Mon blog est né finalement, il y a longtemps. J’ai toujours adoré écrire et j’ai commencé mon dictionnaire d’une civilisation tordue, à la main sur des fiches cartonnées. J’écrivais tout le temps et sur tout, et lasse un jour de me coltiner une crampe dans la main droite (dite “la crampe de l’écrivain”), ayant un peu d’argent devant moi, j’ai fait l’achat de Mr Mac Intosh, ami fidèle. Oui, un ordi, comme lui, uniquement pour écrire (d’un autre côté que faire d’autre à part ses comptes et des stats (berk), vu qu’Internet n’existait pas, donc la connexion possible non plus)
Quoique surfant énormément sur Internet, je ne connaissais le concept “blog” qu’après cette triste histoire de deux jeunes filles s’étant suicidées et qui avaient annoncé leur décision d’en finir sur leur “blog”, précision des journalistes : “un journal intime tenu sur Internet” (ne pas compter sur eux pour se tenir réellement informés, et ils continuent à déclarer : blog = journal intime).
Un vendredi de juin dernier, Pulchérie me téléphona au boulot, alors que j’étais dans l’angoisse de ses résultats, pour me dire “ça y’est j’ai mon diplôme”. Fière de moi (c’est moi qui l’ai faite et élevée tout de même), et d’elle surtout, me voici sur internet, cherchant son site dont l’adresse était à la maison, afin de montrer les capacités créatrices de ma filles à 3 collègues avide et normalement préparées (normalement les gens fuient quand je parle de mes pastèques, sauf les vrais fidèles qui m’en demandent des nouvelles sans appréhension).
Avec LE mot clef, me voici sur un forum et une “méchante” répondant sur une histoire de film. Tiens, le style me semble familier. Que vois-je éberluée : l’adresse d’un blog. Comment ça, ma fille tient un journal sur Internet ? J’y cours, pas pour être indiscrète, juste pour voir… Et je tombe sur le blog de la méchante. Pas de doute, c’est elle, c’est ma fille et je trouve son blog super. J’en visite d’autres via ses liens, tous supers également. Il n’y a aucun “journal d’Anne Franck” sur ce que je visite. C’est alerte, sympa, c’est un monde que je découvre le soir à la maison, stupéfaite.
Donc un blog, je le découvre, cela peut être autre chose qu’un journal intime. Ca peut être de la cuisine, du design, des photos, du journal intime aussi mais que d’humour partout ! J’en aiurais des choses à y mettre, et si j’en faisais un ? Je fais. Sur Canalblog comme la méchante. Je sue sang et eau pour faire un semblant de mise en page. Au passage je signale à Pulchérie que j’ai trouvé son blog. Sur le coup, elle n’a pas trop apprécié, m’a dit qu’elle préfèrait que je n’y aille pas, que c’était sa sphère perso hors famille et amis… Je dis OK et je commence à laisser des commentaires chez d’autres…
Et voici ma Pulchérie qui me repère avec sa vision d’aigle, à mon pseudo… Elle me signale deux ou trois blogs (mes premiers) à consulter absolument. Parallèlement la voici en chasse du blog de tite maman qui a avoué en avoir ouvert un. Pas folle, elle s’est bien doutée que je n’avais pas dû chercher des serveurs à droite et à gauche et que j’avais pris chez canalblog ce en quoi elle avait parfaitement raison. Elle connaîssait mon style d’écriture et adorait mon dictionnaire d’une civilisation tordue et autres articles que sa soeur et elles lisaient sur Mr Mac.
Et donc elle tombe fatalement sur moi après quelques recherches, et vient me narguer au boulot (j’ai trouvé la gentille sorcière nananèreu), et m’encourager (dieu la bénisse). “Il est bien ton blog, j’en connais plein et tu peux avoir des lecteurs, je peux t’aider pour ta mise en page, tu as plein d’articles à y mettre, etc etc…”. Et donc fille aînée a reçu mon code d’accès, fait ma mise en page en accord avec le titre du blog, m’a expliqué le fonctionnement de la blogosphère (j’ai fait une gaffe au départ, j’en étais malade) et m’a fait de la pub chez elle.
Elle a bien évidemment un droit de regard sur les articles en avance (mais plus trop le temps maintenant) qu’elle découvre avant tout le monde, rectifie ma mise en page parfois vu que je suis une quiche (en voie d’amélioration). Du coup j’ai le droit d’aller chez elle, et elle m’a fait découvrir tout un tas de blogs sympathiques et amené des lecteurs que j’adore, qui bravent les spams pour venir me lire. Il y a en plus tous ceux qui m’ont découvert seuls et j’en suis ravie (je précise au passage qu’il est inutile de chercher de vrais sorts ici et que c’est fou le nombre de personnes qui veulent un sort pour se débarasser de leur belle mère…).
