
Pendant l’hospitalisation de papa à Montpellier, un beau matin pendant notre séjour, je me suis levée pour trouver Mrs Bibelot se tenant la joue et n’ayant pas dormi, parce qu’elle avait souffert d’une dent toute la nuit.
Elle avait une magnifique boufigue qui ne devait rien à un fameux sorbet aux fruits rouges* et j’ai pris immédiatement l’annuaire de la Grande Motte pour lui prendre un RV en urgence chez un dentiste.
Malgré ses protestations…
- Mais quand est-ce que je vais trouver le temps d’aller chez le dentiste ? (je découvrais soudain et je n’avais pas fini de le constater, mais ma mère n’a jamais le temps…)
- Je prends RV pour dans une heure…
- Ah mais non, ça va passer tout seul, et puis dans cette avenue il est très difficile de se garer.
- Qu’est-ce que ça peut faire puisque je t’emmène ? Je tournerais éventuellement, en t’attendant.
Elle avait un abcès balèze et bien évidemment, la dentiste n’a touché à rien, lui a prescrit des antibio + une radio panoramique, car Mrs Bibelot avait souffert d’une autre dent 3 mois plus tôt.
Là, maman m’a fait la totale.
- Prendre RV pour une radio : “pas le temps avec tout ce que j’ai à faire“, le “tout” restant parfois nébuleux pour moi
- Le 3ème jour, elle m’annonce d’un ton victorieux qu’elle en a terminé avec ses antibios.
- Je contrôle l’ordonnance car il me semblait que le traitement durait 6 jours : elle a pris double dose.
- J’appelle la dentiste car maman n’a pas le temps.
- Cette dernière s’alarme pour l’estomac de maman, insiste bien pour que le traitement dure 6 jours comme prescrit, et faxe une nouvelle ordonnance au pharmacien.
- Comme maman n’a pas le temps, je vais prendre livraison des antibios.
Le temps passe, la radio n’est toujours pas faite car maman n’a pas le temps, et juste avant Noël, je la trouve un beau matin, se tenant la joue, en me précisant qu’elle n’a pas dormi de la nuit, parce qu’elle a souffert de sa dent d’une manière abominable.
Là encore, elle a une boufigue magnifique, qui n’est toujours pas due à l’absorption d’un fameux sorbet aux fruits rouges*.
Comme elle n’a pas le temps de passer plusieurs appels, je m’en charge et lui décroche un RV pour 11 H 45. C’est malin, on ne pourra pas manger à midi pétant.
Mais bon, elle y va, et prend scrupuleusement ses antibiotiques, dont l’un lui donne des nausées et des aigreurs d’estomac qui la rendent assez insupportable. D’un autre côté je la comprends, mais elle refuse de prendre ce qu’il faut pour se soulager, parce qu’elle n’a pas le temps de chercher le fameux sorbet aux fruits rouges médoc qui théoriquement est donné maintenant avec d’autres, pour justement mettre l’estomac à l’abri, et dont elle sait en avoir une boîte.
Nous sommes tous soulagés quand elle termine son traitement, car la voir mourante à longueur de journée, avec tout ce qu’elle a à faire, est assez insupportable.
Sauf que…
Ben la dent étant foutue, il faut l’arracher lui a dit le dentiste, comme celui de la Grande Motte d’ailleurs… Donc elle devait prendre RV le plus rapidement possible après les fêtes (et la fin du traitement), pour faire arracher cette molaire du fond, et résoudre le problème.
Mercredi 4 janvier, le dentiste téléphone.
- Ah bah non, je ne peux pas en ce moment, mon mari est rentré à la maison après une longue hospitalisation, et je ne peux absolument pas le laisser tout seul.
Regard de papa…
- Ma chérie tu n’es pas raisonnable, je ne vois pas pourquoi tu n’as pas pris RV, je peux très bien rester tout seul comme ce matin quand tu es allée en courses, et en cas de besoin, Coraline est là (comme Grouprama).
- Ah mais cela ne va pas non ! Avec tout ce que j’ai à faire !
- Quoi ?
