Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'J'aime bien l'histoire'

Les étranges histoires familiales, part 2.

Simone_02Le prisonnier partit en stalag où il resta bien trop longtemps.

La guerre n’était pas terminée quand Mrs Tricot eu connaissance d’un moyen de libérer son mari.

Elle était toujours capable de n’importe quoi pour faire rentrer son mari le plus rapidement possible, malgré le temps passant, n’ayant déjà que trop passé.

Les allemands renvoyaient chez eux les “soutiens de famille”.

Avec la complicité de son père (toujours à la mairie), devenu faussaire pour une bonne cause elle se retrouva avec un acte de décès de ce dernier (considéré par les allemands comme le chef et soutien de famille en ce qui la concernait), + deux actes de naissance de deux jumelles nées en 1940, à une date plausible par rapport à la dernière permission de son mari, s’appelant Colette et Michèle.

Je me demande quel effet cela a fait à mon arrière grand père de rédiger sur du papier officiel son propre acte de décès. Les faux papiers n’eurent pas l’occasion de servir, après le débarquement les allemands ne libéraient plus personne de leur plein gré, mais les papiers étaient bel et bien là, au cas où.

Et le prisonnier rentra.

Mrs Tricot se retrouva enceinte immédiatement ou quasi (à son avis le soir même du retour).

Ils surent assez tardivement qu’il s’agissait de jumeaux (à l’époque il fallait attendre la naissance pour savoir de quels sexes il s’agissait). Là déjà, sans doute dans la tête de Mrs Tricot avait commencé un travail que personne d’autre qu’elle ne pourrait analyser.

Et au bout du compte, ce sont bien deux petites filles qui sont nées, qui se sont donc appelées : Colette et Michèle.

Le destin est étrange, ou nous voulons le voir comme tel. Les filles auraient pu s’appeler autrement que comme sur de faux papiers qui n’ont jamais servi…

Mais bon, avoir ces jumelles déjà nommées, imaginées sans qu’elles existent déjà, avait dû les marquer tous les deux. Comme s’il y avait un destin à respecter absolument…

Le père de Mrs Tricot n’était pas mort, mais les jumelles sont bel et bien nées, alors quelque part, elle devait respecter le destin qui l’avait inspirée…

C’est après que tout soit terminé qu’elle a trouvé la foi, et fort malheureusement un peu enquiquiné sa famille avec…

Mais notre destinée n’est-elle pas étrange parfois et même souvent ?

Posté le 4 décembre '09 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, J'aime bien l'histoire. 12 Commentaires.

Les étranges histoires familiales part 1.

Simone_02Sur cette photo : la maman de Jean Poirotte, autrement dit ma grand mère paternelle.

C’était ma grand mère, et cela reste pour moi une grand mère, timorée parfois dans certains cas, culottée dans d’autres, cas plus rares, une femme que finalement je ne connaissais pas..

Comme dit mon père, son fils “nous ne savons rien de nos parents”. Et il a raison. Ca et là tout de même percent quelques histoires, surtout pour ceux qui ont vécu une époque troublée…

Mrs Tricot était pour moi “j’ai peur de tout”. J’avais bien entendu sa mère me raconter qu’à 19 ans elle s’était offert un baptême de l’air sans l’autorisation de son père, mais j’étais trop petite pour me rendre compte du traumatisme que cela avait été pour mon arrière grand père.

1940, le prisonnier est capturé sur une plage de Veule les Roses…

Il en parlait peu. Un jour il m’a raconté “le coup de la morue”, qu’une paysanne désolée par tous ces prisonniers dans ses champs, était venue leur distribuer pour qu’ils aient à manger, et de la soif qui les avait hantés après, toute la nuit…

Il parlait peu de cette débâcle qu’il avait vécu comme une humiliation, nous disant de temps à autres, qu’il s’était endormi à côté d’une batterie de 75 (il était dans l’artillerie à cheval), tellement il était épuisé. Ou nous expliquant que son armée et son pays n’étaient pas préparés vraiment d’où cette défaite sanglante tout de même, et si rapide.

Puis le prisonnier partit vers une destination inconnue, avec arrêt dans une ferme dans la zone interdite. Miracle, il put faire passer une lettre à sa femme.

Ma grand mère, celle qui n’osait rien, beaucoup plus tard.

Zone interdite, peu connue de la jeune génération. Elle tarabusta son père qui était conseiller municipal (avant d’en devenir pour des années, l’adjoint au maire)  à la mairie du village toujours occupé par mes parents qui s’y sont connus.

Elle lui a extorqué de faux papiers. Pour elle, et pour mon grand père.

Elle a pris des vêtements civils pour mon grand père, et elle est partie sur les routes, telle Amélie dans “les semailles et les moissons”. Pour son mari elle était prête à tous les culots et elle les a eus.

Arrivée à la frontière de la zone interdite, à peu de km de la ferme où séjournait mon grand père, elle a pu attendrir un fermier. Sa femme et lui lui ont fourni des vêtements de paysanne et elle est partie avec lui, livrer des légumes, pour arriver dans la ferme où elle a retrouvé son mari.

