Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

L’homme cuisine

10077549L’homme ne sera aujourd’hui, ni Albert, ni Charles Hubert, ni l’oncle Jules. Ce sera tout bêtement mon père surnommé à partir de ce soir Jean Poirotte pour des raisons que ses petites filles comprendront aisément (que tout le monde se rassure, il n’a pas internet, parce que pas d’ordinateur, n’a jamais été capable de maîtriser notre bête minitel et sait à peine se servir de son téléphone portable, pourtant sinon, c’est un homme cultivé qui devrait participer à “questions pour un champion”)

Jean Poirotte s’était épris d’un restaurant grec dans la petite ville estivale dans laquelle il allait passer tous ses mois de juillet avec ma mère (Mrs Bibelots) et s’était particulièrement amouraché d’une moussaka certe excellente. Devant cette clientèle régulière et agréable (Pulchérie mettant une certaine ambiance, et moi émouvant avec Delphine dans mon ventre) un beau jour la patronne du restaurant, lui offrant l’Ouzo (payé par la maison) s’est laissée aller à lui donner la recette de la MOUSSAKA. Femme maudite !!!!

Et c’est ainsi que Jean Poirotte a débuté en cuisine. Jusqu’à ce moment précis il avait montré tout son talent avec les oeufs sur le plat, l’omelette aux fines herbes ou aux cèpes (ramassés par lui, épluchés par sa femme), et Mrs Bibelot malade, avec du foie et des nouilles (4 enfants dégoutés du foie de veau à vie, après une angine diabolique ayant cloué au lit Mrs Bibelots pour 8 jours).

La première moussaka s’est plutôt bien passée pour ceux qui l’ont dégustée. La tête un peu crispée de Mrs Bibelot nous échappant quelque peu : il avait fait le dîner non ? Craignait-elle qu’il ne lui damne le pion en cuisine ? C’était Ex-CELLENT

Des revers de fortune m’ont ramenée un jour chez papa et maman. Je devais y passer 3 mois, j’y suis restée 4 ans, avec Pulchérie et Delphine en pleine époque de créativité.

Et j’ai découvert la moussaka infernale (aussi infernale que le grand ordinateur des impôts) un beau samedi où Mrs Bibelot s’était éclipsée (je ne savais pas pourquoi, mais elle voulait que je comprenne en fait) et où Jean Poirotte avait décidé de faire le dit plat.

J’ai donc découvert que :

Il décidait de faire une Moussaka
Ma mère faisait les courses, prévoyant les entrées grecques, le fromage et le dessert (grec de préférence)
Il s’asseyait en bout de table de cuisine pour demander :

  • Passes moi le sel, le poivre, le piment

  • Peux tu m’émincer cette échalotte ? Deux finalement… Un oignon aussi s’il te plaît

  • Peux tu me hacher la viande de mouton ? le hachoir est derrière moi

  • Il faut laver le hachoir sinon ta mère va nous tuer

  • Tu peux me trouver une poêle et y faire revenir les aubergines ? Doucement le feu sous les aubergines, la dame m’a dit “à feu doux”

  • Surveilles les aubergines s’il te plaît

  • Idem pour la viande de mouton hachée, à la poële en remuant constamment, il faut la faire griller en fait…

  • Laves les poêles s’il te plait

  • J’ai besoin de 5 gousses d’ail épluchées

  • Passes moi le presse ail

  • Trouves moi la sauce tomate, je ne sais pas ce que ta mère en a fait

  • Tu peux mélanger ? j’ai mal au bras là

  • Tu sais faire une béchamel ? Bien épaisse hein ? J’ai dit EPAISSE

  • Râpes moi ce morceau de gruyere (chez Jean Poirotte le râpé tout prêt c’est de la M….)

  • C’est-y pas beau MA MOUSSAKA (juste avant d’enfourner et juste avant qu’on ne lui plante le presse ail dans le coeur)

Le seul mot MOUSSAKA a déclenché chez Mrs Bibelots et moi même un réflexe de fuite absolu dès qu’il était prononcé à partir de ce jour là. C’est incroyable ce que l’on peut avoir à faire d’urgence, un samedi après midi…

Hélas Jean Poirotte ayant pris goût à la cuisine et ayant du temps pour la faire, il y a toujours urgence à fuir quand sont prononcés les mots :

  • Moussaka

  • Couscous

  • Paella

  • Aubergines, courgettes, tomates, le tout farci

  • Toïonnade, enchoïade, Tapennade (il aime la cuisine du midi)

  • Moules au barbecue (ON les ouvre, il les fait cuire)

  • Barbecue (on fait les courses, on fait les brochettes, il fait les braises et surveille vaguement la cuisson)

Dieu merci pour l’instant il n’a pas encore attaqué les desserts… Car Mrs Bibelots a de plus en plus de mal à trouver des prétextes pour fuir (et aller faire les boutiques). Généralement c’est moi qui suis :

  • Atteinte d’une crise de colite frénétique

  • Atteinte d’une crise de colite pathétique

  • En plein marasme sentimental

Sauf qu’elle fuit (ce que je comprends tout à fait) en omettant de me prévenir du prétexte…

Vous visualisez ma dégustation de la moussaka le lendemain d’une crise en “ite” dont je n’avait pas été avertie…

Posté le 12 juillet 2006 dans Tous aux abris.
Un truc à dire ?

H comme Homme

hommeEtre doué d’intelligence et d’un langage articulé, rangé parmi les mammifères de l’ordre des primates, et caractérisé par son cerveau volumineux (homo sapiens), ses mains préhensiles et sa station debout (homo erectus)

Etre humain de sexe masculin
Signé : Le Larousse

En tant qu’être humain de sexe féminin, s’attaquer à la deuxième définition dès 12 ans. Constater le temps passant qu’elle se rapproche de celle strictement scientifique du Larousse :

  • C’est un primate (0 à 14 ans)

  • Il a bien les mains préhensiles (dès 15 ans et pour toujours)

  • Il est bien homo erectus (tôt et pour toujours également)

  • Il a un gros cerveau mais moins qu’il le croit (dès 15 ans et pour toujours)

  • Il est mammifère par notre intermédiaire (vers 35 ans en moyenne)

  • Il a un langage très bien articulé (l’arbitre est un con, l’entraineur est un con, le sélectionneur est un con, mais qu’est-ce qu’il fout ce con ? tous des cons…)

En notre compagnie il va faire tous les stades de l’évolution à rebours

  • Drôle, tendre, intelligent, amoureux et plein d’humour, il est homo sapiens 6 mois

  • Il oublie le langage articulé devant le journal des sports ou les questions qu’il juge oiseuses

  • Il perd ses mains préhensiles dès qu’il s’agit de vider la poubelle, faire la vaisselle, changer la petite couche sale ou passer l’aspirateur

  • Il n’est pas “erectus” de manière permanente et sur commande

  • Il vire à l’homme des cavernes quand il monte dans une voiture qu’il conduit, quand on le trompe où qu’on lui dit  “il faut que l’on parle” pendant un match de foot.

Il ne reviendra jamais au stade homo sapiens, sauf éventuellement pour 6 mois avec une autre. Il s’efforce parfois de créer un autre ordre, celui de l’homo ça pionce, non répertorié par les savants, à tort.

Heureusement, l’homme, le vrai, se reconnaît au premier coup d’oeil :

  • Il a des obsessions sexuelles

  • Il est polygame dans l’âme

  • Il demande l’extrême onction au moindre rhume

  • Il est tétanisé par le sport à la télévision

  • Il est incapable de demander son chemin quand il s’est perdu (honte à lui !)

  • Il sait faire les niveaux

  • Il sait ce qu’est un “hors jeu”

  • Il ne sait pas où se trouve le panier à linge sale

  • On veut de lui

Posté le 11 juillet 2006 dans Dictionnaire d'une civilisation tordue.
Un truc à dire ?

Pourquoi ne suis je pas plombière ?

889706_001C’est la question que je me pose depuis que j’ai posé le pied par terre ce matin, pour une fois débordante de courage. Le matin en effet, en dehors des jours chômés où je peux me lever quand je veux, on ne peut pas dire que je sois resplendissante d’énergie. Je dérive telle un animal marin vers la salle de bain où seule une douche peut me faire émerger en partie.

“MARIN” est le mot qui peut qualifier ce debut de dimanche qui ne peut que mal se terminer. Me levant à 8 heures un dimanche matin (curieux il ne pleut pas), arrivant dans ma cuisine pour m’y faire mon thé matinal sans lequel je ne peux pas rassembler deux idées, me voila constatant qu’une énorme flaque (le mot est faible) décorait mon sol de cuisine.

