Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

'Chroniques d'une vie ordinaire'

Un bienfait n’est jamais perdu…

Et moi qui déteste les dictons…

MAIS… Il était une fois une gentille sorcière qui, en 1994, a été dans l’obligation d’accepter n’importe quel boulot parce qu’elle était RMiste, avec 2 filles à charge. Qui a dû supplier un homme pour qu’il l’embauche, parce que même le SMIC c’était mieux que le RMI. Et un homme qui lui disait qu’elle était trop qualifiée, mais n’avait plus envie de la voir ramper à genoux devant lui, pour décrocher le job (je n’exagère pas vraiment…).

Et c’est ainsi que j’ai rencontré le patron le plus charmant de mon existence. C’était un domaine que je ne connaissais pas, mais j’avais le temps de m’y mettre. La société était en fait au bord du dépôt de bilan, il avait tout rapatrié chez lui pour sauver les meubles, et donnait de son propre argent pour la faire survivre (d’où les salaires minimum pour moi et un technicien indispensable). Pendant ce temps là, l’actionnaire majoritaire, vivait des rentes de ses autres sociétés en le laissant se débattre et perdre de l’argent.

C’était un homme vraiment charmant. Cela me faisait mal au coeur de le voir se battre pour rien. Je passais mon temps à répondre aux fournisseurs que oui mais, le règlement partirait le lendemain. En fait, j’attendais la fin, sans rien pouvoir faire.

Il était tellement malheureux quand enfin l’actionnaire majoritaire, le vrai patron, a décidé de mettre la clef sous la porte au lieu d’insuffler un peu d’argent, qu’il m’a fait vraiment peine, parce que j’ai un coeur d’artichaut. Après mon licenciement, le sachant perdu dans ses papiers, j’ai sacrifié une journée pour aller l’aider gracieusement à tout transformer en archives.

Je connaissais bien sa femme qui passait bien sûr tous les jours me voir dans le bureau mis en place à la hâte dans une annexe de leur maison. Femme charmante également.

Et puis j’ai retrouvé un travail chez mon avocat tordu, et puis après, chez Truchon. Et puis mon seul vraiment charmant patron est mort un soir, en faisant un petit somme dans son fauteuil. Manque de bol, quand j’ai croisé un enterrement un beau jour, on m’a juste dit que c’était l’ancien maire du village de mon enfance, et je n’ai pas pensé à lui, mais au maire suivant, ce qui ne m’a pas attristée… Du coup j’ai loupé les condoléances sincères à sa femme, quand j’ai su la vérité 2 mois trop tard.

Je savais par Mrs Bibelot que cette femme qu’elle rencontrait souvent (et moi pas), demandait toujours de mes nouvelles. Et puis il y a eu une brocante où je ne voulais pas me rendre, parce que la pluie menaçait. C’était en juin. C’est le destin. ON m’a poussée à y aller, et le premier stand, c’était cette femme que je n’avais pas revue depuis plusieurs années, mais dont je savais qu’elle s’inquiétait régulièrement de moi. Nous avons donc discuté longuement, avec beaucoup de chaleur, et quand elle a sû que j’étais au chômage, elle m’a demandé mes coordonnées. “Je ne vous promets rien, mais notre assistante ne convient pas, je vais parler de vous à mon patron”. Son patron, est celui qui a racheté les parts essentielles de la société qu’elle avait montée avec son mari, après le décès de celui-ci. Et à la façon dont elle ne me promettait rien, j’ai compris qu’en fait, elle me promettait beaucoup, ou alors c’était comme une intuition, mais je sentais que la chance allait tourner. J’y ai cru très fort, sans savoir pourquoi…

6 semaines plus tard, lundi : appel téléphonique. L’assistante a donné sa démission. Donc elle appuie fortement ma candidature, et Inch Allah… Elle se souvient à quel point j’ai été dévouée, que l’on pouvait compter sur moi, de mon travail. C’était miraculeux pour moi que Truchon avait essayée de démolir moralement, ainsi que d’autres… RV pris avec le directeur pour le lendemain, bon feeling, bon tout ce que j’espère. C’est à 5 minutes de chez moi, c’est tout à fait dans mes cordes, je croise les doigts, toute la famille le fait… J’ai l’impression que l’entretien est vraiment positif…

Quand elle m’a appelée pour m’offrir le poste, elle m’a dit qu’aucune rencontre n’était anodine et je pense comme elle. Je pense que quelque part, c’était la chance qui tournait, et surtout qu’il y avait eu ce moment, où j’ai aidé un homme dans la détresse, sans rien attendre en échange. C’était peut-être il y a 13 ans, mais c’était à ce point hier, qu’il y avait quelqu’un pour s’en souvenir… Et effectivement rien n’est anodin. Car le jour de la brocante, s’il avait plu 1 H plus tôt, je n’aurais pas rencontré celle qui serait importante pour moi.