- M’occuper de ma voiture (en fait elle attend que je m’en charge) et puis patati et puis patata, et ci, et ça…
Quand je suis partie, le plus rapidement possible, ils étaient en train de débattre de l’emploi du temps de maman, de ce que peut bien être ci et ça, et de son sempiternel “je n’ai pas le temps”.
Moralité, un beau jour, elle va manger un sorbet aux fruits rouges* et là, je crains le pire…
La vie n’est qu’un long calvaire.
* Les visiteurs 1
Donc il fallait “brûler tout ça ma chérie” (le contenu des 3 sacs poubelles), et là j’étais piégée, car j’adore faire du feu.
Dans une vie antérieure, j’ai dû être pyromane ou vestale… Et ma mère le sait : je tiens d’elle…
Je ne peux pas résister…
DONC : j’ai sorti le brûleur (un truc en acier inox planqué dans une cabane).
DONC : j’ai commencé à entasser des journaux…
DONC : j’ai commencé à brûler les feuilles mortes qui hélas, tombaient plus vite que je ne brûlais celles tombées bien avant, donc j’ai compris ce qu’était le tonneau des Danaïdes…
Maman a DONC commencé à brûler dès potron minet (quand vous vous endormez en gros…) pour m’accueillir dès mon lever par des “aïe j’ai mal au dos, je me demande ce que j’ai fait“. Malgré tout le respect que je dois à ma mère, elle commençait à me gonfler avec ses feuilles…
Rester zen… Tout en n’oubliant pas malgré tout d’aller alimenter le feu de feuilles mortes bien mouillées.
Je pouvais, facile, faire des signaux de fumée, mais à qui ??? Et comment faire réellement SOS ???
Un matin, au réveil j’ai entendu les jardiniers passer leur soufflette. Oh joie, j’allais enfin être débarrassée des feuilles mortes…
Pas du tout.
Mrs Bibelot leur avait demandé de remplir ses fameux sacs qu’un de ces jours je m’en vas brûler, en oubliant que des hommes mesurent le poids d’un sac de feuilles mortes mouillées à leur manière.
Qui n’est pas la mienne, car pour charger les sacs dans la voiture avec la promesse d’aller moi-même décharger le tout (sauf les sacs, éternellement récupérables eux) à la déchetterie, j’en ai chié un russe.
Au moins.
L’homme de l’art passant par là, tout à fait par hasard, se proposa en toute innocence et avec galanterie : “t’inquiètes, je m’occupe de tes sacs mardi”.
Sauf qu’il ne savait pas (et moi non plus), qu’il y avait des sacs de rab que Mrs Bibelot avait fait planquer par les jardiniers (sans doute en imaginant mes cris d’horreur) dans un endroit très obscur et peu fréquenté, vaguement du côté de la chaudière, entre des lilas et un mur qui s’écroule…
En plus, POUR MON PLAISIR, elle avait fait entasser le solde de tous comptes des feuilles, dans le milieu du jardin. Un gros tas…
“Que tu brûleras avec plaisir ma chérie”…
L’homme de l’art s’étant fait prendre dans un PAC* digne de ma mère, et qui m’était destiné au départ, se sentit le devoir de tout emporter à la déchetterie. Moyennant d’utiliser le break de papa à son maximum, y compris le siège passager…
Et le temps se dégradant, faire du feu me devenait de plus en plus difficile (un journal = 10 feuilles mortes).
DONC :
- Le tas n’avait diminué QUE de moitié en quelques jours
- Mrs Bibelot, de voir ce tas dégradant sa pelouse à coups sûr, en était à nouveau malade
- DONC la femme de ménage a mis ce qu’il restait dans 77 sacs
- Puis les a chargés dans la voiture
Et ma soeur et moi sommes allées porter le tout à la déchetterie ce dernier samedi, en maudissant les feuilles mortes…
Maintenant c’est mon tour. Pour 50 euros de plus par an, seulement, les jardiniers emportent eux-mêmes les déchets verts à la déchetterie.