Elle disait juste sobrement qu’il y a des nuits qui valent une vie. Elle est restée deux jours avec son mari, essayant de le convaincre de revenir avec elle. Tout était prévu avec le fermier, il passerait la ligne sous un convoi de légumes. Il serait en civil pour le reste, avec de faux papiers, elle était prête à tout.

Sauf que lui, les allemands lui avaient dit, comme aux 9 autres, que s’il y avait une évasion, tous les civils seraient fusillés… Il ne pouvait pas imaginer une chose aussi horrible : être responsable de la mort d’une famille. Il avait déjà vu…

Sauf que lui, comme beaucoup, ne pensait pas que cela pourrait durer et durer et durer. Il pensait être rentré chez lui en moins d’un an…

Et qu’il a donc refusé de la suivre, ne voulant pas apprendre un jour qu’il avait été responsable de morts innocents. Parce qu’il se connaissait et qu’il y serait retourné.

Elle est donc repartie, en paysanne, ayant laissé quelque part, les faux papiers, les vêtements civils de son homme qui n’avait pas voulu la suivre, en pleurant.

Mais elle l’a fait son odyssée en zone interdite, prête à tout…

Ma grand mère… Qui n’osait pas dire au boulanger que son pain était mal cuit (mais signalait sur la plage, aux allemands, qu’ils avaient oublié leurs bouteilles de coca…)

Qui avait encore de la ressource….

Car c’est la part 2 qui vous révèlera pourquoi, il y a d’étranges histoires…

Posté le 3 décembre '09 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, J'aime bien l'histoire. 6 Commentaires.

Ils étaient deux…

armistice-1918Ils étaient deux, cheminant côte à côte, dans cette région où les fermes ou mas, éloignés de la ville, abritaient des personnes qui parfois restaient des semaines sans se rendre à la ville précisément.

Des personnes qui vivaient en autarcie à une époque où l’on se contentait de peu dans un monde campagnard hostile. Des personnes pour qui le monde se résumait à un troupeau de chèvres ou de moutons, le rucher à surveiller, les cultures à faire prospérer.

Des personnes pour lesquelles un repas de fête c’était des chataignes grillées, avec le dernier fromage blanc de chèvre sucré au miel. Des personnes qui parlaient le soir à la lueur du feu de cheminée. Des personnes hors du temps.

Des personnes qui ne se rendaient à la ville que pour négocier un animal ou deux, du lait, du miel à meilleur prix. Des personnes qui ne voyaient que rarement le facteur, et ne lisaient pas les journaux…

Ils ne marchaient pas, leurs monture le faisaient pour eux. Et les bêtes portaient sur le dos le poids d’une souffrance et d’un devoir difficile, à tel point qu’ils ne les pressaient pas. Les deux chevaux hahanaient dans la côte, même pas vexés par les chèvres gambadant à leurs côtés.

Bien sûr que tous les hommes avaient reconnu leur uniforme depuis le matin, sans comprendre. Mais il y a eu ce couple là.

L’homme savait depuis 14 jours qu’un danger le menaçait, rôdait. Il n’avait trop rien dit à sa femme de ce qu’il avait appris en descendant au bourg pour vendre 5 chèvres pleines. Il n’avait pas trop compris pourquoi un Archiduc assassiné pouvait menacer sa vie. Mais il avait palpé la peur des hommes et était remonté au mas avec celle-ci au ventre.

Quand il les a vus arriver il a compris tout de suite. Ces deux gendarmes tranquilles venaient lui apporter son avis de mobilisation, et il se souvenait qu’il aurait à rejoindre son régiment le plus vite possible.

Restait à l’annoncer à sa femme, sa toute jeune femme, celle qu’il aimait comme on aime quand tout simplement on ne sait qu’aimer.

L’enfant, leur enfant, regardait ces hommes inconnus apporter le malheur, son instinct très sûr le lui disant. Il y avait le cheminement des chevaux, l’air accablé des gendarmes, et puis tout à coup le père prenant sa veste en laissant tout en plan.

Et puis il y avait sa mère, à qui l’homme n’avait rien dit, mais qui avait bien senti qu’il n’était plus le même depuis qu’il était remonté de la ville la dernière fois.

Les gendarmes ont détourné les yeux en la voyant s’effondrer sur le banc à droite de la porte d’entrée. Combien de femmes blessées depuis ce matin ? Combien d’hommes ne sachant rien, et fauchés à tous les sens du terme par la nouvelle ? Combien de pleurs et d’incompréhension ?

Le Phil savait bien qu’ils lui apportaient son avis de mobilisation. Il leur a servi le coup de l’étrier, le 15ème depuis le matin, qui allait rajouter à leur accablement.

Et après leur départ, il est allé directement préparer son paquetage pour partir le plus tôt possible, comme il l’était indiqué, laissant une femme statufiée et un enfant ne comprenant plus rien à l’existence.

“Une petite promenade contre les allemands et je reviens”.

Il n’est jamais revenu.

Et la Phil, n’a jamais compris pourquoi on était venu lui prendre son homme, son amour, sa vie. Elle a tout laissé en plan en son absence, survivant jour après jour en l’attente d’une lettre, faisant la honte de ses soeurs ayant à coeur de tout faire marcher aussi bien, voire mieux, en l’absence de l’homme.

