'Chroniques d'une vie ordinaire'
Pour le premier jour, maman vient vérifier qu’à 9 H je suis bien réveillée. Elle tombe bien, cela fait des mois que je suis complètement décalée et me lève quand elle se couche pour sa sieste aux alentours de 13 H 30.
Mais bon, pour le jour de l’exode mes parents ont très bien sû me tirer du lit (pantelante et hagarde), à 6 H 30, donc le dimanche soir à 22 H, je me suis endormie sur un livre passionnant sur lequel je ne reviendrai pas parce qu’il était somnifère…
Donc à 9 H j’ai fais celle qui était en pleine forme sauf qu’il ne faut pas me parler avant mon thé au lait et la clope qui va avec, et la douche qui suit. Bref, je suis associale pendant 3/4 d’heure. Sauf que d’ordinaire je gère cela toute seule.
Maman est ravie de ma présence. Papa qui a mal au dos, la faute à qui n’a pas laissé assez le volant à sa fille ? me délègue (oh joie !) le plaisir d’aller faire les courses avec Mrs Bibelot.
Qui m’en parle comme d’une partie de franche rigolade. Ma mère adore faire les courses, je ne tiens pas du tout d’elle.
Et la voici qui m’emmène dans UNE GRAND SURFACE ! Je le comprends au moment où elle gare la voiture : le super U n’a rien à voir avec Rampion, et je suis prise au piège. Je pourrais me débattre : rien à faire ! Je n’y couperai pas !
En plus c’est le premier jour, la liste est longue comme ça, et elle me donne la marche à suivre. Qui connait ma haine des grandes surfaces comprendra que pour moi l’horreur était complète.
Je poirotte en fin de compte, à la caisse (3 d’ouvertes sur 12 on se fout de notre gueule), ma mère venant en rajouter dans le caddy sous des murmures indignés que mon oeil noir fait taire d’un coup. La caissière prend notre caddy en compte alors que je suis au bord de la crise de nerf, et nous voici dehors.
Maman a mal au dos aussi. Je vide le tout dans le coffre de la voiture, je ramène le caddy “sans oublier de reprendre le jeton ma chérie”, et je prends le volant car Mrs Bibelot a vraiment mal au dos. Ce n’est pas une femme à se plaindre pour rien, et elle est tout à coup ma petite maman…
Déjeuner, sieste des parents, nous partons à la plage.
Enchantement du premier bain, moi qui aime tant me baigner ! L’eau est bonne, délicieuse. Mrs Bibelot se baigne avec moi, nage. Je revois ma maman d’antan qui plongeait et faisait le phoque en nous encourageant à faire de même. Je revois papa également qui aimait tellement l’eau aussi et qui reste à la maison parce qu’il est complexé et n’osera plus jamais se baigner, alors que j’en suis certaine, cela lui ferait du bien.
Séchage dos au soleil, rentrage à l’appartement où papa prépare soigneusement le repas du soir (explications à venir), qui me signale que mon portable a sonné mais qu’il n’a pas osé répondre (l’appel venait forcément d’un cadavre dans un placard).
Je regarde qui m’a appelée. Ma soeur à qui j’ai confié Diabolos. Que je rappelle immédiatement en pensant que mon chat est tombé 10 mètres plus bas dans la cour de la ferme où elle a son appartement…
Non ce n’est pas cela. Je n’ose dire “hélas” car j’aime mon chat mais sur le coup j’aurais préféré.
Elle n’était pas bien depuis un petit moment ma petite soeur. Elle était malade dès qu’elle mangeait, elle vomissait tout le temps, elle vivait des spasmes à n’en plus finir après chaque repas. Acromion bénissant la famille désormais quasi au grand complet dans son répertoire, avait pensé à sa vésicule et lui avait prescrit des examens à faire si “après ce traitement cela n’allait pas mieux”.
Quand je lui avais déposé le chat, je lui avais trouvé trop bonne mine (je ne me pardonnerais jamais de ne pas avoir percuté qu’en fait elle jaunissait), l’avais trouvé bien maigre (mais comme dans la famille on lutte contre le surpoids cela ne m’avait pas alertée), mais elle, était contente que le traitement prescrit soit efficace.
Sauf que le lundi, malade à mourir, elle s’était tout de même décidée à aller passer une échographie et à se faire faire une prise de sang. Des calculs dans la vésicule étaient la cause de ses malaises, et aux résultats de la prise de sang Acromion l’avait appelée en lui intimant l’ordre d’aller se faire hospitaliser pour être mise sous antibiotique en perfusion… Elle faisait une infection grave du secteur vésiculaire, pancréas compris.
J’ai dis à ma soeur “je remonte demain”.
Elle m’a répondu “pas question, je te tiens au courant, Diabolos a de quoi boire et manger pour 3 jours, le temps que je revienne”.
Mon bain de mer avait désormais un gout amer. Ce moment où j’étais si heureuse, ma soeur essayait de me joindre pour une véritable urgence, j’ai raccroché l’angoisse au ventre.
J’étais déja malade. Pour ma soeur, et pour mon chat…
Et je n’avais pas le droit d’inquiéter mes parents qui ont déjà assez donné… Portant les paquets, soulageant les corvées, me restait le pire à faire :
Prendre des nouvelles de la malade sans alerter inutilement ceux qui l’avaient mise au monde.
Ca commence bien…
J’étais en vacances chez le prisonnier et Mrs Tricot, et c’était un jour de “je m’ennuiiiiie”, le krikitu de l’enfant très chiant qui effectivement s’ennuie et ne se prive pas pour le faire savoir.
L’état d’esprit (l’ennui) me poursuivait depuis mon petit lever à 10 H 30, et rien n’y faisait. J’écoutais le coucou suisse égrener les secondes, en m’ennuyant mortellement.
- Un puzzle Coraline ? “non, je m’ennuiiiiieeee”
- Tu veux faire de la peinture ? ” non, je m’ennuieee”
- Un petit tricot alors ? on fait des crêpes ? Une promenade ? un jeu de cartes ? “Je ne veux rien faire, je m’ennuiiiiieeee”.