Cette vision m’a rendu toute ma lucidité d’autant que la flaque (enfin le lac) semblait partir de sous un meuble qui n’a rien à voir avec l’eau. J’avais eu le cas une fois avec mon frigo qui s’était mis en dégivrage automatique (une nuit également), mais là on voyait nettement d’où venait la flotte. Hors là, cela ne venait pas du meuble évier, ni du frigo, ni du lave linge qui n’a pas tourné hier, lave vaisselle itou.

Première chose à faire : éponger avant que l’eau ne pénètre prondément et ne décolle le papier peint du plafond de la cuisine du vieux du dessous (quelle idée aussi de mettre du papier peint au plafond). Pour éponger : une éponge (petite mais juré demain j’en achète une très grosse)  et une cuvette qui se remplissait rapidement. Au bout de 3 couvettes, la cusine était parfaitement nettoyée (cela faisait partie de mes projets pour ce dimanche, mais je ne pensais pas m’y mettre dès mon petit lever) et de l’eau suintait toujours légèrement de dessous ce fichu meuble contre lequel j’ai mis du tissu pour absorber, qui s’est retrouvé rapidement trempé. La moitié de ma réserve de chiffons y est passée.

J’ai vérifié le siphon de l’évier : on ne sait jamais l’eau prend parfois d’étranges passages. Non sec. Je suis restée un moment perplexe, et j’ai même fini par lever la tête pour vérifier si l’eau ne venait pas de l’étage du dessus. Non.

Après m’être séché les pieds, et avoir mis les chiffons à sécher sur le balcon (c’est fun) je me suis décidée à aller regarder derrière le lave linge et le lave vaisselle qui sont voisins, pour constater qu’effectivement, il y avait de l’eau là aussi. Et qu’un petit filet semblait se glisser sous mes meubles.

Me voilà partie à la recherche du mode d’emploi du lave linge qui m’a mise sur la paille en février dernier. En effet mon vieux lave linge a choisi de me laisser tomber un dimanche également, le lendemain du jour où je m’étais commandée un voyage sur Internet avec impossibilité de l’annuler. Prix du voyage en Egypte = un lave linge, et mon compte en banque ne s’en est pas remis (surtout que les impôts se sont manifestés APRES).

Bref il me fallait déplacer ce fichu lave linge pour éponger, le lave vaisselle étant cloué sur place car le four est dessus : on ne peut le bouger qu’avec deux costauds pour s’occuper du four.

Mode d’emploi retrouvé (à sa place donc je l’ai cherché partout parce que je n’ai pas spontanément eu l’idée d’y aller voir tout de suite), lave linge déplacé, j’ai recommencé à éponger en me creusant les méninges : d’où vient cette fichue flotte ? Pourquoi ne suis-je pas plombier diantre ?

Il faut dire que depuis que j’habite mon appartement (1995), je suis poursuivie par la fuite intempestive, les joints qui lâchent, les robinets qui se bloquent, les siphons qui fuient, les baignoires qui se bouchent (voir Conseils utiles aux ignorants qui ont mis au monde des filles), la chasse d’eau qui fuit. Le plombier de la résidence, le seul qui sache couper l’eau dans la canalisation centrale pour intervenir sans inonder toute la cage d’escalier, m’aime beaucoup, mais c’est un amour unilatéral car ses tarifs sont prohibitifs (vous en connaissez vous, des plombiers bon marché surtout le dimanche ?).

Les deux dernières fois, c’étaient le robinet de la baignoire qui refusait de se fermer complètement (200 Euros), et juste avant bien sûr, le changement de ma vanne d’arrivée d’eau dans la colonne qui refusait de se fermer (100 euros pour 10 minutes de travail, mais pourquoi je suis pas plombière ?)

Là il m’a fallu identifier la fuite, tout éponger, tout sécher (au sèchoir à cheveux, pas le choix, dans une position fort agréable, coincée entre le lave vaisselle et le lave linge. Et là 5 minutes d’attente pour voir si de l’eau revenait (à moins qu’elle ne suinte de chez le voisin du dessous ????).

Une goutte est tombée soudain et j’ai pu identifier qu’elle venait de l’arrivée d’eau alimentant le lave linge, posé par Farty en février dernier. Question : pourquoi avoir fonctionné parfaitement pendant 5 mois et demi et se mettre à fuir cette nuit ? Autre question, la fuite vient-elle du tuyau mal raccordé par Farty, auquel cas ils n’auront qu’à se déplacer (et me bloquer chez moi une demie journée car je fais toujours partie de la dernière de la liste “à faire”) ? Ou bien du robinet d’arrivée posé lors de mon arrivée dans l’appartement par un plombier qui a disparu depuis ? Auquel cas il me faudra faire appel à l’homme de l’art de la résidence qui me dira comme si c’était drôle “oh madame Dabra, il y avait longtemps !” en venant remplacer le dit robinet (300 euros pour 1/4 d’heure je présume)

En attendant ce jour glorieux j’ai pu constater qu’en fermant ce fichu robinet, la fuite cessait, enfin jusqu’à ce qu’il ne change d’avis. Donc je vais devoir passer ma vie à fermer ce fichu robinet dès qu’une lessive sera terminée, et entourer le coupable d’une chiffon conséquent pendant toute la durée du lavage (comme je suis en train de le faire en ce moment tout en écrivant des imbécillités).

Car je vois nettement d’où vient le problème. Sauf que si je dévisse je ne pourrai jamais revisser correctement. Je n’ai pas les outils nécessaires et aucun don particulier me permettant de maîtriser un robinet facécieux… Au passage j’ai pu constater que la vanne d’arrivée d’eau froide ne ferme plus…

Pourquoi ne suis-je pas plombière à 100 euros les 10 minutes ?

Posté le 9 juillet 2006 dans Notre vie quotidienne à nous les femmes.
2 Commentaires et vous ?

B comme Bêtises

  • 200191681_001Crier devant une araignée, une souris, une vague méduse, un lézard innocent,  alors que l’on affronte 5 jours sur 7 Trucmuche-Truchon & Co et notre belle mère régulièrement

  • Appeler “mon titi adorééééé” ce grand mec brun qui a fait sup de co et passe sa vie à faire des forages en mer du nord, qui surenchérit “ma toutounette blonde des mers du sud”

  • Transformer cela en “pauvre imbécile” et “sale idiote” au sujet des niveaux qui n’ont pas été faits (et qu’on ne fera jamais)

  • Le tromper juste pour voir s’il va remarquer quelque chose et si oui, ce qu’il va dire

  • Le croire quand il nous dit qu’il n’a pas touché sa femme depuis deux ans, qu’elle est gravement malade, au bord du suicide, qu’il ne peut pas la quitter, lui faire cela, (ce qu’il fait pourtant), que sa copine et lui font chambre à part (dans un studio) jusqu’à ce qu’il se trouve un point de chute qui visiblement ne sera pas chez nous. Que sa vie est un enfer et nous sa source le remettant à flot, alors ne pas en rajouter, merci pour lui

  • Ne pas vouloir voir qu’il nous ment, alors qu’il nous raconte visiblement n’importe quoi et nous a dit le contraire il y a 15 jours

  • Lui demander “tu serais malheureux si je mourrais ?”. S’il n’attend que cela il ne va pas nous le dire

  • Prendre la voiture en pensant qu’elle marchera bien toute seule alors que les niveaux n’ont pas été faits depuis… Depuis quand déjà ? ALBERT !!!!!! Ah la pression des pneus aussi ???? Quels pneus ?

  • Lui demander “elle est comment ? plus jolie ? plus sexy ? plus bombe sexuelle que moi ? plus mince ? à Albert qui nous annonce qu’il nous quitte pour une autre

  • S’imaginer que l’on va transformer un bordélique alcoolique accro au foot et portant des maillots “Zidane”, en homme parfait

  • Tomber amoureuse d’un homme marié (si si, on peut toujours partir en courant…)

  • S’imaginer qu’un enfant va transformer notre vie dans le bon sens. En fait si tout va bien avec Albert, l’enfant ne retirera rien, si tout va mal, il n’arrangera rien

  • Le percepteur qui croît en “l’expression de mes salutations distinguées”

  • Croire en l’expression des salutations distinguées du banquier qui nous signale qu’on est dans le rouge (on n’avait pas remarqué ? si, on espérait que lui aurait un moment de distraction)

  • Demander au garçon si le poisson est frais. Vous imaginez qu’il va vous répondre “en fait il a 8 jours il faut qu’on le brade” ?