Bref mère et fille sont maintenant aussi soeurs via blogs. On en parle, on commente l’une chez l’autre, on fait des connaissances, c’est notre complicité… C’est super non ? Et là où je suis fière comme un pou, c’est quand Pulchérie récolte des lecteurs par mon biais, alors que d’ordinaire, c’est plutôt l’inverse. On est bête à tous âges…
Quel effet ça vous fait à vous, la mère et la fille ? Parce que tout le monde sait bien qu’il y a la mère et la fille… Ou alors vous êtes vraiment distraits…
Cette année le 11 novembre tombe un samedi, c’est scandaleux, et que fait la terre à tourner n’importe comment autour du soleil pour que cela tombe un samedi ? (Si ça change tous les ans c’est à cause de la rotation de la terre, et c’est aussi à cause de ça que votre anniversaire ne tombe pas le même jour de la semaine tous les ans…)
Un jour férié qui tombe un samedi, c’est l’horreur, sauf pour ceux qui travaillent le samedi. L’année prochaine cela sera un dimanche et tout le monde sera d’accord (sauf les gens du spectacle) : la terre fait n’importe quoi en tournant.
Un jour férié c’est un jour férié, c’est sacré, on ne travaille pas et c’est vachement mieux de ne pas travailler un jour où l’on travaille d’ordinaire (enfin c’est mon point de vue). Je n’ai pas d’états d’âmes particuliers lors des jours fériés (je reviendrais sur certains d’ailleurs), sauf pour 2 : le 11 novembre et le 8 mai.
Parce que ces jours là, si vous restez chez vous à vous la couler douce et à faire la grasse mat
mes lecteurs adorés (et moi avec),
c’est parce que des millions de gens sont morts
et que l’on a décidé de se souvenir d’eux.
Vous avez compris ? Je ne vais pas être une sorcière rigolote sur ce coup là.
Le 11 novembre est la date anniversaire de l’armistice de 1918 qui nous préparait la guerre mondiale qui allait suivre, comme si une ne suffisait pas (Hittller s’est assez servi de l’humiliation de l’Allemagne en 18 pour réclamer des guerriers, je sais, j’ai fait une faute volontaire pour décourager gogole). Vous vous en foutez, vous êtes nés après, mais n’oubliez jamais que vous vivez sur ces morts… Nous ne sommes que l’avenir de ceux qui sont morts en pensant nous le donner meilleur… (espoir insensé, vu la nature humaine)
Le 11 novembre quand que j’étais petite, j’aimais bien : il n’y avait pas école. Jusqu’à ce jour fatal où j’ai assisté à une scène que je n’oublierais JAMAIS. Après je n’ai plus jamais pu le voir uniquement comme un jour férié où l’on fait la grasse mat. Le mal, la souffrance, rôdaient…
Ben oui, j’avais mon arrière grand mère et sa soeur : tante Hortense (que mon arrière grand mère appelait “la gamine” d’ailleurs, j’y reviendrai un jour). Qui avaient connu en plein cette guerre. Je me disais qu’elles étaient déjà vieilles à l’époque vu qu’elles avaient déjà 28/30 ans environ lorsque cela a commencé… (leur vie quasiment sur la fin, 30 ans c’était vieux pour moi qui en avait 14, ça fait sourire après coup)
Ce jour là, pour le repas dominical (l’horreur, le 11 novembre tombait un dimanche !), elles avaient ressorti de vieilles photographies (oui on disait avec “graphie”) et les avaient commentées, sans que mon grand père ne moufte (pourvu qu’elles ne parlent pas du Général…). Les photos étaient celles du mariage de mon arrière grand mère, des parents de mon grand père donc… Il restait pensif et mélancolique. Nous savions qui étaient ces jeunes gens souriant et bravant l’avenir avec certitude. La photo avait été prise en 1910. Mon grand père regardait peu : il savait.. Il se souvenait de ce qu’avait été cette guerre pour le petit garçon qu’il était… Je l’ai compris après.