Le prisonnier malheureusement en congés, lassé par cette litanie, partit dans sa chambre et en revint avec un livre.
“Essaye de lire ce livre (j’étais déjà bouquinovore). Ce petit garçon dont on parle, c’est un peu moi, quand je traînais dans les rues de Paris gamin. Si tu ne comprends pas une allusion à une réclame (oui, on ne disait pas “pubs”) ou à quoi que ce soit, tu me demande, je t’expliquerai”…
Le prisonnier était resté un grand amoureux de Paris. Le mois de juillet était consacré à la mer, le mois d’août à la campagne où il rejoignait femme et enfants pour le WE. En semaine en août, sortant de sa boîte située juste en face de St Lazare, il “traînaît” dans Paris, retrouvant les odeurs de son enfance et une certaine nostalgie… Et en débutant le livre, j’ai cessé de m’ennuyer “Coraline vient dîner - je termine mon chapitre” (autre krikitu, mais de l’enfant absorbé par sa lecture)… Et j’en ai posé des questions à mon grand-père, et qu’il avait plaisir à y répondre !
Virginie Chateauneuf, belle mercière poitrinaire de la rue Labat, meurt brutalement, laissant Olivier, gamin de bientôt 10 ans, orphelin, le père étant mort depuis longtemps. Personne ne sait qui va prendre l’enfant, et en attendant un conseil de famille qui terrorise l’orphelin qui ne comprend pas ce que c’est, un grand cousin, Jean, et sa jeune femme Elodie, le prennent chez eux. Eux aussi habitent la Rue Labat et Olivier n’est pas dépaysé.
C’est un “gosse des rues” que l’on retire de l’école à cause de son deuil, qui “traîne” en nous entraînant avec lui, de loges de concierges en bagarres, qui se fait des amis adultes qui marquent : Bougras le débrouillard qui l’embauche pour des petits boulots, l’Araignée, homme infirme qui lui donnera le goût de la lecture et dont il va comprendre l’absolue misère.
Sous la plume chantante de Robert Sabatier, c’est son enfance qui remonte, avec des noms encore connus et l’adage qui allait avec (le sel Cérébos, les pâtes Lustucru), les tartines de phoscao ou de saindoux saupoudré de sel, la piscine avec le cousin Jean, le cinéma d’avant guerre où l’on pouvait voir, un documentaire, les actualités, les réclames, le film parfois à épisodes. C’est cet avant guerre qui sent la rue populeuse et sympathique de la pré-horreur, au printemps et au début de l’été. C’est la TSF que tout le monde vient écouter en venant s’installer devant chez la concierge, cette rue bourdonnante de vie le soir après le travail. C’est la semaine “anglaise” qui débute le vendredi soir, les maximes du titi parisien, les adages maintenant oubliés, le Montmartre ancien, les promenades d’Olivier sur les “fortifs” que le prisonnier avait bien connus.
Ce sont aussi les angoisses des mises à pied, les files de chômeurs s’allongeant sur certains trottoirs, dans l’attente d’un petit boulot pouvant payer la journée ou 2 ou 3 à venir. Une crise d’avant la grande crise que vit Olivier sans bien la comprendre. On croise le beau Mac que la rue traite de “bardeau” et qui donne à Olivier des cours de boxe, la belle Mado, trop belle pour être honnête alors qu’elle l’est. C’est l’époque des hommes avec casquettes ou chapeaux, des femmes en cheveux pour lesquelles c’est mal vu, du bas à donner à remailler, des lessives que l’on étale dehors, tout un monde encore vivant. Ce sont des sportifs dont le nom ne nous dit rien, des politiques dont peu nous “parlent”.
Olivier hante les rues de son quartier, avec une plaie au coeur, une culpabilité d’avoir perdu sa mère depuis qu’une bande de voyous lui a crié “ta mère est clamsée, bien fait pour toi !”. Pour lui la mort de sa mère, devient sa faute. C’est l’enfance cruelle dans la rue, avec malgré tout les rencontres qui font du bien, et l’incertitude de l’avenir. Où ira-t-il celui qui erre ? restera-t-il chez les cousins, partira-t-il chez ses grands parents paternels qu’il ne connaît pas ? Où chez la soeur de son père, celle qui est riche et qui a réussi ?
A la fin du roman, comme il y a des suites, je ne trahis pas un secret, Olivier quitte sa chère rue, les larmes aux yeux, pour partir chez sa tante et son oncle (qui a accepté de devenir son tuteur, car le statut de la femme à l’époque ne permet pas à la vraie tante d’être tutrice).
Reste à se précipiter sur :
- 3 sucettes à la menthe : où comment Olivier se retrouve propulsé dans un milieu “huppé” avec une tante persuadée que l’influence de la Rue Labat est définitive et doute que l’enfant puisse un jour s’en sortir. Elle ne montre d’ailleurs pas au départ de compassion particulière pour lui. Elle est donc sévère, et tient à lui inculquer que rien n’est dû. Orphelin il est et restera, et c’est la malédiction de l’époque qui pèse curieusement sur celui qui découvre un autre monde que la rue Labat, c’est encore l’époque où l’assistance publique ou être orphelin marque d’un sceau indélébile.
Olivier a deux cousins : Marceau, le poitrinaire qui lui erre de sana en sana, qui joue les caïds ce qui lui fait une drôle d’impression, et le petit Jamy avec qui il s’entend bien. Il y a les 2 bonnes qui ont bien compris qu’il n’était hébergé que par pitié, ce qui se révèlera faux, et le moment où Olivier tombe amoureux des livres et de leurs secrets. Et il y a l’oncle, maladroit, qui ne sait comment apprivoiser l’enfant… Et puis un drame à la fin qui fait repartir Olivier dans sa rue, à la recherche du temps perdu, la peur au ventre, et qui découvrira quand on le retrouve, qu’il compte malgré tout, qu’il compte tout simplement. On vit l’époque ou riche ou pas, on ne perd et ne gaspille rien, où les menus ont un parfum de presque perdu, ou la TSF envahit les ménages…
- Les noisettes sauvages : Olivier part en vacances d’été à Saugues, aux limites du Gévaudan, chez ses grands parents paternels, les parents de la tante si sévère. C’est un peu la campagne de mon enfance, c’est un de mes tomes préférés.