J’ai épluché les devis…
Je suis donc en train de mener une opération psychologique de grande envergure, parce que maman doit signer son contrat 2012 avant le 25 décembre, et que 50 euros, ce n’est pas cher ! (oh que non ! car je ne vous raconte pas l’histoire des déchets de tonte de gazon…)
La vie n’est qu’un long calvaire…
*Piège A Cons ou Couillons, c’est selon d’où vous venez et l’état d’esprit dans lequel vous êtes…
A vivre avec Mrs Bibelot au quotidien, autrement qu’en WE prolongé, ou vacances, force m’a été de constater que :
- Si dans la famille Jean-Poirotte a la réputation d’être têtu (comme tout le monde), sa femme, ma mère, la grand-mère de tous ses petits enfants, etc… le bat d’une bonne encolure.
- NOUS bat TOUS d’une bonne encolure !
- Qu’elle bat tout le monde… Inutile de vous décrire la longueur de l’encolure, vous m’avez bien comprise.
- Et que si mon père la boucle parfois, c’est pour avoir la paix, ou ne pas avoir à se fâcher devant témoins, avec sa moitié depuis 54 ans (54 ans de mariage avec maman).
- Et qu’après notre départ, ils règlent cela comme ils veulent, cela ne nous regarde pas (après 54 ans de mariage, ils connaissent toutes les ficelles, hi hi, j’en ricane…)
Tout a commencé de manière anodine, comme dans un film qui va virer au cauchemar rapidement, avec la chute des feuilles.
J’aurais dû sentir que le scénario allait tourner au film d’horreur, mais je me suis faite avoir.
Le sage chinois dit moi, je (moi-je-d’abord) dis :
- A l’automne les feuilles tombent et celui qui a un grand jardin aura plus de feuilles que celui qui a un petit jardin.
- Et pouêt !!!!
Mes parents ont un grand jardin (et pouêêêêteuuuuu…)
Et je ne savais pas à quel point la chute des feuilles pouvait déclencher chez ma mère, un symptôme qui à mon avis ne se soigne pas, sauf si l’on embauche une personne qui ramasse les feuilles les unes après les autres, dès leur chute (nuit comprise, faut ce qu’il faut).
Le fait qu’elles atterrissent (les feuilles) sur la pelouse, rend Mrs Bibelot hystérique. Ce serait (la pelouse) du gazon anglais entretenu depuis 2000 ans, qu’elle ne réagirait pas de manière différente (ma mère).
Cela a commencé petitement avec Mrs Bibelot loupant systématiquement son sudoku du jour en regardant le jardin par la fenêtre de la cuisine, que j’aurais volontiers occultée au bout de 3 jours…
- Mon dieu, quand je vois toutes ces feuilles, cela me rend malade !
- Mais maman, c’est l’automne, c’est NORMAL !
- Oui mais cela va me pourrir ma pelouse ! (du gazon anglais que mes ancêtres sous les gaulois entretenaient déjà !!!)
- Maman, tu as toujours de la pelouse et les feuilles tombent tous les ans.
- Oui mais cela va me pourrir ma pelouse…
- Tu as loupé ton 4, tu en as 3 dans le même carré…
- Ah un beau carré de pelouse !!!!
Je sentais l’allusion grosse comme ça : que j’aille ratisser les feuilles. Sauf que l’entreprise de jardinage devait passer dans 10 jours, et qu’elle est payée pour s’occuper des feuilles mortes à l’automne, entre autres, ce que j’ai dit.
Du coup, Mrs Bibelot n’a pas osé me faire le coup du ratissage en toussant, comme en 1993 où elle avait une bronchite carabinée, que papa exaspéré m’avait expédiée dans le jardin pour la récupérer, et qu’à ma demande : “qu’est-ce que tu fous ?”, elle m’avait répondu en crachant ses poumons :
- Je trime… (c’était dans la maison précédente, et je l’avais renvoyée se recoucher manu militari)
Par contre elle a très bien su expédier sa femme de ménage, Louisa, s’occuper des feuilles mortes dans la cour, parce que Louisa n’a que ça à faire et adore se servir de la soufflette… (chacun ses vices…).