PARCE QUE OUI ! TADAMMMMM ! JE L’AI LE JOB ! JE L’AI SU LE VENDREDI MIDI ET J’AI SAUTE DE JOIE COMME UNE GAMINE !

Le 18 août au matin, enfin, je serai à nouveau sur les rails… Croisons toujours les doigts… Parce que le seul hic, c’est que le patron n’a pas l’air caractériel du tout (comme Truchon) et ça, je sens que ça va me perturber grave…

Posté le 26 juillet '08 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, Histoire de sorcière. 50 Commentaires.

Compte rendu du dimanche (c’est nouveau, cela vient de sortir).

Actuellement, comme je range mes bibliothèques, je retrouve des livres que je n’ai pas lus depuis une éternité. Je suis une bouquinovore, et si je n’ai rien à lire c’est l’horreur.

Je viens donc de relire “VIRUS” de Richard Preston. Ce n’est pas un livre d’aventures, c’est l’histoire du virus Ebola, l’un des plus mortels qui puisse exister, depuis son apparition en Allemagne en 1967.

Apparenté à la fièvre de Marbourg, d’origine exacte inconnue, virus mortel venu des forêts équatoriales, on en connaît actuellement trois types différents : l’Ebola Zaïre, l’Ebola Soudan et l’Ebola Reston. Famille : filovirus. Nom commun : fièvre hémorragique africaine. Je suis vachement calée, forcément, je viens de relire le livre.

L’histoire est passionnante, traumatisante parfois, quand on suit le patient n° 1 qui forcément va mourir et va donner son nom à une souche de ce virus. Les symptômes font peur, et quand le Reston arrive à Washington, ne décimant finalement que des singes, on imagine aisément ce qu’il serait advenu si ce virus avait été mortel pour l’homme également.

Mais la fin, la conclusion de l’auteur, comme la première fois que j’ai lu ce livre il y a des années, m’a laissée rêveuse, surtout actuellement où l’on parle tant de l’avenir de notre planète.

“Voici quelques noms de virus émergents : Lassa, Vallée du RIft, Oropouche, Rocio, Q, Guanarito, VEE, Dengue, Chikingunya, Machupo, Junin. Les Hantavirus, les souches de Rhabovirus comme le Mokolo et le Duvenhage, le Dantec. Le virus cérébral de la forêt de Kyasamur, le VIH que l’on peut classer dans la catégorie des virus émergents parce que sa pénétration dans l’espèce humaine s’accroît rapidement sans aucune fin prévisible. L’agent de la forêt Semliki, le Crimée-Congo, Siudbis, Marbourg, Ebola Soudan, Ebola Zaïre, Ebola Reston”

En un sens, la terre est en train de fabriquer une réponse immunitaire contre la race humaine. Elle commence à réagir à l’homme comme à un parasite, face à l’envahissement contre une marée humaine, face aux espaces morts recouverts de béton, aux déchets mortifères de l’Europe, du Japon, des USA, etc, provoqués par ces primates prolifiques dont la colonie toujours plus nombreuse menace la biosphère de chocs mortels et d’extinction par son extension même.

Peut-être que la biosphère n’aime pas la présence de sept milliards d’êtres humains. On pourrait aussi dire que l’amplification extrême de la race humaine, intervenue dans les 150 dernières années environ, a soudain produit une immense quantité de viande, partout présente dans la biosphère et pas toujours capable de se défendre contre une forme de vie qui pourrait vouloir la consommer. La nature a des façons intéressantes de rétablir son équilibre. La forêt vierge a ses propres défenses. Le système immunitaire de la terre, si l’on peut s’exprimer ainsi “constate” la présence de la race humaine et commence à l’attaquer. La terre tente au fond de se débarrasser d’une vaste infection provoquée par le parasite humain. Peut-être le sida est-il la première étape de ce processus naturel d’élimination”.

