Bienvenue sur le blog de la Gentille sorcière.

Vous avez pris un coup de vieux…

coup-de-vieuxSoudain, l’évidence  vous saute aux yeux comme un coup de pied aux fesses : vous n’êtes plus de toute première jeunesse.

C’est comme ça, parfois le regard un peu glauque de vos gamins de 25 ans vous signale que vous parlez de quelque chose qu’ils ignorent, pire encore quand il s’agit de vos neveux et nièces qui ne savent même pas ce qu’était le mur de Berlin.

  • Vous vous souvenez où vous étiez quand vous avez appris la mort du président Kennedy (c’est mon cas et j’avais un peu plus de 5 ans)
  • Votre premier pape s’appelait Paul VI (en apprenant qu’il y en avait un qui s’appelait Pie 7 vous aviez fait HI HI HI !)
  • Vous pensiez que le Général serait toute votre vie votre président
  • Vous vous êtes maquillée les cils pour la première fois avec un cake et une brosse indépendante
  • Vous aviez interdiction de vous laver les cheveux plus de deux fois par mois à l’adolescence
  • Vous avez dépavé une rue de Paris en mai 68 pour balancer des pavés aux CRS SS
  • Vous vous souvenez d’Armstrong posant le pied sur la lune et de l’émotion de tous le monde
  • Vous ne mangiez des tomates qu’en juillet, août et septembre
  • A l’école la blouse était obligatoire, et le pantalon interdit aux filles
  • Ce que disait le maître ou la maîtresse c’était parole d’évangile
  • Vous aviez des PATINS A ROULETTES et non pas des rollers
  • Vous en faisiez d’ailleurs sans casque
  • 90 % de la famille n’avait pas le téléphone
  • Il y avait des télégrammes à envoyer en cas d’urgence
  • On pouvait téléphoner en PCV
  • Vos parents avaient une vieille Olivetti mécanique datant de la dernière guerre mondiale, pour vous apprendre le clavier
  • La queue de cheval n’était autorisée qu’après la formation
  • La frange c’était mauvais genre
  • Vous avez vu l’avènement de la première mini-jupe
  • On ne savait pas si c’était fille ou garçon avant ponte de la pastèque
  • Les grands parents avaient un “garde manger” et les cabinets dans le fond du jardin, et pas l’eau chaude courante
  • Pour se chauffer à la campagne, il n’y avait que les poêles à bois ou à charbon
  • Vous avez connu plein de gens qui pouvaient vous parler de 14/18 et 39/45
  • Vous pouviez jouer aux billes dans les caniveaux en rouspétant contre les deux voitures garées dans la rue…
  • La mixité balbutiait
  • Le boucher ne demande plus ce que la demoiselle veut, mais “et à la petite dame, qu’est-ce que je lui sers ?”
  • Les gamins ne vous regardent plus biner votre jolie courette, mais précisent “je regarde le pépé faire son jardin”
  • Vous savez qui sont Poulidor, Anquetil, Nash et Mac Enroe (entre autres)
  • Quand vous parlez de quelque chose, vous dites “il y a 30 ans”…
  • Vous envisagez de prendre une convention obsèques.
  • Vous vous êtes émerveillé devant la première TV couleur
  • Vous vous souvenez du moment où le sphinx a perdu son nez…

La vie n’est qu’un long calvaire.

Posté le 15 novembre '09 par Calpurnia, dans Nos grands moments de solitude. 24 Commentaires.

Ils étaient deux…

armistice-1918Ils étaient deux, cheminant côte à côte, dans cette région où les fermes ou mas, éloignés de la ville, abritaient des personnes qui parfois restaient des semaines sans se rendre à la ville précisément.

Des personnes qui vivaient en autarcie à une époque où l’on se contentait de peu dans un monde campagnard hostile. Des personnes pour qui le monde se résumait à un troupeau de chèvres ou de moutons, le rucher à surveiller, les cultures à faire prospérer.

Des personnes pour lesquelles un repas de fête c’était des chataignes grillées, avec le dernier fromage blanc de chèvre sucré au miel. Des personnes qui parlaient le soir à la lueur du feu de cheminée. Des personnes hors du temps.

Des personnes qui ne se rendaient à la ville que pour négocier un animal ou deux, du lait, du miel à meilleur prix. Des personnes qui ne voyaient que rarement le facteur, et ne lisaient pas les journaux…

Ils ne marchaient pas, leurs monture le faisaient pour eux. Et les bêtes portaient sur le dos le poids d’une souffrance et d’un devoir difficile, à tel point qu’ils ne les pressaient pas. Les deux chevaux hahanaient dans la côte, même pas vexés par les chèvres gambadant à leurs côtés.