  • Demander son avis à la vendeuse “elle me boudine non ?”. “NON Mâdâmme elle est faite pour vous”

  • Croire le coiffeur qui vous assure que cela fera des boucles et non-l’immonde-frisure-du-mouton-pas-tondu-mouillé-puis-sec

  • Dire “OUI” devant une assemblée émue, un maire et une secrétaire de mairie, à Charles Hubert alors que l’on s’était juré “le mariage plus jamais”

  • Aller vérifier les stats sur le blog 45 fois par jour

Posté le 8 juillet 2006 dans Dictionnaire d'une civilisation tordue.
Un truc à dire ?

Trucs de filles

56715772ATTENTION, planquez vous TOUTES quand elles disent :

  • Je peux te coiffer ? (la réponse est oui, j’adore qu’on me tripote les cheveux), tu vas voir je ne vais pas te rater (effectivement vu le résultat on peut dire qu’elle ne m’a pas ratée, Dracula lui même serait parti en courant et sans besoin d’ail) : en fait on se retrouve avec 4 couettes débiles

  • J’peux m’épiler ? C’est quand que la température de la cire est bonne ? l’épilacire fonctionne plein tube et elle a déjà une brulure 3ème degré

  • C’est vrai que l’huile d’olive c’est bon pour les cheveux ? je peux prendre ton huile de chez fanchon à la truffe ? Non ? Trop tard

  • Comment ça je parle mal ? Précises que je cause pas comme il faut, que j’cause pas beau cé koi ce dikat tu bien koser ?

  • Bouges pas, je vais te mettre de la crème sur les jambes (un pot de Nivéa foutu). Et on ne bouge pas vu que l’autre est en train de ne pas nous rater. On se retrouve avec les jambes grasses à mort ce qui nous rappelle qu’il faudrait que l’on perde un peu de gras

  • Cette chambre manque de décoration (je vais y remédier j’ai trois posters de Titanic et de la colle à papier)

  • Ce papier peint est immonde ! tu es certaine que c’est nous qui l’avons choisi ? On va le recouvrir de posters

  • Ce jaune dans la cuisine c’est immonde, tu n’aimes pas le vert ? On te prépare une surprise pour ton anniversaire

  • Tu crois en la magie blanche ? ELLE y croit

  • Tu peux m’expliquer comment tu as vu la mort de Senna dans les cartes ? Elle va me piquer mon tarot (et elle l’a fait, je ne l’ai jamais retrouvé, et un tarot CA NE SE TOUCHE PAS PAR D’AUTRES, et la mort de SENNA a été mon grand moment de voyance)

  • J’ai un poilt sur le menton c’est normal ? (adieu ma pince à épiler)

  • Je n’ai pas de vagin tu m’as loupée (elle a essayé le tampax au mieux, ou bien son copan et elle… au pire)

  • J’ai fais des plantations, surprise !!!! (ne touche pas c’est un sort magie blanche  pour rencontrer l’amour et tes plantes de bourges peuvent crever)

  • Je t’aime ma petite maman chérie, ma mouth adorée (tu peux venir me chercher chez Marine demain à 4 heures du matin ?)

  • Il va sortir par où le bébé ? (vous expliquez longuement, vous faites lire le livre et Pulchérie se pointe à la maternité, admire la petite soeur, et pose votre main sur votre ventre en posant LA question “ben il est où le bébé ? Echec total d’une éducation réfléchie)

  • Tu n’as pas des jumelles (non, elle piquera celles de son grand père pour admirer le voisin du fond en prétextant s’être éprise des martins pêcheurs)

  • C’est quoi un martin pêcheur ? (elle me prend pour une conne)

  • Tu en as des affaires ! (adieu mes T shirts préférés)

  • Tu te sers de cette poudre ? (non, je l’avais achetée comme collector pour la revendre, mais comme tu l’as ouverte…)

  • Je suis désolée mais… (je vais t’annoncer que j’ai définitivement ruiné le lave linge et l’épilacire ma maman adorée que j’aime tant…)

Posté le 7 juillet 2006 dans Ah ces mômes !.
Un truc à dire ?

Le fou du matin

EndoraTous les matins pour aller travailler, je prends ma petite et vieille voiture (qui fait vraiment tas de boue, mais pour 20 km par jour, elle me suffit parfaitement). 13 minutes pour aller travailler c’est honnête. Si je prenais le train, il me faudrait une heure.

Comme je suis à la campagne (enfin quasiment), j’ai le choix entre la RN 10 totalement encombrée et une petite route de campagne à 50 % dans la forêt. Stupidement je choisis cette option (j’ai oublié de vous le dire : je suis blonde).

Ma petite route traverse un petit bled avec enfants traversant pour aller à l’école (le parking a été positionné de manière volontaire lors de la réfection de la route, de l’autre côté de celle-ci pour que cela soit bien dangereux lorsqu’ils se rendent à l’école, alors que le contraire était tout à fait faisable, et permettait en plus de créer un virage obligeant à ralentir). Après elle se perd dans la forêt et la vitesse, jusqu’au prochain bled (et aux prochains mômes), y est STUPIDEMENT limitée à 50.

Pour tous les gens du secteur, cette limitation n’est aucunement stupide et il nous arrive même de rouler à 40. CAR, nous avons tous été un jour confronté au sanglier qui traverse la route, à la laie avec sa troupe de marcassins, au chevreuil égaré, au cerf errant.

Et un sanglier qui traverse, traverse nonobstant le bruit de votre voiture (rien à battre, il la pulvérisera de toutes manières), le chevreuil et le cerf idem. Et se prendre un cerf à grande vitesse c’est signer son arrêt de mort (dans certains pays c’est attention à l’élan ou à l’orignal, idem, cela traverse coûte que coûte)

Donc je roule doucement là où je sais que… Depuis 4 semaine, un immatriculé “78″ (donc normalement du secteur, un nouveau sans doute), me double comme un fou furieux. Suivant l’heure à laquelle je suis partie de chez moi, il me double dans le premier village, juste à la sortie de l’école en klaxonnant comme un débile, ou dans la ligne droite qui concerne justement les animaux précédemment cités, voire même dans une côte extrêment dangereuse où il n’y a que des tournants et aucune visibilité.

Le plus drôle c’est qu’arrivée au feu rouge qui marque l’entrée de la ZI où je travaille, je retrouve généralement cet abruti, coincé par le feu. Celà lui a été très utile de risquer sa vie (c’est son problème) et celle des autres (cela me concerne plus) pour en arriver au même point, à la même heure, que moi dans mon tas de boue (j’assume).

Ce matin le fou me double juste avant l’école (j’étais en avance), double une autre voiture très dangereusement. Je continue à rouler, gentiment et là…

La belle voiture du fou dans le fossé, visiblement amochée, l’autre voiture arrêtée derrière.

Je m’arrête (civique). Le fou hébété, mais visiblement entier, contemplant sa voiture (fichue). Il venait de percuter un sanglier monstrueux (au moins 1 tonne à l’écouter, même en Australie ils n’ont pas, pourquoi pas un éléphant pendant qu’il y était ?) qui avait osé traverser devant lui sans clignotant et surtout sans klaxon. L’autre type et moi nous sommes regardés un court instant. On le connaît ce monstre, un gros mâle qui traverse là tous les jours, matin et soir (un coup dans un sens, un coup dans l’autre, toujours aux mêmes heures), pourvu qu’il aille bien, on s’y est habitués !

Et le propriétaire de l’autre voiture de constater “vous n’avez rien ?” “Non” “C’est bien fait pour vous, vous n’avez qu’à rouler normalement, vous me doublez tous les matins comme un cinglé la prochaine fois vous vous tuerez et j’espère que vous ne tuerez personne d’autre…”

Sur ces bonnes paroles, ne pensant pas utile d’intervenir plus, (un fou c’est un fou et apparement le dialogue allait mal tourner)  je suis remontée dans ma caisse qui roule encore ELLE, j’ai laissé le fou du matin s’expliquer avec l’autre qui n’était visiblement pas déterminé à lui trouver la moindre excuse et je me suis dis que je j’allais désormais rouler tranquille le matin…

J’espère que le sanglier s’en est remis. Ce soir en rentrant j’ai croisé la voiture du fou, toujours dans le fossé, mais débarassée de ses enjoliveurs.

Un sanglier sans doute…

Posté le 7 juillet 2006 dans Coup de gueule.
Un truc à dire ?

Conseils utiles aux ignorants qui ont mis au monde des filles

Petites_fillesA une certaine époque, quand je voyais les fils de mes amis, j’avais l’impression de voir,  dès l’adolescence, de grandes choses molles, à la voix qui mue, scotchées à leurs consoles de jeux, la télé, une paire de roller ou un skate board. Des mâles en puissance très intéressés par la moto, la voiture, le dernier jeu vidéo intéressant, le foot, la F1, et accessoirement les filles (le temps passant).