Dans les études faites sur les apparitions soudaines de virus, rétrovirus, ou autres, contre lesquels l’humain est démuni, il n’y a eu pour l’instant qu’une seule conclusion. L’homme, en abattant des forêts, en détruisant des espaces, a mis en présence des écosystèmes dont la nature n’avait pas prévu qu’ils se rencontrent un jour. Rien n’est plus dissemblable que le haut d’un arbre et le lieu de ses racines dans la forêt vierge. Quand l’arbre meurt, petit à petit la faune le quitte, sans dommage. Abattre un arbre n’est pas un acte anodin. Des êtres vivants au sommet, porteurs sains de virus vivants en eux, se retrouvent confrontés à d’autres, eux démunis contre ces virus. On suit paraît-il la trace du VIH le long d’une autoroute africaine. ON cherche toujours d’où cela vient vraiment. Si vous voulez mon avis (non ? Tant pis !) on ne saura jamais.

Les anciens étaient-ils plus sages que nous qui voyaient en la terre une déesse, une mère, capable de se fâcher, de se révolter, tout comme elle était capable d’aimer ?

Contre le réchauffement, la planète pourrait faire, elle a des moyens, comme de multiples volcans rentrant en activité en projetant trop haut, des cendres qui bloqueraient les rayons du soleil pendant un long moment. Mais la terre peut vivre réchauffée, nous peut-être pas, et sommes nous si importants que cela à ses yeux ? Ou bien avec ce réchauffement, nous prépare-t-elle une glaciation qui nous détruira aux 3/4 ?

Que nous réserve-t-elle pour sauver ses mers, ses forêts, ses savanes, les merveilles qu’elle a engendrées, ses enfants, dont nous ne sommes pas les seuls, mais les seuls à savoir détruire entièrement une espèce ? Lorsque l’on voit le gâchis que nous sommes en train de faire, au nom de quotas ou autres, avons nous le droit de demander pardon pour continuer ?

Je n’ai pas vraiment d’avis là-dessus. Ce livre m’a une fois de plus bouleversée, tout comme Pulchérie avait été bouleversée par un film (ici).

Richard Preston.
VIRUS
Pocket 4448

Edit du lundi 7 juillet : les textes en gras et italique sont de Richard Preston et non de moi…

Posté le 6 juillet '08 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire. 10 Commentaires.

Mon bac (part 3)

Il y avait un petit moment (4 ans quasiment) que nous passions nos vacances avec meilleure amie, dans la maison de mes arrières grands parents, sans confort, sans eau chaude, sans chauffage. Les meilleurs souvenirs pour toujours de notre vie.

Nous allions donc réviser. Je ne sais pas si les parents y ont cru ces innocents. Peut-être nous pensaient-ils aussi stressées qu’eux.

Je précise donc : premières épreuves du bac passées (écrit), nous étions dans l’attente des résultats avec 3 options : reçu du premier coup, oral de rattrapage, ou recalé et peut mieux faire l’année prochaine.

Moi j’étais tranquille : le bac du premier coup les doigts dans le nez. J’avais assez bossé pendant 2 ans mine de rien, en étant régulièrement en tête de classe sans problèmes. Pas à m’abrutir à essayer de tout savoir trop tard 2 semaines avant les épreuves, comme beaucoup. Les révisions n’ont jamais été mon truc : je savais ou pas, mais généralement je savais ayant ingurgité tout au fur et à mesure et à bien y réfléchir, c’est dingue cette capacité d’apprentissage que nous avons dans notre folle jeunesse.