Quand le maire 16 mois plus tard est venu lui apporter le mortuaire, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. S’égarant par une nuit glacée dans la pierraille alentours où elle cherchait son mari, elle est morte à 24 ans d’une chute mortelle dans une crevasse que la neige dissimulait. Morte de folie, de l’absence, de l’injustice du monde.

Elle ignorait alors qu’un 11 novembre verrait venir la paix, enfin. Pour elle la guerre avait été perdue dès le départ de son mari, de son homme, de son amour. Elle ne pouvait pas mourir en paix, elle emportait la guerre avec elle pour l’éternité.

Elle ignorait alors qu’un jour le 11 novembre serait un jour béni par beaucoup car jour de congé.

Son Phil aussi, mort sur une terre froide à mille lieux de sa vie natale…

Cet homme non dépourvu de bon sens, qui n’a jamais compris qu’il devait mourir parce que l’on avait tué un archiduc si loin de chez lui, de cette France dont il était fier et qu’il vénérait.

Je ne sais pas si maintenant on comprend. Je ne sais pas si l’on peut vraiment se mettre à leur place, même un court instant. Maintenant on porte plainte parce qu’un soldat volontaire a été tué au combat. Maintenant, ces hommes et femmes happés par cette tourmente effroyables sont tous morts.

Maintenant il n’y a plus personne pour venir dire que c’était atroce, une génération sacrifiée, trop de morts et de chagrin.

Plus personne ne se souvient non plus de cette époque où l’on pouvait vivre loin de tout, ignorant le monde extérieur qui pouvait vous rattraper pour le pire…

Maintenant, il n’y a plus personne pour porter plainte. Et c’est pour cela que l’ETAT (qui est nous), commence à reconnaître les erreurs, les errements, les égarements, et l’absurdité.

De cette guerre inhumaine dont nous portons le poids d’une manière ou d’une autre, en toute conscience, ou sans le savoir…

Si dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer paraît-il…

Posté le 11 novembre '09 par Calpurnia, dans Coup de blues, J'aime bien l'histoire. 19 Commentaires.

La libération de Paris (réédition du 25 août 2007)

Paris_Lib_r_

Paris est enfin libéré, c’est le symbole de la France, c’est comme si la toute la France était libérée…

Je ne vous parlerai pas de la libération de Paris, contrairement à ce que vous attendez de moi, si vous attendez quelque chose…

J’ai été toujours émue, à en pleurer comme une madeleine, devant les image de la liesse populaire, de la joie dans borne, par tous les films concernant la libération de Paris (et du reste), retrouvant ainsi Jean-Poirotte et sa faculté à pleurer devant la joie populaire… D’ailleurs nous avons parfois pleuré ensemble en nous refilant le pavé de kleenex…

Avant de continuer, je vais laisser la parole à un auteur célèbre : Paul Eluard… Poète et résistant :

“Comprenne qui voudra… Moi mon remords ce fut… La malheureuse qui resta… Sur le pavé… La victime raisonnable… A la robe déchirée… Au regard d’enfant perdue… Découronnée, défiguée… Celle qui ressemble aux morts… Qui sont morts pour être aimés”… “En ce temps là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On allait même jusqu’à les tondre…”

Il parlait tout simplement de ces malheureuses, prises au piège des amateurs de justice… en ces temps de libération.

Entre Vichy et les nouvelles autorités, on vit des justiciers d’occasion qui d’ailleurs ne s’étaient pas vraiment distingués au cours des années passées en résistant, donner libre cours à des instincts qui n’était pas très purs… Il y avait dans la violence qui se disait inspirée du plus noble des patriotismes, la même composante sexuelle inavouée bien sûr, mais évidente, que chez les moines de l’Inquisition, tortionnaires pour le bon motif, quand ils soumettaient à “la question” une sorcière nue… Ces hommes et femmes là (qui avaient peut-être de la jalousie un peu forte au fond d’elles-mêmes, et donc de la frustration) n’avaient pas bougé un seul petit doigt pendant l’occupation, il était grand temps qu’ils s’y mettent, largement, la bataille de Paris (ou d’ailleurs) étant terminée…

J’ai toujours trouvé la photo que je vous livre, à gerber : le mec de gauche qui tient la femme par la main, sévère et juste (!) (pour moi c’est le faux cul de première, on est en plein dans “au bon beurre” de Jean Dutourd), celui de droite avec son beau costume, très content de lui, c’est le mac qui a vendu sa préférée aux allemands mais qui l’a oubliée, réputation oblige. Et tout le monde riant à qui n’en peut plus, une liesse populaire qui là me fait peur et ne représente pas la vraie joie, mais la méchanceté à l’état pur. Ce n’est pas la joie de savoir l’allemand parti enfin, c’est la joie d’humilier à n’en plus finir… En plus ils se portent tous bien : ce ne sont pas les tickets d’alimentation qui leur ont donné une aussi bonne mine. Mes deux grand-mères ont terminé la guerre avec la ligne plus que “haricot”…