C’était le vendredi. Louisa s’était amusée comme une folle avec la soufflette, le ménage n’était pas fait et la poubelle était pleine car :
- “J’ai demandé à Louisa de mettre les feuilles mortes dans la poubelle verte (pour machins trucs ne se recyclant pas). C’est interdit (il y a une déchetterie pour les déchets verts), alors ma chérie, il faudra bien faire attention à recouvrir les feuilles avec les sacs poubelle”.
- Comme nous ne sommes que deux, j’ai eu comme des doutes sur notre capacité à réellement recouvrir les feuilles mercenaires qui occupaient 99 % de la poubelle, pour les dissimuler aux poubellistes du secteur, aux aguets…
- Le mardi j’ai descendu la poubelle verte qui pesait son poids.
- Le mercredi matin, je l’ai remontée, pesant toujours son poids, parce qu’il ne faut pas prendre tout le monde pour un con, qu’ILS avaient bien vu qu’il y avait des feuilles, et n’avaient pris que les sacs poubelles.
Qui s’est attelé à coucher la poubelle, vider les feuilles dans un deux trois sacs ? C’est bibi.
- Il va falloir brûler tout ça ma chérie ! Et quand je vois tout ce qui est tombé dans le jardin EN PLUS de tout ça, j’en suis MALADE !
Le sage chinois le dit :
La vie n’est qu’un long calvaire.
Car, vous l’imaginez bien, ce n’était pas terminé… En plus, Mrs Bibelot se portait, par ailleurs, comme un charme…
Il n’y a pas que ma boîte qui a disparu (mais qu’est-ce que j’ai fichu de cette boîte fichtre diantre ?).
Mes photos également, ont le don de se volatiliser, enfin, si l’on peut dire.
Par exemple, il y a 4 ou 5 ans, Pulchérie venue à la maison, m’avait emprunté une trentaine de chefs-d’oeuvre (farpaitement, toutes mes photos sont ultra réussies) au son de “je les scanne et je te les ramène dans 3 semaines” (la prochaine fois, je fais signer une décharge).
Donc, 5 ans après, comme elle devait déménager, je l’ai menacée de porter plainte contre elle pour vol aggravé de photographies, en lui précisant qu’elle avait intérêt à me les rendre avant de les perdre en faisant ses cartons, et que sinon je la déshéritais.
Le fusil de chasse chargé sur la tempe Pulchérie a dû s’exécuter, mais a ramené les photos chez mes parents, parce que chez moi, il n’y a que moi qui peut mal dormir.
Moralité, Mrs Bibelot s’est attendrie sur les photos, en en mettant la moitié de côté au son, elle, de : je les fais dupliquer par le photographe dans les 2 semaines et je te les rends (la prochaine fois je fais signer une décharge).
Les photos sont restées environ 5 mois sur le buffet de la cuisine, bien en vue, jusqu’à notre départ à la Grande Motte.
Et quand je dis 5 mois, je suis d’une gentillesse extrême…
Quand nous sommes revenues, après des vacances que vous savez ayant été charmantes (faut suivre un peu), beaucoup dans l’urgence, j’ai bien vu que les photos n’étaient plus sur le buffet, mais j’avais le chauffage à allumer et l’eau chaude à remettre en route, le fusil à charger alors n’est- ce pas, bien sûr.
Après la deuxième hospitalisation de papa, 5 jours après son retour de Montpellier, alors qu’il était mourant (sans exagération, d’où le : IL EST COSTAUD des médecins, ce qui rassure toujours) j’avais un peu scrupule à demander à maman ce qu’étaient devenu MES photos qui n’étaient plus sur le buffet de cuisine (la prochaine fois je fais signer une décharge que je fais enregistrer aux impôts avec timbre fiscal de rigueur).
Pour finalement mettre le sujet sur la table de cuisine, où il est toujours, car les photos sont introuvables. La femme de ménage se souvient très bien les avoir vues sur le buffet, tout le monde se souvient les avoir vues sur le buffet, personne ne se souvient les avoir changées de place…
La prochaine fois je fusille direct dans le jardin, celui qui veut m’emprunter UNE photo.