Meilleure amie se mariait en septembre quoiqu’il advienne. Nous avons donc révisé à fond pour nous préparer à l’oral de rattrapage, vous l’imaginez bien. Elle parce qu’elle s’en fichait de l’avoir son bac, moi, parce que j’étais certaine de ne pas avoir à cocher l’option “rattrapage”. Donc nous avons fait très fort, et sans bouquins d’aucune sorte :

  • A poil dans le jardin à causer de son mariage et à peaufiner un bronzage sans marque qui chez moi ne viendrait jamais, sans nous douter qu’un vieux voisin nous matait sans jumelles
  • A manger du riz au lait en nous racontant nos déjà vieux souvenirs et en faisant de la gym pour brûler les calories du riz au lait
  • A écouter la musique à fond (pour le plus grand plaisir des autres voisins), dont les Beatles et les Aphrodites childs de préférence, sur mon tourne-disques dont il est bien dommage qu’il ait été jeté un jour par ma mère qui normalement garde tout. Les filles se seraient battues pour, je le sens bien.
  • A puiser dans les recettes de Mrs Morgan pour nous faire des masques de toutes les couleurs et des bains pour cheveux idem
  • A aller nous baigner de préférence dans les étangs où il était précisé que c’était interdit (pourquoi interdit ?)
  • Supers souvenirs.

Vint le jour des résultats. J’avais tout de même une petite angoisse et pris le train avec mes copines de classe un peu crispée. Les résultats étaient affichés à Versailles (quel sadisme !) et papa le regrettait ce coup ci, mais il avait un chantier et ne pouvait m’emmener en voiture.

Ce fut la journée de la désolation. Classe excellente, quasi tout le monde avec avis très favorable. Du plus loin que nous approchions de ce fichu Lycée Marie Curie, on en voyait beaucoup trop pleurer. Les profs ayant déclaré rester coûte que coûte jusqu’au bout, jusqu’au dernier élève, avaient disparu.

Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. De loin, le seul garçon de la classe me fit “bravo”. J’étais là, dans les reçus du premier tour, j’ai bien vérifié. Mais pour toutes mes meilleures copines il n’y avait pas de rattrapage, et cela m’a gâché ma joie de les accompagner vers un retour sans retour. Nous n’étions que 4/30 dans mon cas et seulement 2 pour le rattrapage. J’ai appelé mes parents qui m’avaient fournie en petites pièces, pour les rassurer et tout de même partager ma joie.

Et puis donc, triste retour. Comment se féliciter quand tout le monde ou quasi pleure à côté ? Nous nous sommes raccompagnées les unes après les autres. Les réactions parentales étaient variables :

  • Ce n’est pas grave ma chérie ce sera pour l’année prochaine !
  • Bravo ! je n’en attendais pas mieux de toi !
  • Tu as toujours été nulle !
  • Tu n’es plus ma fille !
  • File dans ta chambre, on en parlera tout à l’heure !

Du coup je suis rentrée un peu tard à la maison. Tout le monde m’attendait pour un restaurant. Meilleure amie avait appelé : elle avait son bac aussi. Nous avons donc fêté ça, et j’ai oublié devant un trop bon repas, ma peine pour les autres.

Ce sont des jours de joie qui comptent dans une vie, en tous cas cela a compté dans la mienne car ce bac pro ce n’était pas rien. Je m’en souviens toujours avec émotion, ainsi que de tous les coups de téléphone que j’ai eus le lendemain, tout le monde étant encore là. En attendant avec impatience que je rentre pour ce restaurant dont je me souviendrai toujours du menu, les parents avaient eu le temps de prévenir tout ce monde…

J’ai tellement peu stressé pour le bac des filles que je ne me souviens que de l’annonce des résultats positifs… Je me souviens que j’étais vraiment confiante, qu’elles étaient bien classées quoique… Il en faut si peu : perdre ses moyens par exemple même si l’on est excellent.

C’est ballot… D’ailleurs encore maintenant puisque Delphine est toujours étudiante, je ne me souviens que de l’annonce du bon résultat… Bon OK pour son bac, j’étais en Tunisie et j’ai appelé la maison 16 fois avant de tomber sur elle : cette chipie faisait la fête avec ses copines… Avant même que je ne revienne, elle s’était déplacée sur Paris avec ma pince à épiler et mon ôte agrafe. Maintenant elle oublie carrément de me dire que ses partiels c’est OK, les enfants sont d’une ingratitude épouvantable…

Pardonnez moi mes chéries pour votre bac… Cela vous aurait peut-être fait plaisir de me voir me ronger les sangs. Ce sera pour vos accouchements. Je sens déjà que je ne vais pas en dormir de la nuit en faisant une crise de colite frénétique par solidarité…

Posté le 1 juillet '08 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, Histoire de sorcière. 8 Commentaires.