Car il y a aussi cette pauvre malheureuse dans le milieu, tondue, la croix gammée dessinée sur elle, résignée déjà à un sort fatal. Celle qui n’a rien à dire car derrière il y a la foule qui ne l’écoutera pas, qui ne l’écoutera jamais, qui sait tout, qui porte en elle la justice… Il y a celle qui s’interroge peut-être sur le sort de son enfant (l’enfant de la honte), qui ne comprend pas tout à coup pourquoi tant de haine contre elle…

C’est tout à coup le retour de Mademoiselle de Sombreuil buvant un verre de sang pour épargner la vie de son père, devant des révolutionnaires qui ne devaient pas être beaucoup plus moches. C’est la princesse de Lamballe sacrifiée… C’est la foule… Que je hais, que j’évite…

Souvent ces femmes avait “fauté”. Encore faut-il s’entendre sur le terme “fauter” quand on tombe amoureuse d’un ennemi certes, mais surtout d’un homme…  Elles avaient eu des bontés pour l’occupant. Pourquoi “des bontés ?”.  Elles les avaient parfois aimés vraiment ces occupants… Quelle détresse a dû être la leur parfois, et que de questions à se poser le soir dans la chambre… (”j’aime un allemand…”)  Il n’empêche que le glaive de la vertu outragée s’est retrouvé un beau jour dans les mains douteuses d’une justice du trottoir, laquelle prétendait se faire l’interprète de l’indignation populaire. Un peu facile aussi de liquider ainsi la voisine qui n’a rien fait du tout (et encore faut-il s’entendre sur le terme “avoir fait ou non quelque chose” car certains n’avaient eux, justement rien fait du tout avant la libération reconnue), mais à qui on doit un peu d’argent… C’est un peu comme pendant la révolution et la terreur : c’est à qui parlera le premier et criera le plus fort qui aura raison…

La justice se doit d’être sereine. Elle doit à tous le même traitement. Tondues, déshabillées, attachées à un poteau pour qu’on leur jette les pires immondices à grand renfort de cris de joies, la croix gammée dessinée sur le corps, parfois à coup de lames de rasoirs, ces malheureuses étaient-elles plus coupables que les grandes bourgeoises de la collaboration ? Mais ces dernières évoluaient dans de trop hautes sphères, étaient trop protégées pour que les justiciers crasseux (dans l’âme) du bitume songent à s’occuper d’elles aussi activement que de leur voisine de pallier à qui ils avaient parfois d’autres choses à reprocher. On en a jugées certaines, mais avec tribunal réel et tout et tout… (des actrices particulièrement, qui ont eu droit à un traitement de faveur) (là encore je ne juge pas). Ce que je juge c’est cette photo, et toutes celles qui ont pu être prises ailleurs (il y en a une où la femme est attachée à un poteau, le visage voilé, et à qui l’on jette n’importe quoi, j’ai préféré vous l’épargner). Ce n’est à l’honneur de personne.

Oui Paris libéré, la France libéré, c’est aussi cela… Cette justice populaire qui n’en est forcément pas une, qui n’en est obligatoirement pas une. D’ailleurs il manque sur la photo, ceux qui désapprouvaient fortement, parce qu’ils étaient forcément ailleurs, de peur d’être pris à partie à leur tour…

J’aime bien le peuple, mais pas la foule… Hors la foule du trottoir un soir de libération, c’est forcément à se dire que la vie n’est qu’un long calvaire…

Et ils se portent tous tellement bien, ils ont tellement l’air en pleine forme ces justiciers du trottoirs, que l’on a peine à croire qu’ils ont souffert des privations de l’occupation… Là non plus je n’ai sans doute pas le droit de juger… Les autres ont peut-être préféré rester à l’écart de ce moment et de cette photo… Ne pas risquer leur vie pour intervenir, ou avoir autre chose de plus important à faire, ils ont hélas eu raison…

Les individus ne sont rien à côté des peuples… Pourtant ce sont eux qui forment les nations (Serge Dalens)

Et mes parents ne se souviennent que du passage bref des jeeps, du premier chewing gum (c’est quoi ce truc qu’on n’arrive pas à manger) et du “chocolate please”. Au moment où les troupes de Leclerc quittaient Rambouillet pour gagner Paris..

Pour eux, c’était hier, pour moi, je trouve que le temps avance de plus en plus vite, qui fait vieillir nos chères personnes et en ont fait disparaître trop d’autres…

Posté le 26 août '09 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 4 Commentaires.

J’étais dans la résistance ma petite fille…

C’est comme ça, je ne me vante pas. C’est venu un peu contre mon gré, sans que je ne me rende compte. D’ailleurs je n’ai pas fait grand chose : je passais juste des messages, dissimulés sous mon porte jarretelles…

Tu la vois la Loire là ? Au fond du jardin ? De l’autre côté c’était la zone libre, nous, nous étions en zone occupée. Le pont, je le prenais régulièrement depuis longtemps, sur ma bicyclette, pour aller à la ferme qu’il y a juste de l’autre côté de l’eau. C’était là, d’après le grand-père d’Albert, mon Valentin, que l’on trouvait le meilleur lait, les meilleurs oeufs, le meilleur beurre. Cela faisait des années que je prenais ma bicyclette pour aller acheter le nécessaire de l’autre côté de l’eau.