Bref, le temps a passé, et derrière la ligne bleue des Vosges, mes photos ne pointent point, et du haut de sa tour, soeur Anne ne voit rien venir.
Et puis bon, je regarde ma TV toute seule dans ma chambre, le fusil à porté de main, rassurée sur le sort de maman, car vu la manière dont elle met le son de sa TV en bas, personne n’osera jamais rentrer avant qu’elle n’aille se coucher (d’où le fait que je regarde ma TV toute seule dans ma chambre, mais intelligents comme vous l’êtes, vous aviez compris).
J’ai donc revu “Alamo”, film classique, mais je me méfie désormais, quand je vois que John Wayne figure au générique en acteur, ET réalisateur ou producteur.
Avec lui c’est toujours le héros absolu, la joie du légionnaire d’aller en gambadant mourir au combat, le patriotisme à outrance, etc… Donc, même si je n’ai rien contre l’héroïsme et le patriotisme, je me suis documentée sur cet épisode du rattachement du Texas aux USA (pour découvrir que bon, les héros n’avaient pas trop le choix, mais ce n’est pas le but de ce post).
Le dernier à mourir à Alamo (dans le film) est Jim Bowie, célèbre aventurier qui a donné son nom à mon couteau de chasse préféré. Il meurt héroïquement bien sûr, alors que ça et là, on mentionne que, malade, il se serait planqué sous son matelas, mais là n’est pas le sujet non plus.
Me voici donc partie vers une des 36 bibliothèques de mes parents, pour feuilleter une biographie de cet aventurier “la maîtresse de fer” (c’est le couteau en fait), biographie qui m’avait passionnée quand j’avais 15 ans (déjà ?).
J’ouvre le livre et paf : je tombe une photo de Delphine. Que fout cette photo dans ce bouquin ? Je feuillette vraiment, pour récupérer 22 photos, mises à priori là pour bien les oublier aplatir, alors qu’elles ne semblaient pas en avoir besoin.
J’ai pensé immédiatement “merde, s’ils ont mis des photos partout à s’aplatir dans des livres, vu la taille des bibliothèques, nous ne sommes pas sortis de l’auberge”.
Au bas mot, cela fait environ 2000 livres à feuilleter (parce que parfois en ouvrant un livre on ne retrouve qu’UNE photo ! (car c’est déjà arrivé : oh, tante Hortense !!!)).
Ils ne se souviennent pas avoir mis des photos dans ce livre. Ni dans les autres d’ailleurs… Mais moi du coup, j’ai comme un doute.
Les photos se planquent où elles le veulent, par l’opération du St Esprit…
Je ne mettrai aucun livre de côté et tous me les farcir finalement (pas le choix) (et je ferai signer une décharge pour toute photo trouvée)
La vie n’est qu’un long calvaire…
PS : à l’heure où j’édite ce post, Mrs Bibelot a retrouvé hier soir, dans un vieux pichet de l’arrière grand-mère Marie, la boîte de médicaments qu’elle a cherché vainement il y a 2 ans. Alors vous pouvez compatir (et moi je me demande ce que je vais trouver un peu partout, car maintenant que j’ai vidé le placard des WC du bas, je sens avec fatigue que j’ai du pain sur la planche…)
PPS : chez moi il n’y a qu’une boîte qui a disparu, je signale comme ça, au passage…
Le lendemain du curry d’agneau, Jean-Poirotte ne gambadait plus spécialement, mais il a fait comme si que…
Pendant ce temps là, j’emmenais sadiquement ma mère à la plage où elle s’est même baignée, car l’eau était délicieuse.
Le vendredi matin, papa s’avachit sans grâce sur le canapé, incapable de se mouvoir, et demandant à sa femme de faire revenir le médecin dare dare et un prêtre avec pour lui administrer l’extrême onction.
Le médecin nous appela le soir vers 20 H pour nous dire qu’il comptait mettre le prélèvement à venir en culture, et que donc il était trop tard, et qu’il viendrait le lendemain matin.
