pas comment je serai dans 20 ans…
Je pense à ce moment là, qu’une consultation 10 jours plus tôt aurait peut-être rendu inutile tout ce tintouin.
La suite me prouvera que j’avais raison.
Mais la vie n’est qu’un long calvaire…
Réédition d’un post du 28 mars 2008 - Et oui ce sont les vacances…
Mes parents sont des personnes totalement masochistes qui passent une partie de leur vie devant des mots fléchés. Des mots croisés. Des mots croisés dans lesquels il faut mettre les cases noires soi-même (le comble de l’horrorrification extrême)… Le tout avec des définitions tarabiscotées, des mots qu’on ne connaît pas, je ne vous raconte même pas le pire du pire que je n’arrive pas à retenir (un exemple connu sinon : “tire les braises du feu” = “héritier”, moi je peux sécher 1000 ans sur la définition) (et une autre dernièrement “sort noir de la cave = sang. Eh oui, il s’agissait de la VEINE cave”… Et là je sèche pendant l’éternité…)
Pour moi c’est l’horreur absolue, (n’ayant jamais été fichue de résoudre des mots fléchés dans femme nouvelle, eh oui, je ne peux pas avoir que des qualités), que ces mots croisés dont il faut mettre les cases noires en place, au dernier niveau (plus difficile n’existe pas), et de regarder ma mère s’attaquer à 12 H 05 aux mots fléchés de son quotidien favori, pour les terminer à 12 H 08 pour vérifier la cuisson des rognons. D’un autre côté, devinez qui écrit la lettre bien sentie qu’ils doivent envoyer aux impôts ? hein ?
Delphine en visite chez ses grands parents, n’a pas pu s’empêcher d’y mettre son grain de sel. J’ai vu son oeil s’allumer. Elle a pris un “cases noires en place” en cours, et a commencé à “compléter la grille” d’un air sérieux. “t’inquiète mamie, je vous avance un peu”.
Mrs Bibelot, innocente comme toujours, buvait son thé en toute tranquillité. Une petite fille qui fait un master de psycho, ça sait remplir des grilles de mots croisés sadiques. Sauf que si la fille tient de moi, cela va être mortel…. Elle n’a même pas fait attention d’ailleurs, au fait que Delphine ne regardait même pas les définitions et avait juste ses beaux yeux pétillants de malice…
Jean Poirotte arrive pour se remettre à la grille de la mort qui tue, depuis 2jours qu’il est dessus, il voudrait en finir la terminer enfin. Il lui a fallu un certain temps pour réaliser. On le sentait hésitant tout de même.
Delphine imperturbable, touillant sa tisane, sa grand-mère réalisant tout à coup….
-
“C’est maman, ça collait avec les cases !
-
“Ta mère ! Je sais bien qu’elle est nulle, et là en plus, ça ne correspond pas du tout à la définition (perplexe le grand père, qui gomme frénétiquement)
-
“Papy retire là également le “ouf” en bas à droite, et le boudin qui va avec…
- “Tu as quel âge ?”
- “BON, alors cette définition…” (le canon en a une comme l’homme = âme)
La vie n’est qu’un long calvaire (enfin pour moi les mots fléchés, croisés et tout et tout, ça en est un).
C’est un fait assez rare pour être souligné… Un placement arrivé à échéance et replacé en grande partie illico, a mis mes parents un peu l’aise pour un petit bout de temps.
Du coup, Mrs Bibelot a été prise d’une fièvre acheteuse contre laquelle les anti-viraux sont totalement inefficaces, pour la première fois depuis longtemps.
