Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'J'aime bien l'histoire'

J’étais dans la résistance ma petite fille…

C’est comme ça, je ne me vante pas. C’est venu un peu contre mon gré, sans que je ne me rende compte. D’ailleurs je n’ai pas fait grand chose : je passais juste des messages, dissimulés sous mon porte jarretelles…

Tu la vois la Loire là ? Au fond du jardin ? De l’autre côté c’était la zone libre, nous, nous étions en zone occupée. Le pont, je le prenais régulièrement depuis longtemps, sur ma bicyclette, pour aller à la ferme qu’il y a juste de l’autre côté de l’eau. C’était là, d’après le grand-père d’Albert, mon Valentin, que l’on trouvait le meilleur lait, les meilleurs oeufs, le meilleur beurre. Cela faisait des années que je prenais ma bicyclette pour aller acheter le nécessaire de l’autre côté de l’eau.

Je ne sais plus comment tout a commencé, et le pourquoi du premier jour où j’ai franchi le pont avec la peur au ventre, en sentant trop fort le billet roulé rangé sous un élastique de mon porte jarretelles. Toi évidemment, tu portes des collants, tu ne connais pas grand chose de ce qu’étaient nos sous-vêtements.

J’avais aussi une combinaison en soie, et bien sûr des bas. La première fois, les allemands m’ont juste saluée au passage comme de coutume depuis qu’ils étaient là. Ils me connaissaient. Ils me regardaient et me disaient toujours “cheune matdmoizelle”. J’ai su longtemps après ce que cela voulait dire. Je n’étais plus une matmoizelle, j’avais déjà ma fille, ta belle-mère… Mais pour eux j’étais la cheune matmoizelle qui revenait avec du lait, des oeufs, du beurre… Je revenais surtout, avec le coeur plus léger qu’à l’aller, débarrassée enfin de ces messages qui finissaient par peser si lourd que je peinais à pédaler.

Je n’avais rien dit à Valentin. C’était secret de faire partie de la résistance. Je ne lisais jamais non plus les messages : interdit. Si j’étais prise je n’avais rien à dire… Je ne connaissais même pas le vrai nom de celui qui me donnait les papiers, et Je n’imaginais pas trop comment on pourrait me poser des questions mais j’obéissais aux consignes.

Et puis, tout s’est enchainé, et l’on m’en a demandé un peu plus. Et puis il y a eu ce soir, où ils ont frappé juste un coup à la porte avant de l’enfoncer.

Ils étaient 5. 3 en uniforme avec mitraillette, et 2 miliciens avec pistolet ou révolver, peu importe, à la main. J’ai eu un révolver (ou pistolet) sur la tempe et mon cher mari aussi. Et je m’en voulais. Je savais que c’était de ma faute, que c’était moi qu’ils cherchaient. J’aurais dû le prévenir tout de même un petit peu, voire lui demander la permission. A l’époque, une femme se devait d’obéir à son mari.

Il y avait juste 5 balles dans la bonbonnière décorant la bibliothèque. 5 balles que l’on m’avait confiées en me disant que parfois il manque juste une balle. Alors… 5… Je les avais planquées comme je le pouvais. Je sentais que ces hommes allaient ouvrir la bonbonnière et qu’il en serait fini de nous. Mon pauvre mari innocent allait payer pour mon inconscience et pourrait mourir en me maudissant. Je voyais les livres valdinguer par terre, entraînant la bonbonnière, et les balles s’écoulant sur le parquet…

Je me souviens de mes jambes qui flageolaient, de mon coeur qui battait de travers, de la peur absolue qui était la mienne. Et la petite, qu’allaient-ils faire à la petite dormant à l’étage, quand ils auraient la preuve que je faisais partie des forces judéo-maçonniques ? Qu’allait-il advenir de nous ? de lui ? d’elle ? Nous ne savions pas tout à l’époque, mais perdre ma fille de vue me faisait vraiment peur.

Ils n’ont rien trouvé. Ils n’ont pas ouvert la bonbonnière et ils sont partis en s’excusant, car leur réputation d’être Korrekts, ils y tenaient. Et je suis tombée par terre en disant “pardon” alors que Valentin me relevait en disant “pardon” également.

Il nous a fallu une heure pour nous comprendre ma petite fille. Lui croyait qu’ils étaient venus pour lui et il s’en voulait de ne m’avoir rien dit. Moi je pensais qu’ils étaient venus pour moi et je m’en voulais de lui avoir tout caché…

C’était lui mon chef de réseau. Je suis devenue tout à coup pour lui “la femme courageuse” qui passait des messages et il est devenu livide en songeant aux risques qu’il m’avait fait courir. Je savais enfin qui donnait à “Monsieur Pierre” les messages si importants à emmener en zone libre. Enfin bref, c’était lui, c’était moi, c’était nous.

Après la révélation, nous sommes restés silencieux un long moment. La petite dormait toujours là-haut. Nous nous sommes promis l’un contre l’autre, dans le lit conjugal, d’arrêter nos conneries. Cela a été peut-être la plus belle nuit de notre amour.

Nous nous sommes avoué en 1957 seulement, que nos conneries, nous ne les avions pas cessées du tout. Nous avions juste changé de réseau, en expliquant chacun pourquoi à qui de droit, pour nous retrouver du coup, toujours liés par le même mensonge. Il n’y avait pas 36 réseaux de résistance près de Langeais…

J’aime rire ma petite fille. J’adore tes filles qui sont mes arrières petites filles. Mais il te fallait savoir que je n’ai pas toujours été cette vieille femme drôle et parfois semblant naïve. Le révolver sur la tempe me réveille souvent la nuit et j’ai à nouveau peur.

Et depuis qu’IL n’est plus là, j’ai de plus en plus peur. Il est parti mon mari, mon chef de réseau, celui avec qui j’ai tant partagé dont une partie de ma vie sans le savoir. 5 ans, c’est peu, cela peut être tout.

Rappelle à tes filles que je n’étais pas que l’arrière grand mère rigolote, que je n’étais pas qu’amour et insouciance, que je n’étais pas que celle qui fait un “super réveillon du jour de l’an” avec du jambon et des nouilles.