Des gens vivant durement, avec une réelle acceptation de leur sort, un fatalisme ancestral, une grande chaleur humaine qui règne entre tous ceux qui partagent l’âpre vie de la terre ou du travail manuel vont changer cet Olivier qui dans cette maison et pour tout le village n’est pas un étranger mais le fils de Pierre. Les portes du Gévaudan s’ouvrent à nous avec sa campagne non polluée, ses lavoirs, ses traditions, ses croyances parfois désuètes mais non dépourvues de bon sens, ses légendes terrifiantes. La cuisine est simple mais délicieuse, le tonton Victor est la force du village, la mémé peu engageante car peu expansive, le pépé raconte la famille à son petit fils, et l’enfant se déchire entre son Paris adoré, et cette campagne où il a sa place dont il vit la vie en plein, le jour où il aide la vache qu’il garde à mettre au monde son veau devant rester le plus beau jour de sa vie.
Ce sont les pêches miraculeuses auxquelles on convie les voisins les plus proches pour baffrer en société, le cochon sacrifié, l’attente du facteur, les galopades des gamins dans le village, les plaisirs simples de la fraise mure cueillie au bon moment, les casses croûtes pantagruélique des forgerons et travailleurs de force.
Et puis si le coeur vous en dit, il y a “les fillettes chantantes”, et les suites, aux frontières de la dernière guerre mondiale ou pendant cette dernière, quand l’enfant devenu homme, vivra à Saugues et ailleurs, la résistance, l’amour de la patrie et les déchirures.
Ames (trop) sensibles s’abstenir : parfois une larme coule, mais pas de celles qui font mal…
Merci Monsieur Sabatier pour votre vie si bien racontée et avec autant d’humanité !
Ne cherchez pas dans le dico, c’était et c’est sans doute toujours, une expression de ma première belle-mère (le furoncle).
Elle cuisinait plutôt pas mal, mais avait la sale habitude de faire brûler les 2/3 de sa cuisine. Et quand je dis brûler, c’était crâmé, irrécupérable, immangeable, ce qui ne l’empêchait pas d’apporter le plat sur la table : il fallait bien que l’on puisse voir qu’elle s’était donné du mal pour faire un gratin : un peu grisouné certes, mais un gratin tout de même (ça pour du gratin, c’était du gratin, c’était même du gratin de gratin…).
Tout le monde rouspétait naturellement, dont son mari, surtout le jour où elle a oublié un 24 décembre au soir, la dinde dans le four. L’animal n’avait plus figure humaine, et la sauce ressemblait à de l’huile de vidange. Même au niveau de la carcasse c’était immangeable et nous nous sommes rabattus sur deux bocaux de blanquette dont nous avons surveillé le réchauffage.
Elle était même capable de faire brûler les plats des autres, et j’ai le souvenir ému de deux tartes aux poires qu’elle m’avait demandé de faire (pâte sablée maison, poires au sirop maison + petit flanc aux amandes) comme souvent, car cette tarte je la réussis généralement particulièrement bien.
Les tartes sorties du four, à point, je monte faire la toilette des filles quand une odeur de brûlé m’arrive aux narines. J’appelle le Furoncle “il n’y a pas quelque chose qui brûle dans la cuisine comme de coutume ?”.
“Ca doit être tes tartes !”. Toute contente en plus… Le culot, mais le culot… Ben si c’était mes tartes. Sans rien me dire elle avait voulu les “arranger”, avait mis des amandes effilées dessus, les avait mises sous le grill et était descendue étendre son linge. Moralité mes tartes étaient grisounées et elle a bien ricané avant que je ne puisse me justifier, que moi aussi je faisais brûler des trucs, alors que je n’ai jamais rien fait brûler de ma vie… (note de l’auteur : si un regard pouvait tuer, elle serait morte ce jour là, et si c’était maintenant je lui écraserais une tarte grisounée dans la tronche sans aucun scrupule…)
Son argument choc était “moi j’aime ça comme ça”, et elle mangeait sa daube carbonisée pour bien nous prouver que c’était vrai. Un de ses gendres exaspéré lui ayant précisé “ben nous on n’aime pas ça comme ça”, ne l’avait pas perturbée outre mesure.
La vengeance (mesquine), est un plat qui se mange froid, heu non, grisouné en l’occurrence. Noël suivant : c’est moi qui reçois la belle famille (quelle joie) et pour l’entrée, je me suis cognée le nettoyage et la préparation de 6 kg de coquilles St Jaques fraîches. Je mets les coquilles au four en surveillant du coin de l’oeil bien sûr.
Vient le moment de servir. Je sers tout le monde sauf le furoncle et je mets le grill à fond au dessus de la dernière coquille (un peu moins garnie que les autres, ça ne se gaspille pas vraiment ces trucs là !).
Personne ne moufte, elle, cette conne, attend, ravie de pouvoir démontrer que je me suis trompée dans mes comptes, et alors qu’une gentille odeur de grisouné crâmé arrive de la cuisine, me signale toute fière de montrer à tout le monde à quel point j’étais nulle : “tu m’as oubliée Coraline, tu t’es trompée dans tes comptes”.
“Pas du tout moche maman, comme vous préférez tout brûlé, j’ai laissé votre coquille grisouner dans le four. D’ailleurs elle me semble à point, je vais vous la chercher…”
Que pouvait-elle dire en voyant arriver ses coquilles brûlées au 3ème degré ? Rien. Comme lui a dit le gendre précédemment cité (non sans perfidie) : “tu en as de la chance, pour une fois que quelqu’un pense à te faire tes petits plats selon tes goûts…”. Evidemment personne n’était dupe, mais personne n’a rien dit, c’est l’avantage du coup mesquin fait avec l’air innocent (j’étais même prête à prendre l’air niais).