Il faut dire en plus qu’à une époque, nous allions “traîner” elle et moi, tous les samedi après-midi, avec ou sans les filles, et qu’elle a la nostalgie de cette époque. Mon chômage et donc ma disponibilité, quelque part ça l’arrange, tout comme pendant les deux mois où papa a été à l’hôpital quand elle comptait tant sur moi…
Donc, le mercredi, appel de maman un peu excitée : elle irait bien traîner à Rambouillet malgré le froid de canard (on reste soft, on ne fait plus la chaussée d’Antin et Cie), car elle a besoin d’une paire de bottines, de se racheter du parfum, et puis de la poudre, et puis du rouge à lèvres, ETC…
Ce jour là, j’ai la tête dans le sac, n’ayant pas pu m’endormir avant 6 H du matin, mais bon, je me résigne, nous allons aller traîner… Cela m’oxygénera en plus de me frigorifier…
Acte 1 : faire tous les magasins de chaussures de la ville pour repérer les bottines. La vendeuse du premier magasin peut toujours vanter la qualité de la bottine : Mrs Bibelot ne prendra aucune décision avant d’avoir vu toutes les bottines de la rue principale, heureusement pas si impressionnante que cela. Mais la vendeuse l’ignore cette malheureuse, qui use de la salive pour rien. Idem pour toutes les autres vendeuses…
Acte 2 : coup de foudre dans le dernier magasin, pour une paire de bottines à franges. Je ne tiens pas que de mon père pour les franges… Manque de bol, rien à faire, la bottine lui fait mal aux pieds, même prise taille au dessus.
Acte 3 : on refait tous les magasins à la recherche de franges… Idem, aucune paire ne lui va : elle a le pied creux, le coup de pied fort…
“Puisque c’est comme ça ma chérie, nous irons demain faire la Zone Pariwest…”, perspective enchanteresse pour moi.
Direction la parfumerie. Mrs Bibelot sait ce qu’elle veut et s’offusque de l’absence de certaines grandes marques dont Héléna Rubinstein que Mrs Morgan utilisait exclusivement (et dont Pulchérie est également fan). Elle trouve son parfum Guerlain. Puis elle trouve sa poudre, son rouge à lèvres, son mascara, après avoir déploré l’absence de certaines vieilles marques désormais disparues, que fort heureusement la patronne connaissait, ayant une bonne soixantaine (la jeune vendeuse par contre…). La patronne nous déroule le tapis rouge vers la sortie et vu la note, nous refile 1 kg d’échantillons…
Demain est un autre jour (jeudi) et nous voici parties vers la zone que je maudis d’avance. Suggestion : s’arrêter chez Bes*on qui n’est pas loin. J’ai en tête que l’on va trouver là.
Effectivement nous avons trouvé.
Les franges n’allaient toujours pas (5 paires), j’apporte à Mrs Bibelot pas moins de 15 cartons à la suite alors que la première paire sans frange lui va très bien, qu’elle est jolie, et qu’elle est confortable au possible.
C’est là qu’elle va me demander au bout d’une heure, d’aller rechercher le premier des 15 cartons sans franges et prend sa décision en pensant tout haut. Les bottines sont jolies, et en plus si elle s’y sent comme dans des chaussons… Ailleurs peut-être (…qu’elle trouvera la paire à franges qu’elle veut, alors qu’elle a essayé toutes les marques…). J’objecte (en essayant de ne pas me trahir) qu’il n’est pas certain de retrouver ces merveilles après d’autres pérégrinations car c’est la dernière paire en taille 37 (vrai) et elle cède…
Une vendeuse nous observe depuis un moment et sourit finement. Je me retrouve projetée 12 ans en arrière, quand j’accompagnais Pulchérie pour ses achats de fringues ou chaussures, avant de décider de lui refiler le budget et qu’elle ne se démerde. Cela doit se voir sur mon visage que je suis légèrement agacée.
Mrs Bibelot a donc acheté la première paire, comme dans mes souvenirs de jeunesse… Et comme ma grand-mère qui avait trois quartiers à chaussures dans Paris, et les écumait tous les trois, avant d’acheter la première paire essayée dans le premier magasin dans le premier quartier !…
Un jour, malgré mes 16 ans et toute la santé, je m’étais bien promis de ne plus jamais aller traîner à Paris avec ma mère et ma grand mère, si l’une d’elles avait besoin de quelque chose… Pour juste lécher les vitrines et boire un thé quelque part j’étais OK, mais pas pour l’expédition.