“Tous morts” disaient-elles avec tristesse. Oui tous les hommes présents sur cette photo (et les autres), montrant une jeunesse heureuse et optimiste, étaient morts pendant cette guerre, sauf le marié qui avait eu la chance de revenir, gueule cassée et gazé, il en est mort (des gaz) quand les allemands ont envahi la France à la suivante. Les allemands en France il ne pouvait vraiment pas supporter, il a cessé de lutter contre ses poumons en vrac, alors qu’il s’était battu jusqu’au bout de l’horreur en disant “plus jamais” (il avait eu du bol, il avait été blessé et gazé juste à la fin, en 1918…). Oui cet homme que je n’ai jamais connu avait tenu le coup jusqu’au bout en se disant qu’il épargnait l’horreur aux générations futures… Ils y croyaient vraiment, tous.
Le repas s’est achevé tout de même sur le dessert, les hommes sont partis à la chasse, maman avec mes emmerdeurs de frère et soeurs, et je suis restée seule à écrire mon journal, tâche importante lorsque l’on a 14 ans…
Et tout à coup… Elles s’étaient fait un thé, et elles se souvenaient. Tout haut, ne pensant pas que dans mon escalier (où j’adorais écrire), je pouvais les entendre et d’ailleurs je ne faisais pas plus de bruit qu’une souris (et encore).
Oui ce 11 novembre c’était “le souvenir” (et non la célébration) de la fin de cette horreur, sauf que les morts ne se relèveraient jamais même si le jeu était terminé. Tante Hortense avait perdu son fiancé (qu’elle n’a jamais remplacé), tous les cousins, petits cousins, amis étaient morts, certains dès le début, d’autres sur la fin (un chanceux le 11 novembre 1918 précisément 4 heures après la signature de l’armistice). Tous les hommes présents ce jour heureux étaient morts. Ami, cousin, ils avaient tous déserté la terre entre 14 et 18… Pour elles le 11 novembre c’était la journée où elles revivaient quatre années qui avaient plombé leurs vies.
Le marié était encore à l’hôpital le 11 novembre 1918 et ne redeviendrait jamais comme avant après tout ce qu’il avait vécu et vu ce qu’il était devenu. Pour tout le village : aucun mâle à revenir à l’exception de 7 éclopés à jamais, tous les autres étant morts. Le 11 novembre c’était pour elles le symbole d’une guerre, des veuves, des fiancées inconsolables et sans maris potentiels, des orphelins, un monde foudroyé, une génération fauchée.
Et elles pleuraient en se souvenant d’une femme du village (veuve, qui pensait sans doute que son mari allait revenir maintenant que c’était terminé) qui était sortie, débraillée le 12 novembre en chantant que tout était terminé et qu’elle était heureuse. “La pauvre, se rendait-elle compte ?” “ces cris de joie, comment pouvait-on être heureux ? Tu te souviens ? et ces horribles feux d’artifices avec tous ces disparus ? Tu te souviens du cousin Mac, le premier mort de la guerre ?” “et tu te souviens de la pauvre Madeleine qui s’est pendue en apprenant que Georges était mort deux jours après la fin ?” (un beau jeune homme sur la photo).
J’avais du mal à les entendre pleurer, une boule dans la gorge : elles ne représentaient plus uniquement des vieilles dames. Je découvrais leur jeunesse, leur chagrin. Elles étaient tout à coup la sagesse et la paix de l’esprit à jamais endeuillé, et je découvrais leur souffrance et que l’âge ne protège de rien. J’imaginais tous les hommes de ma vie ayant disparu, et j’ai refermé mon journal sans faire de bruit pour écouter et m’esbigner en douce après coup. Elles ont parlé longtemps et le temps s’était suspendu, personne n’est venu troubler leurs souvenirs.
Ce jour là, le 11 novembre, nous le leur laissions chaque année, et nous l’avons fait jusqu’au bout. Tout le monde s’éclipsait quand elles parlaient “thé”. Accord tacite de leurs proches : le 11 novembre n’était pas un jour de joie et il était à elles qui avaient vu la première guerre mondiale décimer leur génération. C’était pour elles la fin d’une époque. La fin d’une horreur. La fin tout simplement. L’horreur restait à jamais présente en elles.
Pour elles rien n’était terminé que leur jeunesse, à tout jamais avec ses fêtes et tous ceux qui n’étaient désormais plus là pour se souvenir. Pour toujours il y avait l’attente, la lettre espérée datée de 15 jours avant, l’angoisse du maire arrivant avec son chapeau et ses adjoints, précédant de peu l’avis mortuaire, qui allait chez la mère alors que l’on n’était que promise ou amoureuse… Il y avait pour elles à tout jamais les larmes et les sanglots d’une femme seule désormais et se devant d’être digne malgré la mort de son mari ou de tous ses fils. Il y avait les lettres contenant toute l’horreur de la guerre que les hommes leur taisaient (le croyant) (”je te remercie de m’envoyer une ou deux paires de chaussettes, il fait subitement un peu froid, ne t’inquiète pas pour moi, je suis à l’abri dans une tranchée”) (Je n’aime pas lire ces lettres, elles sont trop atroce quand on sait).