 

Alors que les filles ont des centres d’intérêt beaucoup plus diversifiés et sont pleine de vie, de ressources et de surprises.

 

Et d’un : les filles mûrissent plus vite que les garçon. C’est écrit partout. Il faut se le mettre dans la tête. Quand la petite a passé 8 ans, les parents ont mangé leur pain blanc.

 

A 10 ans, tout est cuit.

 

Quand elles rentrent en CM2, alors que les garçons de leur classe (dans les zones privilégiées), sont uniquement préoccupés par leurs résultats scolaires après la liste énumérée ci-dessus (ne rêvons pas), les filles commencent à reluquer les dits garçons et à se demander si elles pourront les séduire un jour. Dans les zones non privilégiées ils ne s’occupent absolument pas de leurs résultats scolaires, mais les filles elles se préoccupent quand même des garçons…

 

Comme ils n’ont rien de bien attrayant, elles commencent à loucher sur la vedette du moment (Ah Léonardoooooo dans Titanic ! – je sais, je date) et repensent la décoration de leur chambre.

 

Leur père ou vous s’est échiné à refaire le papier peint de la chambre de « la petite » que la gamine à choisi il y a à peine un an. Et la dite « petite » redécore entièrement sa chambre avec des posters des 2 be free, Léonardo, Brad (je date toujours) Si deux filles partagent la même chambre : espérer qu’elles auront les mêmes goût en matière d’hommes virils et séduisants.

 

Pour faire tenir les posters, photos diverses, les filles ont plusieurs méthodes :

 

  • Avec des punaises : parents chanceux si elles ont bien refermé la boîte de punaises après usage. Sinon on leur apprend avec autorité comment le faire après s’en être planté une dans le pied.

     

  • Avec du scotch  : parents devant rester sur leur garde. Quand elle en aura marre de Léonardo une partie du papier peint partira avec le scotch et elle mettra à la place du poster un autre poster PLUS PETIT pour que l’on voit bien les traces de scotch.

  • Avec de la colle à papier peint : avantage : ce sera une bricoleuse. Inconvénient : quand elle arrachera le poster tout viendra avec (un grand plâtras de 3,5 m2 qu’elle se refusera à recouvrir car elle trouve subitement le concept du poster « dépassé »).

     

Si j’ai un conseil à vous donner : NE JAMAIS POSER DE PAPIER PEINT dans la chambre d’une fille qui approche de la dizaine. 3 couches de peinture neutre, lessivable, et bien solide (ne pas lésiner sur le prix) feront parfaitement l’affaire.

 

Dans le même temps, comme elles trouvent les garçons séduisants, les filles se demandent si elles sont séduisantes.

 

Elles se préoccupent donc d’elles.

 

Leur mère leur donnant le mauvais exemple depuis leur plus tendre enfance en s’épilant, maquillant, crémant, exfoliant, etc…, les filles décident d’en faire autant.

 

De plus en plus tôt.

 

J’ai commencé à me maquiller à 14 ans. Et mes parents rouspétaient que j’étais trop jeune. Ma mère avait commencé à 18 ans, et mes jeunes tantes à 16. Maintenant si vous refusez un tube de mascara à une gamine de 11 ans, vous êtes une marâtre et il faut envoyer la petite chez un psy pour qu’elle s’en remette.

 

Bien évidemment, les filles vont essayer tous les trucs. Comme leur mère avant elles, et comme leurs filles par la suite.

 

Tout y passera :

  • L’huile de ricin pour faire pousser et épaissir les cils

  • Le concombre pour astringer la peau

  • L’argile pour assainir

  • Le miel pour adoucir

  • Le blanc d’œuf contre les rides d’expression (à 12 ans pourquoi pas ?)

  • Le vinaigre pour faire briller les cheveux

  • Etc…

     

Et les produits de beauté de la mère, destinés à lui conserver le plus longtemps possible son teint et sa peau de jeune fille. Donc des produits chers, car la tâche est rude (pour la mère).

 

Si j’ai un conseil à vous donner : mettez vos produits de beauté et le maquillage coûteux dans une armoire fermée à clef, d’une vraie bonne clef.

 

Exit la serrure de la mallette achetée si cher dont on vous avoue 4 ans plus tard qu’elle s’ouvrait avec une épingle à cheveux, d’où la baisse des liposomes dans le pot de 20 g à 500 F (oui à mon époque s’en était encore…)

 

Quant à VOTRE pince à épiler que vous gardiez jalousement depuis vos 18 ans, qui épile si bien, dites lui adieu, si vous ne l’avez pas accrochée avec une chaîne qui tienne le coup, dans un mur en béton armé coulé par vous, avec une attache intouchable (genre chaîne d’ancre du Titanic). Cela limite le rayon d’action mais la pince à épiler ne disparaîtra jamais (en prévoir une de rechange pour les vacances).

 

Ne lésinez pas sur l’achat d’un cadenas qui sera amplement amorti par les économies que vous réaliserez en sauvant vos propres articles.

 

Autre conseil : à la naissance d’une fille, ne vous contentez pas de lui ouvrir un compte d’épargne « pour ses études ». Prévoir aussi l’achat futur de :

  • Produits anti-bouton pour le visage

  • Produits anti dartre pour le corps (quand on a mis au monde une emmerdeuse qui a la peau sèche en dessous du cou, et bien grasse sur le visage ou l’inverse)

  • Crème dépilatoire, cire chaude, cire froide, cire à faire fondre au micro-onde, filtres à cire

  • Masque pour la beauté du teint, anti teint brouillé, anti bouton, etc…

  • Pinces à épiler (l’adolescente peut en perdre 1 par semaine, de préférence celle que vous venez de vous acheter pour remplacer la précédente mystérieusement disparue)

  • Teintures à cheveux

  • Produits pour rescaper les cheveux teints car « ces salauds disent que la teinture n’abîme pas les cheveux alors que c’est même pas vrai… »

  • Auto bronzant

  • Décolorant à duvet et à auto bronzant qui a fait des marques genre “zèbre dans la savane”

  • Rasoirs multiples pour les retouches post épilatoires et les dessous de bras

  • Shampoings, après shampoings, huiles, ampoules diverses.

  • Tout le nécessaire à maquillage qui tiendra dans 3 grandes trousses de toilette (3 par fille)

  • Et j’en passe…

     

 

Prévoir également le coiffeur : l’adolescente a une prédilection particulière pour la coupe qui tient un mois à l’époque où vous vous résignez, faute de moyens, à laisser pousser vos cheveux.

 

Epargnez, épargnez… Vous n’en verrez jamais la fin, surtout si votre blonde s’aime en noir (racines à retoucher tous les mois) et si votre brune s’aime en blond (idem). L’idéal étant d’avoir les deux… Pour la troisième, espérer une rousse qui s’assumera…

 

De la même façon si vous avez plusieurs filles, (au moins deux), autant le savoir tout de suite : ELLES N’UTILISERONT JAMAIS LE MEME PRODUIT et surtout pas le même que le vôtre dans le cas tout bête du shampoing ou du gel douche. Elles auront LEUR dentifrice, LEUR shampoing, LEUR après shampoing, LEUR soin. Comme vous avez LES VOTRES, prévoir de grandes étagères dans la salle de bain, en laissant comme de coutume à l’homme une petite place pour sa bombe à raser, son après rasage, son rasoir et son déodorant.

 

L’époque étant toujours à la futilité : comment maigrir, comment rester mince, comment rester ferme et tonique, comment avoir un teint de rêve, les filles très rapidement, dès qu’elles s’intéressent à leur apparence, s’occupent également d’elles en se faisant des soins. C’est écrit partout : si vous n’êtes pas belle un minimum vous n’êtes pas une femme.

 

La mère peut s’être fatalement résignée elle à ne pas être parfaite, à l’époque où la fille se fait le serment de devenir une créature de rêve (et vu les gènes que vous lui avez refilés, ce n’est pas gagné).

 

Un samedi après midi idéal chez moi à une certaine époque se résumait de la manière suivante :

 

Pulchérie et Delphine avaient 14 et 17 ans. Période qui m’amuse aujourd’hui alors qu’à l’époque je ne rigolais pas.

 

Pulchérie l’aînée : petite, mince (trop à son goût, on n’est jamais content de rien). Petits seins, peau sèche, cheveux châtain foncé très gras.