Je le sentais mal ce coup là, mais j’ai gardé mes réflexions pour moi, car généralement on me demande de le faire (les garder pour moi), avant de me dire quelques jours plus tard que j’aurais mieux fait de l’ouvrir au lieu de la fermer.
Je suis habituée à ce que mes intuitions laissent tout le monde de marbre (sauf moi et Delphine) et je me suis contentée d’assister mes parents comme je le pouvais.
Immobilisé sur son canapé, le pied par terre, le genou droit gonflé et la jambe entière avec, Jean-Poirotte n’était même plus bon à terrasser les mots croisés de la mort qui tue ou de lire, et c’était mauvais signe.
Le moindre truc anodin de la vie courante, était exclu :
- Aller aux toilettes : impossible, pisser dans un bocal étant le seul truc possible (plus facile pour un homme que pour une femme, mais bon…).
- Manger : ne pas y songer : pas faim, trop mal
- Dormir : trop mal…
Le samedi dès l’aube (8 H 30) le médecin se pointa et effectua un prélèvement qui là, se révéla purulent. Pour lui, il y avait quelque chose de louche (un champignon ?) et Mrs Bibelot et moi partîmes pour le labo déposer flacon et éprouvettes pour cultures.
Devant l’affolement de maman j’avais décidé de prendre les choses en main, et au passage les clefs de la voiture, parce que quand elle est perturbée j’ai peur elle est capable de franchir le terre plein central en se demandant ce qu’il se passe, voire même d’écraser un flic sans s’en rendre compte.
Papa préférait que je conduise, et elle n’émit aucune objection.
Le dimanche, Jean-Poirotte souffrait tellement et nous nous sentions tellement impuissantes, que le médecin de garde se radina vite fait.
Devant l’état de la jambe, la souffrance de papa, et l’état également, des urgences un dimanche où il risquait de poireauter pendant des heures, il préconisa un maintien à domicile jusqu’au lendemain, avec :
- Antalgiques à hautes doses (effectivement, mais nous le saurons un peu tard)
- Piqûre contre une phlébite éventuelle que Mrs Bibelot maîtrise bien (le tir à l’arc en gros, on dirait même qu’elle adore, ma mère doit avoir un côté sadique)
- Antibiotiques préventifs.
C’était donc le dimanche, et une seule pharmacie de garde était disponible : à près de 25 km de là.
Nous sommes donc parties, Mrs Bibelot tenant un plan et les ordonnances, et moi au volant, chercher ce qu’il fallait pour sauver notre mari et père de la douleur et du pire.
Je ne savais pas encore que j’allais commencer à dire que je l’aurai bien mérité ma place au Sénat.
Car la vie n’est qu’un long calvaire…
PS : pour ceux qui s’indigneraient, si j’en parle aisément, c’est que la chose est en train de se résoudre, sinon je n’aurais pas le coeur…
Avant toutes autres choses, il me faut vous préciser quelques autres petites choses…
Jean-Poirotte s’est illustré, outre son coeur et tout et tout depuis des années, en 2011, avec ses genoux (un genou mou, des genouxes mouxes).
Pour se faire, il a choisi la période de son anniversaire, en mars. Un beau matin il ne pouvait plus mettre les deux pieds par terre tellement il souffrait des genoux. Et sans genoux, vous essayerez de marcher…
Rien de vital me direz-vous et nous sommes nous dit, mais le fait était là, il fallait bien faire quelque chose autre que de lui dire “lève toi et marche”, et le SAMU nous a envoyé une ambulance restreinte (pas de réanimation en vue) pour l’envoyer à l’hôpital.
Nous avons poireauté 3 5 H aux urgences avec Mrs Bibelot, pour apprendre que la mauvaise nouvelle était qu’il était normal qu’il souffre (chondrocalcinose), mais que la bonne était que cela se soignait. Il n’empêche qu’il a passé son anniversaire à l’hôpital et que ce n’était pas la première fois. A mon avis, c’était juste la troisième fois, mais si vous interrogez la famille, tout le monde, de bonne foi, vous dira que Jean Poirotte a passé ses 15 derniers anniversaires à l’hôpital.