Du coup, elle a tout mangé, avec le sourire, et ne s’est plus jamais occupée de ma cuisine…
Je sais, là encore, c’est mesquin… Contre elle, tous les coups m’étaient permis…
Mais pour une fois, c’était pour elle que la vie n’était qu’un long calvaire.
D’un autre côté après le coup des coquilles St Jaques carbonisées, elle a arrêté pendant un temps de tout faire brûler pour faire la débordée. C’était toujours ça de pris.
Il y avait déjà eu la rhumato sadique et sa prise de sang que je n’ai jamais faite, nanananèreu… (ici). C’était rapport à une épaule merdique, on a les articulations que l’on mérite (et ça rime avec arthrite je vous signale, on m’admire, merci).
Là j’avais un problème qui trainait depuis un petit moment : une chute de cheveux anormale.
Nous pouvons tous perdre normalement jusqu’à 100 cheveux par jour sans problème paraît-il, c’est d’ailleurs à ses cheveux égarés chez ses victimes que le coupable se fait prendre dans “la clinique du docteur H” et dans plein de films. Moralité, pour réussir un crime, couvrez vous la tête avec un collant et mettez des vêtements neufs, dénué de tifs volages, en prenant une voiture de location qui contient les cheveux des autres que vous déposerez sans le vouloir chez votre victime. Aller louer une voiture avec la tête couverte d’un collant cela peut-être intéressant : vous me raconterez.
J’ai toujours beaucoup perdu mes cheveux sans m’alarmer après une première consultation il y a bien longtemps, et comme ils sont moyennement longs, cela fait tout de suite du volume. Mais là, 3 mois après être rentrée chez Trucmuche (relation de cause à effet ?), j’ai commencé à les perdre 2 à 3 fois plus que d’ordinaire. (Savoir en effet qu’un cheveu tombe 3 mois après sa vraie mort, pour être normalement remplacé par un nouveau).
Donc, pour faire faire des économies à la SS (LA SECU !) j’ai été obligée de prendre RV avec le Dr Acromion, afin qu’il me fasse une recommandation pour le dermato. C’est obligatoire et économique, je ne le répèterai jamais assez.
D’un autre côté, il en a profité pour me prendre la tension, normale pour la première fois depuis 2 ans, comme quoi l’important est de ne jamais désespérer (Midnight Express). Il a aussi examiné ma chevelure (tout de même), constaté qu’il n’y avait pas de pelade (qui se soigne sans dermato), ni trace de dépilation à un endroit ou un autre (la chute des cheveux chez les femmes peut se passer à des endroits stratégiques qui permettent généralement de faire un diagnostic à coup sûr), que j’avais les cheveux bien implantés serrés, mais très très très fins. Il a même tenté de tirer sur une mèche pour voir en s’excusant (c’est important) si cela tombait trop facilement.
Il m’a bien fait un mot de recommandation pour que je sois prise en charge par la SS (la quoi ?) et me voici en train de prendre RV avec son pote Olivier que je connais bien. Hors, cet Olivier de malheur, a les moyens de travailler maintenant à mi-temps, est s’est donc associé avec une jeune dermato.
Pas photo, je ne veux pas finir chauve : Olivier c’est juillet, sa collègue c’est le 14 avril, je prends RV avec elle.
J’ai vu débarquer une jeune femme autoritaire qui m’a montré le lieu de tortures d’un doigt avant d’aller engueuler la secrétaire, ce que j’apprécie toujours. Elle a regardé de travers le mot du Dr Acromion signalant qu’il n’y avait pas de traces de pelade.
Je pensais naïvement qu’elle allait vérifier par elle même. Que nenni. Elle m’a dit “il doit s’agir d’une carence en fer et d’une dermite seborrhéique”. N’ayant plus 20 ans et ne fermant plus ma gueule chez le médecin, je lui ai demandé gentiment si elle pensait vérifier par elle-même. Dans le cas contraire j’avais apporté un jeu de cartes : on pouvait faire un 421 pour savoir si elle avait raison ou non : je perdais elle avait raison, si je gagnais elle était obligée de m’examiner.
Elle m’a regardé d’un sale oeil (beaux yeux bleus mais sale regard) car le coup du jeu de cartes on n’avait jamais dû le lui faire.
Elle a donc été obligée la malheureuse, de regarder ma chevelure. J’ai retiré ma barrette, elle a allumé les sunlights des tropiques et a jeté un regard de 2 secondes, sans examiner tout mon cuir chevelu du tout.
“Ils sont très fins, c’est une carence en fer, et il doit y avoir une dermite seborrhéique”. Même pas elle a vérifié. Comme elle éteignait les sunlights, je lui ai signalé que j’avais 2 ou 3 petits kystes sur le front, bénins je le savais, mais qu’elle serait gentille de me retirer. Ce qu’elle a fait avec une tronçonneuse et l’air mauvais. Au prix de la consultation, autant l’amortir non ?
Et puis là, elle a rédigé son ordonnance. Un shampoing, une molécule indispensable aux cheveux, du fer.
ET une ordonnance pour une prise de sang.
Vous avez bien lu. Encore une sadique.
Bilan sanguin total (mais alors total) + le fer + dosages hormonaux + dépistage de la folie des cartes chez une pré-Alzeimer + bilan hépatique + bilan concernant les reins + recherche de je ne sais plus quels marqueurs, elle a oublié la syphilis, cela m’a contristée… D’un autre côté je me croyais dans Dr House, ça me faisait tout drôle. J’ai échappé à la ponction lombaire et à l’IRM de justesse.
Elle m’a remis la lettre pour Acromion, l’ordonnance pour la prise de sang et l’autre pour le reste (dont un shampoing remboursé par la SS, on rêve, car la molécule indispensable ne l’est pas), m’a demandé un chèque conséquent et devant ma demande, a réalisé qu’une feuille de maladie ce serait utile pour le remboursement à venir. Le tout a été torché en moins de 10 minutes.