Je ne sais plus comment tout a commencé, et le pourquoi du premier jour où j’ai franchi le pont avec la peur au ventre, en sentant trop fort le billet roulé rangé sous un élastique de mon porte jarretelles. Toi évidemment, tu portes des collants, tu ne connais pas grand chose de ce qu’étaient nos sous-vêtements.

J’avais aussi une combinaison en soie, et bien sûr des bas. La première fois, les allemands m’ont juste saluée au passage comme de coutume depuis qu’ils étaient là. Ils me connaissaient. Ils me regardaient et me disaient toujours “cheune matdmoizelle”. J’ai su longtemps après ce que cela voulait dire. Je n’étais plus une matmoizelle, j’avais déjà ma fille, ta belle-mère… Mais pour eux j’étais la cheune matmoizelle qui revenait avec du lait, des oeufs, du beurre… Je revenais surtout, avec le coeur plus léger qu’à l’aller, débarrassée enfin de ces messages qui finissaient par peser si lourd que je peinais à pédaler.

Je n’avais rien dit à Valentin. C’était secret de faire partie de la résistance. Je ne lisais jamais non plus les messages : interdit. Si j’étais prise je n’avais rien à dire… Je ne connaissais même pas le vrai nom de celui qui me donnait les papiers, et Je n’imaginais pas trop comment on pourrait me poser des questions mais j’obéissais aux consignes.

Et puis, tout s’est enchainé, et l’on m’en a demandé un peu plus. Et puis il y a eu ce soir, où ils ont frappé juste un coup à la porte avant de l’enfoncer.

Ils étaient 5. 3 en uniforme avec mitraillette, et 2 miliciens avec pistolet ou révolver, peu importe, à la main. J’ai eu un révolver (ou pistolet) sur la tempe et mon cher mari aussi. Et je m’en voulais. Je savais que c’était de ma faute, que c’était moi qu’ils cherchaient. J’aurais dû le prévenir tout de même un petit peu, voire lui demander la permission. A l’époque, une femme se devait d’obéir à son mari.

Il y avait juste 5 balles dans la bonbonnière décorant la bibliothèque. 5 balles que l’on m’avait confiées en me disant que parfois il manque juste une balle. Alors… 5… Je les avais planquées comme je le pouvais. Je sentais que ces hommes allaient ouvrir la bonbonnière et qu’il en serait fini de nous. Mon pauvre mari innocent allait payer pour mon inconscience et pourrait mourir en me maudissant. Je voyais les livres valdinguer par terre, entraînant la bonbonnière, et les balles s’écoulant sur le parquet…

Je me souviens de mes jambes qui flageolaient, de mon coeur qui battait de travers, de la peur absolue qui était la mienne. Et la petite, qu’allaient-ils faire à la petite dormant à l’étage, quand ils auraient la preuve que je faisais partie des forces judéo-maçonniques ? Qu’allait-il advenir de nous ? de lui ? d’elle ? Nous ne savions pas tout à l’époque, mais perdre ma fille de vue me faisait vraiment peur.

Ils n’ont rien trouvé. Ils n’ont pas ouvert la bonbonnière et ils sont partis en s’excusant, car leur réputation d’être Korrekts, ils y tenaient. Et je suis tombée par terre en disant “pardon” alors que Valentin me relevait en disant “pardon” également.

Il nous a fallu une heure pour nous comprendre ma petite fille. Lui croyait qu’ils étaient venus pour lui et il s’en voulait de ne m’avoir rien dit. Moi je pensais qu’ils étaient venus pour moi et je m’en voulais de lui avoir tout caché…

C’était lui mon chef de réseau. Je suis devenue tout à coup pour lui “la femme courageuse” qui passait des messages et il est devenu livide en songeant aux risques qu’il m’avait fait courir. Je savais enfin qui donnait à “Monsieur Pierre” les messages si importants à emmener en zone libre. Enfin bref, c’était lui, c’était moi, c’était nous.

Après la révélation, nous sommes restés silencieux un long moment. La petite dormait toujours là-haut. Nous nous sommes promis l’un contre l’autre, dans le lit conjugal, d’arrêter nos conneries. Cela a été peut-être la plus belle nuit de notre amour.

Nous nous sommes avoué en 1957 seulement, que nos conneries, nous ne les avions pas cessées du tout. Nous avions juste changé de réseau, en expliquant chacun pourquoi à qui de droit, pour nous retrouver du coup, toujours liés par le même mensonge. Il n’y avait pas 36 réseaux de résistance près de Langeais…

J’aime rire ma petite fille. J’adore tes filles qui sont mes arrières petites filles. Mais il te fallait savoir que je n’ai pas toujours été cette vieille femme drôle et parfois semblant naïve. Le révolver sur la tempe me réveille souvent la nuit et j’ai à nouveau peur.

Et depuis qu’IL n’est plus là, j’ai de plus en plus peur. Il est parti mon mari, mon chef de réseau, celui avec qui j’ai tant partagé dont une partie de ma vie sans le savoir. 5 ans, c’est peu, cela peut être tout.

Rappelle à tes filles que je n’étais pas que l’arrière grand mère rigolote, que je n’étais pas qu’amour et insouciance, que je n’étais pas que celle qui fait un “super réveillon du jour de l’an” avec du jambon et des nouilles.