Delphine : grande, pulpeuse (trop à son goût). Gros seins et cuisses d’après elle trop grosses, mais taille fine, peau grasse à comédons. Cheveux très secs.

 

La vie est finalement bien faite : une seule aurait pu hériter du pire et l’autre du meilleur.

 

Toutes les deux ayant hérité du côté paternel d’une pilosité effrayante, elles mettaient l’épilacire à chauffer dès 14 heures, se refusant à filtrer la cire (c’est dégoûtant !) et la renouvelant constamment (la neuve étant achetée par maman).

 

L’aînée déambulait dans l’appartement, un henné neutre mélangé à de l’argile blanche sur les cheveux, en en semant partout car elle se refusait à porter un turban (ça fait NUL un turban maman), la peau tartinée d’un mélange de jaune d’œuf, d’huile d’olive première pression à froid de chez Fanchon et de miel (MON miel de tilleul de préférence). Avec deux bouteilles d’eau de 1 litre et demi pour faire altères à la main, en faisant des mouvements de gymnastique frénétiques pour faire grossir ses seins quand elle avait fini de s’épiler en poussant des cris de putois à chaque arrachage de bande (c’était une douillette).

 

Vous saisissez l’ambiance.

 

La cadette déambulait elle, un masque d’argile verte mélangée à de la pulpe de concombre et du jus de citron sur le visage, le cheveux dégoulinant de la même huile d’olive de chez Fanchon, toujours en en répandant partout, partageant le dégoût de sa sœur pour le turban, en faisant des fentes d’escrimeurs pendant des heures pour sculpter ses jambes qu’elle trouvait trop grosses, après s’être fait au moins une brûlure avec de la cire trop chaude : tempérament impatient. A moi de sortir pour acheter le tulle gras et à moi de l’appliquer après avoir vérifié que la brûlure restait superficielle.

 

Les deux sœurs en vieux caleçon troué post épilatoire, s’engueulant pendant toute la durée de la suite des soins pour savoir qui aurait la salle de bain la première (comptez une heure et demie par fille).

 

Le soir, je retrouvais la baignoire bouchée par l’argile et le henné, le robot pétrifié par les mélanges non rincés et de la cire plein la cuisine les jours où elles s’épilaient.

 

Le tout à nettoyer toute seule, ayant vu deux créatures divines s’esquiver vers 19 H 30, après s’être entièrement maquillées avec mes produits de maquillage. Elles refusaient en effet d’acheter les leurs pour économiser leur argent de poche et on peut les comprendre…

 

Puis je passais une heure à filtrer la cire utilisée qu’elles avaient jetée, pour leur faire croire que j’avais regarni l’épilacire avec de la cire neuve…

 

A l’époque j’étais seule. Je ne sais pas comment les pères font pour supporter cela. Comme le mien qui me contemplait dubitatif, les cheveux recouverts d’un turban (pour cacher le henné neutre), le visage recouvert d’argile diluée à l’eau de rose, tous les samedis après midi, en train de pédaler couchée sur le dos dans le salon pour avoir un ventre plat.

 

Il est à noter que pour avoir un corps sculptural, la fille n’envisage généralement pas une seconde de faire du sport pour lequel elle se fait régulièrement dispenser, ayant ses règles toutes les semaines quand le prof est un homme, et tous les 15 jours pour cause de kyste ovarien quand le prof est une femme.

 

Ne pas lui suggérer de s’inscrire « à la gym » ou d’aller à la piscine (le chlore a un effet déplorable sur sa tignasse).

 

Il est à noter également qu’il y a une période tout à fait glorieuse que ma mère avait baptisée la période de la « coquette sale ».

 

C’est l’époque où votre fille vous pique votre vernis à ongle pour recouvrir des ongles noirs. Où elle se démaquille soigneusement en oubliant de se laver le reste du corps jusqu’au jour où on lui fait remarquer qu’elle a de la CRASSE dans le cou et sur les poignets.

 

C’est l’époque où elle pue des pieds et des dessous de bras malgré votre coûteux parfum dont elle s’inonde, où elle se lave une fois par semaine, et vous téléphone de chez son père alors qu’elle est partie depuis 15 jours en vous demandant, si PAR HASARD, elle n’aurait pas oublié sa brosse à dent dans la salle de bain… SI ! Et ce n’est pas PAR HASARD, non plus qu’il lui a fallu 15 jours pour s’en apercevoir.

 

Tout de suite après vient la période « coquette propre », suite à une réflexion d’un copain de classe et une réconciliation avec l’eau.

 

Elle squattera la salle de bain pendant des heures, vidant la réserve d’eau chaude soi-disant pour se laver, marinant dans un bain pendant des heures un masque sur le visage, trempant toutes les serviettes et les tapis de sol. Le tout dans une ambiance de messe noire, car pour se détendre elle s’éclairera à la bougie (avec les magnifiques bougies parfumées qu’elle vous offre à l’occasion des fêtes de fin d’année, fête des mère et anniversaire).

 

Courage, et patience… Vous en avez pris pour… jusqu’à ce qu’elle parte. Ceux qui en prennent pour 10 ans savent EUX pourquoi…

 

Quand elles sont deux, il règne parfois dans la salle de bain des atmosphères de hammam et de harem… Sauf que l’eunuque nettoyant après, c’est vous, la mère.

 

Tout pour séduire les garçons et se plaire à soi-même.

 

Plus difficile dans un monde où la minceur, quand ce n’est pas la maigreur, règne en diktat absolu dans les pays privilégiés où l’on mange plus qu’à sa faim.

 

Le poids est donc une obsession chez la jeune fille, dès la pré-adolescence, dans notre monde où l’on n’existe que mince.

 

J’avais la chance d’avoir chez moi deux filles opposées : une très mince souffrant depuis sa plus tendre enfance d’un manque d’appétit chronique. Quand elle me tétait elle trouvait toujours plus intéressant de me sourire et de me gazouiller quelque chose que de manger. C’était limite anorexie et cela a duré jusqu’à ses 19 ans. Lui faire prendre un kilo dès ses 3 ans était tout un poème, et on ne visait pas les 15 kg quand elle en était à 10, mais les 11. Elle a plafonné longtemps à 40 kg pour 1 m 55. Aujourd’hui elle en fait 43 et se trouve de grosses fesses…

 

La deuxième était un goinfre depuis la maternité où elle s’accrochait à mon sein comme une désespérée, terminait depuis ses 3 ans tous les plats à la cantine, et démarrait chaque journée par une tartine de rillettes et ¼ de coulommiers. Elle a toujours eu une courbe de croissance modèle pour manuel de pédiatrie.

 

Phrases clefs de l’aînée : on mange encore ? mais on a déjà mangé hier ! J’en veux pas j’aime pas ça !

Phrase clef de la cadette : quand est-ce qu’on mange ? Est-ce que je pourrais y goûter ?

 

Surnom de l’aînée : appétit d’oiseau, puis le piaf (suite à un dicton erroné, parce qu’un piaf, ça bouffe énormément, voire plusieurs fois son poids par jour)

Surnom de la cadette : bouffe tout (dixit sa sœur)

 

La grande : 1 m 55 : 35 kg à 17 ans

La petite : 1 m 70 : 65 kg à 14 ans.

 

L’aîné décidait de grossir. Elle se mettait au point un plan qu’elle affichait sur le frigo (elle a toujours aimé les listes précises, ayant hérité d’on ne sait qui un tempérament précis et ordonné…) : le plan idéal pour que sa sœur et moi perdions du poids…

 

Elle vidait le beurre fondu des papillotes de saumon dans l’évier, snobait le fromage, mastiquait sa salade sans sauce, trempait des biscottes sans beurre dans un chocolat sans sucre au lait écrémé « j’aime pas le gras » et mangeait le concombre au kilomètre, juste épluché, comme ça, en regardant la TV le soir. En fait, ce n’est pas pour rien qu’elle est mince…

 

Faire les courses c’était acheter les gâteaux, les céréales du matin, les en-cas du soir, le fromage à tartiner et les diverses cochonneries qui sont sensées plaire à notre chère marmaille… Surtout à la cadette…

 

La grande planifiait la répartition de ces « extras » sur une semaine de peur d’une over dose. La cadette dévorait tout le même soir et souffrait du ventre toute la nuit en m’empêchant de dormir « maman je vais sûrement mourir ».

 

Obligation pour moi à une certaine époque de mettre au point une planque sous mon lit dans laquelle je dissimulais : plaquettes de chocolat, gâteaux secs, fromage à tartiner, etc… pour que la presque anorexique trouve de quoi se sustenter quand « bouffe tout » avait vidé les boîtes de céréales et terminé tous les fromages, avec le pain de mie qui allait avec.

