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Pauvres petits coeurs… (plaignez-les…), ou “mes dernières volontés”

dodieclownut

La première fois c’était un beau jour de promenade en forêt pour que les chiens et les enfants se fatiguent (parents indignes mais bon maîtres, les chiens adorent cavaler jusqu’à n’en plus pouvoir).

Beau jour de printemps ensoleillé, les petits oiseaux gasssouillant dans les zzzzarbres (faisant un raffut pas possible avant le lever du soleil, sales bêtes !)

Et là Pulchérie tout à coup inspirée :

  • “Maman quand je serai morte, je ne veux pas être enterrée sous la terre, je veux être mise dans les arbres avec les petits zozieaux !”

  • Glups !

  • “Comme les indiens faisaient. Tu me promets maman ?”

  • Glups ! “Non ma chérie je ne peux pas te le promettre. Dans notre pays, c’est interdit”

  • “C’est dégoutant !”

  • “Oui mais c’est comme ça ma puce. Et puis tu sais, j’espère bien que ce n’est pas moi qui aurais à m’occuper de toi après ta mort”

  • “Ah bon, pourquoi ?”.

  • “Ben… Parce que normalement les parents partent avant leurs enfants…”

  • “Mais je ne veux pas t’enterrer moiiiiii ! (quel trésor adoré) Ouiiinnnn !” Et une promenade gâchée, une, avec mon enterrement en perspective…

Delphine à son tour deux ou trois ans plus tard, âge sans doute où l’on commence à penser à sa mort. Promenade régulière au cours de laquelle nous passons devant, sous, un hêtre magnifique et classé (la première chose que nous avons fait après la tempête de 1999 a été de vérifier qu’il avait tenu le coup, oui ! Ouf !), certainement plus que tri-centenaire.

  • “Maman, quand je serai morte, je veux être brûlée et tu viendras répandre mes cendres au pied de ce bel arbre” (chic, une promenade de réussie de plus en moins…)

  • Glups !

  • “tu sais ma chérie, c’est possible, mais j’espère que ce ne sera pas moi qui me chargerai de tes cendres…”

  • “Pourquoi ?” (ton indigné) Pourquoi ? parce que j’étais là avant, que je serai là après, que je suis immortelle ?

  • “Ce sont les enfants qui enterrent leurs parents, dans l’ordre normal des choses !”

  • “Mais je ne veux pas que tu sois enterrée.! Ouiiiinnnn.! Je préfère répandre tes cendres au pied du bel arbre !” (quel amour…)

  • “Alors ça, si tu veux ma chérie (quoique, au cimetière familial, il y a plein de personnes que j’ai bien connues, mais bon, au pied de cet arbre magnifique, pourquoi pas, du coup je m’interroge et le ciel est moins bleu subitement…).

A moins que l’on ne me mette dans les plus hautes branches du bel arbre, avec les petits zozieaux… Je ne sais point trop si on aura la permission et ce qu’en penseront les eaux et forêts… Mes héritières s’enguirlanderont donc, pour changer, pour savoir si l’on m’enterre ou si l’on me brûle, et dans le deuxième cas qui s’occupe des cendres. Super comme perspective !

POUR EVITER DES DISPUTES FORCEMENT STERILES, JE PRECISE ICI ET DE MANIERE FORMELLE : le crématoire, en ce qui me concerne, je suis contre. Etre bouffée par les vers aussi, donc j’exige un embaumement en bonne uniforme (comme l’écrivait la comptable de chez Truchon). De nos jours on fait ça trèèèèès bien. Le torréfacteur thanactopracteur (enfin bref, merde pour l’orthographe, l’embaumeur donc) doit par contre se déplacer rapidement, mais j’aurais mes dernières volontés sur moi, ha ! ha !

C’est dit. Et en plus il faudra demander une dérogation spéciale, pour m’enterrer dans le bois de ma maman à moi (à qui je vais demander immédiatement et sans délai de me faire héritière du petit bois (qui ne vaut rien) en lieu et place de l’armoire normande et de la barbotine promis depuis longtemps) qui comporte un cimetière mérovingien, dans un terrain marneux, dans lequel les corps ne se décomposent pas… (A l’époque où il y a eu des fouilles, ils en ont su quelque chose les trouveurs de corps qui n’avaient pas prévu de chambres froides pour bloquer le processus de décomposition débutant subitement après ouverture des sarcophages en cuir).

D’ailleurs j’exige d’être enterrée (bien entendue embaumée) dans le cimetière mérovingien avec une clef USB noyée dans de la résine imputréfiable, un clavier d’ordi et un DVD (idem) et une photographie plastifiée de mes deux filles pour bien décontenancer les chercheurs du futur qui penseront que deux civilisations se sont cotoyées curieusement..

Voilà les filles, inutile de vous disputer : c’est simple en ce qui me concerne (et pour le terrain marneux faut du chêne pour le cercueil, le bois gonfle et ça protège encore plus le corps). Le problème c’est qu’en cas de sécheresse il faudra venir arroser de temps à autre… Je sais que remonter le chemin des marnes avec une citerne c’est la corvée, mais, merde je suis j’étais votre mère tout de même…

Et finalement, quoi que pas croyante, je veux la messe de requiem de Mozart dans son intégralité, pour l’inhumation de mon corps désormais incorruptible (peut-être à noyer lui aussi dans de la résine, j’hésite…). Vous faites venir un orchestre symphonique dans le petit bois ou vous commandez une grand messe, c’est à vous de voir sur ce choix là je ne suis pas exigeante.

Et puis vous faites un petit discours. Pas commun, chacune devra bien y réfléchir. Le discours se devra d’être émouvant mais pas larmoyant, mais bien relater les grands moments de ma vie, sauf le jour où je me suis rétamée devant vous, mortes de rire, sur une plaque de verglas… (clause de dé-héritage oblige…)

Je vous le disais, c’est tout simple

D’ailleurs je précise tout de même, c’est le moment où jamais, que c’est simple car sans fleurs ni couronnes. Je déteste les couronnes mortuaires, et que l’on sacrifie des fleurs pour un décès. Faites moi régulièrement envoyer des fleurs par Interflora de mon vivant, je préfère, mais après ma mort, ce n’est pas la peine de songer à fleurir ma tombe.

Ah oui, en parlant de ma tombe, j’aimerai bien du marbre noir, avec gravé précisément mes noms, prénoms, dates de naissance et de décès, l’intégralité de mon blog, et si possible une photo de moi quand que j’étais jeune, ça remonte toujours le moral de voir ça…

Maintenant faut que je me trouve la convention obsèques qui va bien… Et qui vous rappellera à l’ordre, si nécessaire, y compris pour l’envoi des fleurs de mon vivant.

Il n’y a pas que la vie qui ne soit qu’un long calvaire… Parce que vous êtes mal barrées, et moi aussi…

Posté le 16 janvier '09 par Calpurnia, dans Ah ces parents !. 20 Commentaires.