Bref, une culture de liquide ponctionné avait été mise en route, il fallait attendre les résultats, RAS, et papa est sorti deux jours après son anniversaire, en gambadant comme un lapin marchant à peu près normalement, et en ingurgitant des médicaments qui lui coupaient l’appétit.
Il n’empêche qu’il souffrait toujours des genoux et qu’une rhumato lui a enfilé des infiltrations d’acide hyaluronique en lui promettant qu’après ils seraient comme neufs (les genoux), et comme cela n’était pas vrai, elle lui avait recollé des infiltrations tout court en se demandant sans doute comment se débarrasser d’un patient aussi chiant…
Donc le jour du départ, papa avait tenu à conduire un bon moment, avant de me refiler le volant, Mrs Bibelot enfin réduite au silence cramponnée à la poignée à l’arrière. On s’en fout quand elle est à l’arrière, on ne la voit pas…
J’ai fait la dernière partie du chemin, la plus chiante et la plus longue. Non sans avoir demandé le volant à plusieurs reprises dès le départ, car quand je ne conduis pas, j’ai peur, je m’emmerde et je ne supporte pas de voir ma mère cramponnée à sa poignée à l’avant. Comme je l’ai en ligne de mire, c’est pénible à voir, même si j’adore ma mère.
L’arrivée fut joyeuse, l’homme de l’art et sa femme nous attendaient, et tout semblait bien parti pour de bonnes vacances.
Le dimanche papa boitait bas et me fit part de son regret de ne pas m’avoir laissée conduire pendant tout le chemin. Il fallait qu’il souffre pour me déclarer cela, lui qui cède à regret le volant de SA voiture. Il incriminait une douleur très violente dans le genou droit, au fait qu’il avait écrasé l’accélérateur avec, et prédisait déjà qu’au retour, je conduirais de A à Z.
Le lundi il n’allait guère mieux, un genre de bosse souple lui ayant poussé sur le côté du genou (un champignon ?), que l’on avait envie de crever d’un coup d’épingle, et Mrs Bibelot appela un médecin conseillé par l’homme de l’art, pour une visite à domicile, Jean-Poirotte étant dans l’incapacité totale de descendre les escaliers menant au parking pour aller visiter la Faculté tout seul comme un grand, (même si je conduisais pour après la descente, ce qui lui aurait fait une belle jambe, c’est vraiment le cas de le dire…)
Le médecin se déclara débordé et débarqua de ce fait à 21 H 30.
D’un seul regard, il diagnostiqua une chondrocalcinose. C’était de sa partie vraiment parce qu’il est avant tout médecin du sport etc… Il avait amené tout ce qu’il fallait et procéda par ordre :
- Désinfection
- Désinfection
- Désinfection
- Ponction du liquide faisant bosse : environ 1/4 de litre. Liquide clair et typique d’après lui de la pathologie,
- Puis, injection d’une infiltration classique
- Puis déclaration de la somme à payer avec rédaction d’une ordonnance pour une éventuelle infiltration la semaine suivante, mais que ce ne serait sans doute pas la peine de la faire.
Le lendemain, Jean-Poirotte trottait comme un poulain fringant, tout content d’avoir été bien pris en charge.
Mais la vie n’est qu’un long calvaire…
* J’arrête de mettre des “part one or two” restons français (surtout que l’anglais et moi…)
Mes parents en cuisine, c’est toujours super…
Fort heureusement cela ne dégénère jamais, mais je préfère rester neutre, on n’est jamais trop prudent…
Sauf quand on me demande mon avis. Forcément, je le donne… Là j’ai été d’une imprudence folle !
Dimanche nous fêtons l’anniversaire de la petite dernière et il y aura donc :
- Un pâté fait maison par Jean-Poirotte
- Un gigot avec des haricots frais, et donc à écosser. Dans la famille nous appelons d’ailleurs cela des haricots écossais, depuis qu’un fermier du village avait mis un panneau “à vendre : haricots écossais”. (Tout le monde s’en fout…). Ce qui pourrait nous faire passer pour des ignares, aux yeux de ceux qui ne connaissent pas le gag…
On a commencé par les haricots écossais…
Chacun sa technique.