 

Le tout sur fond de vociférations qui terrorisaient mes voisins. J’ai la malchance d’habiter une résidence surtout occupée par de vieilles personnes. La voisine du dessous (87 ans), craignait quand les beaux jours revenaient et que les fenêtres étaient ouvertes, en entendant mes filles se crier dessus, « d’en voir passer une par la fenêtre ».

 

Car il y a une chose qu’il faut savoir : les filles consomment du décibel. Hurlements et cris aigus, sanglots (très importants les sanglots et les trémolos dans la voix), claquements de portes… Rajouter la sono à fond avec UNE chanson en boucle pendant 4 heures pour faire trembler les vitres et faire fuir le chat.

 

Et certains, nantis de fils à la voix enfin muée, de vous dire « les garçons ça fait du bruit ».

 

Vous par contre, n’entendez plus votre chère marmaille féminine hurler. Déformation qui consiste à ne plus entendre les cris parce que s’il fallait y réagir ce serait invivable.

 

Vous devenez néanmoins une adepte du décryptage du cri :

  • A la force du cri, à la campagne, vous visualisez la taille de l’araignée.

     

  • A la force du cri chez vous, vous savez combien de kilos la cadette a pris

     

  • A la force du cri chez vous, vous savez combien de grammes l’aînée a perdu

     

  • A la force des cris, vous savez combien finalement elles s’entendent bien…

     

Les filles, comme je vous le disais au début, sont pleines d’imprévus et d’imagination.

 

Elles peuvent tout vous faire, car elles ont une imagination folle. Je ne parle pas d’aller les récupérer au commissariat pour vol de CD en grande surface. Je n’ai pas eu le plaisir de connaître.

 

Non. Je parle de l’imagination tout court.

 

Déjà elles écrivent. 90 % des jeunes qui écrivent un journal sont des filles. Besoin d’écrire, de mettre sur papier le fond de sa pensée, de ses espoirs, de ses désespoirs (généralement « je HAIS ma mère »).

 

Elles écrivent discrètement. Pendant que vous regardez le journal de 20 heures pour vous tenir au courant d’une actualité toujours réjouissante après avoir demandé puis exigé du calme et un peu de silence, elles viennent s’installer sur le canapé juste à côté de vous en se disputant pour savoir laquelle aura la meilleure place. Sortent un cahier et un stylo et se mettent à écrire frénétiquement. Vu leur ardeur vous savez que ce n’est pas d’une dissertation qu’il s’agit ni d’un devoir de maths. Elles vous jettent de plus, des coups d’œil soupçonneux pour vérifier que vous ne pouvez rien distinguer de ce qu’elles écrivent. Non, à moins de pouvoir vous téléporter un œil discrètement derrière elles, vous ne pouvez pas. Tous ce que vous pouvez faire c’est comprendre qu’elles tiennent un journal comme vous jadis. Alors qu’elles s’imaginent que vous n’avez jamais été jeune vous même.

 

Je parle au pluriel. Tout reste valable pour le singulier. Une fille seule c’est même peut-être pire : elle n’a personne de son âge avec qui partager votre nullité et avec qui s’engueuler.

 

Donc vous savez qu’elles écrivent un journal. Le lire vous tente. Ressemble-t-il au vôtre ? Quand vous dessiniez des cœurs bleus comme les yeux de l’élu avec écrit en gros « OLIVIER JE T’AIME POUR TOUJOURS » ?

 

Mystère.

 

Sauf qu’un jour, vous devez pénétrer dans l’antre sacré : LA chambre.

 

La chambre des filles (ou de la fille, c’est selon) est l’endroit idéal pour retrouver les objets disparus genre : pince à épiler, pinceau à maquillage, parfum, collants, slips en dentelle noire, palette brun de chez Dior, votre parfum, une chemise mode (la seule que vous ayez), etc…

 

Vous n’allez JAMAIS y rechercher « Les martyrs » de Chateaubriand qui eux, restent bien sagement à leur place dans la bibliothèque avec « les rois maudits » et l’histoire des croisades en 15 volumes que leur a léguée leur arrière grand père.

 

Donc, ayant perdu votre pince à épiler et ayant un poil follet sur le menton (c’est fou ce qu’ils se multiplient passé un certain âge), vous pénétrez dans la chambre des filles.

 

Indiana Jones ne s’y risquerait pas. On le comprend.

 

Chez moi, seul le chat s’y risquait, en dehors de moi les jours de crise (le père étant, on l’aura comprit, terriblement absent).

 

La chambre était coupée en deux. C’était une grande chambre et je n’avais pas les moyens de me payer plus grand pour qu’elles aient chacune la leur.

 

Côté gauche : l’aînée. Tout rangé au cordeau, les posters et photos bien alignés, un bureau de ministre : rien qui traîne.

 

Côté droit : la cadette. Lit pas fait, posters et photos posés au petit hasard, décorés de dégoulinures d’encre (5 cartouches de fichues pour le résultat…), bureau croulant sous la paperasse et un tas de livre menaçant singulièrement de s’écrouler. Quelques tomates et kiwis séchés décorant le tout sur un lit de céréales répandues.

 

Le placard de gauche : tout aligné comme à l’armée, les pulls empilés par ordre de couleur, les slips bien pliés dans une boite à chaussure indiquant en gros « slips ».

 

Le placard de droite : un bordel innommable de vêtements en vrac, avec le chat couché dessus. Pour lui c’était l’endroit idéal : bien douillet et puis d’ici à ce qu’on ait l’idée de le chercher là…

 

Au beau milieu de la chambre, par terre LA PINCE A EPILER, coup de bol parce que souvent la recherche pouvait prendre des heures. Ah que de temps passé pour retrouver la coupable (vilaine pince à épiler qui se promène !) dans une trousse avec un briquet disparu tout aussi mystérieusement (elle fume maintenant ?). Sur le bureau bien ordonné, le journal, bien ouvert, un véritable appel à la lecture.

 

On lit. C’est ouvert, c’est visible et parfaitement lisible. C’est fait pour être lu…

 

Cela fait toujours plaisir d’apprendre que l’on est « une grosse truie », « ma conne de mère », « la salope », ou bien « l’autre andouille ».

 

On lit. Vexée certes, mais rassurée : notre fille ne se drogue pas, ne fume pas de H, ne boit pas, tout son temps étant consacré à nous détester pour nos multiples défauts. On apprend qu’elle tient à rester vierge pour Charles Edouard. C’est qui celui là ? Le voisin de derrière, qu’elle épie avec les jumelles de son grand père qui se demande ce qu’il en a fait en croyant être atteint d’une perte de mémoire précoce (il a rendez-vous pour un dépistage d’Alzeimer pour demain vous a confié votre mère alarmée : votre père n’a JAMAIS perdu SA paire de jumelle).

 

Un petit con ce Charles Edouard (vous voyez bien qui c’est, un petit brun qui vous regarde comme si vous étiez une ruine antédiluvienne et ne dit jamais bonjour comme les jeunes gens bien élevés de votre temps), un petit con qu’elle épie de votre chambre parce que la vue y est meilleure.

 

Explication de la température polaire qui y régnait cet hiver quand vous rentriez le mercredi soir : votre chère fille aînée y était restée pendant des heures, les jumelles chéries de son grand père à la main, tous  rideaux fermés pour la discrétion, mais la fenêtre ouverte pour une bonne visibilité, nonobstant la température hivernale.

 

A votre retour, au bruit de la clef dans la serrure : HOP d’un bon gracieux sur votre lit (pour 40 kg c’est toujours gracieux), elle se retrouvait à la porte en un temps record, s’esbignait, et le temps que vous ayez fini de refermer la porte était tranquillement couchée sur son lit à faire semblant de faire ses devoirs depuis des heures, sa sœur épluchant un énième kiwi, tranquillement avachie sur son lit…

 

Et vous retrouviez votre fenêtre ouverte en vous demandant, comme votre père, si vous aviez encore toute votre tête pour l’avoir laissé ainsi par un froid pareil, sans aucun souvenir de l’avoir ouverte…

 

Le stratagème de votre aînée découvert, vous envisagez un plan sadique mais qui demande du temps et de la place pour planquer le matériel superflu : retirer le sommier, le matelas, tendre le dessus de lit sur un vide sidéral. Et HOP, quand votre gracieuse héritière ferait son bond gracieux… Vous riez des heures en imaginant sa tête, et le résultat. Renoncez en songeant que douée comme elle l’est elle se casserait forcément le tibia qui est pourtant l’os le plus solide du corps humain.

 

Et puis vous avez d’autres soucis. De plomberie.