J’ai été aussi l’inconsciente qui ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait, qui durant toute l’occupation a promené dans sa culotte ou son porte jarretelle, des messages ultra importants. Et rappelle à tes puces que leur arrière grand-père si bonhomme s’est révélé capable de tuer un ennemi parce que c’était comme ça et sinon bien plus de morts. Nous nous ne sommes jamais sentis héroïques : juste pris dans un temps fou qui passait sur nos vies. Ce n’est que trop tard que nous avons su ce à quoi nous nous étions exposés. Mais c’était trop tard car si à refaire : refait…

Je t’embrasse ma petite fille.

Maria.

PS : je n’étais que la femme de son petit fils, mais elle m’a toujours considérée comme étant sa petite fille.

Et pour les filles : oui c’est bien elle…  Comme quoi…

Posté le 14 mars '09 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, J'aime bien l'histoire. 14 Commentaires.

A découvrir ou à relire…

J’ai rencontré le héros j’avais 14 ans. Mon arrière grand père en avait 4 tomes dans sa bibliothèque, dans la collection Nelson dont il avait une horrible quantité de livres (il m’avait déjà refilé l’intégrale de Victor Hugo, j’étais ravie). Au 4ème tome on pouvait penser que c’était la fin de la saga. Mais celle-ci m’avait mieux plus que “les misérables” (allez savoir pourquoi…)

LE MOURON ROUGE
Auteur : la Baronne Orcsy, dont on sait tout de suite ce qu’elle pense des républicains et de Napoléon. D’un autre côté si on relit l’histoire des massacres de septembre et certaines périodes noires de la révolution, on peut la comprendre. La baronne…

Le héros est un anglais qui a décidé de sauver un maximum de “ci-devant aristo” de la guillotine, pendant la terreur avec un groupe d’amis à lui. Avec des ruses incroyables, et un flegme tout britannique. Et il réussit son coup à chaque fois, ce qui met Robespierre en colère, et c’était le genre de mec à ne pas énerver…

Et le mec à ne pas énerver met sur sa piste “Chauvelin”. Dans le premier tome, Chauvelin contacte une actrice française partie en Angleterre pour épouser un lord anglais. Il l’oblige à enquêter sur ce fameux mouron rouge qui est anglais, ayant des preuves de non patriotisme concernant son frère, ces preuves pouvant emmener le frère à la guillotine, même s’il est pote à mort avec St Just (et s’appelant de même) .

L’identité du mouron rouge est connue à la fin du premier tome, par les lecteurs, et par Chauvelin lui même à ses dépens d’ailleurs, c’est à mourir de rire. J’avoue que j’ai galéré un peu sur l’identité du chef de bande, mais on est égarés volontairement, comme Chauvelin… Sauf que, frustration, on comprend qu’il sait alors que nous n’avons pas tout compris pendant deux ou trois chapitres (bon j’étais très jeune tout de même, mais avec honnêteté je dois reconnaître que même adulte je me serais faite avoir…)

Quelle ne fut pas ma surprise un jour, de trouver chez un VRAIMENT BON LIBRAIRE, la série “mouron rouge” chez “Presses de la Cité dans la collection « Omnibus » (à savoir plusieurs livres en un, j’ai “les semailles et les moissons en un seul tome, dans la collection bouquin)

Et de découvrir qu’il n’y avait pas 4 tomes mais 9

  • Le mouron rouge
  • Le serment (mon préféré de A à Z, dans l’histoire et dans le déroulement de l’histoire, la manière dont les promis à la guillotine sont délivrée étant vraiment extraordinaire, le mouron rouge menant LA FOULE EN COLERE)
  • Les nouveaux exploits du mouron rouge
  • La capture du mouron rouge
  • Les vengeances de Sir Percy
  • Les métamorphoses du mouron rouge
  • Le rire du mouron rouge
  • Le triomphe du mouron rouge
  • Le mouron rouge conduit le bal.

J’avais 40 berges bien sonnées quand j’ai découvert la suite des aventures du mouron rouge. Après “le serment”, j’ai adoré l’épisode où Chauvelin (qui suit bien sûr le mouron rouge de A à Z, en échappant toujours à la guillotine), a besoin de ce dernier pour sauver sa propre fille. Et que la vengeance du mouron rouge est de sauver la fille de Chauvelin (qui le méritait bien)

J’adore l’ensemble. Sur le plan historique il y a beaucoup beaucoup de vrai. Cela se lit tout seul, c’est bien écrit. Les personnages sont attachants sans être des caricatures. Le héros ne se sent pas comme tel : il s’occupe et s’amuse un peu, c’est un peu le britannique flegmatique type. Il tentera de sauver le dauphin. C’est de la grande aventure, toujours renouvelée, aucun sauvetage ne ressemblant jamais à un autre.

Pour moi c’est à découvrir, à lire, distrayant, pas prise de tête, et donnant envie d’en connaître plus sur cette période noire que fut réellement la terreur (le mouron rouge sans mourir, cessera d’exister après le 9 thermidor).

Si cela vous tente…

Je sais qu’il y a eu un film de fait mais j’ai trop peur d’être décue en le voyant…

Est-il ici ?
Est-il donc là ?
Les français tremblent quand il bouge
Satan lui-même le créa
L’insaisissable mouron rouge…

Posté le 30 novembre '08 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 16 Commentaires.