La vie n’est qu’un long calvaire…
Pensées émues pour gendre n° 1 et 2 qui voient leurs moitiés partir traîner dans Paris… (Elles non plus ne m’auront plus…)
Ou un truc dans le genre… (chapitre : le chapelier toqué qui me fait toujours mourir de rire, eh oui, je suis restée une grande gamine…)
- J0 : jean Poirotte ne se sent pas bien, il claque des dents, il se sent faire un “frisson”. Le frisson défini par la Faculté, n’a rien à voir avec le simple frisson d’horreur en voyant une tarentule traverser le salon. Il connait, il en a fait un après son cactus dans le myocarde, au moment où il avait quitté l’unité de soins intensifs, pour y retourner donc dare dare. La personne tremble tellement qu’il faut parfois se mettre à plusieurs pour tenir un bras pour procéder à une injection.
- Il met cela sur le compte du froid.
- J + 4 : nouveau frisson, bref, mais tout de même. Le lendemain il en parle à Acromion qui ne semble pas trouver le symptôme grave, mais lui conseille quand cela se produit, si cela se reproduit, de prendre sa température. Mon père a-t-il bien insisté sur le rapprochement qu’il fait sur ces deux frissons et celui qu’il a vécu à l’hôpital jadis (3 médecins urgentistes et 2 infirmers à son chevet).
- J + 7 : deux frissons dans la journée. Je le somme de revoir Acromion au plus vite, mais je n’ai plus mon chantage d’antan à lui servir “sinon je ne t’amène plus tes petites filles”.
- J + 8 : 2 frissons
- J + 9 : 3 frissons. RV pris avec Acromion pour mardi 3 novembre au soir
- J + 9 dans la nuit : frisson à nouveau. Mrs Bibelot fait venir le jeune médecin qui remplace Acromion certains jours.
- J + 10 : le jeune médecin tient à éliminer le plus grave possible, car des frissons à répétition ce n’est pas bon signe. Le plus grave possible c’est une infection du défibrillateur qu’il porte depuis 6 ans, dont le boîtier a été changé il y a juste un an. Il lui prescrit une batterie d’examens, et Jean Poirotte docilement va faire faire sa prise de sang. Pendant ce temps là, le jeune médecin exige un RV avec le cardiologue qui suit papa en rythmologie à Parly II. C’est le seul service dans le genre dans un large secteur.
- RV pris pour le lundi 2 novembre à 14 H
Plus de frissons, ON reste confiant, sauf moi qui aime à voir les choses en noir. Je conseille à maman de partir à la clinique avec tout de même une petite valise, allez savoir, cela pourrait conjurer le sort…
- 2 novembre : le cardiologue téléphone au laboratoire pour avoir un minimum d’analyses. “Ah mon dieu, mais quelle horreur ! Tout ça ! Ah mon dieu, c’est grave”. Si Miss Vésicule avait été désinformée, là on ne peut pas dire que l’on cache quoi que ce soit au patient.
- 2 novembre : maman m’appelle en pleurant, quittant la clinique où l’on a gardé mon père, son mari. Je suis là, pas de soucis, tous ses enfants sont là pour elle, je la rejoins chez elle.
- Elle arrive après moi, totalement à l’envers. “Ton père fait une grave infection, cela peut venir de son défibrillateur”. “Normalement il devrait avoir de la fièvre”, “ah mon dieu qu’est-ce que je vais oublier pour demain ?”.
- Je ne supporte pas de voir ma mère paniquée comme cela. Je ne lui en veux pas, mais j’ai mal. C’est mon père, mais c’est son mari depuis 52 ans, son homme depuis 56 ans. Sans lui… Je l’aide à tout préparer, une amie lui apporte une petite valise. Elle sait que papa doit passer un examen le lendemain, mais elle n’a rien noté et me parle de l’oesophage. Je n’y comprends rien.
- 3 novembre, visite au malade, relativement souriant. Il a passé une échographie intra-oesophagienne, permettant de visualiser le coeur. Et l’infection est bien là, appelée “végétations” par le médecin, comme “des vers” nous dit-il, qui se déplacent au gré du courant sanguin. Infection des sondes qui ne sont pas remplacées quand on remplace le boitier du défibrillateur. La seule solution est de tout retirer, y compris les sondes en place depuis 6 ans. Tout le monde se doute que ce n’est pas anodin, je sature Internet avec mes recherches…
- 4 novembre : le traitement est mis en place par voie intraveineuse, à raison de deux passages de deux produits différents, matin et soir. Papa a bien noté les noms et me les donne pour que je regarde à quoi cela correspond. Ce sont deux antibiotiques couvrant la sphère gram + et gram -, ne pouvant être administrés que par voie intraveineuse. Sinon il ne semble pas plus atteint que cela, en dehors du moment des perfs, il est libre de se promener. Il lit, il fait ses mots croisés (sadiques, où il faut mettre les cases noires) et descend de temps à autre fumer son petit cigare.