J’ai été aussi l’inconsciente qui ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait, qui durant toute l’occupation a promené dans sa culotte ou son porte jarretelle, des messages ultra importants. Et rappelle à tes puces que leur arrière grand-père si bonhomme s’est révélé capable de tuer un ennemi parce que c’était comme ça et sinon bien plus de morts. Nous nous ne sommes jamais sentis héroïques : juste pris dans un temps fou qui passait sur nos vies. Ce n’est que trop tard que nous avons su ce à quoi nous nous étions exposés. Mais c’était trop tard car si à refaire : refait…

Je t’embrasse ma petite fille.

Maria.

PS : je n’étais que la femme de son petit fils, mais elle m’a toujours considérée comme étant sa petite fille.

Et pour les filles : oui c’est bien elle…  Comme quoi…

Posté le 14 mars '09 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, J'aime bien l'histoire. 14 Commentaires.

A découvrir ou à relire…

J’ai rencontré le héros j’avais 14 ans. Mon arrière grand père en avait 4 tomes dans sa bibliothèque, dans la collection Nelson dont il avait une horrible quantité de livres (il m’avait déjà refilé l’intégrale de Victor Hugo, j’étais ravie). Au 4ème tome on pouvait penser que c’était la fin de la saga. Mais celle-ci m’avait mieux plus que “les misérables” (allez savoir pourquoi…)

LE MOURON ROUGE
Auteur : la Baronne Orcsy, dont on sait tout de suite ce qu’elle pense des républicains et de Napoléon. D’un autre côté si on relit l’histoire des massacres de septembre et certaines périodes noires de la révolution, on peut la comprendre. La baronne…

Le héros est un anglais qui a décidé de sauver un maximum de “ci-devant aristo” de la guillotine, pendant la terreur avec un groupe d’amis à lui. Avec des ruses incroyables, et un flegme tout britannique. Et il réussit son coup à chaque fois, ce qui met Robespierre en colère, et c’était le genre de mec à ne pas énerver…

Et le mec à ne pas énerver met sur sa piste “Chauvelin”. Dans le premier tome, Chauvelin contacte une actrice française partie en Angleterre pour épouser un lord anglais. Il l’oblige à enquêter sur ce fameux mouron rouge qui est anglais, ayant des preuves de non patriotisme concernant son frère, ces preuves pouvant emmener le frère à la guillotine, même s’il est pote à mort avec St Just (et s’appelant de même) .

L’identité du mouron rouge est connue à la fin du premier tome, par les lecteurs, et par Chauvelin lui même à ses dépens d’ailleurs, c’est à mourir de rire. J’avoue que j’ai galéré un peu sur l’identité du chef de bande, mais on est égarés volontairement, comme Chauvelin… Sauf que, frustration, on comprend qu’il sait alors que nous n’avons pas tout compris pendant deux ou trois chapitres (bon j’étais très jeune tout de même, mais avec honnêteté je dois reconnaître que même adulte je me serais faite avoir…)

Quelle ne fut pas ma surprise un jour, de trouver chez un VRAIMENT BON LIBRAIRE, la série “mouron rouge” chez “Presses de la Cité dans la collection « Omnibus » (à savoir plusieurs livres en un, j’ai “les semailles et les moissons en un seul tome, dans la collection bouquin)

Et de découvrir qu’il n’y avait pas 4 tomes mais 9

  • Le mouron rouge
  • Le serment (mon préféré de A à Z, dans l’histoire et dans le déroulement de l’histoire, la manière dont les promis à la guillotine sont délivrée étant vraiment extraordinaire, le mouron rouge menant LA FOULE EN COLERE)
  • Les nouveaux exploits du mouron rouge
  • La capture du mouron rouge
  • Les vengeances de Sir Percy
  • Les métamorphoses du mouron rouge
  • Le rire du mouron rouge
  • Le triomphe du mouron rouge
  • Le mouron rouge conduit le bal.

J’avais 40 berges bien sonnées quand j’ai découvert la suite des aventures du mouron rouge. Après “le serment”, j’ai adoré l’épisode où Chauvelin (qui suit bien sûr le mouron rouge de A à Z, en échappant toujours à la guillotine), a besoin de ce dernier pour sauver sa propre fille. Et que la vengeance du mouron rouge est de sauver la fille de Chauvelin (qui le méritait bien)

J’adore l’ensemble. Sur le plan historique il y a beaucoup beaucoup de vrai. Cela se lit tout seul, c’est bien écrit. Les personnages sont attachants sans être des caricatures. Le héros ne se sent pas comme tel : il s’occupe et s’amuse un peu, c’est un peu le britannique flegmatique type. Il tentera de sauver le dauphin. C’est de la grande aventure, toujours renouvelée, aucun sauvetage ne ressemblant jamais à un autre.

Pour moi c’est à découvrir, à lire, distrayant, pas prise de tête, et donnant envie d’en connaître plus sur cette période noire que fut réellement la terreur (le mouron rouge sans mourir, cessera d’exister après le 9 thermidor).