Verdun. Le fatal 11 novembre de votre sorcière…

  • Il y a deux semaines : en déménageant une bibliothèque qui n’avait pas été bougée depuis des décennies, il y a eu un clic clic et nous avons trouvé ces deux objets.
    Les photos ne donnant rien, j’ai fait un scan, mais bon, c’est moyen… Sur l’un des objets, il est inscrit “bois de mort mare 1916″. Sur l’autre “1914 - 1915″. Au dos de chaque couteau travaillé, de jolies ciselures…
  • Il y a déjà un petit moment, mais finalement pas si longtemps, hier quoi… Pulchérie est rentrée un beau jour de sa classe de 4ème toute contente : le prof d’histoire organisait une journée à Verdun. Une excursion donc, et une excursion de toute une journée, même lorsque l’on est bon élève, c’est toujours bon à prendre. Pas de maths, pas de français, rien d’autre qu’une super journée à se la couler douce avec du car aller et retour, et une petite promenade quelque part.Je ne lui avais pas spécialement parlé de Verdun à ce moment là. Elle avait quelque part dans sa mémoire ce 11 novembre de CM2 où elle avait été totalement volontaire pour se lever tôt un jour férié, afin de déposer une gerbe ronde au pied du monument aux morts, avec dignité et une petite génuflexion qui avait fait plaisir au maître. (Delphine n’avait pas eu l’occasion de faire de même, nous étions parties je ne sais plus où…). Je lui avais préparé en silence un pique nique pour Verdun et Delphine éructait que sa soeur était la seule à faire des choses intéressantes. Déjà, j’avais emmené Pulchérie voir la Liste de Schindler alors qu’elle était en CM2. Delphine l’avait vu depuis, ce film, et chialé à la fin, mais elle n’en pensait pas moins : Pulchérie et moi n’arrêtions pas de nous bidonner à longueur de temps et c’était d’une injustice flagrante.Donc là, excursion pour le moins poilante et je ne savais pas trop comment aborder le sujet avec Pulchérie, n’ayant jamais fait cette poilante excursion. J’avais encore en tête le moment crucial où en 5ème j’avais découvert l’existence des camps de la mort pendant la dernière guerre mondiale. Le prof d’histoire nous avait apporté des livres pleins de photos illustrant l’horreur, et j’avais été traumatisée. Trop pour en parler aux parents, et ces images m’avaient hantée pendant trop longtemps, sans qu’ils ne prêtent trop attention à mes silences forcément de mauvais augure, et mes cauchemars nocturnes trop fréquents.J’avais trop le souvenir de mes nuits passées à scruter la vitre de ma chambre en y voyant se refléter les images des morts vivants, j’avais trop sur le coeur une absence de questions de mes parents. Etait-ce leur faute ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais seulement osé le leur dire ce dont on avait parlé en histoire, sauf qu’à l’époque, commémoration et autres, on ne parlait que de ça, même eux.
  • Pulchérie est rentrée le soir de son excursion, un peu silencieuse et c’était déjà mauvais signe, vu qu’elle charabiatait depuis sa naissance. Sa soeur essayait de savoir ce qui avait été super pendant cette journée, et s’était faite envoyer aux pelotes. Pulchérie s’était enfermée dans sa chambre avec le chat, refusant de diner et de parler. J’étais donc aux aguets, des pâtes à la carbonara en réserve au caz’où.Et puis, sa soeur couchée, Pulchérie est arrivée sur le canapé alors que comme de coutume j’occupais j’étais vautrée dans le fauteuil. Elle avait l’air dans le vague et j’attendais, me disant que moi je n’avais jamais osé aller me poser dans le salon pour parler à mes parents. Elle se mangeait encore les ongles et là, il lui restait à attaquer la lunule. Je sentais qu’elle allait craquer et déborder, elle était venue là pour ça, et je remercie le ciel : jamais mes filles ne se sont posées à proximité de moi le soir, comme ça, pour se taire. J’en veux encore à mes parents de mes silences parce que “pense à autre chose ma chérie !”
  • Tu veux que je te fasse réchauffer des pâtes ma chérie ?
  • Maman…
  • Maman… il y a la-bas une grande grande tour avec des crânes dedans…
  • … (je sentais l’image devenue obsession tout à coup, l’image qui hante, qui va hanter longtemps, et la voix était vraiment angoissée, et là, on souffre pour notre enfant)
  • Que des crânes dans cette grande tour maman ! Ca fait combien de morts ?
  • Je ne sais pas vraiment ma chérie. Beaucoup c’est certain…
  • Ce sont tous les morts de Verdun maman ? Tu te rends compte ? Tous ces crânes !! Elle est si haute cette tour, je me sentais toute petite à côté !!!
  • Non ma puce, tous les morts ne sont pas là… Il en a eu tellement !
  • Nous avons pensé un peu que c’était les crânes de tous les hommes morts pendant cette guerre…
  • Non ma puce. C’est un mémorial, et ils ne sont pas tous là…
  • C’est vrai, il y a aussi un cimetière avec tellement de croix. Pourquoi tous ces morts maman ? Le prof nous a dit qu’il fallait les compter par millions. Ca fait combien de tours maman, avec uniquement des crânes dedans ?
  • Je ne sais pas ma chérie. C’est l’absurdité de la guerre.
  • Alors pour un homme qui vivait il ne reste que son crâne dans une tour ?
  • Parfois oui… Parfois il est enterré quelque part. Parfois on ne l’a pas retrouvé, on en retrouve encore de nos jours…
  • Maman…
  • Oui ma chérie…
  • Tu peux me serrer très fort dans tes bras ?
  • Oui ma puce.
  • Et le mari de mémé Georgette il était là-bas ?
  • Oui, mais il est rentré lui.
  • Et ses cousins, ses frères ?
  • Non, ils sont restés là-bas.
  • Et leurs crânes sont dans le mémorial ? Maman ça m’a fait tellement peur ! Personne ne peut les regarder et les reconnaître. Je ne veux pas être un jour juste un crâne que l’on ne reconnaîtra pas !
  • Je comprends ma chérie. Tu étais peut-être un peu jeune pour aller à Verdun.
  • Non. Le prof avait raison, personne n’a chanté dans le car en revenant. Seulement je voudrais juste pouvoir dormir avec toi, pour ne plus avoir peur. Ca fait peur tous ces crânes qui ont été des hommes, qui ont aimé et espéré, et qui pensaient avoir une vie entière à vivre.
  • Maman… C’est écrit quelque part si ma vie doit s’arrêter trop tôt ?
  • Oui ma puce, certainement. Mais je ne veux pas savoir où et ne cherche pas à savoir… Tout ce que j’ai à te dire de la Bible c’est “tu ne connaîtras ni le jour ni l’heure”. Pour le reste tu la liras toi-même pour y croire ou non, critiquer ou non…

Et c’est ainsi que l’on passe une nuit à trois dans un grand lit, pour juguler une peur que même la petite soeur a voulu exorciser, car bien entendu elle était venue nous rejoindre pour apprendre que l’expédition Verdun, ce n’était pas top. Quand cela a été programmé pour elle, elle a eu mal au ventre et je l’ai dispensée. Elle savait déjà…

IL Y A MAINTENANT LONGTEMPS : un homme qui était de toute évidence ciseleur, artiste, a tué le temps plutôt que de tuer des hommes, dans sa tranchée, pour forger des couteaux un peu de style Bowie, dans des douilles d’obus. C’est gravé avec précision, le travail d’artiste est magnifique, les décorations sur la face A sont superbes, et il y a les dates de l’autre côté, traumatisante quand on sait “1914 1915″ et “1916″. Il restait encore du temps à passer avant la fin…

Nous n’avons qu’une certitude : si ces objets sont chez mes parents, c’est parce que mon arrière grand père les a récupérés. Parce que celui qui les a créés est mort.