- 5 novembre : l’opération du retrait du défibrillateur est fixée au lundi 9. Tout le monde commence à angoisser, et je sens ma mère perdre pied. Heureusement elle est bien entourée, les amis ne manquent pas qui viennent la visiter et lui remontent le moral. “Il est costaud ton mari”. Oui il est costaud papa. Son cardiologue lui a avoué qu’il souffrait d’une infection nosocomiale qu’il n’a pu contracter que lors du changement de son boîtier. Soit, il y a 1 an. Ses fatigues à répétition nous reviennent. 1 an que son corps se bat contre cela… Oui, il est costaud mon papa, on me l’avait dit après sa première crise de tachycardie ventriculaire qui avait duré plus de 16 H avant le choc final… Un autre chirurgien dira “bof” quand ils ont réalisé qu’en fait il pourrait y avoir plainte. Ce n’est pas note état d’esprit, et je préfère la franchise du cardiologue à la levée de bouclier de son assistant…
- 6 novembre : à notre arrivée, papa précise à maman que la secrétaire du cardiologue veut la voir. Elle remonte livide. En fait c’est la chirurgienne qui doit opérer papa qui voulait la voir pour lui faire part des risques de l’opération. Elle reste évasive vis à vis de papa qui la connaît par coeur et sait bien qu’elle ne va pas bien. Et lui, quel souci se fait-il ? Il n’est pas fou. Il sait bien que retirer sa machinerie est risqué. Mais jamais il ne montrera son angoisse à maman. Ils se tiennent la main comme de jeunes amoureux et il la rassure “tu sais bien que je suis indestructible”… Nous repartons, maman pleure. Le choix c’est crever d’une infection grave, ou de risquer de crever pendant une opération à risques. Pas de possibilité de juguler l’infection et laisser l’appareillage en place…
- La chirurgienne lui a dit qu’en tirant sur les sondes on pourrait arracher des bouts de coeur. Qu’il faudrait basculer en opération à coeur ouvert pour retirer les sondes comme on peut. Maman ne voit qu’une chose : le coeur de papa explosant sur un coup de “je te tire la sonde”. Là on ne peut pas dire qu’il y a désinformation. Pour qu’elle dorme, je lui laisse deux ou trois anxyolitiques… C’est dans la nuit du 6 au 7 que je mets en ligne en pleurant comme tous les soirs, un post demandant à mon ange gardien de veiller aussi sur papa lundi 9. Post qui aura un bug. Peut-être que c’était sa réponse : ne t’inquiète pas. Moi je panique et j’efface le post en ayant l’impression d’avoir porté malheur à mon père. Qui parle à son ange gardien sur internet ? Surtout une athée avouée comme moi, ce qui ne m’empêche pas de croire aux anges gardiens…
- 7 novembre : je ne me déplace pas, c’est ma soeur qui part avec maman. Papa a été informé à son tour. Risque supplémentaire : qu’une colonie de bactéries en forme de végétation ne migre dans le système circulatoire et déclenche une embolie pulmonaire… C’est l’horreur, plus personne ne dort. Ce soir là, je reste avec elle et dort “à la maison”, car j’ai l’angoisse de l’idée de la savoir seule à jamais dans cette grande maison…
- 8 novembre : c’est le WE, tout le monde va voir mari, père, papy… Nous répartissons les visites. Cela fait très visites groupées au condamné, mais comment faire autrement ? Maman et moi restons les dernières. Ils se tiennent la main, se regardent et s’embrassent comme si c’était la dernière fois… Maman repousse le départ le plus possible. Elle pleure encore en rentrant “le pollen” dit-elle…
Et puis vient le jour de l’opération. Elle doit avoir lieu “dans l’après midi”. Reste à s’entendre sur le “dans l’après midi”. Pour moi c’est vers 15/16 H, pour maman ce jour là, c’est 14 H…
- 15 H : papa appelle : il est toujours dans sa chambre, il jeûne depuis le matin mais il n’a pas faim… Que lui donne-t-on pour l’angoisse ? Là encore depuis le début, je trouve qu’il y a carence très nette en ce domaine. La peur du patient, tout le monde s’en cogne.