 

Pendant que l’aînée épie à la jumelle son chéri, la cadette s’est prise de passion pour la magie blanche.

 

Une copine dont la mère est une gentille sorcière, lui a prêté un rituel de magie blanche.

 

Quelle bonne idée ! Pourquoi n’êtes vous pas une gentille sorcière ? Parce que vos filles trouveraient ça CON. Et vous diraient « ma PAUVRE maman, avec tes idées… ». Et puis surtout parce que vous n’avez pas été élevée pour être une gentille sorcière. Tout ce que vous savez c’est que le tilleul est calmant et la menthe excitant.

 

Pour ne vous mettre personne à dos, vous faites du tilleul/menthe pour ceux qui aiment la tisane.

 

A 14 ans, Delphine a grand peur de finir vieille fille. Elle a lu un charme pour attirer le grand amour. Qui consiste à planter des graines de basilic et à les arroser tous les jours en disant en italien « que je ne sois pas sans amour, merci ».

 

Elle a sacrifié une petite partie de l’argent de poche de sa sœur, (le sien est dépensé depuis des mois et elle vit à crédit) et du fric qu’elle vous pique régulièrement dans votre porte monnaie, pour s’acheter chez Jardiland un sachet de graines de basilic.

 

Qu’elle a plantées partout.

 

Vous l’entendez le matin, arroser ses graines en prononçant la formule sacramentelle que vous ne comprenez pas bien : cela ressemble à la messe en latin de votre enfance et cette enfant n’est même pas baptisée ! Le matin vous êtes dans le potage jusqu’à 10 heures, et c’est pourquoi votre cadette peut pendant des semaines procéder à ses élucubrations sans que vous moufetiez. Votre cactus qui n’a pas besoin d’eau crève dans la foulée, mais cela ne la perturbe pas : 4 plants de basilic prospèrent avec le ficus, le dieffenbachias, le camélia et le gardénia.

 

A votre exclamation qui suit la sortie des plans jalousement arrosés avec toute la magie requise : « des mauvaises herbes dans mes plantes ! » (que vous soignez jalousement), elle se dresse devant vous avec l’amabilité d’une hyène à laquelle on voudrait enlever les amygdales sans anesthésie :

 

« Ce sont MES plantes. Je T’INTERDIS d’y toucher ».

 

Puis part en sanglotant… Elle sait bien que vous POUVEZ les arracher ses plants de basilic.

 

L’aînée vous explique le problème. Si vous arracher les basilics vous retirez à Delphine tout droit à l’amour… Aurez-vous le cœur de faire une chose pareille ?

 

Non. Vous vous résignez à voir les basilics prospérer en vous cachant vos plantes préférées, voire même en les faisant dépérir.

 

Et a voir votre cadette tous les matins, à peine réveillée et à poil, les arroser de trois gouttes en prononçant des paroles qui vous semblent curieuses, et débiles… Vous retenez la phrase maternelle classique « tu ferais mieux de te laver les dents »…  Si elle mettait autant d’énergie à ramasser ses débris de kiwis qui pourrissent à côté de son lit et à mémoriser ses verbes irréguliers d’anglais et d’allemand, vous seriez une mère comblée.

 

Mais les plans de basilic ne sont pas les plus importants.

 

Car vous avez des problèmes de plomberie (bis répétita…).

 

La baignoire se bouche régulièrement. D’une ventouse experte et décorative dans la salle de bain, vous extrayez henné neutre coagulé à l’argile, argile au miel, et une bouillie curieuse….

 

Qui semble boucher plus que le reste et semble s’insinuer profondément dans les canalisations.

 

Le plombier lui-même, que vous faites vivre avec vos bouchages de baignoire, reste perplexe. Il n’est peut-être pas pressé de trouver la solution  vous êtes le pilier de son entreprise, la clef de voûte de son chiffre d’affaire !

 

Et puis un beau jour, vous rentrez inopinément un mercredi après midi, sans avoir prévenu votre progéniture que vous aviez pris votre après midi (hé hé).

 

Vous ouvrez la porte d’entrée avec délicatesse, puis votre porte de chambre avec fracas.

 

L’aînée sursaute et laisse tomber les jumelles de votre père sur la moquette où elles atterrissent sans dommage (un coup de bol, elles ont 30 ans). Bafouille une explication bâtarde. Naturellement vous ne pouvez pas lui dire que vous avez LU SON JOURNAL et savez de quoi il retourne. Vous faites la niaise qui croit qu’elle guette un martin pêcheur à 3 km du moindre cours d’eau (une pie encore, vous pouviez admettre en bonne tarte que vous êtes…), vous lui sommez de « rendre les jumelles à ton grand père et plus vite que ça »  et vous dirigez vers la salle de bain d’un pas ferme.

 

La cadette somnole dans la baignoire, toutes lumières éteintes, 7 bougies allumées sur le rebord de la baignoire et sur le lavabo (explication des traces suspectes résistant au détartrant).

 

Dans 5 ans, votre tante venue passer le week end et ayant osé excursionner jusqu’à la salle de bain viendra vous trouver en vous disant d’un air craintif « Delphine fait une messe noire dans la salle de bain ? ».

 

Vous lui répondrez « mais non elle prend un bain en se détendant à la lumière des bougies ».

 

Bref.

 

Elle se tient le front en marmonnant des paroles étranges et baigne dans une eau  qui exhale une odeur curieuse et inhabituelle.

 

Vous allumez la lumière.

 

Elle sursaute. Lâche ce qu’elle se maintenait sur le front et vous visualisez la baignoire.

 

Dans laquelle flottent des dizaines et dizaines de feuilles de chêne + un gland qui n’a pas eu le temps de couler au fond.

 

Votre cadette « se purifie l’âme ».

 

C’est un charme qu’elle a trouvé dans le fameux rituel de magie blanche et qui consiste à se baigner dans un bain dans lequel on fait infuser ( !) le plus possible de feuilles de chêne, en se maintenant sur le front un gland pendant toute la durée du bain en murmurant en sanscrit « je me purifie l’âme, je suis purifiée ».

 

Après la purification, elle vide la baignoire, ramasse les feuilles qui ne se sont pas précipitées dans le siphon pour le boucher, les jette à la poubelle.

 

Ni vue, ni connue. Ces jours là elle descend la poubelle pour vous cacher ses turpitudes alors que vous pensiez naïvement qu’elle avait fait un petit quelque chose pour vous aider.

 

Même le plombier n’y a rien vu.

 

Vous pouvez attester sur l’honneur que les feuilles de chêne se déliquescent dans l’eau très lentement : 6 ans après les purifications d’âme de votre cadette adorée, un coup de ventouse peut faire remonter des morceaux de feuilles très reconnaissables.

 

Une fois l’âme purifiée et tout mis en œuvre pour être séduisante, il ne reste à la fille qu’à s’habiller.

 

Hélas.

 

Car le vêtement est le chemin de croix de la mère qui a cru naïvement qu’elle pourrait habiller sa fille comme elle le désirait jusqu’à un âge avancé qui ne dépasse pas 3 ans.

 

Vous entendez souvent les femmes s’exclamer : « une fille quelle chance ! JE vais pouvoir l’habiller comme je veux ».

 

A nous les petites robes, les baskets roses rigolotes, les faux costumes de marin avec les couettes qui lui font une bouille adorable… A nous, jusqu’à l’entrée en maternelle (j’ai dit 3 ANS !).

 

Après tout est cuit.

 

De « aujourd’hui en petite robe », on passe à un « pas de robe maman ! » péremptoire. On découvre que le petit garçon de 2000 soulève toujours les robes et jupes des filles pour voir ce qu’il y a dessous.

 

La fille chérie et dorlotée se complait en jeans, caleçons, baskets, etc…

 

Vient le temps tant espéré de l’adolescence où la mode la rattrape.

 

Pas la mode normale, la mode des adolescents.

 

Avec laquelle les parents, surtout les mères, n’ont aucune affinité : c’est fait pour ça.

 

Vient le jour où la fille adorée vous traîne dans les magasins parce qu’elle a besoin d’une paire de chaussures.

 

Comme elle a déjà des tatanes informes, des baskets multiples (plusieurs couleurs, fluo de préférence) et une paire de bottes cavalières (c’était la mode il y a deux mois mais c’est fini maintenant), vous pensez naïvement qu’elle souhaite s’acheter une paire de vraies chaussures.

 

Des chaussures qu’elle pourrait mettre avec une robe par exemple. Reste à acheter la robe…

 

Non. Elle pointe le doigt chez le marchand de chaussures chez lequel elle est allée directement, sur un godillot informe qui était jadis une chaussure de chantier célèbre : elle veut des Catertrucs comme toutes ses copines.