Nous essayerons de les transmettre aux générations futures le plus longtemps possible. Qu’au dernier qui ne sera pas quoi en faire : ne jamais les jeter. Il existe des musées pour ce genre d’objet.

Et aujourd’hui encore, comme pour tous les 11 novembre : hommages à ceux qui sont morts si stupidement, à leur vie affreuse dans les tranchées, à leur courage, à leur attente d’une permission si rare, à leurs veuves, leurs mères désespérées, leurs enfants orphelins. A leurs fiancées qui ne les ont jamais remplacés, aux femmes qui ont souffert une attente horrible pour parfois ne récolter que le désespoir, à celles qui ont préféré mourir que de survivre sans eux.

C’est férié, mais rappelez vous que c’est parce que des millions de gens sont morts que finalement vous bénéficiez d’une grasse matinée…

D’après Maritza, il reste un survivant en Angleterre (109 ans tout de même), mais je ne sais pas si le rescapé canadien de l’année dernière, est toujours là. Nous savons que nous n’avons plus de “poilus” en vie en France.

Et ce qui me fait peur, c’est que le cauchemar en s’éloignant peut faire oublier les horreurs de la guerre…

In memoriam à tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont vécu le pire du pire, dans des conditions abominables, en pensant que c’était tellement atroce qu’après eux PLUS JAMAIS…. LA DER DES DER. Ca fait mal dans le fond de la gorge quand on y pense…

A voir ou revoir : un long dimanche de fiançaille, les sentiers de la gloire (mes préférés, qui évoquent les mutinés et les mutilés volontaires, et montrent bien ce que c’était)
A lire ou a relire : A l’ouest rien de nouveau, Les semailles et les moissons, Des grives au loup, et tant d’autres livres consacrés à cette guerre.

Et surtout, à faire : transmettre le plus possible à ceux qui nous suivent, les souvenirs que nous avons parfois eu la chance de récolter, l’histoire de cette guerre. Et également conserver les lettres de l’arrière arrière grand père, tout ce que l’on a pu trouver sur cette période. Jeter ce serait un crime (il y a des musées pour cela…)

Posté le 11 novembre '08 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 27 Commentaires.

Tout a changé

La_maternit__53271420Tout évolue constamment de nos jours. En bien, en mal ? je m’interroge parfois…

Lorsque maman m’a mise au monde, l’allaitement était déconseillé. Il faut dire que l’on pesait le BB avant la tétée, puis après, pour vérifier qu’il avait bien pris sa dose. Avec un biberon, on voyait bien tout de suite si la dose avait été prise…

Sauf que j’avais un problème grave (hémorragie méningée à la naissance). Maman était paniquée mais déterminée à m’allaiter. Après ma première nuit sous tente à oxygène (ne cherchez pas, ça vient de là…), au cours de laquelle elle m’a tenu la main toute la nuit, elle vit une sage femme un peu âgée débarquer en lui intimant d’un ton un peu sec “j’espère que vous comptez nourrir cette petite, qui ne va pas bien”. “Evidemment” rétorqua maman, et la sage femme se radoucit donc… Pour tout bien lui expliquer… Allaitement réussi…

A l’époque de ma naissance et de ceux qui ont suivi, un bébé qui pleurait encore la nuit, passé un mois déclenchait normalement une émeute dans toute la famille et le médecin se penchait sur le problème. Maintenant, il est courant d’entendre des parents déclarer que le petit de 6 mois, demande encore une fois la nuit. Je ne juge pas…

A mon époque il ne faisait pas trop chaud dans les chambres. On couvrait les bébés et on vérifiait qu’ils avaient les petites mains bien chaudes. Maintenant devant des petites mains bien froides on dit “c’est normal”. On confond peut-être avec la truffe du chien : je ne juge pas.

A une autre époque, on revint à l’allaitement maternel, presque obligatoire, à l’imposer quasiment à la mère même si elle ne se sentait pas de… Sauf que l’on ne pesait plus avant et après les tétées… C’était à la demande… Pratique pour le personnel de la maternité, moins pour la maman… Je ne juge pas…

A une certaine époque on couchait les bébés sur le ventre, sans oreillers. Puis vint la mode du “sur le côté”, ou “sur le dos, mais avec oreiller pour qu’il ne s’étouffe pas…”. On commença à parler de la mort inexpliqué du nourrisson, et on trouva des remèdes.

Chambre à pas plus de 19° (comme jadis finalement), sur le dos, sans rien sous la tête… Baisse de cette mortalité inexpliquée du nourrisson (et tant mieux, mais on ne parle pas de certains médicaments prescrits encore à la naissance de Pulchérie et qui ne l’étaient plus 3 ans après pour Delphine car considérés comme pouvant être responsable de cette pause respiratoire fatale). Par contre on ne donne plus de bain à la naissance (c’est très mauvais) et il leur faut un bonnet sur la tête pour éviter la déperdition de chaleur (évidemment, ils crèvent de froid sans rien dans leur berceau) pendant les 3 premiers jours : je ne juge pas…

Quand la deuxième de ma soeur est née, on ne l’a pas obligé à l’allaiter, mais on donnait le biberon à température ambiante : nouvelle mode : même plus la peine de réchauffer le biberon. Alors non seulement le bébé n’est peut-être pas forcément assez couvert, mais en plus il tête du moins de 37°. Hors, pour quoi est-il programmé ? têter du lait de maman à 37°… Je ne juge pas.