Mon arrière grand mère se souvenait toujours de son coeur “explosant” quand elle avait vu arriver la délégation ne lui annonçant QUE la disparition. Elle se souvenait de son soulagement quand elle avait su qu’il était vivant, des semaines après (des semaines de quoi ?, comment pouvait-elle vivre son quotidien ?). Elle se souvenait de sa souffrance et de son choc en le voyant gueule cassée opérée par des chirurgiens défiant l’impossible (et encore il avait été relativement épargné si j’en juge par ce que j’ai pu voir comme photos des opérations pratiquées sur des atrocement mutilés, leurs chirurgiens préparant sans le savoir la chirurgie esthétique de nos jours) (et Pulchérie se demande pourquoi j’ai jeté l’oeil de verre : par respect peut-être, personne n’avait le droit de le regarder en rigolant, et pouquoi ne l’a-t-on pas enterré avec ?).
Mon arrière grand mère lui a toujours tout pardonné après. Pouvait-elle faire autrement ? La guerre lui avait pris tellement d’êtres aimés, les enfants qu’elle aurait pu avoir et qui ne naîtraient jamais plus (les chocs répétés l’avaient ménaupausée précocement, ça existe). Comment pouvait-elle se réjouir UN 11 NOVEMBRE ? Et encore elle n’estimait pas avoir le droit de se plaindre : son homme était revenu : en vrac mais là tout de même.
Cette photo du mariage je l’ai chez moi. Je sais que tous les hommes présents ce jour là ne sont jamais revenus de l’enfer : sauf le marié. Et c’est atroce. Ils sont si nombreux, beaux et jeunes, plein d’espoir, regardant l’avenir avec défi surtout, comme tous les jeunes, et pourquoi sont-ils morts en fin de compte ? Qui se souvient de Plinistinius Gaeus mort contre les gaulois en 60 avant JC ? Pourquoi a-t-il donné sa vie en fin de compte ? (ne cherchez pas, c’est une image…)
C’était curieux pour moi de voir ces vieilles dames pleurer sur ce jour très précis qui me semblait un jour de délivrance, et cela m’a fait voir le jour férié d’une autre manière. Oui c’était une délivrance, la fin enfin, mais qui n’effacerait jamais les deuils. Le 11 novembre c’est un hommage…
Ca tombe un samedi… C’est très important ! C’est grave !
Quel jour sont-ils morts ? On dit “tombé au champ d’honneur“. Ca fait plus classe, mais cela veut dire la même chose… Ils sont morts tout simplement et nous on en profite… On ne travaille pas parce qu’ils ont vécu dans la boue, la faim et le froid ou une chaleur infecte, la crasse, parce qu’ils avaient peur, des poux et des morpions, la dysenterie, pensaient à leurs proches, attendaient une permission, voyaient leurs amis se faire tuer les uns après les autres, étaient aspergés de sang et d’autres choses immondes quand l’obus tombait sur le copain, parce que quelque part un obus ou un balle les attendaient… C’est ça le 11 novembre. C’est ce souvenir de ces poilus qui pensaient nous donner du meilleur pour l’avenir. Je n’oublie pas les allemands au passage qui ont donné aussi… mais pour qui ce n’est pas férié (comme quoi l’homme est con…)
Je suis tellement imprégnée du sujet qu’une année, le maître d’école de Pulchérie a cherché des volontaires pour déposer une gerbe devant le monument aux morts le 11 novembre (il est fou le maître, demain je fais la grasse matinée !). Je n’ai rien dit du tout, je n’étais pas en classe. Dieu sait pourquoi ma fille a dit “présente !”. Et je revois ma puce, réellement volontaire, sous une cape anti pluie avec capuche car c’était un beau 11 novembre triste, portant sa gerbe ronde avec dignité et fierté, bien droite, et la déposant en hommage à ses ancêtres, avec classe, au pied du monument aux morts, un 11 novembre pluvieux, en ayant sacrifié sa grasse matinée.