Bien sûr que tous les hommes avaient reconnu leur uniforme depuis le matin, sans comprendre. Mais il y a eu ce couple là.

L’homme savait depuis 14 jours qu’un danger le menaçait, rôdait. Il n’avait trop rien dit à sa femme de ce qu’il avait appris en descendant au bourg pour vendre 5 chèvres pleines. Il n’avait pas trop compris pourquoi un Archiduc assassiné pouvait menacer sa vie. Mais il avait palpé la peur des hommes et était remonté au mas avec celle-ci au ventre.

Quand il les a vus arriver il a compris tout de suite. Ces deux gendarmes tranquilles venaient lui apporter son avis de mobilisation, et il se souvenait qu’il aurait à rejoindre son régiment le plus vite possible.

Restait à l’annoncer à sa femme, sa toute jeune femme, celle qu’il aimait comme on aime quand tout simplement on ne sait qu’aimer.

L’enfant, leur enfant, regardait ces hommes inconnus apporter le malheur, son instinct très sûr le lui disant. Il y avait le cheminement des chevaux, l’air accablé des gendarmes, et puis tout à coup le père prenant sa veste en laissant tout en plan.

Et puis il y avait sa mère, à qui l’homme n’avait rien dit, mais qui avait bien senti qu’il n’était plus le même depuis qu’il était remonté de la ville la dernière fois.

Les gendarmes ont détourné les yeux en la voyant s’effondrer sur le banc à droite de la porte d’entrée. Combien de femmes blessées depuis ce matin ? Combien d’hommes ne sachant rien, et fauchés à tous les sens du terme par la nouvelle ? Combien de pleurs et d’incompréhension ?

Le Phil savait bien qu’ils lui apportaient son avis de mobilisation. Il leur a servi le coup de l’étrier, le 15ème depuis le matin, qui allait rajouter à leur accablement.

Et après leur départ, il est allé directement préparer son paquetage pour partir le plus tôt possible, comme il l’était indiqué, laissant une femme statufiée et un enfant ne comprenant plus rien à l’existence.

“Une petite promenade contre les allemands et je reviens”.

Il n’est jamais revenu.

Et la Phil, n’a jamais compris pourquoi on était venu lui prendre son homme, son amour, sa vie. Elle a tout laissé en plan en son absence, survivant jour après jour en l’attente d’une lettre, faisant la honte de ses soeurs ayant à coeur de tout faire marcher aussi bien, voire mieux, en l’absence de l’homme.

Quand le maire 16 mois plus tard est venu lui apporter le mortuaire, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. S’égarant par une nuit glacée dans la pierraille alentours où elle cherchait son mari, elle est morte à 24 ans d’une chute mortelle dans une crevasse que la neige dissimulait. Morte de folie, de l’absence, de l’injustice du monde.

Elle ignorait alors qu’un 11 novembre verrait venir la paix, enfin. Pour elle la guerre avait été perdue dès le départ de son mari, de son homme, de son amour. Elle ne pouvait pas mourir en paix, elle emportait la guerre avec elle pour l’éternité.

Elle ignorait alors qu’un jour le 11 novembre serait un jour béni par beaucoup car jour de congé.

Son Phil aussi, mort sur une terre froide à mille lieux de sa vie natale…

Cet homme non dépourvu de bon sens, qui n’a jamais compris qu’il devait mourir parce que l’on avait tué un archiduc si loin de chez lui, de cette France dont il était fier et qu’il vénérait.

Je ne sais pas si maintenant on comprend. Je ne sais pas si l’on peut vraiment se mettre à leur place, même un court instant. Maintenant on porte plainte parce qu’un soldat volontaire a été tué au combat. Maintenant, ces hommes et femmes happés par cette tourmente effroyables sont tous morts.

Maintenant il n’y a plus personne pour venir dire que c’était atroce, une génération sacrifiée, trop de morts et de chagrin.

Plus personne ne se souvient non plus de cette époque où l’on pouvait vivre loin de tout, ignorant le monde extérieur qui pouvait vous rattraper pour le pire…

Maintenant, il n’y a plus personne pour porter plainte. Et c’est pour cela que l’ETAT (qui est nous), commence à reconnaître les erreurs, les errements, les égarements, et l’absurdité.

De cette guerre inhumaine dont nous portons le poids d’une manière ou d’une autre, en toute conscience, ou sans le savoir…

Si dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer paraît-il…

Posté le 11 novembre '09 par Calpurnia, dans Coup de blues, J'aime bien l'histoire. 19 Commentaires.