Maintenant on se préoccupe de la propreté 3 mois avant l’entrée à la maternelle. Avant, quand les mamans lavaient les couches et que les couches n’étaient pas confortables pour BB (le tissu mouillé c’est moyen confortable), BB était propre très tôt. A faire rêver aujourd’hui. Pour ma mère la plus tardive a été propre à 18 mois…

Evidemment aujourd’hui l’enfant dans sa couche mouillé est toujours au sec : aucun inconvénient. Et puis c’est esclavant de le mettre sur le pot de manière régulière… Donc un enfant c’est propre à 3 ans… C’est écrit partout : ils ne peuvent maîtriser leurs sphincter avant cet âge. Comment diable avons-nous maîtrisé les nôtres avant l’avènement de la “même mouillé c’est sec” ? Je m’interroge, je ne juge pas… (Et puis le marché de la couche c’est lucratif…)

Moi j’ai été bête et méchante… J’ai écouté maman. Pour découvrir que si Pulchérie pleurait une heure après la tétée, c’est qu’elle n’avait pas pris son compte, via pesage avant/après (mes filles ont survécu sans le bonnet, on se demande comment…). Je la réveillais donc pour lui donner la fin…  Pour Delphine cela n’a jamais été nécessaire : elle prenait sa dose et celle du prématuré de la chambre d’à côté. Pour Pulchérie : première nuit réelle à 30 jours, pour Delphine qui s’était d’office collée à 5 tétées par jours : à 16 jours…

Il était important pour moi qu’elles aient les petites mains chaudes, juste normalement. Je les ai couchées sur le côté (à plat ventre c’était vraiment dépassé) en vérifiant les petites oreilles.

Et puis pour la propreté, j’avais autre chose (et Albert également) à faire de mon fric que de leur payer les super changes complets même mouillé c’est sec. C’était donc un change complet pour la nuit, et dans la journée une couche normale avec une pointe (le moyen âge je vous dis). Pas à l’aise là-dedans. On veillait au bien-être jusqu’à 9 mois, après il fallait bien qu’ils comprennent (je parle de mes filles, et des enfants de ma meilleure amie qui a le même âge que moi), que pour être à l’aise  il fallait faire dans le pot…

Curieusement avec leurs couches à l’ancienne (et encore en tissu cela devait être pire…), elles ont très vite ressenti l’envie d’être changées, et accepté le pot avec plaisir. Pulchérie propre 100 % à 18 mois, Delphine à 20…

Ah j’oubliais : elles sont toutes les deux à Sainte Anne. Normal. Baignées à la naissance, sans bonnet pendant les 3 premiers jours, petites mains bien chaudes, nourries au sein à 37° voire même réveillées pour terminer le repas, avec des couches en cellulose toute bête, propres avant 2 ans, il était fatal qu’elles ne s’en remettent jamais…

Je ne  juge pas… J’ai juste à leur apporter des oranges toutes les semaines, bien fait pour moi…

Posté le 14 octobre '07 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

Robert Benoist

Oui c’est lui… Ici (cliquez juste avant sur “oui c’est lui”) et

Il fait partie de l’histoire familiale, mais du côté de mon grand père maternel (le mari de Mrs Morgan), alors que Tante Alphonsine était de la famille de cette dernière. Les deux familles avaient bien sympathisé (et on se demande pourquoi j’ai des problèmes…).

Il est né avec des conneries plein la tête… C’était une tête brûlée, un farceur de première, un gamin brouillon et téméraire, un aventurier dans l’âme.

Il est très particulier d’avoir une personne “célèbre” dans sa famille. Parce que Robert était célèbre de son temps. Pas du nôtre, tout le monde l’a oublié… Pourtant il a sa place dans le Quid pour avoir gagné les 24 heures du mans, et il est le premier réel champion du monde automobile français.

Ne reste de lui que son cénotaphe au cimetière du village, son nom sur le monument aux morts et plein de photos que Mrs Bibelot protège avec attention. Mais ses cousines parlaient de lui. Mon arrière grand mère, et tante Hortense. C’était leur cousin germain et elles se souvenaient surtout de ses blagues de gamin qui les avaient fait mourir de rire (genre, enfoncer la pipe du visiteur dans le TDC du chien et comment que tous les gamins rigolaient en douce de voir le dit visiteur tirer sur sa pipe après…).

Mon grand père s’en souvenait aussi très bien qui l’a connu longtemps, et Mrs Morgan avec qui il était marié à l’époque. Ils m’en ont parlé, ayant vécu de grands moments historiques, genre la future belle soeur de Mrs Morgan qui avait un amant à la Gestapo (et non on ne l’a jamais tondue elle, et tant mieux parce que c’était une pratique ignoble) et invitant celui qu’il traquait à dîner… (on met ça dans un film on se fait tuer). Tout s’est bien passé finalement, la photographie ce n’était pas celà à l’époque… mais pas mal de personnes assistant à ce dîner l’ont très mal digéré… (on bouffait mal à l’époque, c’était dommage de ne pas digérer un bon repas)

J’étais trop fière sur ce coup là quand que j’étais petite, d’avoir une personne célèbre, même disparue, dans mon entourage. Je l’enviais. Sauf que sa fin n’est pas à envier du tout et que son courage n’appartient qu’à lui ainsi que sa vie. La célébrité peut parfois rejaillir sur qui ne l’a pas méritée en somme. Mais aujourd’hui, je veux parler de lui et que l’on sache qu’il a existé. Et vraiment existé, autrement que comme héros. Comme un homme tout simplement, à qui je ne dois rien… que son souvenir transmis par des êtres qui l’aimaient…

Quand il a débuté dans l’aviation, son plus grand plaisir était d’aller faire du rase motte au dessus du jardin de sa grand mère à Achères, qui sortait en brandissant sa canne “Robert, descend, je te l’ordonne, que je te mette une claque“… Il faisait peur aux poules… Et s’amusait de voir sa grand mère brandir sa canne !!!! Ses cousines en rigolaient encore à 95 et 93 ans… Ca c’est un souvenir de famille !