Un temps pour tout…

Il y a trop de temps à vivre dans notre vie, pour les passer tous en revue. Il y a malgré tout le temps où il faut tourner la page, il y a le temps où il faut regarder devant et non derrière, il y a le temps du souvenir qu’il faut laisser mourir. Non pas oublier, mais se rappeler sans amertume et sans larmes. Il y a le temps de la sagesse qui doit venir.

Qui étais-tu petite ? Et quelle était ta destinée ? Elle était écrite dès ta naissance, comme pour chacun d’entre nous, mais personne n’aurait pu y croire… C’est à cause de destinées comme la tienne qu’il vaut mieux ne pas savoir. Que c’est une bénédiction de ne pas savoir.

Les parents imaginent toujours pour leurs enfants, comme un chemin parsemé ça et là de cailloux blessants, mais un chemin qui va le plus loin possible, vers de lointains paysages. Tu devais contempler de ton regard bleu les vertes prairies, les torrents impétueux, les étoiles brillantes, les forêts enchantées. Tu avais devant toi un long chemin, des enfants à venir, des souvenirs à engranger, des amours à pleurer, des amours à aimer.

Pourquoi ta destinée était-elle finalement de laisser une plaie béante dans le coeur de ceux qui t’aimaient ? Pourquoi devais-tu laisser tes parents suffoqués par le chagrin, étouffés de larmes, pleurant silencieusement au coeur de toutes les nuits trop noires, après toi ? Pourquoi ta destinée était-elle de changer certains regards pour toujours et à jamais ? Les destins restent muets, sans doute honteux, et toi, tu ne savais pas pourquoi… Tu ne le voulais pas ce pourquoi, tu ne la voulais pas ta destinée. Tu ne l’avais pas choisie, car nous la subissons tous.

Pourquoi 5 syllabes ont-elles suffit à tout changer ?

Leucémie aigüe. Tu étais née trop tôt après la guerre pour qu’il subsiste le plus petit espoir qui existe désormais, même si parfois on l’oublie. A l’époque de l’annonce faite à tes parents, 100 % de décès, c’était la règle, le même taux de mortalité qu’avec la rage. Aujourd’hui peut-être aurais-tu une chance, même infime, malgré tout un espoir vrai.

Tu n’avais que 3 ans et juste 2 années encore à vivre, brûlée de rayons, gonflée des médicaments du dernier espoir, de l’ultime tentative, bourgeonnant de tests de la dernière chance que personne ne voulait t’infliger, ni te refuser, souffrant sans comprendre, aimant encore rire avec ta soeur et votre langage secret, et faire des farces. 2 années à avoir toutes les maladies, toujours quelque chose de forcément terrible pour toi. 2 années d’espoirs vains mais ne voulant pas mourir. 2 années à ne rien, ne surtout rien te dire, à t’imaginer de méchants contes et d’affreuses sorcières pour t’expliquer tes misères et tes gros malheurs. 2 années pour toi à parfois exiger de dormir avec ton reflet, ta jumelle, comme si elle pouvait te transfuser la vie non menacée qu’elle portait. 2 années à rejeter ta mère pour te blottir contre celle avec laquelle tu avais partagé 8 mois de vie et d’espérance de devenir. 2 années pendant lesquelles finalement tu savais… Et c’est cela le plus atroce.

L’hôpital était devenu ta promenade habituelle, l’endroit où ta mère t’emmenait en perdant dès la veille un kg de larmes et de perte d’appétit. Les prises de sang te faisaient toujours pleurer, les ponctions lombaires aussi. On te disait courageuse, mais le courage c’est affronter ce que l’on comprend, et toi tu ne comprenais pas. C’était juste ton innocence et ton amour de la vie que l’on perçait avec des aiguilles ou des trocarts inhumains, devant une mère paralysée par ta souffrance. Un simple rhume te repoussait aux frontières de la vie, une grippe n’était pas envisageable, une rougeole pouvait te tuer. Tout le monde était vacciné contre tout ce qu’il était possible de t’apporter risquant de te tuer.