Si cela vous tente…

Je sais qu’il y a eu un film de fait mais j’ai trop peur d’être décue en le voyant…

Est-il ici ?
Est-il donc là ?
Les français tremblent quand il bouge
Satan lui-même le créa
L’insaisissable mouron rouge…

Posté le 30 novembre '08 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 16 Commentaires.

Verdun. Le fatal 11 novembre de votre sorcière…

  • Il y a deux semaines : en déménageant une bibliothèque qui n’avait pas été bougée depuis des décennies, il y a eu un clic clic et nous avons trouvé ces deux objets.
    Les photos ne donnant rien, j’ai fait un scan, mais bon, c’est moyen… Sur l’un des objets, il est inscrit “bois de mort mare 1916″. Sur l’autre “1914 - 1915″. Au dos de chaque couteau travaillé, de jolies ciselures…
  • Il y a déjà un petit moment, mais finalement pas si longtemps, hier quoi… Pulchérie est rentrée un beau jour de sa classe de 4ème toute contente : le prof d’histoire organisait une journée à Verdun. Une excursion donc, et une excursion de toute une journée, même lorsque l’on est bon élève, c’est toujours bon à prendre. Pas de maths, pas de français, rien d’autre qu’une super journée à se la couler douce avec du car aller et retour, et une petite promenade quelque part.Je ne lui avais pas spécialement parlé de Verdun à ce moment là. Elle avait quelque part dans sa mémoire ce 11 novembre de CM2 où elle avait été totalement volontaire pour se lever tôt un jour férié, afin de déposer une gerbe ronde au pied du monument aux morts, avec dignité et une petite génuflexion qui avait fait plaisir au maître. (Delphine n’avait pas eu l’occasion de faire de même, nous étions parties je ne sais plus où…). Je lui avais préparé en silence un pique nique pour Verdun et Delphine éructait que sa soeur était la seule à faire des choses intéressantes. Déjà, j’avais emmené Pulchérie voir la Liste de Schindler alors qu’elle était en CM2. Delphine l’avait vu depuis, ce film, et chialé à la fin, mais elle n’en pensait pas moins : Pulchérie et moi n’arrêtions pas de nous bidonner à longueur de temps et c’était d’une injustice flagrante.Donc là, excursion pour le moins poilante et je ne savais pas trop comment aborder le sujet avec Pulchérie, n’ayant jamais fait cette poilante excursion. J’avais encore en tête le moment crucial où en 5ème j’avais découvert l’existence des camps de la mort pendant la dernière guerre mondiale. Le prof d’histoire nous avait apporté des livres pleins de photos illustrant l’horreur, et j’avais été traumatisée. Trop pour en parler aux parents, et ces images m’avaient hantée pendant trop longtemps, sans qu’ils ne prêtent trop attention à mes silences forcément de mauvais augure, et mes cauchemars nocturnes trop fréquents.J’avais trop le souvenir de mes nuits passées à scruter la vitre de ma chambre en y voyant se refléter les images des morts vivants, j’avais trop sur le coeur une absence de questions de mes parents. Etait-ce leur faute ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais seulement osé le leur dire ce dont on avait parlé en histoire, sauf qu’à l’époque, commémoration et autres, on ne parlait que de ça, même eux.
  • Pulchérie est rentrée le soir de son excursion, un peu silencieuse et c’était déjà mauvais signe, vu qu’elle charabiatait depuis sa naissance. Sa soeur essayait de savoir ce qui avait été super pendant cette journée, et s’était faite envoyer aux pelotes. Pulchérie s’était enfermée dans sa chambre avec le chat, refusant de diner et de parler. J’étais donc aux aguets, des pâtes à la carbonara en réserve au caz’où.Et puis, sa soeur couchée, Pulchérie est arrivée sur le canapé alors que comme de coutume j’occupais j’étais vautrée dans le fauteuil. Elle avait l’air dans le vague et j’attendais, me disant que moi je n’avais jamais osé aller me poser dans le salon pour parler à mes parents. Elle se mangeait encore les ongles et là, il lui restait à attaquer la lunule. Je sentais qu’elle allait craquer et déborder, elle était venue là pour ça, et je remercie le ciel : jamais mes filles ne se sont posées à proximité de moi le soir, comme ça, pour se taire. J’en veux encore à mes parents de mes silences parce que “pense à autre chose ma chérie !”
  • Tu veux que je te fasse réchauffer des pâtes ma chérie ?
  • Maman…
  • Maman… il y a la-bas une grande grande tour avec des crânes dedans…
  • … (je sentais l’image devenue obsession tout à coup, l’image qui hante, qui va hanter longtemps, et la voix était vraiment angoissée, et là, on souffre pour notre enfant)
  • Que des crânes dans cette grande tour maman ! Ca fait combien de morts ?
  • Je ne sais pas vraiment ma chérie. Beaucoup c’est certain…
  • Ce sont tous les morts de Verdun maman ? Tu te rends compte ? Tous ces crânes !! Elle est si haute cette tour, je me sentais toute petite à côté !!!
  • Non ma puce, tous les morts ne sont pas là… Il en a eu tellement !
  • Nous avons pensé un peu que c’était les crânes de tous les hommes morts pendant cette guerre…
  • Non ma puce. C’est un mémorial, et ils ne sont pas tous là…
  • C’est vrai, il y a aussi un cimetière avec tellement de croix. Pourquoi tous ces morts maman ? Le prof nous a dit qu’il fallait les compter par millions. Ca fait combien de tours maman, avec uniquement des crânes dedans ?
  • Je ne sais pas ma chérie. C’est l’absurdité de la guerre.
  • Alors pour un homme qui vivait il ne reste que son crâne dans une tour ?
  • Parfois oui… Parfois il est enterré quelque part. Parfois on ne l’a pas retrouvé, on en retrouve encore de nos jours…
  • Maman…
  • Oui ma chérie…
  • Tu peux me serrer très fort dans tes bras ?
  • Oui ma puce.
  • Et le mari de mémé Georgette il était là-bas ?
  • Oui, mais il est rentré lui.
  • Et ses cousins, ses frères ?
  • Non, ils sont restés là-bas.
  • Et leurs crânes sont dans le mémorial ? Maman ça m’a fait tellement peur ! Personne ne peut les regarder et les reconnaître. Je ne veux pas être un jour juste un crâne que l’on ne reconnaîtra pas !
  • Je comprends ma chérie. Tu étais peut-être un peu jeune pour aller à Verdun.
  • Non. Le prof avait raison, personne n’a chanté dans le car en revenant. Seulement je voudrais juste pouvoir dormir avec toi, pour ne plus avoir peur. Ca fait peur tous ces crânes qui ont été des hommes, qui ont aimé et espéré, et qui pensaient avoir une vie entière à vivre.
  • Maman… C’est écrit quelque part si ma vie doit s’arrêter trop tôt ?
  • Oui ma puce, certainement. Mais je ne veux pas savoir où et ne cherche pas à savoir… Tout ce que j’ai à te dire de la Bible c’est “tu ne connaîtras ni le jour ni l’heure”. Pour le reste tu la liras toi-même pour y croire ou non, critiquer ou non…