Quand il a décidé de faire coureur automobile, chez Delage et Bugatti de préférence, tout le monde a été contre. Allait-il dilapider l’héritage familial en bêtises (mais où est donc passée la cassette ????). Il y a une course qu’il a gagnée malgré un tête à queue, en marche arrière… C’est normalement historique et je cherche l’article (illustré, de l’époque !) que m’a confié Mrs Bibelot et que j’ai tellement protégé que je ne sais plus où je l’ai mis… (mais je vais le retrouver, je pense qu’il est dans un certain tiroir auquel je n’avais point songé avant de commencer ce post… Ben non, je l’ai bien planqué, je serai obligée d’y revenir du coup…)

C’était le héros de mes grands pères, le Senna de l’époque (et encore, avec Senna, je date). Tous les gamins le connaissaient… Robert Benoist c’était LE coureur automobile de l’époque.

Vint l’autre guerre mondiale et évidemment il fallait qu’il fasse quelque chose même s’il avait pris un peu de bouteille (pas vraiment, d’après Mrs Morgan il était d’une séduction pas possible, et sur ce coup là on peut la croire, elle avait l’oeil…). Il était impossible qu’il reste immobile à ne rien faire. Pris pour la première fois par les allemands comme résistant reconnu, ces derniers ne trouvèrent rien de mieux que de le mettre au volant de sa propre voiture, dans un convoi. On en ricanerait presque. Evidemment il leur a faussé compagnie à la première occasion. On ricanerait s’il n’y avait pas la suite…

Mais vint sa mère mourante qu’il voulait absolument aller voir, ce qu’il fit au nez et à la barbe des allemands qui pourtant surveillaient les alentours, et puis tout à coup qui (qui l’a reconnu jour de dies irae) l’on sait dans la famille, pour dire aux allemands où le trouver, alors que l’on a accusé son frère injustement. La fille du frère (la nièce donc), est toujours de ce monde pour nous raconter, à nous, la dernière génération, ce qu’il s’est vraiment passé (c’est difficile parce que la pauvre a toujours sa tête à 90 ans mais est sourde comme un pot). La version officielle est qu’il se fit prendre en allant voir sa mère (ce qui la met toujours hors d’elle (la fille du frère) car elle l’a revu juste après). La version familiale est toute autre… Il se fit prendre dénoncé par… Direction nuits et brouillards après le passage obligé dans une rue de Paris de triste mémoire.

Mort pendu à des crocs de boucher car les nazis avaient beaucoup d’imagination, le 9 septembre 1944, à Buchenwald alors que la France respirait vraiment un air de liberté…

Paix à son âme et à ses cendres qui sont restées là bas. Au cimetière du village, au moins c’est bien lui qui est gravé sur le “in mémoriam”. “Robert Benoist, assassiné par les nazis en 1944″ (je vous fais grâce du reste) C’est lui, comme sur les photos de famille, comme dans les articles que tout le monde a gardé (Pulchérie veut récupérer un max, mais tout ce qui est papier, c’est pour moi !).

Paix sur terre… Et in mémoriam pour tous les anonymes qui ont vécu la même chose… Comme quoi la célébrité ne protège pas de tout. Tellement de talents, d’écritures en devenir, de chansons à succès, de vies tout simplement ordinaires, brisés net par les deux grandes guerres…

Hommage ici à Louis Pergaud, Anne Franck, l’auteur du “Grand Maulne”, et tant d’autres, engloutis par l’absurdidé humaine. Et hommage à Robert. Plus personne ne l’ayant connu réellement n’est encore en vie (sauf sa nièce et Mrs Bibelot, mais elle, était trop petite pour s’en souvenir vraiment, elle n’a que le souvenir de ses parents, surtout de son père, mais bon, elle l’a connu)

Et hommage aussi aux inconnus qui ne passeront jamais à la postérité et qui avait tout simplement leur vie à vivre et forcément un talent…

C’est aussi pour lui que le 8 mai on ne rigole pas trop dans la famille et que l’on assiste à la cérémonie… C’est peut-être férié comme le 11 novembre, mais ce n’est pas pour rien… C’est aussi pour cela que je m’en vas vous gaver avec la deuxième guerre mondiale pendant un bout de temps.

La vie n’a été pour eux qu’un long calvaire à la fin. Et une fin c’est important… Pendu à des crocs de bouchers, ça me tétanise toujours, j’en frémis à l’écrire. Comment peut-on infliger de telles tortures à son prochain ? Comment peut-on rester humain ainsi… ?

Pourquoi n’ai-je pas la Foi ? Pour tout cela… Si dieu existait, il ne supporterait pas

PS : vous remarquerez que je cite une anectode qui n’est pas mentionnée dans les articles en référence (qui ne sont pas d’accords sur la date de la mort, qui pour la famille via des témoins de confiance est bien le 9 septembre 1944). J’ai préféré vous présenter celui que ma famille a connu et ce que l’on savait vraiment…

Posté le 9 septembre '07 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. 1 Commentaire.

Paris libéré…

Paris_Lib_r_Paris est enfin libéré, c’est le symbole de la France, c’est comme si la toute la France était libérée…

Je ne vous parlerai pas de la libération de Paris, contrairement à ce que vous attendez de moi, si vous attendez quelque chose…

J’ai été toujours émue, à en pleurer comme une madeleine, devant les image de la liesse populaire, de la joie dans borne, par tous les films concernant la libération de Paris (et du reste), retrouvant ainsi Jean-Poirotte et sa faculté à pleurer devant la joie populaire… D’ailleurs nous avons parfois pleuré ensemble en nous refilant le pavé de kleenex…

Avant de continuer, je vais laisser la parole à un auteur célèbre : Paul Eluard… Poète et résistant :

“Comprenne qui voudra… Moi mon remords ce fut… La malheureuse qui resta… Sur le pavé… La victime raisonnable… A la robe déchirée… Au regard d’enfant perdue… Découronnée, défiguée… Celle qui ressemble aux morts… Qui sont morts pour être aimés”… “En ce temps là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On allait même jusqu’à les tondre…”

Il parlait tout simplement de ces malheureuses, prises au pièges des amateurs de justice… en ces temps de libération.