- 16 H : il rappelle : il est toujours dans sa chambre. Une fois de plus maman respire un peu mieux, mais n’arrête pas de s’agiter dans tous les sens. C’est sa manière de faire face au stress, moi cela me coupe les jambes. En plus je suis surchargée de textos de Pulchérie auxquels j’ai bien du mal à répondre… Enfin, je sais envoyer enfin des textos, même bourrés de fautes…
- Plus de nouvelle. L’angoisse est là, mortelle, plombant la cuisine, même le chat sent quelque chose. S’il n’a pas rappelé à 17 H c’est qu’il est descendu au bloc, mais quand ? à 16 H 05 ou 16 H 55 ?
- Le temps passe. Il ne coule pas. Chaque seconde nous oppresse et compte. Nous calculons. Avec ou sans complication… Vont-ils vraiment appeler pour donner des nouvelles avant demain matin ?
- Je charge gendre n° 1 de me trouver des lignes directes dans cette fameuse clinique dont le serveur téléphonique fera l’objet d’un post exclusif.
- Maman refuse de se servir de son fixe : si on l’appelle ce sera forcément dessus. Elle n’a pas le réflexe portable et ne pense pas qu’une clinique puisse l’appeler sur le sien. Et les appels affluent : tout le monde prend des nouvelles. Elle raccroche sèchement : “j’attends des nouvelles”. Sans en vouloir à qui que ce soit, quand on précise “je vous tiens informé” c’est qu’on le fera, et que si l’on ne téléphone pas c’est qu’il n’y a rien de nouveau…
- 21 H : Au moment où j’ai réussi à joindre le service cardiologie et qu’une gentille personne essaye de m’aiguiller vers le bon service, le téléphone sonne enfin et maman me fait signe que c’est bon, c’est la clinique.
- Quelqu’un lui dit “tout s’est bien passé, d’ailleurs je vous passe votre mari, il nous fait la java pour vous appeler depuis plus d’une heure”…
Il avait une bonne voix au téléphone. Rescapé une fois de plus d’une embrouille grave, il pouvait dire qu’il allait lui aussi, enfin, bien dormir…
Après il nous restait à prévenir tout le monde en chargeant untel de prévenir untel, mais c’était un réel bonheur.
J’avais prévu de dormir avec maman dans le pire des cas (pas de nouvelles, mauvaise nouvelles), et je suis donc finalement rentrée chez moi.
Avec un truc en moins dont je n’ai compris que tard ce que c’était.
L’angoisse…
Merci à l’ange gardien de Jean Poirotte qui a déjà fait pas mal de bon boulot, et au mien que j’avais envoyé à la rescousse au cas où son collègue serait un peu fatigué… Et aux bonnes ondes que certains ont envoyées…
Bien sûr reste à juguler définitivement l’infection, débattre de la repose ou non d’un défibrillateur, mais le plus dur est désormais derrière…
Ce mardi 10 nous aurons plus de précisions. Tout ce que nous savons c’est que tout s’est bien passé, que les sondes sont parties gentiment et qu’il pourra dire demain à maman, en lui tenant la main “tu le sais bien que je suis indestructible…”
C’était sympa de partir avec mes parents, ils ne sont pas chiants, sauf avec les horaires, les menus, les courses à faire. En fait ils ne sont pas chiants, ils ont leurs habitudes.
A moi d’accepter ou non leur mode de vie, donc j’avais dit oui pour partir avec eux…
Ils ont malgré tout oublié une chose : que j’ai 51 ans (quelle vieille peau !), (mal ?) élevé deux filles et nourrit un certain nombre d’hommes et d’invités (plus mes filles), sans jamais empoisonner personne et sans avoir de plainte.