Et c’est ainsi que l’on passe une nuit à trois dans un grand lit, pour juguler une peur que même la petite soeur a voulu exorciser, car bien entendu elle était venue nous rejoindre pour apprendre que l’expédition Verdun, ce n’était pas top. Quand cela a été programmé pour elle, elle a eu mal au ventre et je l’ai dispensée. Elle savait déjà…

IL Y A MAINTENANT LONGTEMPS : un homme qui était de toute évidence ciseleur, artiste, a tué le temps plutôt que de tuer des hommes, dans sa tranchée, pour forger des couteaux un peu de style Bowie, dans des douilles d’obus. C’est gravé avec précision, le travail d’artiste est magnifique, les décorations sur la face A sont superbes, et il y a les dates de l’autre côté, traumatisante quand on sait “1914 1915″ et “1916″. Il restait encore du temps à passer avant la fin…

Nous n’avons qu’une certitude : si ces objets sont chez mes parents, c’est parce que mon arrière grand père les a récupérés. Parce que celui qui les a créés est mort.

Nous essayerons de les transmettre aux générations futures le plus longtemps possible. Qu’au dernier qui ne sera pas quoi en faire : ne jamais les jeter. Il existe des musées pour ce genre d’objet.

Et aujourd’hui encore, comme pour tous les 11 novembre : hommages à ceux qui sont morts si stupidement, à leur vie affreuse dans les tranchées, à leur courage, à leur attente d’une permission si rare, à leurs veuves, leurs mères désespérées, leurs enfants orphelins. A leurs fiancées qui ne les ont jamais remplacés, aux femmes qui ont souffert une attente horrible pour parfois ne récolter que le désespoir, à celles qui ont préféré mourir que de survivre sans eux.

C’est férié, mais rappelez vous que c’est parce que des millions de gens sont morts que finalement vous bénéficiez d’une grasse matinée…

D’après Maritza, il reste un survivant en Angleterre (109 ans tout de même), mais je ne sais pas si le rescapé canadien de l’année dernière, est toujours là. Nous savons que nous n’avons plus de “poilus” en vie en France.

Et ce qui me fait peur, c’est que le cauchemar en s’éloignant peut faire oublier les horreurs de la guerre…

In memoriam à tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont vécu le pire du pire, dans des conditions abominables, en pensant que c’était tellement atroce qu’après eux PLUS JAMAIS…. LA DER DES DER. Ca fait mal dans le fond de la gorge quand on y pense…

A voir ou revoir : un long dimanche de fiançaille, les sentiers de la gloire (mes préférés, qui évoquent les mutinés et les mutilés volontaires, et montrent bien ce que c’était)
A lire ou a relire : A l’ouest rien de nouveau, Les semailles et les moissons, Des grives au loup, et tant d’autres livres consacrés à cette guerre.

Et surtout, à faire : transmettre le plus possible à ceux qui nous suivent, les souvenirs que nous avons parfois eu la chance de récolter, l’histoire de cette guerre. Et également conserver les lettres de l’arrière arrière grand père, tout ce que l’on a pu trouver sur cette période. Jeter ce serait un crime (il y a des musées pour cela…)

Posté le 11 novembre '08 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 25 Commentaires.