Entre Vichy et les nouvelles autorités, on vit des justiciers d’occasion qui d’ailleurs ne s’étaient pas vraiment distingués au cours des années passées en résistant, donner libre cours à des instincts qui n’était pas très purs… Il y avait dans la violence qui se disait inspirée du plus noble des patriotismes, la même composante sexuelle inavouée bien sûr, mais évidente, que chez les moines de l’Inquisition, tortionnaires pour le bon motif, quand ils soumettaient à “la question” une sorcière nue… Ces hommes et femmes là (qui avaient peut-être de la jalousie un peu forte au fond d’elles-mêmes, et donc de la frustration) n’avaient pas bougé un seul petit doigt pendant l’occupation, il était grand temps qu’ils s’y mettent, largement, la bataille de Paris (ou d’ailleurs) étant terminée…

J’ai toujours trouvé la photo que je vous livre, à gerber : le mec de gauche qui tient la femme par la main, sévère et juste (!) (pour moi c’est le faux cul de première, on est en plein dans “au bon beurre” de Jean Dutourd), celui de droite avec son beau costume, très content de lui, c’est le mac qui a vendu sa préférée aux allemands mais qui l’a oublié, réputation oblige. Et tout le monde riant à qui n’en peut plus, une liesse populaire qui là me fait peur et ne représente pas la vraie joie, mais la méchanceté à l’état pur. Ce n’est pas la joie de savoir l’allemand parti enfin, c’est la joie d’humilier à n’en plus finir… En plus ils se portent tous bien : ce ne sont pas les tickets d’alimentation qui leur ont donné une aussi bonne mine. Mes deux grand-mères ont terminé la guerre avec la ligne plus que “haricot”…

Car il y a aussi cette pauvre malheureuse dans le milieu, tondue, la croix gammée dessinée sur elle, résignée déjà à un sort fatal. Celle qui n’a rien à dire car derrière il y a la foule qui ne l’écoutera pas, qui ne l’écoutera jamais, qui sait tout, qui porte en elle la justice… Il y a celle qui s’interroge peut-être sur le sort de son enfant (l’enfant de la honte), qui ne comprend pas tout à coup pourquoi tant de haine contre elle…

C’est tout à coup le retour de Mademoiselle de Sombreuil buvant un verre de sang pour épargner la vie de son père, devant des révolutionnaires qui ne devaient pas être beaucoup plus moches. C’est la princesse de Lamballe sacrifiée… C’est la foule… Que je hais, que j’évite…

Souvent ces femmes avait “fauté”. Encore faut-il s’entendre sur le terme “fauter” quand on tombe amoureuse d’un ennemi certe, mais surtout d’un homme…  Elles avaient eu des bontés pour l’occupant. Pourquoi “des bontés ?”.  Elles les avaient parfois aimés vraiment ces occupants… Quelle détresse a dû être la leur parfois, et que de questions à se poser le soir dans la chambre… (”j’aime un allemand…”)  Il n’empêche que le glaive de la vertu outragée s’est retrouvé un beau jour dans les mains douteuses d’une justice du trottoir, laquelle prétendait se faire l’interprète de l’indignation populaire. Un peu facile aussi de liquider ainsi la voisine qui n’a rien fait du tout (et encore faut-il s’entendre sur le terme “avoir fait ou non quelque chose” car certains n’avaient eux, justement rien fait du tout avant la libération reconnue), mais à qui on doit un peu d’argent… C’est un peu comme pendant la révolution et la terreur : c’est à qui parlera le premier et criera le plus fort qui aura raison…

La justice se doit d’être sereine. Elle doit à tous le même traitement. Tondues, déshabillées, attachées à un poteau pour qu’on leur jette les pires immondices à grand renfort de cris de joies, la croix gammée dessinée sur le corps, parfois à coup de lames de rasoirs, ces malheureuses étaient-elles plus coupables que les grandes bourgeoises de la collaboration ? Mais ces dernières évoluaient dans de trop hautes sphères, étaient trop protégées pour que les justiciers crasseux (dans l’âme) du bitume songent à s’occuper d’elles aussi activement que de leur voisine de pallier à qui ils avaient parfois d’autres choses à reprocher. On en a jugées certaines, mais avec tribunal réel et tout et tout… (des actrices particulièrement, qui ont eu droit à un traitement de faveur) (là encore je ne juge pas). Ce que je juge c’est cette photo, et toutes celles qui ont pu être prises ailleurs (il y en a une où la femme est attachée à un poteau, le visage voilé, et à qui l’on jette n’importe quoi, j’ai préféré vous l’épargner). Ce n’est à l’honneur de personne.

Oui Paris libéré, la France libéré, c’est aussi cela… Cette justice populaire qui n’en est forcément pas une, qui n’en est obligatoirement pas une. D’ailleurs il manque sur la photo, ceux qui désapprouvaient fortement, parce qu’ils étaient forcément ailleurs…

J’aime bien le peuple, mais pas la foule… Hors la foule du trottoir un soir de libération, c’est forcément à se dire que la vie n’est qu’un long calvaire…

Et ils se portent tous tellement bien, ils ont tellement l’air en pleine forme ces justiciers du trottoirs, que l’on a peine à croire qu’ils ont souffert des privations de l’occupation… Là non plus je n’ai sans doute pas le droit de juger… Les autres ont peut-être préféré rester à l’écart de ce moment et de cette photo… Ne pas risquer leur vie pour intervenir, ou avoir autre chose de plus important à faire…

Les individus ne sont rien à côté des peuples… Pourtant ce sont eux qui forment les nations (Serge Dalens)

Posté le 25 août '07 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.

Ils l’ont fait…

Ils_l_ont_fait_10035778L’enfer est venu du ciel, l’enfer est venu des hommes.

Le 6 août 1945 à 8 H 15 (vous noterez que j’ai posté à l’heure exacte, sauf foirage de l’hébergeur), la première bombe atomique “utile” de l’histoire était larguée sur Hiroshima. Trois jour après, le mercredi 9, un autre champignon monstrueux s’élevait sur Nagazaki. Tout le monde connaît ces noms sans comprendre forcément ce qu’ils représentent. Moi même j’étais tellement jeune que je ne comprenais pas vraiment ce que ces deux noms de villes représentaient…

Les enfants, annonça le Président Truman (le président “de la paix”) à ses marins de “l’Augusta”, nous leur avons collé sur le citron (!) un pavé de plus de 200 000 tonnes de TNT !”