 

La vue du prix vous donne des frissons : comment des entreprises en difficulté ont-elles pu acheter ces horreurs à leurs ouvriers au bord du chômage ? Sûr que c’est l’achat des chaussures qui a mis l’entreprise en dépôt de bilan ! Pour le même tarif vous vous achetez (toujours pratique) deux robes et deux paires de chaussures assorties ! + un antiride ruineux !

 

Vous dites NON fermement. D’autant qu’elle veut ces chaussures immondes pour les porter au mariage de sa plus jeune tante (votre sœur) qui a fait chier tout le monde avec ses vêtements immondes pendant des années, pour se marier la semaine prochaine avec une tenue surpassant celle de Lady Diana.

 

Elle veut porter ces chaussures « de chantier » avec la jupe adorable mais si chère que vous lui avez achetée parce que justement c’était une jupe… Et qu’il y a des années que vous n’avez pas entrevu les jambes de votre fille en dehors des moments d’arrosage de basilic le matin de bonne heure, ou de séance dépilatoires le samedi après midi.

 

Là, de deux choses l’une :

 

UN : Le père est terriblement absent et votre déficit tente de ressembler à celui du gouvernement français, sans aucune chance de faire ex-aequo.

 

Au NON suit une bouderie aussi déprimante que les informations et que votre déficit. Puis par miracle, l’adolescence trouve deux baby sitting à faire et des innocents à escroquer, et s’achète elle même les chaussures immondes qu’elle portera au mariage précédemment mentionné avec sa jupe divine et un vieux pull qui lui cache les mains (en plein mois d’août caniculaire).

 

DEUX : Le père est présent. La « petite » trouvera alors le moyen de se rouler sur ses genoux en l’appelant « mon petit papa chéri », en se tortillant une mèche de cheveux et en roucoulant comme vous n’oseriez pas le faire même pour lui demander de rincer la baignoire pour une fois et de laver sa tasse de café.

 

Le père cède, rassuré sur son potentiel de séduction,  et sacrifie votre futur week-end en amoureux pour acheter les fameuses chaussures de chantier au son de « ne dis rien à ta mère » (trop tard, vous avez tout entendu).

 

Vous n’osez pas suggérer à la chair de votre chair de procéder avec son amoureux potentiel comme avec son père. On ne sait jamais : si elle vous écoutait (pour une fois), vous seriez dans une sacrée galère vu le petit con que c’est…

 

Vous vous contentez de faire remarquer aigrement au père qu’il n’a plus aucune réflexion à vous faire sur le prix des collant le jour où vous le coincez sur le rinçage de la baignoire et que votre tortillement de mèche reste vain.

 

La fille qui s’habille a une prédilection particulière pour s’habiller en décalage complet avec les saisons.

 

C’est « top mode maman ».

 

Elle a aussi une prédilection tout aussi particulière pour les fringues des autres.

 

Elle habille donc ses copines avec ce qu’elle vous a extorqué et se nippe de haillons échangés avec les mêmes copines qui comme par hasard refourguent toujours du vieux en échange du neuf.  Le neuf, vous ne le reverrez jamais, c’est Marine qui le porte.

 

En été les filles s’éclipsent en jean, pull mohair ou angora (il y en a qui allergisent au mohair) et blouson bien chaud.

 

Au plus fort du gel, elles s’évanouissent le matin dans la nature, à la recherche de leur train ou bus, en simple chemisier avec un pull sur les épaules « au cas où ».

 

La pharmacie du secteur survit d’octobre à avril avec vos achats frénétiques de paracétamol, sirop anti-toux, gélules diverses.

 

L’été, alors que vous luttez frénétiquement contre le coup de chaleur, vous les voyez rentrer couvertes comme des Inuits. Vous attrapez le coup de chaleur contre lequel vous luttiez rien qu’à les voir.

 

A l’occasion, pendant qu’elles rendent les jumelles à leur grand père (le voisin du fond est finalement un sale con), elles lui piquent ses cravates pour s’en faire des ceintures : il faut bien cela pour faire tenir un pantalon 10 fois trop large. Pantalon sur lequel elles marchent parce que le concept de l’ourlet est aussi dépassé que celui du poster, en s’étonnant que le tissu soit plus que « légèrement abîmé » là où elles l’écrasent à chaque pas.

 

Elles exhibent leur nombril en plein hiver mais refusent à se montrer en maillot de bain l’été.

 

Elles superposent les manches courtes sur les manches longues, le trop court sur le trop long. Ne pas leur faire remarquer que la mode existait déjà au Moyen Age : elles vous rétorqueront qu’il est normal que vous le sachiez vu votre look débile et précisément moyen âgeux.

 

Pour leur mariage par contre il faudra prévoir LE budget rien que pour la tenue, les chaussures de chantier et les pulls à manches longues les dégoutant subitement.

 

Leur père les mènera à l’autel, les yeux baissés, en grande robe style meringue, avec derrière une duègne : VOUS.

 

La fille a des amours compliquées, secrètes (qu’elle croit), et qui ne se passent pas toujours bien.

 

Pulchérie ne pouvait jamais cacher qu’elle était tombée amoureuse et qu’elle « sortait » avec un garçon depuis la soirée du samedi : elle ne marchait plus, elle était en lévitation, le regard vague, un sourire niais accroché aux lèvres. Elle se scotchait à côté du téléphone, cédait son chocolat à sa sœur, se moquait des grammes perdus, ratait son devoir de math et oubliait de tirer la chasse d’eau.

 

Un jeune homme croisé « par hasard » un beau soir vous sourit poliment (très louche), vous dit gentiment « bonsoir » (encore plus louche), et devant l’état de votre coffre (vous revenez d’un plein chez Auchan), propose ses services pour vous aider à vider ledit coffre.

 

C’EST LUI.

 

Les questions se bousculent : dois-je lui en parler, dois-je lui acheter des préservatifs que je glisserai discrètement dans son sac (récupérant au passage ma pince à épiler) ?

 

Vous questionnez la petite sœur qui est une tombe. Non tout va bien. Ma sœur ne lévite pas, elle marche, elle n’a pas un sourire niais, elle tire la chasse d’eau. Quant à elle, elle ne voit pas quel imbécile peut prendre plaisir à vous aider à vider votre coffre de voiture : un déséquilibré probablement.

 

Et la petite chérie part un matin le sourire au lèvres, embrasse la glace de l’entrée (avec du rouge à lèvre, glace récurée la veille), et gambade dans la résidence en chantant pour aller à la gare.

 

Le soir elle rentre le visage fermé, murmure un « s’lut » et file s’enfermer dans sa chambre dont émanent quelques minutes plus tard, des sanglots lugubres.

 

Ne vous en occupez pas : sa sœur s’en charge, délaissant au passage le vidage du lave vaisselle (c’est sa semaine).

 

Vous passez la soirée seule devant la 302ème rediffusion de « l’aile ou la cuisse ».

 

Le lendemain la douceur de vos vieux jours a repris une démarche normale.

 

Alerte passée. Jusqu’à la prochaine.

 

Il y a un moment où l’on a hâte que la fille soit grande, adulte, responsable, etc…

 

Un beau jour…

 

La fille prendra son envol pour ses études ou autre, et une chambre de bonne au passage ou un studio, qu’elle vous « invitera » à venir visiter.

Elle vous aboiera de retirer vos chaussures, vous interdira de fumer rapport à l’encens qui brûle, vous expliquera comment s’asseoir sur le canapé pour ne pas le bousiller (comme elle a bousillé le vôtre en sautant dessus il y a des siècles), vous montrera l’organisation de ses placards (ce qui vous donnera l’occasion de récupérer votre dernière pince à épiler fugueuse) dans lesquels trône tout ce qu’elle n’aimait pas manger chez vous.

 

Sur le peu de murs seront accrochés des reproductions de peinture renaissance ( ?), ou de magnifiques paysages, le tout dans des tableaux accrochés au mur avec de petits clous (exit les posters).

 

Tout sera impeccable, rangé au cordeau, nickel chrome.

 

Restera la cadette à la maison pour mettre de la vie, brûler des bougies dans la salle de bain, boucher les siphons, espionner les voisins à la jumelle, mettre la sono à fond, squatter l’ordinateur, Internet, le magnétoscope, le lecteur DVD, et vider le frigo.

 

Encore une fille à la maison.

 

Pourquoi ne pas en avoir fait une de plus pour assurer l’avenir ?

 

Posté le 5 juillet 2006 dans Ah ces mômes !.
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