- Jean-Poirotte : pourquoi tu coupes l’extrémité des cosses Bibelot ? Regarde, ça se fend tout seul !
- Mrs Bibelot : parce que j’ai très mal à mon articulation du pouce droit, et que de couper l’extrémité c’est mieux pour ne pas forcer…
- Mais regarde : ça se fend tout seul !
- Evidemment quand on n’a pas mal à la main, ça va tout seul.
- Déjà que j’ai mal aux genoux…
- Je ne vois pas le rapport…
- Coraline… Toi aussi tu casses l’extrémité ?
- Oui, j’ai toujours fait comme ça…
- Pourtant, regarde, ça se fend tout seul.
- … … …
- Tu vas finir par terminer les 2 kg de haricots tout seul !
- Quel caractère ! mais je persiste à dire qu’il n’y a pas besoin de couper l’extrémité des cosses, regarde, je vais 2 fois plus vite que toi vous !
- Tant mieux tu pourras terminer tout seul.
Vlabadaboum, vla le pâté à faire maintenant.
Je vous épargne les détails concernant la quantité de sel à mettre, ou plus, ou moins, tu es sore ? tout à fait sore, et le moment où j’interviens tout de même en rappelant que pour éviter toute guerre nucléaire dans la cuisine en cas de pâté attitude, j’ai personnellement moi je, noté les quantités de sel dans le livre de cuisine phare de Mrs Bibelot… Ils vérifient et tombent d’accord sur mon dos, comme quoi j’écris comme un cochon, ce qui est totalement faux.
Au lieu de rectifier de leur écriture, ils sont donc obligés de ressortir l’antique livre de cuisine de la tante Marie, qui appartenait à mon arrière arrière grand-mère et qui est annoté de partout…
Il y a ensuite l’horrible choix à faire parmi les terrines de Mrs Bibelot, dont certaines ont 1 siècle et demi, car on garde tout dans la famille.
Elle revient toujours avec 3 terrines (je précise qu’elle en a en tout une dizaine, de toutes les tailles) :
- La trop petite
- La plus grande
- L’autre un peu plus grande, mais plus arrondie.
Le cérémonial diabolique du choix de la terrine ayant lieu environ 6 fois par an, je sais que la plus grande et l’autre plus grande mais plus arrondie, font exactement la même contenance, depuis que j’ai suggéré de vérifier en en remplissant une d’eau, et en reversant cette eau dans l’autre terrine.
Car Jean-Poirotte fait toujours des pâtés de la même taille. Pour le foie gras de fin d’année, c’est une autre guerre…
J’ai fait le même coup à ma mère qui refuse toujours malgré tout, de prendre un des jolis bols bleus à fleurs de son arrière grand mère, sous prétexte qu’ils sont trop grands pour le thé. Ils font exactement la même contenance que ses bols en pyrex, mais rien à faire. Si elle ne veut pas s’en servir, elle n’a qu’à aller les enterrer dans le fond du jardin ou carrément le dire.
- Cette terrine là est trop petite
- Bon alors essaye la plus grande
- J’ai l’impression qu’en fait elles font la même taille
- Ca m’étonnerait !
- Jean-Poirotte se lève et refait le coup de la flotte : les deux terrines contiennent exactement la même quantité
- Recommence, je n’ai pas vu ce que tu traficotais dans l’évier
Et là, je ne pouvais même pas m’esbigner, car je devais aller acheter le gigot avec maman, dès fois qu’elle se perde (mais c’est toujours un plaisir de faire des petites courses ensemble…)
Dans la voiture d’ailleurs, j’ai tout de même eu droit à un :
- Ton père est d’une mauvaise foi pas possible.
Je n’ai pas creusé pour savoir s’il s’agissait des haricots écossais, ou de la contenance des terrines…
Quand nous serons à la Grande Motte, j’ai prévu un carnet pour prendre des notes !
La vie n’est qu’un long calvaire !