Il y a eu cette nuit où la médecine t’a réanimée sous les yeux de tes parents qui ne pouvaient même plus pleurer. Et puis 3 jours plus tard, il y a eu ton départ, et une famille à jamais endeuillée, se demandant le pourquoi de 3 nuits plus tôt, et pourquoi ne pas t’avoir épargné 3 jours de souffrances qui faisaient taire ton babillage. Il y a eu deux personnes qui plus jamais n’ont pleuré après toi. Il y a eu tes frères et soeurs à jamais coupables d’avoir survécu. Il y a eu ce jour sombre et pourtant si ensoleillé où l’on t’a emmenée vers ta dernière demeure, cette tombe restée volontairement sans croix, sans pierre gravée, ce petit monticule de terre sous lequel tu repose depuis 45 ans…

Quand on le regarde ce petit monticule, il y a l’image insoutenable du fin squelette que tu es devenue sous cette terre mangeuse de chair, la négation absolue de la mort, que nous portons en nous. Et puis on ferme les yeux pour mieux penser à toi, et il y a les enfants que tu n’as pas eus, les amours que tu n’as pas vécues, les forêts enchantées que tu n’as pas parcourues, toute une vie que tu n’as pas vécue mais que tu aurais pu vivre sans parcourir des chemins forcément différents pour tous.

Et maintenant le temps rapproche de toi ceux qui t’aimaient, et se profile le jour où tu les accueilleras dans ce quelque part que nous n’imaginons pas et parfois en lequel nous ne croyons pas. Enfin tu seras victorieuse, quoique sans joie. Et le temps comble le fossé de ton absence, de chairs pouvant encore attendre, d’âmes perdues par le manque de mémoire, d’accidentés partis trop tôt…

A jamais et pour toujours pourtant, il y a tes grands yeux bleus qui ne comprennent pas, tes tresses blondes dont la lumière semble soufflée, éteinte, par la maladie. Et pour ceux qui restent, il y a du chagrin, de la peine à croire en une entité d’amour et de justice, un refus souvent, de rentrer seulement dans une maison du culte. Pour encore longtemps, il y aura des fleurs poussant comme seules sur ta tombe, abreuvées malgré tout des larmes de ceux qui silencieusement, en douce, avec culpabilité, viennent de temps à autre te rendre visite, en s’excusant de vivre.

Et il y a toujours la survie de l’espoir, pour ceux qui t’ont mise au monde, et espèrent envers et contre tous, envers et contre eux-mêmes, malgré ce en quoi ils ne croient pas, malgré tout…

Il y a ce moment qui viendra fatalement, où tu les attendras, tes petites mains ouvertes se tendant vers eux en criant “papa ! maman !” de ta voix à jamais enfantine et enfin joyeuse. Tu sentiras le bébé trop aimé et le soleil qui ne brûle pas et non plus le désinfectant honni. Tu chanteras les comptines qui t’ont été refusées mais qu’ils ont tout de même chantées pour toi, et tu aimeras trop fort ceux qui sont nés après toi dont tu diras que tu les protège. Et tu mettras tes petits bras autour du cou de ceux qui ont tant à t’apprendre même si tu as tout compris, tu pourras leur dire que tu les aime tellement fort que tu peux enfin accepter de mourir, et que ce n’était pas la peine qu’ils souffrent autant… Tout le monde pleurera, mais enfin de joie, là où tu les attends.

Ils le savent, c’est une certitude pour eux : tes yeux seront bien d’azur, et tes nattes dansant dans ce paradis fait pour toi et pour eux, auront la blondeur rayonnante de l’enfance et de l’espoir. Dans l’au-delà où, ils y croient très fort malgré eux, tu les attends, tu seras vivante pour toujours et à jamais indemne et heureuse enfin, fleurant bon l’amour, l’avenir et le bonheur sans nom. Et les rides du chagrin s’effaceront, et les sourires refleuriront, et les regards redeviendront purs et sans larmes.

Il fallait le dire, mais le dire enfin, c’était le dire vraiment. A celle qui restera pour toujours l’éternelle enfant victime d’une injustice affreuse, pendant que nous vieillissons petit à petit pour aller la rejoindre…

Adieu petite…

1958 - 20 juin 1963

Posté le 20 juin '08 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, Je m'insurge. 9 Commentaires.

Anniversaire…

Le 6 juin 2006 j’ai débuté mon blog pauvrement, un lundi de pentecôte où j’étais allée bosser. L’année dernière, j’ai fêté ma première année avec quelque surprise (car je ne pensais pas tenir aussi longtemps), en même temps que l’anniversaire du débarquement.