Je devais revoir Acromion pour un frottis (ça y’est, c’est fait, et vous ?). Il a écarquillé les yeux devant l’ordonnance pour la prise de sang, son interne aussi. Et il a appelé son pote Olivier pour lui demander ce qu’il prescrivait dans mon cas. Juste le fer, et les hormones mâles (eh oui les filles, c’est affligeant, mais nous avons des hormones mâles qui à partir d’un certain âge peuvent nous nuire, ça ne nous étonne pas…)
Il a déchiré l’ordonnance d’un air rageur, m’en a refait une autre nettement plus soft relativement à mon budget et au déficit de la SS (la SECU !), à faire dans 4 mois uniquement, le temps de voir si le traitement donnait quelque chose.
Quant à la belle aux yeux bleus, elle n’est pas prête de me revoir. Je reverrai Olivier.
Dans 4 mois. Donc penser à prendre le RV dès le 1er mai. C’est férié, prévoir le 2 : c’est un samedi. Bref, prendre RV avec Olivier début mai pour le 15 août…

Il y a eu un jour 3 frères très proches, qui s’adoraient. Une enfance de rêve malgré la tourmente passée et celle à venir.
Des enfants de la soeur de Louis, pas d’Alphonsine. Des enfants de Léontine.
Des garçons. A une époque la famille côté maternel pour moi, ne savait fabriquer que ça. D’ailleurs de tous les côtés, il n’y avait que cela : des garçons.
Et les cris ont commencé bien avant 1940. Les hurlements de 3 hommes juste adultes et pas d’accord du tout du tout. Léontine en tremblait dans sa chambre de ses fils s’insultant tout à coup, se détestant, chacun étant certain de détenir la vérité.
Il y avait l’aîné qui avait gardé une jambe raide depuis la guerre d’Espagne à laquelle il avait participé de son plein gré, soutenu par le petit dernier et un silence poli de la famille. Il y a des silences OUI et des silences NON, c’est ainsi dans la vie… Là, le silence poli c’était “oui” et il se savait totalement soutenu.
Hurlant plus fort que les autres : le cadet, résolument pour la grande Allemagne, une Europe déjà, promise pour un Reich de 1000 ans.
Alors ça gueulait tous les soirs, l’aîné obligé de se servir d’une canne pour marcher et menaçant le cadet avec, le petit dernier étant admiratif, et l’autre criant au boiteux qu’il avait choisi le mauvais camp, qu’il boitait pour rien, pour du faux, que l’avenir était dans la dictature, l’ordre strict, l’épuration ethnique. Alors cela hurlait encore plus. Et entre frères c’était la haine. Il y en avait toujours 2 ou 1 qui manquaient pour le dîner sacré du soir, ils avaient pu juste s’entendre sur ce point très particulier.
Et Léontine en était malade, chaque soir. Son mari, grand blessé de 18 n’entendait quasiment pas, sauf le mot “allemagne” qui lui déclenchait des crises d’épilepsie. Ses fils attendaient que lui, dorme enfin, avant de s’affronter, comme 3 fauves, dans l’arène du salon familial, la haine aux yeux, la voix rauque, les muscles gonflés prêts à servir pour du vrai…
Son opinion, le cadet l’a tenue jusqu’au bout du bout, du tout.
Il est vrai que pour toute la famille, être rentré dans la résistance ou être resté neutre (il n’y avait que peu de héros finalement, sauf Robert Benoist (ICI)) était le mieux que l’on puisse faire. Mais il était seul contre tous. Peut-être que cela a été une vraie motivation. En tous cas il avait choisi son camp en étant sincère. Il y croyait. C’est ce qu’il a dit à sa mère avant d’être fusillé en 1944. A une époque tellement troublée qu’on ne sait pas qui avait tort ou raison.
Il y croyait vraiment, aux forces mauvaises des juifs, aux races inférieures, à l’horreur des francs maçons. Il le pensait vraiment que les allemands se battaient pour du pur. Il voyait vraiment les bolchéviques sur le sol français. Il oubliait tout simplement que des francs-maçons, il y en avait beaucoup dans la famille et qu’ils ne voulaient de mal à personne, sauf qu’ils ne lui ont pas, au moment crucial, pardonné de trahir leur camp car rien n’est neutre dans les temps troublés. Tous les francs maçons de la famille se sont élevés contre lui, se sont révoltés contre une image fausse d’eux qu’il renvoyait. Juste comme ça, juste avec des attitudes, des négations bien montrées, sans rien de plus. Eviter de lui parler, faire celui qui ne l’a pas vu, pour ne pas répondre à une provocation, pour oublier de l’inviter à un anniversaire, une fête de famille.
Il oubliait et reniait tout, parce qu’il y croyait vraiment. Il avait été avalé par la doctrine, subjugué par la grande Allemagne. Il revivait l’ancienne guerre à sa manière. Mais il y croyait et se sentait tellement seul chez les siens, qu’il a trouvé une autre famille.
Il n’a pas reculé devant ses vraies croyances. Disparaissant devant ses frères pour tout de même ne pas trop en savoir et ne rien avoir à dire, il a été un collabo actif, avant d’entrer dans la milice, sa vraie famille désormais, avec au coeur, l’idée qu’il avait raison. Il y a cru jusqu’au bout.
Toute la famille, même ses frères, ont eu tout de même de l’admiration pour lui, jusqu’au bout. Parce qu’il s’était battu pour un idéal auquel il croyait. Pour la famille c’était important, même si tout le monde pensait qu’il se trompait, et qu’en se trompant, il avait approuvé trop d’horreurs qu’il appelait des erreurs.
Beaucoup de ses proches se sont détournés de lui. Pour aller le voir en prison, juste avant son exécution, il n’y a eu que sa mère (mais une mère reste une mère, et la résistance l’a laissée passer), le benjamin qui pourtant s’était battu de l’autre côté du miroir, donc on l’a laissé passer également. Pour s’entendre dire : “tu t’es trompé”.