Que de plus je sais me servir d’un lave linge ou lave vaisselle, passer la serpillère ou l’aspirateur dans la joie et la bonne humeur, fermer les fenêtres quand il le faut, bref, que j’ai tout de même un petit poil d’expérience. Tout petit c’est vrai. J’aurais toujours 20 ans de moins qu’eux, c’est là que le bât blesse…
J’ai donc eu droit à une foule de conseils dont je tiens à vous faire profiter, au cas où votre éducation laisserait à désirer :
- Une chasse d’eau ça se tire, et on ferme la porte des toilettes après avoir fait pshiiit (quelle drôle d’idée !) (ceci les deux premiers jours quand je me dirigeais vers les toilettes)
- Les oeufs durs c’est 10 minutes après ébullition (je n’ai pas dit que j’allais faire des oeufs coques)
- Pour la salade composée, il faut prendre des PDT qui se tiennent et non pas des PDT à purée (le père allant vérifier et la mère allant vérifier que le père avait bien vérifié)
- D’ailleurs pour ne pas se brûler les mains en pelant les patates cuites, prendre un torchon (curieux conseil)
- Il ne faut pas refermer le lave linge après avoir sorti le linge pour l’étendre (moi j’ai toujours refermé mon lave linge sans dommages, mais bon…)
- D’ailleurs, pour l’étendre…
- Quand on a pris des glaçons dans le congélateur, il faut en remettre d’autres à faire pour la fois suivante.
- Avec des talons de 2 cm on risque de se casser la gueule (surtout mon père)
- Bon bain ma chérie, mais ne vas pas où tu n’as pas pied ! (dis le que je nage comme un fer à cheval !) (et puisque tu sors fais attention en traversant !)
- Ne pas oublier de reprendre le jeton du caddy en le remettant en place ma chérie (le caddy).
- Ni de remettre le bouchon après avoir mis de l’essence (pourquoi croient-ils que j’ai perdu 36000 bouchons ?)
- Pour passer le balais, commencer par le fond de la pièce, c’est plus pratique
- Penser à recharger le portable avant la date limite (10 fois)
- Ne pas oublier de raccrocher la douche quand il est si simple de la foutre par terre dans la cabine en bousillant le carrelage.
- Fermer la fenêtre de la chambre où je couche pour éviter de me faire piquer mon sac à main par un sadique, en notre absence.
- Fermer les volets le soir pour ne pas me faire violer par le même (il était où ???)
- Tu ne vas pas te laver les dents ma chérie ? (et le cul, et le reste ?)
- Bonne lecture, mais n’éteint pas trop tard.
- Tu as bien changé de culotte ? (ben oui, je gardais mon linge sale pour le laver chez moi et épargner des lessives à ma mère, grave erreur, elle adore laver l’eau avant le linge, donc, faire des lessives…)
- Tu as pensé à rincer ton maillot de bain ?
- Tu te rappelleras qu’il faut : une baguette, un sacristain, et des olives pour l’apéritif, ou je te fais une liste ?
- Fais attention à ce que le MARCHAND te rende bien la monnaie…
- ET J’EN PASSE : SI SI, j’en ai oublié.
J’ai tout de même pu aller acheter la baguette du soir (espoir) (car Mrs Bibelot est incapable de prévoir le pain de la journée pour 5 personnes) sans m’entendre dire :
- Qu’il me fallait refuser toute cigarette proposée par un homme forcément malhonnête. Ou PIRE : des bonbons !
- D’éviter de traîner en route
- Et que j’avais interdiction de manger un crouton.
Sur le coup de la baguette, j’ai eu du bol…
J’ai bien senti tout de même que j’avais pris un coup de vieux, car je ne suis jamais revenue de courses faites à pied, en gambadant d’un pied sur l’autre, en boulottant des fraises tagada frauduleusement achetées avec la monnaie.
Comme je le faisais quand j’étais petite. A bien regarder mes plus jeunes nièces et à me souvenir de Pulchérie et Delphine qui parfois se laissent encore aller, je me dois de constater que jusqu’à un certain âge on ne marche pas, on gambade. Même en allant faire des courses (ce que je déteste) et en en revenant…
Donc la vie n’est qu’un long calvaire…
Cet article est édité parce que j’ai le respect de mes lecteurs, mais mon écran merde toujours, le sauveur n’étant pas encore venu…
Et ce serait finalement la carte graphique, ou vidéo, vous avez le choix, bref, ça merde toujours…