C’est toujours l’anniversaire du débarquement, date qui s’éloigne de plus en plus dans le passé, alors que c’était très proche quand j’étais gamine. Cette année j’irai rendre hommage à tous ceux qui l’ont vécu, et qui sont partis, et je regarderai certainement un film ou documentaire sur cet extraordinaire évènement. N’ayant pas terminé de parler de cette fichue guerre, je ne voulais pas faire de redite cette année.

Mais c’est aussi l’anniversaire de mon blog. 2 ans déjà. L’année dernière je ne savais pas que je fêterais cet anniversaire dans un vrai chez moi offert par mes filles. Cette année écoulée a été riche en bonnes et mauvaises surprises.

Cette année écoulée m’a vue perdre mon travail, mais avec ici même, une solidarité extraordinaire, un soutien auquel je ne pensais pas. J’ai vu mes parents fêter leurs 50 ans de mariage, j’ai fêté mon demi siècle avec toujours beaucoup de messages ici, j’ai rencontré enfin des bloggeuses amies ce qui conforte dans l’idée que le blog, c’est bien ! Mes filles égales à elles-mêmes vont bien et c’est un plaisir de chaque jour de les voir s’épanouir dans la vie.

Alors j’entame ma troisième année de blog en me disant que j’ai été très bien inspirée de découvrir celui de ma méchante et de créer le mien.

Bien évidemment, ce blog ne serait rien sans ses lecteurs. Alors merci à tous et à l’année prochaine, je l’espère, en touchant du bois et en croisant les doigts, ça ne mange pas de pain !

A demain, si vous le voulez bien !

Posté le 6 juin '08 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, Histoire de sorcière. 22 Commentaires.

Un joyeux bon anniversaire !

En fait la chanson qui me trottait dans la tête c’était “un joyeux non anniversaire - à moi ? à Vous !” dixit le chapelier toqué de Alice au Pays des merveilles.

Il flottait dans l’air du temps comme une déprime annoncée, comme une décennie à fêter, et j’avais dit NON ! Cette année je resterais chez moi, à me morfondre devant l’injustice du temps qui passe, devant la rigueur de l’année écoulée, devant l’injustice de trop d’injustices. Chez moi je prendrais les bonnes décisions, je ferais les bons choix, je réorganiserais enfin après tant de mois, ma disposition, je pousserais les meubles et mettrais du net et du joli dans ma vie… après ce jour morne.

Il flottait dans l’air du temps comme une conspiration qui s’annonçait, via des chuchotements que mon oreille encore jeune pouvait percevoir. Il flottait dans l’air du temps que je n’étais pas paranoïaque et tout à coup cette certitude qu’allait venir une surprise cette fois-ci non annoncée.

Il flottait dans l’air du temps mes deux bébés trop grandes filles maintenant qui ne voulaient pas laisser leur maman se morfondre un si beau jour de mai, le même que celui qui l’avait vue mettre le nez dehors.

Cela a été des “psitt Delphine !” de Mrs Bibelot, alors que je montais l’escalier et ne pouvait percevoir que ce “psitt !” un peu louche. Cela a été Delphine et ma soeur chuchotant un peu alors que je revenais de me laver les mains. Cela a été mes articles de Canalblog passés en archives et Pulchérie même pas inquiète me disant qu’en une semaine ce serait résolu. D’ailleurs une copine à elle que je connais avait eu les mêmes soucis, je pouvais la contacter pour qu’elle me rassure. Cela a donc été une blogueuse prête à faire un gros mensonge par mail pour éteindre mes craintes puis fugitifs soupçons.

Cela a été comme une oreille qui frise un peu, une intuition générée par peut-être trop de sensibilité depuis quelques mois. Comme un baume sur le coeur, et l’envie de me laisser porter jusqu’au jour J.

Cela a été ma mère me programmant une jolie sortie pour le jour de mon anniversaire, un beau château à visiter, un restaurant à savourer, et que si que j’allais dormir chez mes parents la veille pour être certaine d’être bien réveillée à l’heure ?