Et un oncle grand maître d’un ordre qui lui a tendu la main de la franc-maçonnerie en se refusant de juger, restant fidèle lui aussi à lui-même et à ses croyances profondes. L’aîné avait disparu avec sa canne dans “nuits et brouillards” pour revenir en 1945, mais tout le monde disait qu’il serait allé malgré tout voir son frère, la veille et le jour de son exécution. Il l’a confirmé en rentrant, fantôme survivant au bout du compte et au bout des erreurs de son frère.
Et celui qui croyait a répondu, fidèle en ses croyances : “non c’est vous qui vous trompez… Moi j’y croirai jusqu’au bout”.
“Pourquoi papa n’est-il pas venu ?, pourquoi ne m’a-t-il pas écrit ?”.
Le père, mutilé de 18, avait renié son fils, mais “faisait” comme s’il ne s’en rendait pas compte. L’a-t-il regretté ? nous ne le saurons jamais. Sans aucun doute a-t-il entendu de loin la salve, tueuse de la chair de sa chair et en a-t-il été anéanti. Car il n’était pas loin du lieu d’exécution en ce petit matin blême où celui qui croyait ou n’y croyait pas, a refusé qu’on lui bande les yeux pour affronter ses bourreaux, tous ceux qui se trompaient…
Parce que le fils croyait, lui, qu’il avait raison et ne s’était pas battu inutilement… Qui peut accepter de s’être battu pour rien ? Qui meurt pour rien ?
Il y croyait, tout le monde s’en souvient. L’oncle grand maître a décrété que chaque opinion est valable quand elle se vit jusqu’au bout et qu’il n’y avait pas à renier le sang de son sang. Jamais il n’a dit quoi que ce soit contre le sang de son sang, contre une pensée réellement sincère, même si, nous l’avons compris bien après, cela avait dû lui peser.
Mais dans la famille, cette foi obstinée faisait penser aux inquisiteurs de jadis. Eux aussi pensaient qu’ils avaient raison.
Où est la vérité ? Quand tout bascule autour de nous ?
Il n’avait pas de tombe, alors les franc-maçons de la famille honnis par lui, lui ont érigé un petit mémorial, quelque part dans la forêt, à un endroit que seuls ceux qui ont du coeur et connaissent l’histoire familiale peuvent retrouver.
Curieusement, ce mémorial n’est pas loin de l’endroit où Madeleine a choisi d’en finir.
Destinée ?
Il n’a pas su, le 8 mai 1945, qu’il faisait parti du camp des perdants, il s’était déjà anéanti dans la terre d’une fosse commune, avec toujours la foi chevillée au corps, la certitude d’être une victime… Alors que le monde d’après le 8 mai 1945 faisait de ses frères les vrais héros.
Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps, d’avoir à choisir un camp.
Je sais que certains m’en voudront de rendre hommage à un homme qui avait tout faux et que d’autres en profiteront pour venir me dire que ce post rend enfin hommage à la vérité. Je les mets tous dans le même panier : allez voir ailleurs… Ce blog n’est pas politique mais juste le reflet de vies ordinaires…
Mercredi 18 mars 2009, 21 H 25…
Je sors très peu, voire jamais, en semaine. Là exceptionnellement, comme je suis au chômage (premier coup du destin), rendez-vous à 20 H avec une copine bloggeuse pour un petit dîner entre filles.
Crêperie. Bon ou mauvais choix ? C’était bon, mais nous avons eu un petit problème avec le cidre, moi en premier, et finalement je n’ai pas eu d’autre choix que de rentrer chez moi un peu plus tôt que prévu… Avec la bolée de cidre le destin s’était mis définitivement en marche…
Je rentre donc, un peu pressée, et en sortant de l’ascenseur, je me demande si je rêve ou pas, mais je sens comme une odeur de gaz. Hallucination olfactive ? Avec une bolée de cidre ? Je veux en avoir le coeur net et je descend frapper chez les voisins du dessous en face. Le Monsieur ne sent rien chez lui et sort sur le pallier : je n’ai pas d’hallucination : ça sent légèrement le gaz, nettement plus à mon niveau, et encore pire au 3ème, et il me demande d’appeler les pompiers pendant qu’il s’habille un peu plus et fait s’habiller sa femme.
Chez moi ça ne sent rien, j’ouvre la porte fenêtre du balcon, je mets le chat dessus et là tout m’échappe. C’est quoi les pompiers ? Le 17, 18, le 118, le 188 008 (ils nous font braire avec leurs pubs…) ? Je fais le 18.
Donner l’adresse, expliquer calmement, donner mon nom et mon n° de téléphone, et m’entendre dire qu’il faut sortir de l’immeuble. Je descends pour avertir le voisin, et regarder comment fonctionne la “clef fermeture générale gaz” au rez-de-chaussée. La vitre est brisée, la clef n’y est plus, et de toute manière personne ne sait où se trouve le local où l’on peut se servir de cette fichue clef.
Je guette les pompiers. Cela paraît long. Surtout qu’ils hésitent avec le premier bâtiment, puis s’apprêtent à pénétrer dans l’autre escalier, là où d’habitude il y a toujours des merdes. Finalement ils me voient faire des signes les voilà. Ils sont 10, il y a même la grande échelle et évidemment des détecteurs de gaz. “Restez dehors madame !” Et les autres.
Le voisin alerté arrive : il a la clef de son voisin d’en face et est donc allé vérifier. Le vieux monsieur regardait la télévision, avec une plaque gaz ouverte à fond. L’autre l’a coupée (pas le choix, mais toujours le risque d’une moindre étincelle et que tout saute), a ouvert la porte fenêtre de la cuisine en suffocant et pour reprendre son souffle, et descend donc avertir l’origine du gaz et qu’il a éteint au moment où les mesures commencent dans le hall.