Vous ne pensez pas qu’il aurait peut-être été préférable qu’il n’y ait pas de guerre et donc pas de jour férié en célébration de sa fin ? C’est ce qu’ils doivent penser de là-haut tous ces sacrifiés, d’autant qu’on ne peut pas dire que cela ait rendu le monde meilleur…
Depuis longtemps le 11 novembre je pense à mes deux vieilles dames qui me manquent. Aujourd’hui encore je regarderai certainement un jour gris de toutes manières. Je me dirai que je n’ai jamais attendu MON homme, mon père, mon frère, je me dirai que je n’ai pas vécu cette attente… Et je remercierai le ciel de n’avoir pas connu cette horreur.
Je rends hommage à ceux qui m’ont précédée. Je n’arrête pas de me dire que je n’aurais pas eu leur courage… C’est très bête, mais c’est comme ça (je suis très facilement terrassée par l’angoisse). J’ai vu deux vieilles dames dignes pleurant sur l’absurdité et je n’oublierais jamais. Je pense que j’aurais été paralysée, en attente de nouvelles, incapable de vivre normalement… Nous n’avons qu’une vie et ce gâchis est à gerber, comme tant d’autres. Et nous nous sommes là à gémir que “ça tombe un samedi !”.
La vie n’est qu’un long calvaire surtout quand il y a la guerre…
N’oubiez jamais ce que ces hommes ont vécu. A l’ouest rien de nouveau, à l’est non plus… Parce que cela continue ailleurs…
Et je serais contente (!) si en me lisant vous leur avez consacré une petite minute (bon OK, 5…)… (je ne sais plus quel auteur a écrit “la guerre serait un jeu merveilleux si les morts se relevaient quand elle est terminée”).
Et pour ceux qui le souhaitent, hommes ou femmes, à lire : “Les semailles et les moissons” de Troyat. Pour ceux qui n’ont pas peur “a l’Ouest rien de nouveau” (Remarke, ce livre me flanque trop le bourdon pour que je recherche l’orthographe exacte, c’est la même absurdité côté allemand). Pour les films vous avez “un long dimanche de fiançailles” et “les sentiers de la gloire”. On a mit du temps à parler des mutinés de cette guerre et des mutilés volontaires…
Bon 11 novembre à tous et à vos ancêtres hommes et femmes à qui penser aujourd’hui.
La photo est d’époque. C’est elle mon arrière grand mère, toute heureuse le jour de son mariage, avec tous ces innocents ne sachant pas que leur mort était programmée et que leurs femmes termineraient leur vie en noir…. (J’ai l’autorisation de Mrs Bibelot)
Je vous le fais dans la même foulée que les fêtes, j’ai failli l’oublier, je m’en serais ouvert les veines…
Droit devant voici Halloween et le cortège de récriminations ou idioties qui vont avec (m’en fous je suis en congés du 27 au soir au 2 au matin et pouêt !!!! et comment que je vais aller extorquer des bonbons aux voisins pour les échanger contre du pâté et me manger du potiron avec mon balais !).
(Je signale au lecteur débarquant ici ou n’ayant pas tout suivi que le “pouêt” est généralement réservé à Pulchérie, mais que vu qu’elle me l’a piqué, je le lui pique à mon tour, on referme la parenthèse, faites un tour chez Hélène ou Jo, vous comprendrez (Pulchérie merci de faire les liens tu sais que ta vieille mère est nulle et ça t’amuse en plus)).
Je ne voudrais dire du mal de personne et Jean Poirotte a été dûment consulté : j’ai le droit de le citer ici. D’ailleurs je ne dis pas de mal, je parle d’une vérité. Il déteste Halloween qui est pour lui une coutume américaine et les américains il les emmerde (comme beaucoup d’européens d’ailleurs), c’est simple. Donc tous les ans il nous fait son discours sur Halloween, il en est rasoir, mais il assume, persiste et signe sur ce blog.
Enfin quand je dis qu’il déteste : ça l’énerve profondément de devoir creuser un potiron (c’est hyper dur, c’est depuis que j’ai essayé que je lui ai refilé la tronçonneuse), se manger la soupe au potiron qu’il déteste, voir le potiron trôner devant sa porte avec une bougie dedans, et Mrs Bibelot lui faire une boîte après la soupe au potiron car elle a oublié de lui acheter à dîner vu qu’elle achetait des bonbons pour les enfants (le temps approche où elle va planter ses potirons elle-même dans le fond du jardin et l’envoyer les arroser, on n’ose y croire)
Donc “nouvelle coutume” ? c’est-y stupide et publicitaire ? (publicitaire certainement ne rêvons pas, stupide, pas plus que tellement de croyances…), trop neuf ? Du rebouillus ?