On l’applaudit. Aucun regret, aucun remord, et c’est une légende qui raconte que le pilote qui a largué la première bombe est mort fou de ce qu’il avait fait. C’est archi faux. Il est mort très fier d’avoir accompli sa mission. Un militaire ça obéit sans discuter et sans réfléchir, sinon ça ne serait pas un militaire. On ne déplore donc pas un mort de plus…

La guerre, cette horrible guerre qui avait déjà fait tant de morts, est enfin totalement terminée en en faisant quelques uns de plus, même si pour l’Europe elle l’était (terminée) depuis le 8 mai (à suivre donc, car nous sommes là en 1945 et qu’il y a encore 1944 à vivre après Oradour sur Glane). L’Amérique a gagné. L’ère atomique qui s’ouvre c’est le Japon à genoux enfin, l’Amérique à la tête d’un pouvoir maléfique qu’elle tentera de garder pour elle… Car l’ère s’ouvre tout juste, il va y avoir plein de rebondissements sur l’histoire de la bombe, qui a le droit de l’avoir ou non, et qui peut de l’uranium enrichir ou non (c’est le polar du 20ème siècle qui continue au 21ème, c’est dire)… La France l’a eue, en grand froid du coup avec son cousin américain, Lafayette ou pas…

A l’aube de cette ère atomique, les savants, Oppenheimer en tête avaient dansé pour saluer leur découverte, Einstein étant resté plus discret. En France la presse célébrait le soleil noir d’Hiroshima “une découverte sensationnelle… La plus formidable machine de mort que le génie humain ait inventée… Cette arme décisive, irrésistible, entre les mains d’un grand peuple pacifique, d’une démocratiie éprise de liberté, assurera la paix sur le monde” (France Soir) (j’ai dû louper un chapitre, je n’ai pas remarqué vivre dans un monde en paix depuis 50 ans)

Le reste n’était-il que littérature ? Surtout pas… Barbarie sans images, les seules publiées sont très soft… Un enfant porteur d’une nouvelle gangrène, des ruines absolues… On nous a toujours caché le pire… Car le pire c’est le “plus rien”, l’humain fondu dans le bitume lui-même fondu dans l’arbre d’à côté, jusqu’au point A où il n’y a plus rien du tout…

Ils ont osé. Ils l’ont fait. Ils avaient fustigé les nazis pour leur inhumanité, mais déjà bombardé Dresdes (ce qui n’est pas à leur honneur, car c’est une véritable horreur). Il paraît qu’ils n’avaient pas le choix, sinon la guerre aurait fait plein de morts américains encore… Car dans une guerre il y a le bon mort et le mauvais mort. On a beau avoir passé l’arme à gauche contraint et forcé, on fait partie des “bons” ou des “méchants”. Pas grave, Saint Pierre fait le tri sur une arrivée massive soudaine et Dieu reconnaît les siens (là il est obligé de se coller au boulot aussi, du coup ça le met de mauvaise humeur…)

Ils ont osé, ils l’ont fait. On l’a un peu oublié. Depuis, sur le plan de la destruction on est passé bien au delà des 200 000 tonnes de TNT (c’était vraiment des rigolos). On en a rajouté. Après la bombe A, la bombe H beaucoup plus destructrice (elle même allumée d’ailleurs par une bombe A), ce qui était forcément utile et diaboliquement obligatoire à posséder. Et puis Samuel Cohen a inventé “avec un crayon et du papier”, la bombe N, la bombe qualifiée d’inhumaine, ce qui laisserait à penser qu’il existe des bombes humaines surtout dans cette catégorie là où n’importe qu’elle autre d’ailleurs. Comment une arme peut elle être HUMAINE ?… Mais comme on évolue, on fait aussi dans les mines anti-personnel que personne n’a jamais qualifié d’humaines ou inhumaines… (mon dieu quelle distraction !)

Ils l’ont fait, ils en ont été fiers… Tout le monde l’a voulue, tout ceux qui ne l’ont pas la veulent. La bombe… Celle qui dessine dans le paysage ce champignon monstrueusement magnifique. On mesurera très longtemps après, son impact réel sur les générations à venir de survivants, sur l’environnement, mais on ira toujours de l’avant… L’Homme est ainsi : il avance, il progresse… Pour ce qui est de la bombe H par exemple, le principe de cette chose exquise est qu’avec un verre d’eau, on fournirait à la ville de Paris, de l’énergie pour une année, et proprement… Nous avons donc progressé, forcément…

Je laisse la parole à Albert Camus qui a découvert “la chose” en son temps…  “il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant, il y a quelque indécence à célébrer une découverte qui se met au service de la plus formidable rage de destruction“…

Le pauvre cher homme est mort, paix à son âme, parce que du coup il ne sait pas jusqu’à quel point le suicide collectif est d’actualité avec les problèmes de climat.

L’homme est un loup pour l’homme“… Ce n’est pas très sympa pour les loups… Moi j’aime bien les loups… Ils ne fabriquent pas de bombes propres ou sales, humaines ou inhumaines, ils pêtent peut-être mais sur le plan gaz à effet de serre, ça reste moyen comme cause de réchauffement (vu ce que l’on pête et eux que l’on a tenté d’exterminer, il n’y a pas photo)…

Qui pensera à ceux qui ont connu l’enfer en ce 6 août ? Qui pensera à ceux qui ont fondu ? Qui pensera à ceux qui sont morts à petit feu des radiations ? On en parle peu… On a oublié, c’est tellement pratique d’oublier… Surtout quand on est en vacances… Et puis ce n’est pas un chiffre rond… Alors on parle d’autre chose…

C’est ballot d’avoir fait ça en août…. Franchement les alliés c’était n’importe quoi… Au mois d’aût, je rêve !

La vie n’est vraiment qu’un long calvaire…

Posté le 6 août '07 par Calpurnia, dans J'aime bien l'histoire. Pas de commentaire.