On m’éloignait de chez moi, je le sentais bien, mais je ne savais pas pourquoi. Pour que je ne mette pas pendant un petit temps un oeil sur Internet ? Pour…

Cela a été meilleure amie m’annonçant sa venue pour le dimanche 11, m’intriguant quelque peu mais sans plus. Ma soeur proclamant que le samedi et le dimanche elle pioncerait, marre de cette vie de fou, trop de sorties. Cela a été Delphine hésitant à venir pour mon anniversaire et Pulchérie qui ne savait pas si elle pourrait.

Et voici donc votre sorcière débarquant chez ses parents le jeudi 8 mai. A-t-elle oublié quelque chose ? Ses médocs ? Sa chemise de nuit ? “tu es tellement distraite ma chérie !” (moi ????). Sorcière cogitant un peu. Surprise pour le samedi ou le dimanche ? Et si c’était mieux de ne pas savoir ? Si c’est samedi ou dimanche, pourquoi m’occuper un peu trop la veille et le jour J ?

Et voici son père à 19 H alors qu’elle revient de Fontainebleau, la sommant d’aller très vite chez elle. Il y a urgence mais pas grave.

Cadeaux ! Me voici chez moi un peu stupéfaite, après avoir cogité à mort pendant le court trajet.

Delphine radieuse mais si mais si, qui a tout déménagé pour que cela soit comme dans mes rêves, ayant eu des idées comme je n’en avais pas eues, et qui s’est coltiné un travail de déménageur vu les bibliothèques, la vaisselle et le reste dont une bonnetière qui pèse un âne mort. C’est tout joli chez moi, à revivre. Et fugitivement je songe à ce à quoi je n’avais pas pensé pour que cela soit ainsi. On se bloque sur des idées toutes faites, on n’imagine pas un meuble dans une autre pièce et pourtant cela change tout !

Pulchérie radieuse me transportant maintenant dans mon univers virtuel. Mon blog est tout beau tout neuf, et je sais quel travail cela lui a donné. Je suis vraiment chez moi partout maintenant, même si je vais chercher quelques affaires et quelques clics pendant plusieurs jours. Les messieurs des demoiselles sont hilares : l’un a remis de l’ordre dans mon ordi saccagé par Charles Hubert avec ses programmes pirates, l’autre se penche sur mon téléphone et les connexions TV.

Et puis la surprise du vendredi, alors que j’avais fugitivement pensé à une petite fête le samedi ou le dimanche : tous ceux que j’aime pour le soir même, dans un jardin fleurant bon les fleurs de printemps, au son des oiseaux aussi contents que moi. Une merveilleuse soirée étouffant la tristesse des derniers mois, des cadeaux choisis avec soin, un vrai anniversaire enfin !

Et ici, connus ou inconnus, venus me souhaiter cet anniversaire que j’imaginais si triste. A vous tous merci du fond du coeur !!!! Ainsi qu’à ceux que je vois peu mais auxquels je pense parce qu’ils sont loin, et qui m’ont adressé tous leurs voeux ce jour là via les mails dont on peut apprécier l’existence.

Merci mes filles pour l’organisation, les idées, la synchronisation, la logistique, ces beaux cadeaux, et tout l’amour de tous. Merci pour la peine que vous vous êtes donnée sans rechigner. Merci de m’avoir donné l’occasion de reprendre de l’énergie et du courage.

Merci à tous ceux qui ont fait de cette journée, une de celle que je ne pourrais jamais oublier.

Posté le 13 mai '08 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire, Histoire de sorcière. 21 Commentaires.

Bon Anniversaire Gentille Sorcière !!

Voilou, c’est un de mes cadeaux d’anniversaire cette année, un blog tout neuf, sans pop up casino, chat coquin et autre, et sans feuille de style horrible canalblog, j’espère que tu apprécieras :)

Après avoir rapatrié toutes les archives de ton ancien blog, en passant manuellement en brouillon chacun de tes 600 et quelques posts (manip insupportable, j’ai mis 5 heures), j’ai bien cru que tu allais avoir une attaque en constatant qu’il te manquait des archives. J’espère que tu ne m’en voudras pas trop, mais rassures toi, tous tes billets sont bien au chaud ici, protégés, et enregistrés en backup :)

Et puis je crois que là, il y a des gens qui ont quelque chose à te dire dans les commentaires… Bon anniversaire ma p’tite mouthe.

Signé : ta méchante ;)

Posté le 9 mai '08 par Calpurnia, dans Chroniques d'une vie ordinaire. 94 Commentaires.