Même pas besoin de consulter gogole, j’ai pu me renseigner chez les anciens avant qu’ils ne me faussent compagnie.
Mon grand père maternel ne détestait pas Halloween, à l’exception du battage publicitaire qui allait avec. Il se souvenait que quand il était enfant, on creusait des légumes variés (du potiron au navet, voire même des choux et de grosses carottes), pour mettre des bougies dedans, et que l’on posait ces décorations partout devant les maisons. A l’époque c”était la lumière d’avant Noël. Les gens chez qui on venait sonner, donnaient ce qu’ils avaient fait pour ce jour là, parfois un bol de soupe, sinon des gâteaux ou des caramels maison. Le grand père d’Albert disait la même chose. Les enfants se déguisaient et avaient le droit ce soir là de tout faire sauf trop les zouaves, à l’époque fallait pas pousser non plus avec le style “je suis une bande jeune à moi tout seul…”
Ces coutumes connues par les anciens, sont parties aux USA avec les émigrants à l’avant siècle dernier (ben voui…). Et sur l’europe est passée la grande guerre. Le 11 novembre ce n’est pas top. Le 1er novembre qui précède tout juste est la fête de tous les saints et non pas celle des morts (qui a lieu le lendemain). Mais en souvenir de ces millions d’hommes happés par cette guerre affreuse, dans l’esprit populaire sage, l’amalgame s’est fait entre la fin d’une guerre et cette période où le temps n’est pas béni et les jours bien courts…
Le chrysanthème a fait les frais de cette période avec la fête : en France c’est la fleur des morts. La seule à mettre sur une tombe en souvenir d’un homme disparu pendant l’hécatombe, car la seule vivace à cette époque. On revois de jolis chrysantèmes depuis quelques années, que l’on a envie de mettre chez soi et de garder jusqu’à l’arrivée des cloches. Personne n’en est à offrir un chrysanthème à une maîtresse de maison comme dans les pays anglo-saxons… (c’est dommage j’adore les jolis à petites fleurs, jaunes de préférence ou rouge (c’est est un message subliminal))
Et un beau jour des marchands ont décidé de nous faire fêter Halloween à nouveau, mais en nous présentant cette fête comme une fête américaine qu’il était honteux qu’on ne fête point. Une vieille fête celtique en fait, venue d’une époque lointaine où l’on pensait que les esprits des morts revenaient pendant une nuit. Pour les calmer et leur faire plaisir on leur mettait des friandises, à manger, sur le pas de la porte. Les enfants décidèrent de se servir et de se déguiser en esprits ou fantômes pour abuser le généreux donateur. La tradition a survécu dans les campagnes malgré le christianisme et nous est revenue telle qu’elle était avant : une vraie fête, mais avec ses pubs et son fric à claquer (avec les fêtes qui se pointent juste après les impôts, c’est duraille).
Maintenant s’il faut aller travailler avec un chapeau de sorcière, un faux nez et un masque le 31 octobre, je dis non (d’ailleurs j’ai posé 2 RTT). S’il faut claquer des fortunes pour un masque en potiron, une fausse araignée et une citrouille électrique, je dis non également : c’est tout de même plus amusant de faire son horrible masque soi-même non ? Comment voulez-vous que nos enfants soient créatifs ? (regardez, Pulchérie et Delphine se dessinaient des toiles d’araignées avec mon crayon khol, elles n’en sont pas mortes !) S’il faut allumer une bougie et recevoir les enfants avec le sourire, je dis oui, pourvu qu’ils ne m’arrachent pas le sac en me traitant de salope qui a oublié le réglisse qu’ils adorent (ou qui en a pris et ils détestent)…
Et bon courage à papa pour le découpage et le mangeage de potiron…
Je préfère ne retenir que le convivial de cette fête, les rencontres, les sourires et les rires, et je suis volontaire pour la soupe au potiron. J’aime à croire également que les esprits de nos proches reviennent nous contempler cette nuit là. Je vous quitte, je préviens mes parents chéris que j’y serai, (avec une boîte de tripes pour Jean Poirotte pour pallier le manque de dîner), une cape de vampire pour Mrs Bibelot et moi, car il faut toujours savoir s’amuser…
La vie ne sera qu’un long calvaire pour ceux qui vont me croiser ce soir là… (j’adore faire le vampire sur une route de campagne la nuit, je sais c’est idiot, mais les voitures ralentissent, ben voui j’ai testé…)