Mesures prises un peu partout dans l’escalier : cela commençait à sentir vraiment l’explosion possible. Vérification dans tous les appartements indemnes, ventilation de l’appartement incriminé, et examen du vieux monsieur qui n’a rien SENTI (il a totalement perdu l’odorat) et se demande ce que font toutes ces personnes chez lui.
Madame pompier qui l’interroge me prend à part après avoir passé le relais à un autre “Alzeimer au dernier degré, il ne se souvient même pas de son nom”.
Il ne se souvient plus non plus de :
- Ses date et lieu de naissance
- S’il a été marié
- Son adresse exacte
- Il ne sait pas quelle année nous sommes et quel jour
- Il sait qu’il a un garçon, mais ne sait plus s’il a une fille.
- S’il a dîné ce soir
- Comment fonctionnent ses plaques gaz.
- Ni ce qu’est un micro onde : “ce truc là dont vous devez vous servir pour faire chauffer votre repas” précise le pompier.
- Qu’il a une alarme au cou qu’il peut déclencher en cas de besoin (les pompiers ont repéré la télé-surveillance-alarme mais aucun numéro à appeler en cas d’accident)
- Il ne reconnaît vaguement que son voisin d’en face, sans pouvoir dire qui il est.
C’est la consternation chez les pompiers qui, nous le sentons bien, n’ont pas envie de le laisser là tout seul, mais l’autorité compétente (le chef des pompiers et les deux policiers arrivés sur les lieux) en décide autrement. Vu que le vieux monsieur n’a pas souffert d’un léger début d’asphyxie (il a juste manqué faire sauter tout l’immeuble, ceux qui ont tout mesuré partout ont précisé qu’à 1/2 H près cela aurait pu vraiment être le drame, et il aurait fallu plus d’1/H pour que cela s’infiltre réellement dans les autres appartements…) l’hospitalisation ne se justifie pas. Et c’est à nous d’appeler les enfants, puisque l’autre voisin en a les coordonnées… Un des policiers note tout de même ces coordonnées…
C’est maintenant la consternation chez les voisins alertés, de voir partir tout le monde au bout d’une heure, avec la certitude que le vieux monsieur n’a rien, en nous laissant sur les bras un homme qui a perdu complètement la tête et est potentiellement dangereux (même si le gaz a été coupé dans la gaine).
Nous appelons donc le fils. Sa soeur est chez lui, ça tombe bien.
- Son père est très bien entouré, il a une télé-alarme, une garde de la fin de la matinée au milieu de l’après midi (elle déjeune avec lui). On lui livre son repas du soir.
- Le voisin d’en face à une clef (et que ça à faire sans doute maintenant, d’aller vérifier si le gaz est toujours bien fermé)
- EDF refuse de lui couper le gaz uniquement sur la demande de ses enfants, et lui, refuse de quitter son appartement.
- Ah non, il n’est pas sous tutelle. Je précise, encore sous le coup de la peur atroce que nous avons tous eue, que c’est bien dommage, parce que là au moins, EDF ne pourrait plus refuser de couper le gaz.
- Et je précise également qu’une mise sous tutelle peut être faite en urgence. Ils vont voir demain, mais demain, c’est la grève générale. Ils ont bien des certificats médicaux et déjà un rapport des pompiers pour autre chose, mais n’ont entamé aucune démarche pour l’instant…
- Fils et fille sont bien à Paris, mais aucun ne déclare arriver dès que possible… Pourtant il est clair qu’il y a de nouvelles mesures à prendre.
Donc interrogation des voisins. Que pouvons-nous faire pour que ce risque soit jugulé et faire disparaître le risque d’explosion ?
Parce que là, c’est tout le voisinage qui va passer sa vie à renifler dans la cage d’escalier du soir au matin et du matin au soir… D’ailleurs tout le reste de la soirée et jusque très tard, régulièrement se sont ouvert et refermé des portes.
Car tout le monde en est conscient, si je ne m’étais pas trouvée, tout à fait par hasard, à 21 H 25 au bon endroit (en général à cette heure là, je suis plutôt répandue sur mon canapé), et bien… Tout aurait pu basculer… Car il n’y a quasi aucun trafic dans cet escalier entre 20 H et 8 H du matin.
Et nous étions tous d’accord avec les pompiers, il y a une limite au maintien d’une vieille personne chez elle. Là, ce qu’il faut à ce monsieur, c’est un garde malade à plein temps, et si c’est impossible, un déménagement…
Edit du vendredi 20 mars : le syndic a fait poser une sécurité sur les plaques gaz du monsieur en cause, sécurité coupant le gaz automatiquement en l’absence de flamme pendant plus de 90 secondes. En attendant la fermeture définitive du gaz chez lui.
Néanmoins, je me demande si nous avons eu raison, car vu le commentaire de Bruno on peut comprendre que tout un immeuble qui saute ce n’est pas grave, et qu’il est plus grave que cela sente le cadavre. Il semble oublier que sous les décombres d’un immeuble qui a sauté, ça sent le cadavre très rapidement, sans que cela ne puisse filtrer sous les portes et que j’ai été très claire : le vieux monsieur n’est pas abandonné et même ses voisins se soucient de lui (quel scandale !).
Merci néanmoins aux autres pour les gentils commentaires.
C’est comme ça, je ne me vante pas. C’est venu un peu contre mon gré, sans que je ne me rende compte. D’ailleurs je n’ai pas fait grand chose : je passais juste des messages, dissimulés sous mon porte jarretelles…
Tu la vois la Loire là ? Au fond du jardin ? De l’autre côté c’était la zone libre, nous, nous étions en zone occupée. Le pont, je le prenais régulièrement depuis longtemps, sur ma bicyclette, pour aller à la ferme qu’il y a juste de l’autre côté de l’eau. C’était là, d’après le grand-père d’Albert, mon Valentin, que l’on trouvait le meilleur lait, les meilleurs oeufs, le meilleur beurre. Cela faisait des années que je prenais ma bicyclette pour aller acheter le nécessaire de l’autre côté de l’eau.
Je ne sais plus comment tout a commencé, et le pourquoi du premier jour où j’ai franchi le pont avec la peur au ventre, en sentant trop fort le billet roulé rangé sous un élastique de mon porte jarretelles. Toi évidemment, tu portes des collants, tu ne connais pas grand chose de ce qu’étaient nos sous-vêtements.
J’avais aussi une combinaison en soie, et bien sûr des bas. La première fois, les allemands m’ont juste saluée au passage comme de coutume depuis qu’ils étaient là. Ils me connaissaient. Ils me regardaient et me disaient toujours “cheune matdmoizelle”. J’ai su longtemps après ce que cela voulait dire. Je n’étais plus une matmoizelle, j’avais déjà ma fille, ta belle-mère… Mais pour eux j’étais la cheune matmoizelle qui revenait avec du lait, des oeufs, du beurre… Je revenais surtout, avec le coeur plus léger qu’à l’aller, débarrassée enfin de ces messages qui finissaient par peser si lourd que je peinais à pédaler.
Je n’avais rien dit à Valentin. C’était secret de faire partie de la résistance. Je ne lisais jamais non plus les messages : interdit. Si j’étais prise je n’avais rien à dire… Je ne connaissais même pas le vrai nom de celui qui me donnait les papiers, et Je n’imaginais pas trop comment on pourrait me poser des questions mais j’obéissais aux consignes.
Et puis, tout s’est enchainé, et l’on m’en a demandé un peu plus. Et puis il y a eu ce soir, où ils ont frappé juste un coup à la porte avant de l’enfoncer.
Ils étaient 5. 3 en uniforme avec mitraillette, et 2 miliciens avec pistolet ou révolver, peu importe, à la main. J’ai eu un révolver (ou pistolet) sur la tempe et mon cher mari aussi. Et je m’en voulais. Je savais que c’était de ma faute, que c’était moi qu’ils cherchaient. J’aurais dû le prévenir tout de même un petit peu, voire lui demander la permission. A l’époque, une femme se devait d’obéir à son mari.
Il y avait juste 5 balles dans la bonbonnière décorant la bibliothèque. 5 balles que l’on m’avait confiées en me disant que parfois il manque juste une balle. Alors… 5… Je les avais planquées comme je le pouvais. Je sentais que ces hommes allaient ouvrir la bonbonnière et qu’il en serait fini de nous. Mon pauvre mari innocent allait payer pour mon inconscience et pourrait mourir en me maudissant. Je voyais les livres valdinguer par terre, entraînant la bonbonnière, et les balles s’écoulant sur le parquet…
Je me souviens de mes jambes qui flageolaient, de mon coeur qui battait de travers, de la peur absolue qui était la mienne. Et la petite, qu’allaient-ils faire à la petite dormant à l’étage, quand ils auraient la preuve que je faisais partie des forces judéo-maçonniques ? Qu’allait-il advenir de nous ? de lui ? d’elle ? Nous ne savions pas tout à l’époque, mais perdre ma fille de vue me faisait vraiment peur.
Ils n’ont rien trouvé. Ils n’ont pas ouvert la bonbonnière et ils sont partis en s’excusant, car leur réputation d’être Korrekts, ils y tenaient. Et je suis tombée par terre en disant “pardon” alors que Valentin me relevait en disant “pardon” également.
Il nous a fallu une heure pour nous comprendre ma petite fille. Lui croyait qu’ils étaient venus pour lui et il s’en voulait de ne m’avoir rien dit. Moi je pensais qu’ils étaient venus pour moi et je m’en voulais de lui avoir tout caché…
C’était lui mon chef de réseau. Je suis devenue tout à coup pour lui “la femme courageuse” qui passait des messages et il est devenu livide en songeant aux risques qu’il m’avait fait courir. Je savais enfin qui donnait à “Monsieur Pierre” les messages si importants à emmener en zone libre. Enfin bref, c’était lui, c’était moi, c’était nous.
Après la révélation, nous sommes restés silencieux un long moment. La petite dormait toujours là-haut. Nous nous sommes promis l’un contre l’autre, dans le lit conjugal, d’arrêter nos conneries. Cela a été peut-être la plus belle nuit de notre amour.
Nous nous sommes avoué en 1957 seulement, que nos conneries, nous ne les avions pas cessées du tout. Nous avions juste changé de réseau, en expliquant chacun pourquoi à qui de droit, pour nous retrouver du coup, toujours liés par le même mensonge. Il n’y avait pas 36 réseaux de résistance près de Langeais…
J’aime rire ma petite fille. J’adore tes filles qui sont mes arrières petites filles. Mais il te fallait savoir que je n’ai pas toujours été cette vieille femme drôle et parfois semblant naïve. Le révolver sur la tempe me réveille souvent la nuit et j’ai à nouveau peur.
Et depuis qu’IL n’est plus là, j’ai de plus en plus peur. Il est parti mon mari, mon chef de réseau, celui avec qui j’ai tant partagé dont une partie de ma vie sans le savoir. 5 ans, c’est peu, cela peut être tout.
Rappelle à tes filles que je n’étais pas que l’arrière grand mère rigolote, que je n’étais pas qu’amour et insouciance, que je n’étais pas que celle qui fait un “super réveillon du jour de l’an” avec du jambon et des nouilles.
J’ai été aussi l’inconsciente qui ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait, qui durant toute l’occupation a promené dans sa culotte ou son porte jarretelle, des messages ultra importants. Et rappelle à tes puces que leur arrière grand-père si bonhomme s’est révélé capable de tuer un ennemi parce que c’était comme ça et sinon bien plus de morts. Nous nous ne sommes jamais sentis héroïques : juste pris dans un temps fou qui passait sur nos vies. Ce n’est que trop tard que nous avons su ce à quoi nous nous étions exposés. Mais c’était trop tard car si à refaire : refait…
Je t’embrasse ma petite fille.
Maria.
PS : je n’étais que la femme de son petit fils, mais elle m’a toujours considérée comme étant sa petite fille.
Et pour les filles : oui c’est bien elle… Comme quoi…